‹ Dieu et la conscienceChapitre 8 sur 73 · Critiqtie de la raison pratique, traJ. Barni, p · texte numérisé non relu

Critiqtie de la raison pratique, traJ. Barni, p

de nos jours ? Le plus souvent elle se retranche dans la conscience, et, s'appuyantsurraxiome moral que proclame le sens commun de Thumanité, elle affirme avec énergie que le devoir a seul les caractères d'une loi et que cette loi nous prescrit de faire le bien, non pour notre plaisir ou pour notre intérêt, ni en vue du plaisir ou de l'intérêt de quelqu'un que nous aimons, mais uniquement parce qu'il est le bien. Noble et pure doctrine, mais qui, encore une fois, ne nous conduit pas plus loin que la conscience naturelle : car elle nous exhorte à faire le bien, sans nous dire ce qu'il est et oii il réside ; nous y trouvons les éléments du problème, non sa solution. Serait-ce qu'on se défie de la réflexion et que, décidément, on s'en tient au sentiment moral, c'est-à-dire k l'instinct, comme étant moins sujet à l'erreur? Mais cela même est une erreur, et contre ces philosophes qui abdiquent devant le sens commun en morale, nous demandons la permission de défendre les droits de la philosophie.

On oppose souvent la constance, l'uniformité, l'infaillibilité prétendue des appréciations morales du sens commun aux diversités , aux variations , aux erreurs de la philosophie sur la nature des vrais biens et des vrais maux. Mais ces variations , ces erreurs, ces contradictions sont aussi réelles et plus nombreuses chez le vulgaire que chez les philosophes. Le principe seul, entrevu par l'instinct, est sûr et invariable ; les applications sont incertaines, tantôt vraies, tantôt fausses. C'est que chez la plupart des hommes, même de ceux qui réfléchissent, la conception naturelle et infaillible du devoir est toujours compliquée d'une idée vague et confuse du bien, résultant elle-même

DU DEVOIR ET DD BIEN. iS

de notions et de croyances traditionnelles en même temps que de l'expérience de chacun. Tel est, à vrai dire, cet enseignement de la conscience oii Ton veut que soit contenue la morale tout entière. Sur le terrain de la pratique, cet enseignement est et doit être notre règle : l'honnête homme est celui qui s'y conforme. S'agit-il donc de la conduite à tenir tel jour, à telle heure, dans telles circonstances ? La conscience suffit, et nous ne saurions en appeler de ses décisions ; car elle invoque une loi souveraine et universelle. Faire le bien est notre vocation évidente; et comme, dans la pratique, nous ne pouvons être tenus qu'à faire le bien qui nous est connu et possible, le bien que nous avons à faire dans chaque cas particulier est déterminé par un simple retour sur ce que nous savons et ce que nous pouvons. De là l'exacte vérité de ce précepte que nous donnent d'un commun accord la philosophie et l'Évangile : « Agissez suivant votre conscience, » ou : « Agissez suivant que vous êtes pleinement persuadé en votre^ esprit. » Mais si, au lieu de l'honnête homme, vous considérez le métaphysicien, et que de la pratique vous passiez à la théorie, il n'en est pas tout à fait de même. S'agit-il, en effet, de savoir ce qu'est en soi le bien, d'une manière générale et absolue? La conscience est muette; car, si elle indique la conduite à tenir, elle n'en rend pas compte ; si elle renferme quelque idée du bien, c'est une idée enveloppée et concrète ; enfin, si elle proclame chez tous les hommes le caractère souverainement obligatoire du bien, elle ne tient pas partout et toujours le même langage sur son essence, mais elle varie et se contredit elle-même suivant les temps,

les pays, les occasions et les dispositions de chacun. Obligés d'avouer que les individus isolés jugent diversement du bien et du mal, soit en général, soit dans les circonstances particulières de la vie, les adversaires de la philosophie allèguent Tautorité du nombre, attribuant à la multitude Tinfaillibilité trop visiblement refusée au^ individus. Il y a suivant eux un moyen fort simple et facile de savoir en quoi consiste le bien : c'est d'agir comme tout le monde, ou de faire ce que tout le monde approuve. Mais qui ne sait que ce que tout le monde approuve à un moment donné n'est pas toujours le bien? L'opinion n'est pas la vérité; pourquoi le serait -elle plus ici qu'ailleurs ? Or le monde se règle sur l'opinion, il obéit à des idées, à des croyances, à des habitudes dont il ne saurait rendre raison, et ces croyances morales qu'on dit être celles de tout le monde, sont celles d'une société particulière, ou même d'une certaine époque dans l'histoire d'une nation. Elles manquent donc précisément de cette universalité sans laquelle il n'y a point de loi nécessaire et obUgatoirè.

Tout le monde connaît la puissante et irréfutable ironie de Pascal : « Plaisante justice qu'une rivière borne I vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. » Non, l'opinion d'un peuple, grand ou petit, telle qu'elle s'exprime dans ses coutumes, dans sa langue, même dans ses lois et ses institutions, n'est pas plus que la conscience individuelle une lumière infaillible pour discerner la nature du bien. Que dis-je? La conscience d'un seul honnête homme ne vaut-elle pas mieux pour cela que l'opinion, la mode ou les entraînements de tout un peuple?

11 faut s'élever plus haut ; il faut, si Ton est philosophe, substituera l'instinct, soitd'un individu, soitd'une nation, les enseignements de la réflexion et de la science. Bien plus, il ne faut pas que Tefifort de la réflexion se borne à constater Je caractère obligatoire du bien, et à définir, comme on le fait autour de nous, le bien par le devoir. Il y a là un paralogisme des plus choquants. Qu'est-ce en efifet que le devoir ? L'obligation de faire le bien. Le devoir présuppose donc le bien, et c'est par cette dernière idée qu'un philosophe doit expliquer celle du devoir.

Mais, dira-t-on, que peut ici la philosophie, et comment dire ce qu'est le bien d'après les philosophes ? Estce le plaisir, le bien-être, le bonheur? Est-ce la force, l'autQrité, le pouvoir? Est-ce la richesse ou la beauté? Est-ce la raison, la science, la justice ou la vertu, ou la perfection, ou le progrès? Est-ce l'intérêt général ? Est-ce quelque chose de divin, comme la piété, ou la charité, ou l'obéissance à Dieu, ou l'union avec l'Être parfait ? Est-ce quelque chose d'humain, comme la liberté, la personnalité, la dignité ? Comment choisir entre ces diverses définitions? Or ce ne sont laque les principales acceptions du mot bien ; il doit y en avoir beaucoup d'autres, si l'on en croit le sceptique Varron qui, paraît-il, en avait compté deux cent quatre-vingt-dix-huit, pour se moquer sans doute de la philosophie à la fois et du genre humain, puisque les philosophes ne sont pas seuls à dogmatiser sur le bien et le mal, mais que tout homme, pour ainsi dire, a la prétention d'en savoir là-dessus autant que le plus habile. Cette diversité de solutions a de quoi eff'rayer un enfant ; un philosophe y voit l'indice

d'une question grave et difficile, sans croire pour cela qu'elle soit insoluble.

Reprenons donc avec les philosophes notre recherche nterrompue, et constatons avec la plupart d'entre eux, notamment avec Aristote et Jouflfroy, que, si le bien est la loi de notre nature, c'est parce qu'il lui est conforme et que nous y entrevoyons la plus haute perfection de notre être. Élevée ainsi à sa signification philosophique, cette expression : faire le bien, revient donc à celle-ci: accomplir notre destinée, réaliser notre fin idéale, Reste à savoir en quoi consiste cette fin ou cet idéal, et c'est à quoi peut servir la connaissance de la nature humaine. Aussi, telle est la doctrine psychologique d'un philosophe ou d'une école philosophique, telle est, telle devrait être sa doctrine morale : noble, élevée, sublime, si Ton s'est fait de l'homme une grande idée ; étroite, mesquine et basse, si on l'a mutilé dans ses facultés, si on lui a refusé celles qui font de lui le chef et le maître légitime de la création terrestre. La vérité étant connue sur notre nature et nos facultés, elle le sera aussi sur le bien, entendu corome l'accomplissement de notre destinée idéale.

La morale philosophique en général, la morale du spiritualisme en particulier, qui est la seule vraie, parce que seule elle admet le devoir et le Ubre arbitre, suppose la psychologie faite; c'est là sa force et son imperfection tout ensemble: sa force, si l'on connaît la nature de l'homme; sa faiblesse et son imperfection, si cette science préliminaire est encore inachevée, comme elle l'est en effet *.

i. Voir plus loin le chapitre inlituié : De l'âme et de la $eience de Vâme, où cette question est traitée à fond.

Supposons néanmoins que la psychologie soit faite. Prenons pour définitif ce qu'elle nous enseigne dans son état actuel, non chez tel ou tel philosophe en particulier, mais comme science, comme étude traditionnelle oii toutes les vérités acquises doivent prendre place, et demandons à cette science son dernier mot au moment présent. Je ne serai démenti, je crois, par aucun des maîtres de la psychologie contemporaine, si j'affirme que, suivant eux, rhomme est essentiellement ce qui dit moi en chacun de nous, que ce moi est un être, une force, une cause une, simple, identique ; qu'il est doué d'une activité qui se déploie en tous sens, dans le monde intelligible et dans le for intérieur de la conscience comme dans la sphère des sens et des choses visibles, et qui s'y manifeste par la pensée, l'amour, le mouvement et la volonté. C'est dans la volonté que réside essentiellement le pouvoir personnel ou l'empire dé l'homme sur soi-même et sur ses facultés naturelles ou acquises : pouvoir dirigeant, libre et responsable *.

Cela posé, à quelle fin est appelé un être ainsi constitué? Cette fin, dans sa totalité, ne saurait être exclusivement la science, ou la domination sur la nature, oulaforce morale sans le bonheur, ou le bonheur sans la vertu. L'homme idéal que chacun de nous a le devoir de réaliser en lui-même doit posséder tout cela. Voilà, dans ses termes les plus généraux, le souverain bien de l'homme, tel qu'il résulte de la description de sa nature, de ses facultés, de ses inclinations et de ses aptitudes. En y faisant

1. Pour plus de développcmenis, voir notre livre : De l*dme humaine, chapitre II, { iv.

rentrer dans une juste proportion toutes les lins particulières auxquelles nous aspirons tous par nos diverses puissances naturelles, on sera assuré, ce semble, d'avoir déterminé exactement ce bien total, un et complet, au delà duquel nous n'aurions rien à souhaiter.

Cependant, je ne crains pas de le dire, quelque supérieure qu'elle soit en exactitude et en étendue aux conceptions d'Aristote, d'Épicure et de Zenon, aussi bieii que de Spinoza, d'Helvétius et de l'école positiviste, cette idée du bien est encore insuflSsante pour fonder la science morale. Ce bien, que nous appelons souverain, parce qu'il comblerait tous nos vœux, n'est après tout qu'un idéal humain. Il ne rendrait pas compte du devoir, c'està-dire du caractère obligatoire du bien . Le désirable n'étant pas le nécessaire, la raison peut en demander le pourquoi : ce n'est donc pas encore le premier principe que cherche le philosophe, la règle suprême de la vie, sous sa forme la plus haute, laplus complète ,1a plus scientifique.

Heureusement la notion de fin, que nous avons prise pour fil conducteur, peut nous mener plus loin.

L'homme n'est pas un individu isolé ; il ne se développe qu'au sein d'une famille et dans la société de ses semblables. L'espèce humaine elle-même n'est pas seule. Il y a d'autres êtres en relation avec l'homme, avec l'humanité. De là des influences réciproques, des conditions de développement dont il faut évidemment tenir compte; sinon l'on risquerait de poursuivre une chimère. Notre bien idéal ne doit pas plus être conçu en dehors de nos conditions d' existence et de développement qu'en dehors de notre nature, dont ces conditions sont elles-mêmes un aspect.

Ce n'est pas tout. L'idée du bien n*est pas embrassée tout entière, dans son ampleur et sa majesté, quand on la réduit à Thomme individuel , ou même à Thumanité. Puisqu'il y a d'autres êtres que nous , d'autres espèces que la nôtre, chaque être, chaque espèce ayant sa fin particulière et son propre idéal, il est clair que la somme de toutes ces fins , de toutes ces destinées, de toutes ces perfections réalisées , est plus considérable que la perfection d'un seul de ces êtres , même le plus grand , ou d'une seule de ces espèces, fût-elle la plus élevée en dignité et la plus excellente.

Lorsqu'on se place à ce point de vue , l'horizon moral s'agrandit. Par delà la sphère individuelle, où se renfermaient trop souvent les moralistes de l'antiquité et que Kant n'a pas franchie, on découvre, avec Malebranche , Leibniz et Jouffroy, l'idée imposante de l'ordre universel dans lequel est compris l'ordre social , lequel n'est réalisé que par l'accomplissement des destinées individuelles , combinées entre elles en vertu de la solidarité humaine.

Sommes-nous arrivés au terme de notre recherche, et l'ordre est-il le bien en soi , fondement de la justice , de la sainteté, de toutes les vertus et du principe de toute vertu, qui est la loi du devoir? Je n'hésite pas à considérer cette opinion comme inexacte et erronée.

Il est vrai que le bien ainsi conçu , sous la forme de l'ordre, ne contredit pas , mais confirme l'idée que nous en avions obtenue en consultant la nature humaine. Notre bien propre , c'est-à-dire l'accomplissement de notre destinée spéciale, est contenu dans le bien général.

Il est dans l'ordre que chaque être, que Thomme en particulier accomplisse sa destinée, une destinée conforme à sa nature.

En second lieu , il est juste de reconnaître ce qu'il y a d'élevé dans cette conception de Tordre unniversel, et combien elle l'emporte en largeur et en beauté sur la première idée que nous nous étions faite du bien, en le restreignant à l'homme et à la nature humaine.

Mais d'un autre côté, comment ne pas avouer que ce qu'il y avait de borné, de fini, de relatif dans notre première notion du bien, se retrouve dans la seconde. Tous les êtres de l'univers sont finis, contingents, créés. Leur nature leur a été donnée par la cause première ; c'est donc elle aussi qui leur a tracé leur destinée , en sorte que toutes ces destinées et le bien qui résulte de leur accomplissement, oul'ordre universel, doiventnous apparaître comme un effet de la Providence , comme la loi de chaque être et du monde entier, la loi établie par le Tout- Puissant , en un mot la volonté de Dieu. M. Jouffroy va jusque-là : il s'arrête trop tôt, suivant nous.

L'ordre , même voulu de Dieu , n'épuise pas l'idée auguste du bien suprême, du bien absolu, éternel.

Remarquez d'abord l'obscurité de cette notion d'ordre. Qui connaît l'ordre universel ? Si la loi morale est de faire le bien et si faire le bien consiste à concourir à l'ordre universel, il faut convenir que la loi morale n'est ni claire pour l'esprit, ni facile dans la pratique.

Ensuite, l'ordre universel est un pur idéal, un concept, non une réaalité. Un simple coup d'œil jeté sur le monde suflSt pour nous montrer que rien n'y accomplit sa des-

tinée, à cause d'une sorte de concurrence, sinon de conflit et de guerre, entre les différentes espèces ou entre les individus de chaque espèce.

Le bien , tel que nous l'avons défini jusqu'à présent , soit dans Thomme, soit dans Tunivers, est imparfait, incomplet, c'est-à-dire qu'il n'est pas le bien absolu, le souverain bien que nous nous sentons obligés de prendre pour le but suprême de nos efforts. Le bien ne serait-il donc qu'un désir, une aspiration sans objet, ou une notion, une idée sans valeur objective? Voilà ce qui semblé jusqu'ici résulter invinciblement de l'examen des faits , et voilà pourtant ce que nous ne saurions accepter, si nous avons fermement retenu l'enseignement de la conscience morale sur la nature souveraine du bien absolu , immuable , éternel , éternellement nécessaire et obligatoire.

L'axiome moral nous contraint donc, sous peine de contradiction, de remonter au-dessus de l'homme et de la nature, quand il s'agit de leur cause finale et de leur souverain bien, comme lorsqu'il s'agit de leur première origine et de leur cause initiale et efficiente. Dieu s'impose à notre raison partout et toujours en tant que premier principe, et comme il est l'auteur de notre être, il en est aussi la fin et le bien suprême.

On objectera peut-être que, si l'ordre universel, résultant de l'accomplissement de toutes les destinées, n'est pas actuellement existant, il sera quelque jour, puisqu'il est ce qui doit être. Mais précisément il n'est pas ce qui .doit être, à prendre cette expression dans son sens métaphysique. Détaché de Dieu, seul être nécessaire, isolé de

lui par la pensée, un être contingent, quel qu'il soit et à quelque degré de son développement que vous le considériez, n*est et ne sera jamais ce qui doit être ; il est toujours ce qui peut ne pas être. Il en est de même décent, de mille êtres contingents, que dis-je ? de la totalité des êtres contingents. Il leur faut à tous, comme à chacun, une raison d'être ; il faut une cause capable de rendre compte de leur plus grande perfection, comme de leur premier début dans Texistence ou leur première participation à rêtre et à la perfection. Cette cause, cette raison suffisante, où serait-elle sinon en Dieu, qui seul est parfait actuellementetéternellement, qui n'est pas seulement une idée, même l'idée du bien, mais le Bien, le bien réel et vivant?

Voilà donc enfin un point fixe, une réalité absolue, éternelle, souveraine, pouvant servir de premier principe à la morale, parce que là seulement se rencontrent tous les caractères que l'instinct infaillible, unanime et indiscutable du genre humain attribue au bien, aperçu comme la loi de tous les êtres et la règle de la vie humaine. Nous ne nous inclinons devant le devoir, nous n'avons l'obligation de faire le bien que parce que le bien est le premierprincipe, la cause toute-puissante, l'idéal suprême, le but excellent et réellement existant de tous les êtres.

Mais quoi ? s'agit-il donc pour l'homme de se faire Dieu, ou de s'abîmer dans l'être infini, abîme profond, océan de perfection où chaque être devrait retourner et se perdre, comme les fleuves dans la mer ? Se faire Dieu serait un rêve insensé, une tentative ridicule. Nous abîmer en Dieu serait contraire à toutes les indications

de notre nature : ce ne serait pas chercher notre bien, mais abdiquer et nous anéantir. De tels excès ne sont nullement nécessaires. On peut aspirer au divin sans oublier jamais ni ce qu'on est ni où Ton est, quand on se préoccupe de la conduite à tenir. Le bien actuellement réalisé en Dieu n'exclut pas le bien réalisable dans le monde et dans l'homme*. Le dernier résultat de nos recherches vient couronner, bien loin de les abolir, les résultats de nos premières analyses.

Nous possédons maintenant tous les éléments de la solution que nous cherchions; il ne s'agit que de les coordonner pour être en état de conclure sur la nature de ce souverain bien dont nous devrons ensuite déduire tous nos devoirs. Au point otinous sommes parvenus,'c'est une tâche facile; car la formule de la loi morale, rattachée à son premier principe, résulte clairement de tout ce qui vient d'être dit.

Faire le bien, ce n'est pas seulement agir conformément à notre nature ; ce n'est pas seulement concourir à Tordre universel ; ce n'est pas seulement aspirer au divin : c'est tout cela à la fois. C'est aspirer au divin, à la perfection suprême, dans les limites et suivant les conditions de notre nature, et en tenant compte du rôle que nous assigne notre place dans le monde et dans la société de nos semblables.

Tel est le but élevé à la fois et pratique de la vie humaine. En la conduisant dans ce sens, on n'obéit pas à une abstraction, mais à Dieu lui-même; on n'est point

1 . Sar le véritable rôle de l'idée de Dieu en morale, voir pins loin, chapitre III, p. 47 el suivantes.

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