‹ Dieu et la conscienceChapitre 59 sur 73 · La FamUle, par M. PaulJanet, !'• édition · texte numérisé non relu

La FamUle, par M. PaulJanet, !'• édition

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lien grave : le doute, un doute universel, source de Tenlui qui dévore un si grand nombre d'âmes, principe de \e malaise inquiet qui les pousse à la révolte, ou dé cette àche indifférence pour les vérités morales et religieuses [ui favorise le déchaînement de la matière et des appétits grossiers. À tous ces maux on a proposé divers remèdes ; suivant Fauteur, on peut tous les guérir par la famille, ^oici comment, dans sa conclusion, il résume sa pensée : X Les uns disent : il faut changer la société ; les autres : il faut changer l'individu. Mais la société ne s'améliore pas sans l'individu, et l'individu ne s'améliore guère tout seul; au moins est-ce une entrq>rise bien plus difficile. Il nous faut en général un point d'appui ; ce point d'appui c'est la famille. »

Dans ces quelques lignes on entrevoit l'esprit de l'ouvrage et l'intention, assurément très -louable, qui a dirigé l'auteur. Pour lui la famille est plus qu'un fait universel et permanent de la vie humaine : c'est un principe capable de régénérer notre société . Il y trouve d'abwd un refuge contre le scepticisme, car il remarque que cet esprit de doute, qui ne respecte rien, s'arrête au moins devant la maternité, et il en conclut que la mater-^ nité est la dernière idée morale que l'on puisse attaquer. Lorsque tout serait perdu ,^5'écrie-t-il avec un enthousiasme que partagera plus d'un lecteur, elle pourrait encore sauver tout le reste ; elle serait encore la dernière ancre de salut, le dernier espoir, le dernier asile de la 3ociété morale : de cette source bleofaisante peuvent jaillir l'Une après l'autre toutes les idées grandes et pures et, cx)mme le lait de cette jeune femme qui rendit la vie à

un vieillard, la sainte croyance de la maternité pourrait encore insinuer dans les veines d'une société vieillie et épuisée les flots d'un sang pur et rajeuni. »

La famille, en nous donnant la simplicité du cœur, en assurant la paix et la pureté de l'âme, nous protège encore contre l'ennui, l'esprit de révolte et les passions mauvaises : don Juan, René, Manfred, n'ont point de famille; ce sont d'illustres aventuriers, dont l'exemple et les maximes éhontées ne perdront jamais que ceux à qui auront manqué les leçons et les exemples salutaires du foyer domestique.

Mais il y a plusieurs manières de comprendre la famille : il y a, par exemple, le système patriarcal, avec son unité si forte et si exclusive ; il y a la vie de nos jours, avec cette liberté extrême qui, en relâchant tous les liens, semble compromettre l'action de la famille sur ses membres. Entre ces deux systèmes, M. Janet prend résolument son parti, il rejette sans hésiter le régime patriarcal, parce que l'esprit de parenté poussé jusqu'à la superstition a, suivant lui, deux grands défauts : le despotisme et l'hostilité des familles ; et il proclame la supériorité de nos mœurs domestiques, a La vraie idée de la famille, dit-il, est celle où chacun de ses membres atteint à sa parfaite personnalité *. Mais, comme il est d'une école qui n'aime point les extrêmes, ii essaie de découvrir « le vrai milieu entre une aveugle solidarité et un brutal individualisme ^. » On ne saurait contester en général la justesse de ce point de vue; car, comme le fait très-bien remarquer M. Janet, « l'esprit

de liberté, quiestlecaractèreévidentdestempsmodernes, a demandé à avoir sa place dans la famille, et là, comme ailleurs, c'est peut-être en lui faisant sa juste part qu'on évitera ses excès^. »

Le spirituel professeur, en partant de ces. principes, en fait successivement Tapplication aux divers membres de la famille. Il considère d'abord le mari et la femme, comme époux et comme parents ; puis, après une charmante description de l'enfant, il traite des devoirs du fils, de la fille, du frère et de la sœur, enfin de la parenté en général. En parcoul'ant ainsi tout le cercle de la famille, on se sent intéressé par une exposition lucide, élégante, chaleureuse, quoique le ton en soit légèrement sentencieux. Le style, toujours ferme et animé, quelquefois un peu tendu, a souvent de l'éclat et même de la grâce. On en jugera mieux par un extrait que par tout ce que nous en pourrions dire ; aussi bien est-ce un plaisir pour nous de citer ce tableau vraiment touchant de la famille, telle qu'elle devrait être, si l'homme était destiné à rencontrer le bonheur sur cette terre :

A Que la vie serait belle, si elle était toujours ordonnée comme il semble que le demanderait la nature ! Deux jeunes gens s'aiment, ils se marient, ils ont un enfant, ils communiquent à cette suave créature quelque chose de la première fraîcheur de leur amour. Plus tard l'enfant grandit et, à mesure qu'il a besoin de plus de sérieux, ses parents gagnent en maturité ; plus tard l'enfant s'établit: si c'est un fils, il entre dans une carrière; si

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