‹ Dieu et la création (volume 2)Chapitre 1 sur 2 · RÉSERVE DE TOUS DROITS · texte numérisé non relu

RÉSERVE DE TOUS DROITS

I^PlOLOC3-TJE

AvanJ de poursuivre, avec l’année qui commence, îa suite de celte Élude à laquelle nous avons donné pour tiire « Dieu el la Création » nous croyons utile et convenable de résumer en quelques mots le contenu des 25 arlicles qui précèdent et de donner en même temps l’aperçu des matières qui feront l’objet des numéros qui vont suivre.

Nous l’avons dit, notre but, en entreprenant ce travail de philosophie religieuse, est de développer l’imagination de nos lecteurs au sujet de l’Univers où nous leur montrons l’infini de l’espace et l’éternité du temps; d’agrandir la sphère de leur travail intellectuel par l’étude des phénomènes astronomiques, de la géologie des Planètes, de la physiologie et de la psychologie des Êtres; d’offrir, en un mot, à leurs méditations de hauts sujets d’étude capables de faire naître dans leur esprit une conception plus vaste et plus digne de la Création , capables de donner une juste idée de la Grandeur et de la Puissance de l’Être Suprême par la puissance et la grandeur de ses œuvres. Notre but est de travailler dans les limites de notre intelligence el de nos moyens, si faibles soient-ils, au progrès de notre chère Planète, au développement du sentiment religieux, à la pose des fondations d’une Religion Scientifique

capable de séduire et de satisfaire les esprits les plus récalcitrants et les plus réfractaires.

Nous divisons Tensemble des phénomènes qu’on voit se manifester dans l’Univers en six Règnes, règnes que l’on est obligé de séparer les uns des autres pour la clarté du langage et de l’exposition mais qui, en définitive, n’ont aucune ligne tranchée de démarcation, et ne sont que la série ininterrompue des échelons successifs de transformations qui, de proche en proche, conduisent d’un côté: la matière à une certaine forme déterminée finale qui peut varier pour chaque Planète, et de l’autre: l’Ame, l’esprit, vers un certain état intellectuel, moral et religieux, qui va toujours en se perfectionnant. Ces six règnes sont :

Le règne sidéral dans lequel tous les corps célestes: Soleils ou Planètes, Comètes ou Satellites, nous apparaissent comme les molécules d’un grand Tout remplissant l’infini de l’espace, dans lequel tout est en mouvement et où tous les corps, qu’ils soient gazeux, liquides ou solides, qu’ils soient obscurs ou lumineux, incandescents ou refroidis, se meuvent dans des courbes de même nature en obéissant aux lois de Képler et de Newton. Là règne une Force dont la cause est inconnue : la Gravitation, donnant naissance à un groupe de phénomènes déterminés.

Le règne minéral qui comprend l’ensemble des lois qui régissent la matière brute sur notre Terre et par conséquent aussi ’, en vertu de la loi d’ana-

logie, sur toutes les Planètes de l’espace. Là nous voyonsapparaîtred’autresmouvemenisqui échappent aux lois de Képler et de Newton, et se manifester des phénomènes entièrement nouveaux : ce sont les phénomènes physico-chimiques qui sont attribués par nos savants à l’action de Forces distinctes telles que VÉlectricüé, la Chaleur, le Magnétisme, etc.. Toutes ces forces diverses, les physiciens ont démontré leur unité originelle et les ramènent toutes à n’être qu’autant de manifestations des ondulations de l’éther. La vibration de l’éther est le phénomène fondamental d’où découlent tous les autres, et c’est là la cause inconnue de tous les phénomènes physico-chimiques. Cette cause nos savants l’appellent rEthérodynamie. Cette Force agit sur les grosses masses aussi bien que sur les molécules et produit des effets invariables qui sont toujours les mêmes quand ils s’accomplissent dans des conditions semblables. Ainsi le règne minéral est caractérisé par des phénomènes de deux sortes : phénomènes de mouvement Képlérien et phénomènes physico-chimiques, attribuables à l’action de deux forces appelées Gravitation et Ethérodynamie.

Le règne végéTxVl dans lequel on voit apparaître une force inconnue nouvelle dontles effets sontcaractéristiques et qu’on appelle la Vie, et qui se trouve largement associée aux forces qui caractérisent les deux règnes précédents. Là apparaissent les phénomènes d'irritabilité inconsciente. La Vie est une Force inintelligente ayant ses lois constantes mais qui n’onl

plus Fabsolu mathématique de la Gravitation et de rEthérodynamie ; elles oscillent seulement entre certaines limites infranchissables pour chaque Planète. Le règne végétal est donc caractérisé par trois forces : la Gravitation , VÊlhérodynamie et la Vie et par trois genres de phénomènes : phénomènes de mouvement Képlérien, phénomènes physico-chimiques et phénomènes vitaux.

Le règne animal. L’animal exécute des mouvements dont la cause déterminante est évidemment en lui ; cette cause est la Volonté, laquelle est liée à la sensibilité et à la conscience. L’animal sent, juge et veut, c’est-à-dire qu’il raisonne et que par conséquent il est intelligent. On constate en lui des phénomènes qui se rattachent à ce que nous appelons caractère, sentiment, passion. Tous ces phénomènes nouveaux caractérisent le règne animal, et comme ils sont différents ils ne peuvent être attribués aux mêmes causes. Nous appellerons Ame animale la cause inconnue qui produit tous ces phénomènes. Ainsi le règne animal est caractérisé par quatre forces inconnues : la gravitation, l'éthérodynamie, la vie et l'âme animale qui produisent les phénomènes de mouvement Képlérien, les phénomènes physico-chimiques, les phénomènes vitaux et les phénomènes de mouvement volontaire.

Le règne humain. De plus que l’animal l’homme a le langage articulé ; il a /a notion du bien et du mal moral ; il croit à des Êtres supérieurs pouvant influer sur sa destinée et il croit à la prolonga-

tion de son existence après cette vie, phénomènes nouveaux qu’on doit rapporter h une faculté nouvelle : la Religiosité.

Nous regarderons la foule de manifestations de l’activité humaine comme produite par une cause inconnue qu’on appelle l'Ame humaine, cause qui fait un Homme, d’un organisme tout animal. Ainsi pour le règne humain les causes sont : la gravitation, ïéthérodijnamie , la vie, Vâme animale^ Vâme hu~ maine, et leurs manifestations produisent : les phénomènes de mouvement Képlérien, les phénomènes physico-chijniques, les phénomènes vitaux, les phénomènes de mouvement volontaire et enfin les phénomènes de moralité et de religiosité', ensem!)le de forces et de causes inconnues qui font de l’homme un véritable Microcosme, (d)

Le RÈGNE SPIRITE. Ce règne, que l’on est obligé d’inscrire à la suite des précédents, est caractérisé par les phénomènes nouveaux réunis sous le nom de vie d'outre-tombe et de relations entre vivants et morts. Le domaine de ces faits est encore trop incomplètement exploré et trop peu connu pour que l’on puisse établir un tableau corrélatif entre les forces et les phénomènes.

Dans nos articles de l’année qui vient de s’écouler nous avons parlé du règne sidéral. Nous avons fait, voir la matière atomique universelle se condensant

(1) Cette classification est empruntée à de. Quatrefages , membre de l’académie des Sciences.

en Nébuleuses qui, de poussière d’or, deviennent des républiques d’astres se groupant en familles dans tous les coins de l’espace et forment des Soleils, des Comètes et des Terres. Nous avons essayé de faire voir que devant tant de Grandeur et de Magnificence, et surtout devant lant d’Ordre et d’Harmonie, l’esprit humain devait absolument admettre une cause première infiniment grande et toute-puissante, car :

Il 11 y a pas d'effet sans cause.

Tout effet intelligent a une cause intelligente.

La puissance de la cause intelligente est en raison directe de la grandeur de l'effet.

Et il est défendu à tout esprit scientifique de nier la valeur mathématique de ces trois axiomes qui doivent servir de base à toute élude philosophique.

Nous avons montré aussi la grandeur de l'Ame humaine qui, par l’effet de celle partie intégrante de son Moi qu’on appelle l’inteiligence, par son travail libre, individuel et collectif, est arrivée à découvrir les grands secrets de la nature et h comprendre presque le jeu de toutes les forces qui constituent sa vie. il n’y a pour ainsi dire que Dieu ,qu’elle ne peut pas comprendre. Mais du moins a-telle celte consolation de se dire que déjà elle Le peut concevoir.

Dans ces articles nouveaux nous allons achever la description du Soleil ; puis, en peu de mots, nous

passerons en revue chaque Planète de notre système, ensuite, centralisant nos études, nous nous arrêterons à notre Terre bien-aimée dont nous essayerons de faire l’histoire aussi complète que possible en passant par toutes les transformations dont elle fut le théâtre tant dans son règne minéral que dans ses règnes végétal et animal ; enfin, la considérant dans son règne humain nous essayerons de faire Thistoire de VHomme d’abord examiné au point de vue physiologique, ensuite étudié psychologiquement, comme Esprit.

De cette sorte, à chacun de nos lecteurs qui aura bien voulu nous suivre, nous aurons donné tous les éléments nécessaires pour bien connaître TUnivers dans son ordre admirable, pour connaître sa propre nature, et pour bien comprendre enfin le but et les destinées merveilleuses pour lesquels il a été créé. Il aura dans ses mains de quoi satisfaire à cette maxime dont les philosophes anciens préconisaient la méditation avec tant de raison :

(i) Connais-toi Toi-même.

René Caillé ,

VICE-PRÉSIDENT HONORAIRE DE LA SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE d’ÉTUDES PSYCHOLOGIQUES DE PARIS.

(1) Ceux de nos nouveaux lecteurs qui désireraient lire la partie de « Dieu et la Création » publiée pendant l’année 1881, la trouveront dans un opuscule déposé à Liège aux Bureaux du « Messager » et à Paris à la librairie des sciences psychologiques rue Neuve-des-Petits-Champs n» 5.

Le Soleil, — Ainsi parlait à Tacadéniie des sciences Tastronome de Meudon et voilà déjà que la photographie vient prêter son secours à la chimie céleste, et c’est au moyen des images qu’elle nous donne que l’on est enfin aujourd’hui à peu près sûr de la constitution du Soleil qui nous chaufife, nous éclaire et nous nourrit. Je vais essayer de vous donner une idée de la nature de cet astre.

De suite, en deux mots, je vous dirai qu’à son centre il présente (c’est ce qu’il y a de plus probable) des matières liquides en fusion qui pourraient bien n’être autre chose que de l’hydrogène. Au-dessus de ce noyau liquide se trouve une atmosphère très dense composée d’hydrogène, laquelle est traversée par des courants violents qui en agitent la masse

et dans laquelle l’hydrogène, se condensant h chaque instant, donne lieu au phénomène des granulations. Ce sont des corpuscules sphéroïdaux, bulles de gaz enflammé ou grains solides, qui sont la source de la lumière que produit Tastre. Cette atmosphère de granulations est ce que l’on appelle la Photosphère, mot composé de deux mots grecs qui signifient : engendrer la lumière. Autour de la photosphère se trouve une autre atmosphère infiniment plus légère appelée Chromosphère. Cette atmosphère est absolument la môme que celle qu’au moyen du spectroscope on a découverte autour de la plupart des étoiles. Elle est composée d’hydrogène, est très-tourmentée et lance de tous les côtés d’immenses jets gazeux formés d’hydrogène incandescent qui s’élèvent à plus de 30,000 lieues de hauteur et auxquels on a donné le nom ùq Protubérances. Enfin, entourant tout cela, une troisième atmosphère immense et composée d’hydrogène infiniment raréfié que M** Janssen a reconnue et particulièrement étudiée, et à laquelle il a donné le nom cVatmosphère coronale.

Telle est la théorie de la constitution du Soleil résultant des idées actuelles de nos deux astronomes français M" Janssen et M" Faye.

Certains astronomes croient que le Soleil n’est qu’une grande Terre, en voie de se refroidir comme elle en passant par les mêmes phases, et que môme il est plus avancé qu’on ne croit dans sa solidification et son extinction. Ils affirment que la surface

de son disque est aujourd’hui liquide, qu’il contient une croûte solide qui enveloppe son noyau en fusion, et que photosphère et chromosphère ne sont qu’une atmosphère immense composée de gaz, de vapeurs minérales et aqueuses à l’état de dissociation. La couche solide n’est pas encore suffisamment résistante pour pouvoir s'opposer aux efforts expansifs qu’elle éprouve de rintérieur. La formation des taches solaires ne serait alors qu’un phénomène éruptif et volcanique. En 1774, disent-ils, Wollaston vit positivement une tache se briser en plusieurs morceaux comme le fait un morceau déglacé lancé sur la surface d’un étang gelé, et Halley raconte qu’il assista h la transformation d’une tache qui fut telle qu’il lui sembla voir la fracture d’une large scorie brisée comme un morceau de glace atteint par un coup de pierre.

Autrefois Herschell considérait le globe solaire comme formé d’un noyau obscur et relativement froid surmonté d’une atmosphère très-réfléchissante ayant pour but de renvoyer dans l’espace les rayons calorifiques d’une seconde atmosphère située audessus à laquelle il avait donné le nom de photosphère. Cette théorie fut acceptée et longtemps admise, c’est ce qui fait dire à Arago dans son Astrv- ^ nomie populaire : «Si l’on me posaitsimplementcette question : le Soleil est-il habité? Je répondrais que je n’en sais rien. Mais qu'on me demande si le Soleil peut être habité par des êtres organisés d’une manière analogue à ceux qui peuplent notre globe.

je n’hésiierais pas à faire une réponse affirmative.»

Aujourd’hui l’on ne peut pas faire une pareille affirmaiiou et je suis complètement de l’avis de M** Janssen h ce sujet. Sachant que notre Soleil provient d’une Nébuleuse condensée comment concevoir que celle Nébuleuse ait pu donner naissance à un Soleil à noyau froid quand on sait que la condensation augmente la chaleur et ne peut pas la diminuer; a et d’ailleurs, dit M" Janssen, est-ce que le système solaire n’est pas un tout, un organisme dans lequel chaque partie a sa fonction? Celle de l’astre central est de répandre, par ses radiations, la chaleur et la lumière sur les planètes qui l’entourent. Ce sont celles-ci qui doivent être constituées pour devenir le théâtre de la vie. Vouloir mettre des habitants dans le Soleil c'est coniînettre une faute contre Vharmonie de f univers. Une loi fondée sur les propriétés les plus essentielles de la matière a réglé que sa masse entière serait appelée à entretenir le pouvoir rayonnant de l’astre et qu’il faudrait en quelque sorte anéantir cet immense réservoir de force avant d’atteindre la venu qui réside à sa surface. Nous pouvons donc nous rassurer : bien que notre Soleil ne soit pas parmi les étoiles les plus blanches et les Soleils les plus jeunes, il a cependant des perspectives qui peuvent suffire aux rêves les plus ambitieux de l’humanité. »

Oui vraiment le Soleil, quoique formé, comme nous venons de le voir, de matières incandescentes, pourrait être habité par des Esprits. Nous savons en

effet que notre périsprit est formé d’une matière particulière, si fluide et si ténue qu’elle passe à travers la matière elle-même, à travers la matière grossière qui forme les corps sur notre Terre ; à travers les portes, et à travers les murs. Nous savons aussi que le périsprit traverse les flammes sans ressentir aucune impression douloureuse. On pourrait donc facilement admettre que le Soleil est habité. A mesure que la créature humaine s’est élevée, par des morts et des résurrections successives, dans l’échelle des âmes, elle a vu diminuer en elle la proportion de substance matérielle qui composait son individualité , et l’on pourrait admettre qu’un jour, entièrement dépouillée de tout alliage charnel, devenue pur Esprit, elle se confondît avec l’essence solaire qui ne serait alors pour ainsi dire qu’une collection, qu’une agrégation d’âmes. En effet, dira-t-on, puisque le Soleil est la cause première de la vie sur notre globe, l’agent créateur de tout ce qui est organisé sur la Terre, pourquoi ses rayons ne seraient-ils pas les émanations de ces âmes veillant sur les destinées des Planètes et arrivant à elles sous la forme visible de rayons? Alors entre le Soleil et les Planètes existerait un échange continuel de radieuses émissions. La lumière donne l’existence aux plantes, et les plantes ayant reçu du Soleil le germe de vie, de sensibilité et d’amour, les communiquent aux animaux ; et ces germes d’âme, déposés dans le sein des animaux, se perfectionnent d’un animal à l’autre

pour s’incarner finalement dans la forme humaine. Puis l’être surhumain succède à l’homme pour s’élancer dans les plaines de l’éther et commencer la série des transmigrations qui doivent le conduire au sommet de l’échelle de la perfection spirituelle, et le faire pénétrer dans le séjour du suprême bonheur, dans le Soleil. Cercle sans fin de mouvement et de vie, chaîne ininterrompue qui relierait l’un h l’autre tous les êtres de la nature.

Nous avouons ne pouvoir admettre une théorie semblable. ï.e Soleil est évidemment l’agent des transformations de la matière. Il n’est autre chose qu’un immense foyer magnétique, centre de la vie matérielle de chaque système planétaire, créant les corf)s organisés, formant leurs sexes, les alimentant d’électricité féminine ou masculine, ménageant à chacun la nourriture qui lui conviani par la fotxe de l'attraction. L’attraction en effet est la Force unique répandue partout, en poudre impalpable aussi bien qu’en globules solaires ou planétaires, et c’est elle qui préside à toutes les métamorphoses do la matière. C’est elle qui conduit le pollen sur le pistil, le papillon sur la rose et le lion aux pieds de la lionne. Car la matière est androgyne et l’attrac- ‘lion qui dans la Nébuleuse s’appelle affinité, dans la matière organisée s’appelle amour. L’amour est le grand maître de la formation des âmes. C’est lui qui attire l’une vers l’autre deux âmes qui jusque là vivaient inconnues, les réunit, les combine, les fait s’aimer et combattre ensemble; leur donne la

sensibilité par rallrait du plaisir ou de la douleur ; les forme par la privation, la jalousie, la baine; l’abnégation, le sacrifice, le dévouement, qui sont les principes élémentaires qui conduisent à l’amour divin : Vamour des âmes.

L’Univers est âme et matière et l’une se forme par l'intermédiaire de l’autre. Elles sont réunies l’une à l’autre par la vie qui leur est donnée par l’attraction magnétique qui leur vient du Soleil. De même que la matière va toujours en se métamorphosant et se transformant, dç même l’âme avec elle va toujours en grandissant en puissance et en amour. Les âmes, arrivées sur leur globe h la perfection relative, ont devant elles les autres Planètes, ou l’éther lui-même, pour champs de leurs travaux nouveaux, jusqu’à ce qu’elles soient devenues dignes de partager la Puissance divine et d’être les collaboratrices de Dieu et ses ministres dans son œuvre d’éternelle création, (i)

Éclipse solaire de i87i.—Je vais maintenant, chers lecteurs, essayer de vous faire voir comment les astronomes ont pu arriver à des idées aussi certaines sur la constitution et la nature d'un astre éloigné

(1) Plus tard, quand nous essaierons la théorie de la Terre, nous émettrons plus explicitement notre opinion.

— so¬

dé nous de 38.000.000 de lieues. C’csl M'’ Janssen qui me guidera dans toute celte étude. Vous voyez que la source est bonne et que nous pouvons y boire avec confiance, car il est au premier rang parmi ceux à qui Ton doit à ce jour les notions les plus exactes sur l’être mystérieux qui préside aux transformations de la matière dans le système planétaire auquel appartient notre globe. Le spectroscope et la plaque photographique ont été les deux instruments qui, perfectionnés par M** Janssen , l’ont conduit à ses belles découvertes. C’est par lui que se fonde à Meudon l’observatoire d’astronomie dont il est le directeur et qui doit avoir spécialement pour objet l’étude physique et chimique du ciel.

C’est pendant la grande éclipse solaire de 1871, que les astronomes français allèrent étudier aux Indes, qu’il fut reconnu que l’hydrogène était félément principal desenveloppes gazeuses qui entourent le Soleil. On distingua parfaitement la chromosphère, les jets prolubéranliels qui s’en échappaient pour aller se dissiper dans l’atmosphère coronale, et, à la base meme de la chromosphère, une mince couche de vapeurs métalliques, très-lourdes, trèslumineuses, qui paraissaient être coaiposées surtout de Magnésium. Mais, ce que l’on étudia particulièrement, c’est la magnifique auréole de lumière qui entoure l’astre éclipsé. Cette auréole, ou couronne, avec ses rayons en gloire, ses gerbes et tous ses appendices lumineux, paraît quelquefois occuper

dans le ciel un espace trois à quatre fois plus grand que le Soleil lui-même. C’est un phénomène aussi énigmatique que ravissant.

Tout le monde sait que l’éclipse de Soleil a lieu quand , dans sa rotation autour de la Terre, la Lune vient juste se placer entre elle et le Soleil. M’’ Janssen fut désigné par le gouvernement français pour aller étudier l’éclipse de 1871 dans l’Hindouslan, h Shoolor, et il eut le bonheur d’être favorisé par un ciel d’une pureté sans égale. Voici comment il rend compte de ce merveilleux phénomène :

« La totalité de l’écIipse approchait. Le ciel était d’une ada^irahle pureté. Je m’étais immédiatement tracé un programme, car l’éclipse totale était seulement de deux minutes; on ne pouvait songer qu’à quelques courtes observations, mais tellement choisies qu’elles pussent lever définitivement les doutes qui planaient encore sur la nature de l’atmosphère coronale.

» Le Soleil va être complètement éclipsé ; il est actuellement réduit à un mince filet lumineux qui bientôt se résout en grains séparés. Je fais tomber le verre obscur de la lunette, et la couronne apparaît dans toute sa splendeur.

» Autour de la Lune, brillent plusieurs protubérances, d’un rose corail, qui se détachent sur le fond d’une auréole doucement lumineuse, de couleur blanche, mate et comme veloutée.

» Les contours de celte couronne sont irréguliers, mais assez nettement terminés. La forme générale

est celle d’nn carré curviligne centré sur le Soleil, et débordant celui-ci d’un demi-rayon dans les parties les plus basses et de près du double vers les angles. Cette couronne présente une structure très curieuse. On y distingue plusieurs traînées lumineuses qui, partant du limbe lunaire, vont se rejoindre dans les hautes parties de la couronne. L’apparence est celle d’une ogive ou d’un pétale de fleur de dahlia. Celle structure se répète tout autour de la Lune, et, dans son ensemble, la couronne figure comme une fleur lumineuse gigantesque dont le disque noir de la Lune occuperait le centre.

» Je m’arrache à l’extase dans laquelle cet incomparable i)hénomène m’avait jeté un instant, pour exécuter mon programme. Je suis quelques instants le phénomène et j’acquiers la conviction complète que j’ai devant les yeux l’image d’un objet réel situé au delà de notre satellite, et dont celui-ci découvre les diverses parties par les progrès de son mouvement.

» Ayant terminé cet examen, je reviens aux éléments lumineux du phénomène. Ma vue ayant encore toute sa sensibilité, je commence par Texamen du spectre des parties les plus hautes et les moins lumineuses de la couronne. Je place la fente du spectroscôpe à deux tiers de rayon environ du bord lunaire. Le spectre se montre beaucoup plus vif que je ne m’y attendais à cette distance, résultat qui tient évidemment au grand pouvoir lumineux de l’instrument et à l’ensemble des dispositions adop-

lées. Ce spectre n’est pas continu ; j’y reconnais de suite les raies de l’hydrogène et la raie verte dite no 1474. C’est un premier point très-important. Je déplace la fente en restant toujours dans les hautes régions de la couronne : les spectres présentent toujours la même constitution.

» Parlant d’une de ces positions je descends peu à peu vers la chromosphère, examinant très-attentivement les changements qui peuvent se produire. A mesure que j’approche de la Lune, les spectres prennent plus de vivacité et paraissent s’enrichir, mais ils restent semblables à eux-mêmes. L’observation prouve la présence dans la couronne de la lumière solaire réfléchie ; mais on sent que cette lumière est noyée dans une émission étrangère abondante.

» J’aborde alors l’observation très-importante qui doit me donner les rapports spectraux entre la couronne et les protubérances. La fente du spectroscope est placée de manière à couper une portion de la Lune, une protubérance et toute la hauteur de la couronne.

» J^a protubérance donne un spectre très-riche et d’une grande intensité; je n’ai point le temps d’en faire une étude détaillée. Le point capital, ici, est de constater que les principales raies de la [)rolubérancese prolongent dans toute la hauteur de la couronne, ce qui démontre péremptoirement l’existence de l’hydrogène dans celle-ci.

» La raie verte dite (1474), si vive dans le spectre

de la couronne, paraît s’interrompre dans le spectre de la protubérance, résultat très-remarquable. Je donne encore quelques instants pour bien constater la correspondance exacte des raies de la couronne avec les principales raies de l’hydrogène dans la protubérance.

» Au bout de quelques secondes le Soleil réapparaissait. »

De ces expériences résulta la connaissance de cette mystérieuse enveloppe à laquelle M** Janssen a donné le nom d*almosphère coronale. Celle enveloppe diffère complètement par sa température et sa densité de la chromosphère qu’elle entoure, et la séparation des deux atmosphères est parfaitement tranchée, l.a densité de l’atmosphère coronale est excessivement faible, si faible qu’on a vu des Comètes la traverser sans être dérangées de leur roule. Celle atmosphère est loin d’être en équilibre ; on distingue dans son sein des traînées de matière plus lumineuse et plus dense qui parlent des couches inférieures. Elle est composée de gaz hydrogène incandescent très-raréfié et a jusqu’à 160,000 lieues d’épaisseur. La matière cosmique, les essaims de météorites qui circulent dans le voisinage du Soleil, rendent les recherches difficiles en venant compliquer le phénomène ; cependant on peut regarder la théorie suivante de la composition du Soleil comme à peu près certaine : d’abord Photosphère dont le pouvoir lumineux est prépondérant; puis une couche irès-basse, très-peu épaisse de vapeurs métalliques

incandescentes; au-dessus, la Chromosphère, couche encore très-chaude où domine l’hydrogène avec de fréquentes injections de vapeurs métalliques de magnésium; enfin vient l’atmosphère coronale, atmosphère très-haute, très-rare, beaucoup moins chaude, très-iourmentée, atmosphère composée d’hydrogène qui est rarement en équilibre, et où déjà doivent se faire sentir ces phénomènes que la matière cométaire éprouve quand elle s’approche du Soleil. Toutes ces causes, associées à la présence au moins fréquente d’anneaux de météorites, concourent pour donner à cette enveloppe solaire cet aspect et ces formes bizarres qui ont défié pendant si longtemps la sagacité des astronomes.

Spectre photographique. — Nous avons étudié l’ensemble du globe solaire et particulièrement l’atmosphère coronale; revenons maintenant à la photosphère. Dans l’étude de la couronne l’instrument employé était le spectroscope ; ici ce sera

l’image photographique.Celte méthode,complètement

d’invention française, a été particulièrement perfectionnée par M' Janssen, comme il avait déjà perfectionné la méthode spectrale.

Il y a un spectre photographique comme il y a un spectre oculaire. Nous connaissons déjà ce dernier qui va du rouge au violet :

Ronge, orangé, jaunie, vert, bleu, mdigo, violet.

Le spectre photographique s’étend jusqu’au rouge et même au delà, mais il s’étend beaucoup au delà du violet et donne les rayons ultra-violets, rayons que l’œil est dans l’impossibilité la plus complète de percevoir et que la photographie seule peut révéler.

Dans la vision on ne peut pas accumuler sur la rétine les impressions lumineuses. L’image d’un objet ne dure dans notre œil que pendant 1/10 de seconde seulement. Si elle durait deux fois plus de temps, 1/5 de seconde, l’effet sur notre œil eût été double: ie monde extérieur nous eût paru deux fois plus lumineux, nous aurions supporté deux fois plus difficilement l’éclat du jour, et pendant la nuit nous aurions pénétré deux fois plus avant dans les espaces étoilés. Si l’image sur notre rétine eût duré dix fois plus de temps, c’est-à-dire pendant une seconde, le monde était dix fois plus lumineux, l’éclat du jour intolérable et la nuit brillerait d’un nombre si prodigieux d’étoiles que le ciel paraîtrait tout entier comme une immense voie lactée. Mais la durée des impressions lumineuses sur notre rétine est fixe et limitée.

C’est tout le contraire pour la photographie; ici les actions lumineuses s’ajoutent les unes aux autres et l’on peut accumuler les plus faibles actions lumineuses pendant un temps illimité. Ainsi, vous le voyez, l’œil photographique a non-seulement plus

d’étendue que le nôtre mais il a de plus l’avantage de conserver les images.

Dans le spectre solaire, c’est la région du jaune qui a le plus grand éclat, ce qui montre que c’est à la lumière jaune que notre organe visuel est le plus sensible. Quand le spectre solaire s’éteint c’est le jaune qui disparaît le dernier.

Dans le spectre photographique au contraire c’est dans la région violette que l’image est le plus intense, et quand on réduit de plus en plus le temps de l’action lumineuse sur la plaque photographique, le spectre arrive h se réduire à une seule petite bande violette très-nette qui se présente toujours à la même place, quel que soit le corps étudié.

L’avantage immense du spectre photographique c’est que, quel que soit le grossissement de la lunette on peut toujours obtenir des images complètes du disque solaire. A l’observatoire de Meudon M" Janssen obtient de superbes images solaires ayant jusqu’à 0'",50 de diamètre , sur lesquelles on peut lire tous les phénomènes qui coexistent à un moment donné à la surface du soleil. C’est grâce à ces belles images qu’il a pu étudier et connaître la nature du réseau granuleux de la photosphère. La durée de la pose devait être au plus de 1/500 de seconde et au moins de 1/6000. Un appareil ingénieux inventé par lui réglait exactement cette durée.

La photosphère est composée de granulations ayant l’aspect de petites sphères dont la forme est plus ou moins modifiée par l’etfet des forces qui

agissent sur ces corps. Ces éléments sphéroïdanx sont constitués par une matière très-mobile qui cède facilement aux actions extérieures, ce qui prouve qu’ils sont soit à l’état liquide soit à l’état gazeux. On considère généralement aujourd’hui les granulations de la photosphère comme formées par une poussière de matière solide ou liquide nageant dans un milieu gazeux. Les courants gazeux ascendants ne permettent pas à cette masse de rester en équilibre, ils la brisent et la divisent en un grand nombre de points pour se faire jour et partagent en fractions diverses toute l’enveloppe photosphérique, et la surface solaire se trouve ainsi divisée en régions de calme et d’activité relatives d’où résulte ce qu’on appelle le réseau photosphérique. Ces fractions de l’enveloppe qui forment les grains, sont plus ou moins enfoncées dans la masse, d’où provient une grande différence d’éclat que l’on remarque fort bien sur les images photographiques, ce qui fait que la surface solaire est plus ou moins brillante. Ces grains n’ont qu’une existence très-temporaire et se transforment très-rapidement.

Je terminerai ce sujet en émettant l’opinion de M*" Janssen h l’endroit de la composition de l’astre brillant du jour. Voici ce qu’il dit:

« L’hydrogène est le trait dominant dans la composition des Nébuleuses et des principales étoiles. Or l’hydrogène joue un rôle immense dans la composition du Soleil; c’est le gaz qui sort des profondeurs de la photosphère, s’élève à travers celle cou-

che nuageuse de poussières ou goulleleUes métalliques, les brasse, les agile, les porte à la surface et les fait rayonner eflicacement pour nous, puis, continuant à s’élever, vient former ces appendices prolubérantiels qui alimentent l’atmosphère coronale, atmosphère nécessaire, milieu de transition indispensable entre ces lourdes vapeurs métalliques de la photosphère et les espaces célestes. L’hydrogène joue sans doute, à propos des nuages photosphériques, ou granulations , le rôle des courants atmosphériques qui soutiennent nos nuages terrestres et les empêchent de tomber a la surface du sol. Quant à ces nuages photosphériques c’est en eux que réside presqu’exclusivement la vertu rayonnante du Soleil. Aussi tout a-t-il été admirablement prévu pour assurer leur entretien. Si ces nuages photosphériques étaient fixés à la surface solaire ils s’épuiseraient bientôt par leur propre rayonnement ; mais ce rayonnement ajustement pour effet de produire leur état de condensation, de rendre plus lourdes leurs parties constituantes, d’y produire des particules solides ou liquides plus considérables. Ces particules par leur poids tombent vers le centre, s’y vaporisent par suite de l’énorme quantité de chaleur qu’elles y rencontrent, sont ramenées à la surface par les courants hydrogénés. Et le cycle recommence pour continuer indéfiniment. Mais il faut admettre cette vérité capitale: d'un noyau solaire, réservoir de chaleur destiné à l'entretien de la photosphère. » Telles sont les opinions, si simples et si parfai-

tement rationnelles, de notre grand astronome AP Janssen. J’ajoute un dernier mot. Nous venons de voir que la science expérimentale nous conduit à n’admeltre qu’un seul corps unique et primordial: l’hydrogène. L’un des présidents de la société scientifique d’études psychologiques de Paris, AP Vallès, si compétent dans toutes les questions scientifiques, va plus loin encore dans cette étude de conception de l’origine des choses; il est tout disposé à admettre que tout provient de l’éther, qui serait alors l’atome embryonnaire de tout ce qui est forme et et matière. Rien ne sourit plus, je l’avoue, à l’idée que je me fais de Dieu et de la création. Rien n’élève plus la pensée que de voir la puissance créatrice infinie faisant tout sortir d’un atome infinitésimal, et les Nébuleuses, et les Soleils, et les Planètes avec tout ce qui les recouvre : minéraux, plantes et bêtes, et cela, par le simple effet de sa volonté, par sa seule pensée. Rien n’est plus admirable! Et l’on comprend alors facilement ce mot de la Rible, si simple et si grand : Dieu dit: « Que le monde soit! » et le monde fut. Et dès lors on voit l’Univers et ses mondes naître, et se développer régulièrement suivant des lois: les lois immuables du Progrès et de la Transformation.

L’homme ne crée-t-il pas par la pensée? Ne pétritil pas la matière avec son intelligence et sa volonté? Ne va-t-il pas chercher dans les entrailles de la Terre, au sein de la masse de matière que Dieu a mise devant lui pour servir d’aliment à son travail

et à sa pensée, ne va-i-il pas cherclier Tor et l’argent qu’il sépare de leurs gangues grossières, qu’il affine et purifie, et avec lesquels il façonne les objets d’art les plusmerveilleux, les-plus fins et les plus délicats; ou bien le fer qui est l’agent principal des transformations sociales et du progrès sur notre Planète? Cela est évident pour tout le monde. Eh bien ! Est-il donc plus difficile de comprendre et d’admettre que l’Intelligence Infinie, que tout le monde est obligéde voir et de reconnaître dans l’Univers, a la puissance de composer cet Univers avec l’éther unique, et par le seul fait de sa pensée't

Rien n’est plus facile à croire, rien n’est plus simple et rien n'est plus vrai.

Ainsi le Soleil est bien connu de nous. Nous pouvons maintenant continuer notre excursion céleste en visitanl les Planètes qui forment sa cour, et nous aurons ainsi parcouru tous les coins et recoins de la divine création. Mais avant, nous dirons un mot des Étoiles.

Les Etoiles. — Le Soleil qui nous réchauffe et nous éclaire n’est que l’une de ces innombrables étoiles qui peuplent les espaces célestes ; il n’a rien qui le distingue particulièrement d’elles, son rapprochement de nous fait seul toute son importance. Si ce

Soleil, dont nous sommes si fiers, se trouvait tout à coup transporté au milieu des étoiles les plus voisines de nous, c’est à peine s’il nous apparaîtrait comme une étoile de sixième grandeur.

Notre Soleil fait partie d’un amas stellaire auquel on a donné le nom de Voie lactée; c’est un anneau dans le vide central duquel il se trouve placé. De même toutes les étoiles de l’espace sont distribuées en groupes formant des systèmes semblables à celui auquel appartient notre Soleil, et tous ces différents systèmes ont pour origine une Nébuleuse entièrement gazeuse, masse blanche, d’apparence laiteuse, à forme très-variée. C’est ainsi que la Nébuleuse (VOrion ressemble à la gueule ouverte d’une bête dont le nez se prolongerait en forme de trompe ; sa partie la plus brillante paraît flamboyer comme une flamme mobile. Dans la constellation de la Grande Ourse on remarque une Nébuleuse ronde et brillante ayant à son centre deux étoiles entourées chacune d’un cercle noir : elle ressemble à une tête de hibou. Dans la constellation du Lion on voit une Nébuleuse elliptique avec un noyau central entouré d’enveloppes nuageuses d’un aspect floconneux.

On reconnaît dans ces espèces d’immenses nuages, répandus comme des îles dans l’immensité des cieux, la matière cosmique passant par toutes ses phases de transformation : une première condensation produit des nuages, une condensation ultérieure décompose ces nuages en noyaux divers qui grossissent petit à petit et deviennent des étoiles

qui, se rapprochant ensuite en vertu de leur attraction mutuelle, finissent par former des amas stellaires.

Ces Nébuleuses sont animées d’un double mouvement: mouvement de rotation sur elles-mêmes, et mouvement de translation dans l’espace. Le mouvement de rotation se présente très-nettement dans la Nébuleuse spirale de la chevelure de Bérénice laquelle se compose d’un noyau central et d’ailettes recourbées comme des rayons de poulies. Dans la Nébuleuse de la constellation des chiens de chasse, on distingue les deux mouvements en même temps, celui de rotation rendu visible par des spirales et celui de translation que dénote une queue, une espèce de chevelure qui suit par derrière comme un sillage.

Parmi les amas stellaires, qui ne sont autre chose que des Nébuleuses apparentes qui se décomposent au télescope en une quantité innombrable d’étoiles, on distingue celui situé dans la chevelure de Bérénice ; celui situé dans la constellation du Centaure, le plus grand et le plus riche de tout le ciel ; celui situé dans la constellation d'Hercule du centre duquel parlent trois grands rubans noirs ; celui de la Nébuleuse d'Andromède visible à l’œil nu ; celui connu sous le nom d^anneau de la lyre ; celui qui constitue notre voie lactée, au milieu de la partie brillante de laquelle on distingue une ouverture noire complètement vide d’étoiles qu’on appelle le sac à charbon, et qui, suivant Herschel, comprend

cinquante millions d’étoiles. Ce ne sont là que les principaux.

Les sysièmes les plus simples constituent les étoiles doubles et les étoiles triples. Ce sont, disent nos «astronomes, des Soleils autour desquels gravitent des Planètes qui ne sont pas encore éteintes. Il est d’ailleurs naturel de penser qu’autotir d’eux gravitent aussi des Planètes éteintes, ohsc»ires, que nous ne pouvons pas voir. Les irn^gularités constatées dans le mouvement de la belle étoile Sinus avaient fait soupçonner l’existence d’un astre gravitant autour d’eile ; les astronomes braquèrent leurs lunettes et trouvèrent en effet ce satellite, mais c’était une Planète lumineuse dont l’éclat était, caché par celui de Sirius. Une autre étoile, Algol de Persée, prouve directement l’existence des satellites obscurs par les variations régulières qu’elle subit dans son éclat, lesquelles ne peuvent être que des occultations produites par un corps opaque passant devant l’astre.

Le nombre des étoiles doubles connues est déjà à peu près égal au nombre des étoiles visibles à l’œil nu, et l’on en découvre chaque jour de nouvelles.

Les étoiles changent continuellement de couleur et d’éclat; tout à coup l’on en voit qui s’éteignent en même temps que l’on en voit de nouvelles qui s’allument. Llles subissent des changements continuels dans leurs positions par rapport à nous et dans leurs distances relatives. C’est que toutes les

étoiles sont en mouvement. On a pu mesurer approximativement la vite.sse de l’étoile 61' du Cygne, elle parcourt 71 kilomètres par seconde. Arcturus se meut à raison de 85 kilomètres par seconde, Wéga à raison de 7 kilomètres seulement. Noire Soleil lui-même se meut dans l'espace en entraînant avec lui tout son cortège de Planètes qui, de la ■sorte, se trouvent toutes décrire des hélices. Notre Soleil se meut avec une vitesse de 8 kilomètres par seconde; c’est un peu plus que le quart de la vite.sse de la Terre dans son orbite.

On le voit, l’Univers paraît être un immense sy.stème dans lequel tous les astres tourneraient ensemble autour d’un centre de gravité commun, comme les éléments de notre système planétaire tournent eux-mêmes autour de leur centre de gravité. En un mot tout semble faire croire qu’il existe un Soleil de rUnivers, immense masse magnétique d’une puissance inouïe, inimaginable, commandant h toute la matière qui remplit l’espace. C’est là qu’on pourrait placer l’Ame de l’Univers, le centre d’action de la Volonté Créatrice, dont les Soleils ne seraient que les agents secondaires doués de degrés différents de pui.s.sance et d’activité. Soleil d’Amour et de Vie aux pieds duquel l’idée catholique .s’évanouit comme un rêve d'enfant, impuissant et .sans forme. Ame incandescente étreignant tous les êtres dans son bai.ser de feu !

Ici nous revient en mémoire une superbe poésie de notre ami M'- Camille Chaigneau. Nous rendons

hommage à son beau talent et à son grand caractère en intercalant ici cette poésie, et nous ne croyons pas sortir de notre sujet.

L’on ne peut pas élever mieux son âme h Dieu ni faire une plus belle prière :

Svirsuixi Corda!

Dieu , père des Soleils, maître des âmes. Dieu , J’ai cherché par le ciel ta face éblouissante ,

J’ai torturé mon âme, et mon âme impuissante A refermé ses flots sur mon cerveau de feu.

On m’a dit : « Le salut éternel est l’enjeu Des aveugles combats de la foi menaçante ;

Le doute, c’est le crime ; et la main terrassante De larchange... t’épie aux bords du gouflre bleu ! »

Moi, je suis l’anti-Dieu , l’amant de l’Harmonie ; Votre maître égoïste est un roi que je nie :

Mon Dieu s’appelle Amour, mon culte Liberté !

Qu’un autre â l’impassible aille offrir sa souft’rance! Mon cœur n’est pas trop grand pour mon Humanité , Li la paix de la Terre est ma seule espérance !

Oui, la paix de la Terre est ma seule espérance ! Elle resplendira de Solidarité ;

Le Seigneur tremblera devant sa délivrance !

Mon dieu s’appelle Amour, mon culte Liberté ! —... Mais l’Amour dit: «Je suis la fournaise infinie, Je Suis, et je suis Dieu, l’astre de l’Harmonie ! »

— al —

La vérité du ciel m’inonde peu-à-peu :

Aimer, c’est aimer Dieu, sans que l’homme y con-

[sente ;

L’étreinte nous élève à l’Ame incandescente Où tout se confondra dans un baiser de feu !

Aimer encor ! Aimer toujours ! Sublime vœu !

L’Univers atteindra l’Ame toute-puissante.

Sa flamme épousera ta flamme éblouissante.

Dieu ! Soleil des soleils ! Ame des âmes ! Dieu ! (1)

A l’époque où se trouve arrivée l’Humanité la science la contraint à avoir de Dieu une idée plus juste et plus vraie. Tous les Soleils, et ce Soleil central lui-même, ne sont que de la matière et ce serait la matière qui conduirait l’Univers. Dieu est donc matière? Pourquoi pas? Pour qu’une pareille idée fût acceptable il suffirait de prouver que notre âme elle-même est matière. C’est ce qui est parfaitement démontré par M' François Vallès, président de la société scientifique d’études psychologiques de Paris, dans ses «Entretiens sur le Spiritisme ■!> de la page d 10 à la page 120. Nous ne pouvons avoir l’idée d’une force produisant des effets sans la considérer pourvue d’une attache matérielle quelconque ; la force est immanente à la matière. C’est ainsi qu’en parlant de l’âme humaine nous sommes obligés de mettre toujours l’élément matériel en contact avec la force animique ; seulement l’élément matériel

(t) Les Mirages, sonnets réflexes, par J. Camille Chaigneau.

peut être invisible pour nous, c’est le cas des Esprits répandus partout dans les espaces interplanétaires, qui nous entourent et que nous ne voyons pas. Ce que nous disons Ih n’est point une simple supposition gratuite, c’est une conception rationnelle et parfaitement d’accord avec ce que la science nous apprend des forces et de leur mode d’action.

L’homme est composé d’une individualité indestructible ; il est formé d’une âme ou force anhnique mise en relation avec la matière planétaire qui constitue son corps par une matière intermédiaire, d’essence fluidique, appelée Périsprit, beaucoup plus dense que la matière animique, et puisée dans le fluide universel ou éther qui remplit l’Univers. Ce Périsprit est l’appareil destiné à recevoir les effets de la force animique et à les transmettre au corps ; il est susceptible de vibrer suivant les rhythmes les plus variés, c’est un véritable télégraphe électrique conducteur des volontés qu’il plaît à l’ame d’envoyer au corps. Quant à l’essence de l’ânie elle-même elle n’est immatérielle que relativement; elle est de matière quintessenciée d’une nature spéciale, n’ayant pas de pesanteur, incapable de prendre ni corps ni forme, incorporelle en un mot, et essentiellement distincte soit de la matière terrestre, soit de la matière éthérée universelle. L’homme, en définitive, est un petit Dieu, un Microcosme.

Pourquoi Dieu ne serait-il pas une Trm/té semblable? Son corps c’est l'ensemble des globes qui composent l’Univers ; son Périsprit, c’est-à-dife l’in-

lermédiaire de transmission de ses pensées, c’est réther lui-même ; et son âme c’est l'Ame universelle qui transmet ses volontés à travers l’éther. Dieu, en déliniiive, est une force agissant sur la matière universelle et se manifestant par des lois immuables. C’est ainsi que notre pensée, qui n’a pas de forme corporelle, qui ne [)eut se manifester qu’à l’aide de signes conventionnels, produit deselfets intelligents et crée. Dans ses actes cette Fouce universelle monii'e toujours:

1° La moindre dépense de force pour le plus grand effet utile.

2® La plus juste et la plus parfaite équité dans la répartition de cette force à tous les centres d'activité de l'Univers, depuis linfiniment jpetil jusqu'à rinfiniment grand.

3" La plus complète égalité de sollicitude et de prévoyance pour chaque individualité de f universalité des êtres, selon sa nature, sa condition et ses besoins.

4® L'unité de plan et de système dans toutes les manifestations de sa puissance infinie.

Les Planètes .—Maintenant que nous connaissons bien notre Soleil, cet aimant gigantesque; que nous leconnaissons au point de vue chimique et physique.

nous pouvons commencer l’étude astronomique de noire système planétaire.

Nous avons vu que le Soleil est composé de quatre sphères concentriques et qu’il occupe le centre de notre petit monde. Si nous laissons à part l’atmosphère coronale qui entoure ce globe, on trouve qu’il est 1,300,000 fois plus gros que la Terre. Pour donner une idée de ce volume immense, supposons, par la pensée, la Terre placée au centre du Soleil, elle ressemblera tout au plus à un petit noyau placé au cœur d’un fruit; la Lune, qui est éloignée de la Terre de 96,000 lieues, serait elle-même comprise dans l’intérieur du corps solaire, et même! pour aller alors de la Lune à la surface du Soleil il fondrait encore parcourir une ligne de 80,000 lieues de longueur.

Le poids du Soleil est colossal. Il pèse 700 fois plus que toutes les planètes, tous les satellites, tous les astéroïdes et toutes les comètes qui forment l’ensemble de notre système planétaire.

11 tourne autour d’un axe (idéal bien entendu) , en vingt-cinq de nos jours de Terriens et, puisque le jour d’un astre est le temps qu’il met à tourner autour de son axe, on voit qu’un jour du Soleil est 25 fois plus long qu’un jour de la terre. Seulement ce mouvement de rotation du Soleil n’a pas pour effet de produire le jour et la nuit, comme pour les planètes; il faut admettre qu’il a un autre but, car nous savons que rien ne peut être inutile dans la création. Cette rotation, et la force centripète et la

force centrifuge qu’elle engendre, ont pour effet d’entretenir la chaleur et la lumière dans l’astre chargé de distribuer la vie sur les planètes.

Il est éloigné de nous de 38,000,000 de lieues.

Tel est cet astre que les anciens, nos ancêtres et nos pères, connaissaient si peu. Voici ce qu’en dit Flammarion : « Son action sur la Terre et sur les autres planètes est d’une importance unique; nous lui devons les principes mêmes de notre existence. Le vent qui souffle sur nos campagnes, le fleuve qui descend des plaines à la mer, le navire aux voiles gonflées, le blé qui germe, la pluie qui féconde, le moulin qui transforme l’épi des champs, le cheval qui bondit sous l’étrier, la plume de l’écrivain qui répond à sa pensée : c’est au Soleil que nous devons remonter pour l’explication de tous ces grands phénomènes de la vie. Il est l’agent direct ou indirect de toutes les transformations qui s’opèrent sur les planètes, lui dont la puissance et la gloire nous environnent et nous pénètrent et sans lesquelles cesserait bientôt de battre le cœur glacé de la Terre. » (i)

11 est impo.ssible aujourd’hui de nier que le Soleil ne soit un centre de création. Il est le creu-sel oit nous voyons commencer à s’effectuer les premières transformations de la matière dont les métamorphoses admirables constituent la Création, laquelle on pourrait définir : La variété infinie sortant de

« Pluralité des Mondes habités, » page 63. '

runité de la matière et de la pensée. Nous voyons en ett’ei l’hydrogène apparaîlre comme le principe consiilutif primordial de loules les éloiles et de notre Soleil en particulier. Dans l’atmosphère gazeuse de ce dernier, le spectrosco|)e nous montre presque tous les métaux terrestres h l’état liquide ou gazeux, et la Terre nous les présente ensuite à l’état so'ide, puis se décomposant et se désagrégeant sous l’effet d’une cause extérieure inconnu,e, puis devenant des mousses, des fougères, des herbes gigantesques, puis enfin des plantes, des fleurs, des arbres, des fruits, des animaux, des hommes. Et l’on voit partout un travail, un combat incessant entre la pensée et l’atome, entre l’esprit et la matière 11 y a là des effets évidents, il faut donc absolument une cause. Nous l’avons dit : la cause c’est la Pensée de Dieu ; l’effet c’est la métamorphose régulière et toujours [)rogressive de la matière épousant toutes les foîmes de la nature et s’élevant sans répit ni cesse. Et ne croyez [las que ce soit là du panthéisme car c’esi toujours un être unique, DIEU, qui crée par la force infinie de sa volonté.

Cela étant, on voit qu’il est plausible d’admettre que toutes les planètes de notre système solaire ne sont pas constituées absolument de la même manière que notre Terre, ni comme matière, ni comme formes, ni comme intelligence, puisque tout se transforme et progresse dans les œuvres du Créateur. Même on peut admettre logiquement que, parmi ces planètes, les plus vieilles, les plus âgées ,

( ’est-h-dire celles qui se sont séparées les premières de la Nébuleuse solaire, sont les plus avancées ei les plus parfaites. A ce compte, les quatre grosses planètes seraient nos sœurs aînées et nous leur devons particulièrement amour et respect. Qui sait si elles n’ont pas sur nous,sans que nous nous en dotitions, une influence heureuse de bonnes inspirations et de bons conseils.

Il nous faut maintenant commencer l’étude des différents globes qui composent l’ensemble de notre système solaire. Naturellement nous serons obligés de prendre notre Terre comme terme de comparaison, puisqu’elle est la seule planète que nous avons pu étudier et que nous connaissons. D’ailleurs, avant (le commencer l’étude |)arliculière de celte Terre qui est notre habitation, il est indispensable, pour la mieux comprendre , que nous passions rafiidementen revue chaque planète, car il entre dans notre méthode d’habituer notre esprit h généraliser et k se familiariser avec la loi (ïanalogie si utile dans l’élude du ciel.

Mercure .—En parlant du Soleil, la première planète que l’on rencontre est Mercure qui en est éloignée de 14,000,000 de lieues.Son année, c’est-à-dire le temps qu’il met à tourner autour du Soleil, se compose de 88 de nos jours. Son jour, autrement dit le temps qu’il met k tourner autour de son axe, contient 24 de nos heures. Le globe de Mercure est beaucoup plus petit que celui de la Terre, car son

diamètre est seulement de 1200 lieues quand celui de la Terre en contient 3200, presque le triple. Un habitant de Mercure voit le Soleil 7 fois plus gros qu’il ne paraît à nos yeux. Mercure possède une atmosphère très-dense et se montre couvert de montagnes plus élevées que les nôtres. ÏI reçoit 7 fois plus de chaleur et de lumière que nous. Sa densité, c’est-à-dire le poids moyen d’un litre de la matière qui forme cette planète, surpasse de 1/6 seulement celle de la Terre. La pesanteur à sa surface est moitié moindre que ce qu’elle est sur notre globe, de sorte que des êtres lourds et énormes comme l’éléphant, l’hippopotame ou le mastodonte pourraient avoir sur Mercure l’agilité de la gazelle et de l’écureuil.

On voit que l’Humanité sur cette planète doit être bien différente de l’Humanité Terrienne quant à sa nature et aux conditions de la vie. Les saisons y sont bien plus marquées et un centenaire n'a que 23 de nos années. Quant à son habitabilité il n’est pas peruiis de la mettre en doute, la contemplation de la nature nous offre trop de témoignages en faveur de la belle et grande doctrine de la vie universelle. Tout est habité dans l’Univers, les profondeurs des cieux aussi bien que les abîmes de nos mers qui fourmillent d’êtres organisés de toutes sortes, êtres charmants, tout brillants des plus vives couleurs, décorés des plus délicieuses broderies et se jouant dans ce lourd milieu comme nos papillons dans nos prés. Les habitants de Mercure doivent être, on peut dire sont, complètement différents

(les habitants de la Terre, comme on voit sur celleci le poisson différer du quadrupède et du serpent ^ ceux-ci de l’oiseau, ei l’homme lui-même de tous les autres êtres, animaux et plantes. Les causes étant différentes, les effets sont nécessairement différents eux-mêmes. Il n’est certes pas évident que les habitanisdeMercure aient comme nous deuxoreilles, deux yeux, deux bras, deux jambes, etc.., mais ce que l’on peut assurer, c’est que la, comme sur toute autre Planète, les êtres éclos à la vie s y sont succédés d’espèce en espèce comme les anneaux d’une chaîne. L’espèce supérieure de chaque monde descend des formes antérieures et les résume ; elle en est la synthèse. Quant h la séparation des sexes elle nous semble être une loi générale de la création et doit exister dans Mercure. L’amour c’est la vie; il est aussi le progrès. Quant à l’âme on peut dire que dans son élévation vers Dieu, sa marche est la même partout ; partout doivent exister les mêmes passions. L’intelligence donc, la morale, la religiosité doivent suivre la même marche. C’est la tout ce que l’on peut dire.

Vénus. — Après Mercure, toujours en s’éloignant du Soleil, à une distance de 27.000.000 de lieues, on rencontre la brillante Vénus, la plus radieuse

de louies les Planètes, la plus anciennement connue sans doute et la plus aimée à cause de son éclat. Quand elle paraît le matin, annonçant avec Taurore le retour du jour, on la nomme Lucifer ; et quand, le soir, elle apparaît annonçant la nuit et son beau cortège de Soleils nocturnes, c’est Vétoiledu Berger. Elle tourne autour du Soleil en 2^24 de nos jours. Elle tourne autour de son axe en 23 de nos heures. L’ellipse qu elle décrit autour du Soleil est presqu’une circonférence tant rexceniricité en est petite. Son diamètrea 3 000 lieues, et nous savons que celui de la Terre en a 3.200. Sa surface et son volume sont presque les mêmes que ceux de notre globe, mais sa densité est un peu plus faible et la pesanteur, cest-à-dire la force qui attire les corps vers son centre, y est égalemerit un peu moindre. Elle est entoiiiée d’une atmosphère très-élevée sur laquelle , avec des télescopes, on peut très-bien distinguer le lever de l’aurore et le déclin du jour, et oii l’on voit s’amonceler et se disperser les nuages sous le souffle des vents et des tempêtes.

Vénus po.ssèdedes montagnes beaucoup plus élevées que les nôties; quelques-unes atteignent une hauteur plus que double de celle de l’ilimalaya. Elle a comme notre Lune des phases qui sont parfaitement marquées. Son atmosphère est presque deux fois plus dense que la nôtre. En résumé il ne manque à Vénus qu’un satellite pour ressembler tout à fait au monde que nous habitons. Cependant Vénus reçoit du Soleil beaucoup plus de chaleur,

dans la proportion de 16 h 9, et ses saisons, plus intenses et plus rapides que les nôtres, ne durent que 56 jours.

L’axe de Vénus étant trés-inciiné sur le plan de son orbite, les habitants des pôles sont ex[)Osés à supporter tonr-à-tour les plus grandes chaleurs et les plus grands froids; quant à ceux qui habitent les régions équatoriales, ils ont deux étés chaque année pendant lesquels le Soleil tourne au-dessus de l’horizon pendant 23 h. 1/4 et se couche, sans nuit, pendant qiu'lques minutes seulement. Dans tous les cas les habitants ont à subir de fortes alternatives de chaleur et de froid, de sécheresse et de pluie, de vents et d’orages. Les saisons de cette Planète ne ressemblent en rien à celles de la Terre et de Mars.

« Les recherches géographiques qui ont été faites au sujet de Vénus, dit M** Flammarion, s’accordent sulhsamment pour nous apprendre que ses mers s’étendent principalement le long de l’équateur, et que ce sont plutôt des Méditerranées que de vastes océans ; les extrêmes de chaleur et de froid sont tempérés par l’influence de ces eaux, et nous pouvons penser que ses régions les plus favorisées sont les rivages de ces mers intérieures. C’est là sans doute que vivent les nations les plus florissantes de cette Pianote. Ces mers n’ont ni flux ni reflux, car aucune lune n’est là pour les produire, et l’attraction seule du Soleil y cause de faibles marées diurnes; mais leurs vagues sont agitées comme les nôtres

par le vefil. Les effets de lumière et d’ombre qu’on y admire, les colorations de nuages au coucher du soleil, les brises ondoyantes du soir, les plaintes du vent dans les bois, les murmures des ruisseaux, enfin les mille bruits de la vie, doivent y développer des panoramas, des situations, des scènes offrant d’intimes harmonies avec les paysages terrestres et maritimes de notre Planète. »

La vie sur Vénus doit être peu différente de ce qu’elle est sur la Terre et les humains pourraient très-bien y avoir à peu près la môme forme et la même taille. «Toute proposition relative à la manière d’être des habitants des autres Planètes, dit M' Flammarion, paraît téméraire aux esprits qui ne s’écartent pas dans leur marche paisible des lisières de la timidité classique. Si par exemple nous émettions l’idée que les habitants de Vénus volent dans leur atmosphère, et que pour éviter le contraste de leur hiver avec leur été, ils émigrent en automne d’un hémisphère à l’autre pour revenir au printemps, cette proposition, qui n’est en ellemême ni absurde ni choquante, leur paraîtrait fantastique et insensée. Pourquoi? Parce que ces esprits lents n’ont même pas l’attention d’observer ce qui se passe autour d’eux sur la Terre même. Chaque automne, nos oiseaux abandonnent nos contrées boréales pour se diriger, guidés par un instinct merveilleux, vers les régions du Soleil où les fruits sont toujours mûrs et les fleurs toujours épanouies, et ces chantres ailés de nos bois re-

viennent vers leurs anciens nids à l’heure où le joyeux printemps se réveille sous nos latitudes que l’hiver avait endormies. Celte merveille de l’émigration des oiseaux se renouvelle chaque annee sous nos yeux sans nous frapper, et lorsque la première hirondelle trace dans le ciel d’avril son rapide et doux sillage, nous la voyons revenir à son toit et voleter autour de son habitation dernière, sans nous demander en quel heureux pays et près do quelles familles humaines elle a habité pendant son absence de nos climats. Aussi, lorsque nous supposons que dans tel ou tel monde différent du nôtre , l’espèce humaine pourrait être douée simplement du même privilège, on paraît tomber des nues en entendant formuler cette supposition pourtant si naturelle, et l’on ne songe même pas que ce privilège est accordé sur notre propre Planète ù des êtres qui, dans l’ordre intellectuel, sont inférieurs à nous. »

Il est certain que, dans cet ordre d’idées, l’on ne peut faire que des suppositions et l’on ne saura jamais comment sont faits les habitants des Planètes autres que la nôtre, à moins que les Esprits, avec lesquels nous commençons h entrer en communication régulière, veuillent bien consentir h nous aider à lever le voile qui cache cet inconnu. En tant que produit de l’imagination nous ne pouvons passer sous silence le tableau que fait de la Planète qui nous occupe le charrr.anl auteur de Paul et Vir~ ginie.

« Vénus, dit Bernardin de Saint-Pierre dans ses

* Harmonies de la Nature y), doit êlre parsemée d’îles qui portent chacune des pics cinq ou six fois plus élevés que celui de Ténériffe. Les cascades brillâmes qui en découlent arrosent leurs flancs couverts de verdure et viennent les rafraîchir. Ses mers doivent offrir h la fois le plus magnifique et le plus délicieux des spectacles. Supposez les glaciers de la Suisse., avec leurs torrents, leurs lacs, leurs prairies et leurs sa[)ins, au sein de la mer du Sud; joignez à leurs flancs les collines du bord de la Loire couronnées de vignes et de toutes sortes d’arbres fruitiers; ajoutez à leur base les rivages des Moluques plantés de bocages où sont suspendues les bananes, les muscades, les girofles, dont les doux parfums sont transportés par les vents; les colibris, les brillants oiseaux de Java, les tourterelles qui y font leurs nids et dont les chants et les doux murmures sont répétés par les échos. Figurez-vous leurs grèves ombragées de cocotiers, parsemées d’huîtres perlières et d’ambre gris ; les madrépores de l’Océan indien, les coraux de la Méditerranée, croissant par un été perpétuel, à la hauteur des plus grands arbres, au sein des mers qui les baignent, mariant leurs couleurs écarlates et purpurines h la verdure des palmiers, et enfin des courants d’eau transparente qui reflètent ces montagnes, ces forêts, ces oiseaux, et vont et viennent d’île en île, vous n’aurez qu’une faible idée de ces paysages de Vénus î Le pôle doit jouir d’une température beaucoup plus agréable que celle

— oi

de nos plus doux priniemps. Quoique les nuiis de celle Planète ne soient point éclairées par des lunes, Mercure par son éclat et son voisinage, et la Terre par sa grandeur, lui tiennent lieu de deux lunes. Ses habitants, dune taille semblable h la nôtre, puisqu’ils habitent une Planète de même diamètre, mais sous une zône céleste plus fortunée, doivent donner tout leur temps aux amours. Les uns, faisant paître des troupeaux sur les croupes des montagnes, mènent la vie des bergers; les autres sur les rivages de leurs îles fécondes, se livrent à la danse, aux festins, s’égayent par des chan.sons ou .se di.sputent des prix à la nage, comme les heureux insulaires de Taïti. »

La Terre. Après Véuus nous rencontrons la Terre située à 38,000,000 de lieues de l’astre central. Comme nous l’avons dit c’est une Planète h peu de chose près analogue à celles qui précèdent. Elle tourne autour du Soleil en 36o jours 6 heures 9 minutes et 10 secondes. Elle tourne autour de son axe en 24 heures. Elle a un satellite, sa Lune, qui tourne autour d’elle en 27 jours et près de 8 heures, en même temps qu’elle tourne aussi autour d’ellemême dans le même espace de temps. Il faut que nous nous imaginions la Terre comme un globe suspendu dans l’espace sans aucune espèce de support, et l’espace se prolongeant à l’infini dans tous les •sens autour d’elle. Supposons que nous nous diri-

gions vers un point du ciel avec la vitesse de la lumière, 77,000 lieues par seconde ou 277,200,000 lieues par heure, nous pourrions voler ainsi pendant des siècles et des milliards de milliards de siècles et nous n’arriverions jamais aux limites de celle immensité. Nous sommes perdus dans l’espace, en tournant toujours autour de notre Soleil avec la vitesse vertigineuse de 30,000 mètres par seconde; c’est 73 fois plus vite qu’un boulet de canon.

Le diamètre de la Terre est de 3.200 lieues, sa circonférence est de 40.000.000 de mètres, sa surface de 509 millions de kilomètres carrés, sa densité {moyenne) est cinq fois 1/2 celle de l’eau. Elle |)èse 5.875 sexiillions de kilog. et le poids du Soleil équivaut à celui de 324.000 globes terrestres. L’almospbèrequi entoure la Terre pèseG.263 quatrillions de kilog. et chacun de nous porte sur ses épaules io.500 kilog.

La Terre est animée dans l’espace de 10 mouvements, dont les trois principaux sont : celui autour de son axe, celui autour du Soleil, et celui qui l’emporte à travers le ciel en même temps que le Soleil et tout son système planétaire, mouvement qui nous entraîne tous vers la constellation d’Hercule avec une vitesse de 200.000 lieues par jour. C’est ce mouvement qui fait supposer que le Soleil et tout son cortège gravitent autour d’un Centre inconnu.

Ainsi nous voyons que, depuis qu’elle existe, la

Terre n’est pas passée deux fois au même endroit , si donc on voulait supposer qu’à chaque instant de son existence son image reste stéréotypée dans l’éther qu’elle traverse, un Esprit pourrait assister è toutes les phases de sa genèse et de ses transformations, en suivant son sillage éthéré.

Pour ce qui est de la vie h la surface de la Terre, on peut dire que notre Planète ne se trouve pas parmi celles qui jouissent des meilleures conditions d’habitabilité ; il est probable que les habitants de Jupiter et de Saturne la déclarent inhabitable. Sous le rapport des saisons, nous ne sommes pas trèsbien partagés. Les trois quarts du globe sont couverts d’eau, un seul est habitable et encore! combien de sueurs ne faut-il pas pour le rendre fertile ! rien de plus facile que d’y mourir de misère et de faim, et ses habitant-s, au nombre de 1.400.000.000, se font la guerre et s’entretuent. Les habitants de Jupiter ont bien raison, l’humanité terrestre n’est pas la plus idéale des humanités, et la Terre n’est pas le meilleur des mondes. Heureusement le Progrès est là, loi Divine, qui nous conduit vers nos destinées superbes. Les temps .sont loin où l’on tenaillait et l’on brûlait, les injustices et les exactions des nobles ne sont plus, et l’on ne parle plus aujourd’hui qu’avec horreur et indignation des in pace des prêtres. Nos sentiments sont plus élevés, nos goûts moins barbares, notre esprit plus éclairé.

et la temrne, l’esclave et la victime de tous les temps, a pris sa place au soleil.

La Lune. — Nous ne quittons pas la terre, pour ainsi dire, quand nous parlons de la Lune; c’est son enfant. La Lune est éloignée de nous de 96,000 lieues ; cela est si peu de chose qu’un boulet de canon mettrait seulement 9 jours pour l’atteindre et qu’une dépêche télégraphique y parviendrait en une seconde et demie. D’ailleurs un télescope grossissant 2,000 fois la met à 48 lieues de notre œil. Tout cela fait que ce globe est parfaitement connu et qu’on a pu en dessiner la carte sélénographique (autrement dit géographique) avec la précision la plus grande : sa topographie est faite hectare par hectare ; ses montagnes ont été exactement mesurées ; ses cratères, ses vallées, ses plaines, ont été dessinés dans tous leurs contours.

La Lune a 870 lieues de diamètre ; son volume est 49 fois plus petit que celui de notre globe ; sa superlicie est à peu près égale à la partie de celle de la terre, c’est-à-dire 4 fois celle de l’Europe. La Lune décrit autour de la terre une ellipse, c’est ce qui fait qu’étant tantôt un peu plus loin, lantôl un peu plus près, elle ne nous paraît pas

avoir toujours la môme grosseur. G'esi ce qui fait aussi que, lorsque la Lune passe entre le Soleil et nous, les éclipses qu’elle produit sont plus ou moins complètes.

La vitesse de la Lune, dans son mouvement de rotation autour de la terre, est de un kilomètre par seconde. La terre attirant son satellite en vertu de la loi de l’attraction universelle, la Lune mettrait 4 jours 1/2 à tomber sur nous si la pesanteur agissait seule sur elle ; mais tout mouvement de rotation engendre forcément une force centrifuge qui tend à rejeter Tobjet loin du centre de ce mouvement ; c’est la combinaison de ces deux mouvements, centripète ai centrifuge, qui produit le mouvement visible de rotation, autrement dit : la stabilité de la Lune dans l’espace.

En tournant autour delà terre, la Lune nous présente toujours la même face, cela vient de ce qu’elle met à tourner autour de son axe (car tous les astres tournent autour d’un axe)absolument le même temps qu’elle met à tourner autour de la terre. Un ballon faisant le tour de notre globe nous donne une idée parfaite de ce mouvement : de ce ballon c’est toujours la nacelle que l’on voit et jamais la partie supérieure diamétralement opposée à la nacelle. Seulement il faut savoir que la Lune est animée de mouvements particuliers, qu’on appelle Librations, en vertu desquels elle nous laisse voir tantôt un peu de son côté gauche, tantôt un peu de son côté droit et, en même temps, tantôt au-delà de son pôle supé-

rieur et tantôt un peu au-delà de son pôle inférieur.

Comme, en même temps que la Lune tourne autour de la terre, elle e.st entraînée avec elle dans son mouvement de rotation autour du Soleil, il s’ensuit qu’elle décrit en réalité dans le ciel une courbe composée d’une série de festons serpentant autour de l’astre de la chaleur et du jour. Mais ces festons sont si peu de chose qu’en définitive l'oihite de notre .satellite se confond sensiblement avec celui de la terre.

Par suite de la rotation de la Lune autour de nous, il arrive nécessairement un moment où notre .satellite se trouve entre le Soleil et la terre, les trois astres étant en ligne droite : à ce moment on dit que c’est la nouveUe Lune. L’intervalle écoulé entre deux nouvelles lunes successives s’appelle une lunaison. Une lunaison est donc le mois lunaire qui a 29 jours i/2 de durée.

A l’époque de la nouvelle lune la face éclairée de notre satellite est tout entière tournée vers le Soleil tandis qu’au contraire sa face oh.scure nous regarde; c’est ce qui fait qu’à ce moment de sa rotation nous ne voyons pas l’astre qui ne devient visible, petit à petit, pour nous qu’au fur et à mesure qu’il avance dans l’orbite qu’il décrit autour de la terre. Au bout de 7 jours 1/2 la Lune est à son premier quartier ; 7 jours 1/2 plus tard c’est la pleine lune, c’est-à-dire le moment où notre satellite est juste à l’opposé du Soleil nous montrant tout entière sa face

éclairée ; 1 jours 1/2 plus tard c’est le der7iier quartier ; enfin 7 jours 1/2 après, l’astre est revenu à sa position de nouvelle lune. La lunaison est terminée. En passant de la nouvelle è la pleine lune, puis de la pleine à la nouvelle, comme la portion de la face éclairée que nous voyons est plus ou moins grande, le fu.seau brillant qui nous apparaît est très-mince ou très-épais suivant la position de l’astre ; ces divers filets lumineux s’appellent les phases de la Lune.

Cet astre d’ailleurs ne possède aucune lumière qui lui soit propre car la lumière qu’elle nous envoie n’est que la réflexion sur la Terre de celle qu’elle reçoit du Soleil et que l’on appelle le clair (le lune. C’est ainsi que la terre réfléchit aussi sur la lune la lumière qu’elle reçoit du Soleil, c’est alors le clair de terre.

La rotation de la Lune sur elle-même, avonsnous dit, s’effectue dans le même temps que la lunaison, c’est-à-dire dans le même temps qu’elle met h tourner autour de la terre, en 29 jours 1/2 ; il suit de là que ce temps est justement celui de la durée d’un jour et d’une nuit lunaires pris ensemble. Ainsi le vrai jour lunaire, c’est-à-dire la durée de la présence du Soleil au-dessus de l'horizon , est égal à 15 fois 24 de nos heures. Telle est aussi la durée de la nuit. L’année lunaire, autrement dit le temps que met la Lune à faire une révolution complète autour du Soleil, se compose de 12 jours lunaires et chacune de ses quatre saisons ne dure

que 3 de ses jours équivalant à peu près à 91 jours terrestres.

La photographie et les excellents télescopes dont nos observatoires disposent aujourd’hui ont permis d’obtenir de la Lune des images parfaites. Sa surface est couverte de hautes montagnes et de grandes plaines grises auxquelles on a donné autrefois le nom inexact de mers ; chaque plaine a son nom particulier: ïocéan des tempêtes, la mer des crises, la mer de la sérénité , le lac des songes , la plaine de Platon, etc....

11 ne serait pas impossible, quoiqu’on en dise, que la Lune fût entourée d’une atmosphère peu épaisse certainement mais d’une densité très-grande, et que toutes ces grandes plaines improprement appelées mers, fussent couvertes de forêts et de végétation ; c’est l’opinion d’un certain nombre d’astronomes dignes de foi.

La topographie et la géologie lunaires sont des plus intéressantes et des plus curieuses. Toutes les montagnes de la Lune sont creuses et ressemblent à des anneaux plus ou moins grands, plus ou moins élevés ; ce sont des cratères en un mot, qui, à leur partie centrale, descendent même plus bas que la plaine environnante. On arrive à leur sommet k l’extérieur par une suite de talus et de remparts s’élevant les uns sur les autres. Ces criques lunaires sont d’une étendue que n’atteint aucun de nos cratères terrestres. La surface de notre satellite est d'ailleurs couverte d*étoilements, de rainures et

de crevasses sillonnani ses vastes plaines et qui font supposer un sol enli^remenl volcanique.

Naissance et formation de la Lune. — La nature du sol lunaire est tout à fait différente de celle du sol terrestre et, quoique la Lune soit fille de la Terre, elle est cependant, en tant que maiière solide, plus vieille que sa mère. Voici comment elle a pris naissance :

Autrefois la Terre était une petite nébuleuse, toute gazeuse, de forme lenticulaire, lumineuse et brûlante, occupant tout l’espace qui s’étend entre elle et la Lune, et même au-delà. Mais dans cette nébuleuse, en vertu de la loi physique qui veut que dans tout mélange liquide ou gazeux, les matières se rangent toujours par ordre de densités, dans celte nébuleuse en rotation les matières les plus lourdes étaient au centre, et les plus légères , celles qui donnèrent naissance à notre satellite, étaient ramassées vers la partie extérieure, vers la surface. C’est un anneau de ces matières les plus légères qui, par l’effet de la force centrifuge, se détacha vers l’équateur de la nébuleuse terrestre pour constituer notre satellite. Cet anneau continuant à graviter autour du point central, et n’étant pas d’ailleurs formé de matières homogènes, se condensa petit à petit, se mit en globule et devint la Lune. Comme la température de l’espace est de ^70 degrés plus froide que la glace fondante, le globule lunaire se refroidit en vertu des lois du rayonnement et, comme d’ailleurs son volume est 49 fois plus petit et sa surface 13

Ibis moindre que ceux de la terre, il se rétroidit beaucoup plus vile que celle-ci, à peu près 4 fois plus vite. D’un autre côté, l’intensité de la pesanteur étant 6 fois plus faible sur la Lune, l’énergie volcanique au moment où le satellite se solidifia ôtait 6 fois plus grande, et les matières projetées s’élevèrent dans l’espace h des hauteurs relativement énormes. On voit donc que ce qui a donné à la Lune cet aspect poreux avec lequel elle apparaît à l’œil télescopique .c’est la légèreté relative des matières qui la composent et la faible pression sur sa surface, toutes causes qui permettent à la matière de se gonfler, de se boursoufiler plus facilement.

Un certain nombre d’astronomes dignes de loi, Herschel entre autres, admettent qu’il y a encore actuellement dans la Lune des volcans en ignilion ; autrement dit, la Lune ne serait point un astre mort mais bien au contraire un globe en voie de formation, de perfectionnement en un mot. Tel est aussi notre avis qui découle de l’intime persuasion que nous portons en nous que tout progresse dans TUnivers, la mort n’étant absolument qu'un changement d’état, une métamorphose. Les astres, aussi bien que l’animalilé elle-même, montent vers la lumière. Nous les considérons comme obéissant aux mêmes lois de progrès que toute chose dans la création et rien ne nous paraît plus vrai que cette belle pensée de Balzac dans Séraphita ; «Adieu, granité, qui seras fleur; adieu, fleur, qui seras colombe ; adieu.

colombe, qui seras femme ; adieu, femme, qui seras douleur ; adieu , homme , qui seras croyance. » C’esi par excès d’évidence que celle loi Irouve à chaque inslant sa juslificalion sous nos pas ei sous nos yeux: le noyau devienl arbre, l’arbre devient feuille, puis le voilà fleur et le voilà fruit. C’est la Force universelle, la grande Chimie Divine qu’on voit agissant partout, créant, créant sans cesse, et ne laissant rien se perdre. 11 en est de même pour un astre : les éléments primordiaux qui le constituent portent en eux le mécanisme intime de leurs destinées dans l’avenir, la Pensée de Dieu. Tout atome porte dans son sein son principe idéo-moteur, mais toutes ces transformations de la matière éternelle ne sont pas uniquement de simples problèmes de physique moléculaire, ils recèlent en eux le grand problème de la formation des âmes. Rien ne peut nous empêcher de croire que la vie d’un astre a pour but la formation de son Ame collective formée par tous les Esprits sortis de la matière. Tout globe céleste est pour ainsi dire un œuf obéissant aux lois de la Vie. L’oxygène, l’hydrogène, le carbone et l’azote de l’air sont petit à petit fournis par la décomposition des minéraux, et l’atmosphère et l’eau se forment par le jeu naturel de simples réactions chimiques. D’ailleurs, animaux , végétaux , et tous tant que nous sommes, nous avons sur chaque globe oii nous vivons la mission de décomposer et recomposer la matière pour la rendre plus fine et plus parfaite, pour la quinlessencier; nous ne

sommes que des Forces plus ou moins conscientes. Notre corps humain actuel est fait d’une matière supérieure à celle qui constituait les mastodontes et les iguanodons qui vivaient dans les brouillards enflammés des époques |)rimiiives de notre globe; l’atmosphère de ces temps-là était plus dense et plus grossière qu’elle ne l’est aujourd’hui et devait devenir plus légère et plus pure pour que nos organismes plus délicats y pussent vivre. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour la Lune? Pourquoi, plus vieille que la terre puisqu’elle a été formée avant elle, n’aurait-elle pas une atmosphère beaucoup plus pure et raréfiée et des habitants plus avancés dans la science et le progrès? Pourquoi cette surface, qui nous paraît si morte et dénudée, ne serait-elle pas au contraire couverte d’une végétation plus délicate, d’animaux plus intelligents et plus parfaits en même temps que d’hommes plus déliés, plus spirituels, plus instruits, plus puissants et plus actifs? Pourquoi enfin, puisque nous croyons aux migrations des âmes et à leur réincarnation, la Lune ne serait-elle point pour la vie une étape supérieure où les élus de la Terre iraient se préparer à entrer dans des sphères plus élevées et plus pures ?

Mars, — Vient ensuite la quatrième et dernière des petites planètes. Mars, située à 58,000,000 de lieues du Soleil. Elle tourne autour du Soleil en 686

(Je nos jours ; elle tourne autour de son axe en 24 de nos heures. Si, montés sur un rayon de lumière, nous quittons la Terre, nous mettrons 3 minutes pour traverser Tabîme de 14 millions de lieues qui nous sépare de Mars. Arrivés sur celte planète c’est à peine si nous pensons avoir changé de monde : nous y voyons les vagues des mers déferler sur les rivages et se briser en blanche écume sur les rochers des falaises ; nous apercevons de vastes forêts aux plumets agités par le vent et des plaines immenses qui s’étendent à travers les collines, les bois et les montagnes. Seulement les plantes ont des formes singulières et la végétation présente au regard une coloration qui nous étonne. Cependant on se croirait en vérité sur la Terre; ce sont les mêmes montagnes couronnées de neiges éternelles, le même bruit de cascades se précipitant dans les vallées, le même vent sifflant à travers les arbres et les roseaux, le même Soleil et la même succession des heures et des jours. Nous ne serions certainement pas beaucoup plus surpris du changement que ne le serait un Européen tombant subitement au milieu des paysages de l’Australie, tant sont peu de chose les différences entre les deux planètes, la Terre et Mars.

A l’œil nu la Planète brille dans le ciel comme une étoile de première grandeur et se distingue facilement par sa couleur rouge très-prononcée. Elle n’a cependant pas l’éclat de Vénus et de Jupiter. L’orbite de Mars est une ellipse très-accusée, c’est ce qui fait que cet astre est plus ou moins éloigné

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de nous ; elle se meut avec une vitesse de 24 kilomètres, ou 6 lieues par seconde. Son diamètre est de 1700 lieues, ce qui montre que cette planète est plus petite que la Terre puisque son diamètre n’est guère que la moitié du nôtre, sa surface un peu moins du tiers et son volume six fois 1/2 plus petit. Les corps pèsent moins à la surface de Mars que sur lâ Terre.

Tout se passe sur cette Planète à peu près comme sur notre Terre ; mêmes jours, mêmes nuits, mômes saisons, et par conséquent pour ses habitants sans doute mêmes travaux, mômes joies et mêmes peines. Cependant les .saisons sont un peu plus prononcées que sur la Terre, ce qui tient à ce que .son axe de rotation est plus incliné sur le plan de son orbite et que, par con.séquent, l’obliquité de l’écliptique est plus forte. Cette Planète a comme nous sa zone torride, ses deux zones tempérées et ses deux zones glaciales où régnent, comme sur la Terre , les longues nuits et les longs jours de nos régions polaires. Il y a cependant une grande différence pour la durée des saisons, chacune d’elles a une durée presque deux fois plus grande que sur noire globe et vaut six de nos mois. Les sai.sons sont aussi plus inégales entre elles.

C’est l’émisphère austral de Mars que nous connaissons le mieux parce que c’est celui qui se piésente à nous ù l’époque où la Planète est le plus proche de la Terre. On peut alors assister facilement à la formation de ses glaces polaires, ù la chute et à la fonte des neiges, au mouvement des nuages, a

la formation des pluies et au déchaînement des tempêtes, enfin à toutes les vicissitudes et intempéries de son atmosphère.

C’est le déplacement des nuages sur le disque de Mars qui a porté témoignagne de l’existence de son atmosphère dont les phénomènes météorologiques sont absolument analogues aux nôtres ; l’analyse spectrale appliquée à l’atmosphère de Mars a d’ailleurs aussi démontré que sa composition chimique est la même que celle de notre atmosphère terrestre : oxygène et vapeur d’eau.

Le disque de la Planète Mars est relativement si facile à étudier et à connaître qu’on a pu en dessiner la géographie. Sa surface est moitié Terre et moitié eau. (Ij Les mers sont de petites Méditerranées serpentant à travers monts et vallées, et cet ensemble d’îles et de grands lacs reliés rendent aux habitants de Mars les communications faciles soit au moyen de voitures, soit au moyen de canots, d’autant plus que la surface de ce globe est trèspetite. Quand l’on regarde au télescope, les taches sombres représentent les mers et celles qui sont claires indiquent les terres; on sait en effet que l’eau absorbe la lumière et la réfléchit très-peu. Les mers de Mars sont légèrement teintées de vert. Nous savons d’ailleurs que la couleur des eaux varie avec leur nature, c’est ainsi que les eaux du Rhin sont bleues, celles de la Seine vertes et celles de la Marne

(1) On peut en voir la carte aréographique dans i'Astronomie populaire de Flammarion page 480.

jaunes. Quant aux continents ils sont fortement nuancés de jaune orangé. Cette coloration rouge des continents subsiste à toutes les latitudes, aussi bien pendant l’hiver que pendant l’été et l’on sait fort bien cependant qu’elle n’est due ni à l’influence de l’atmosphère de Mars sur les télescopes ni à celle de l’atmosphère terrestre. Il faut donc admettre que c’est la la couleur dominante de la végétation sur cette Planète.

Cette Planète a donc avec notre globe des similitudes extrêmement remarquables, elle a comme lui de l’eau, de l’air, de la chaleur, de la lumière , des vents, des nuages, des neiges, des glaces, des pluies, des ruisseaux, des vallons et des montagnes. La durée de son jour sidéral est le même ; les saisons ont la même intensité à peu de chose près et ne diffèrent qu’en ce qu’elles ont deux fois plus de durée. Il faut admettre que ce globe a été comme le nôtre le théâtre de mouvements géologiques intérieurs qui l’ont amené à son état actuel d’existence. Il y a eu des soulèvements de terrains, des tremblements de terre et des éruptions volcaniques qui ont modifié sa surface, car Dieu procède partout avec la même unité de plan et de moyens, faisant partout œuvre de science et de progrès, édifiant partout, sur chaque Terre du ciel, les créations nouvelles au moyen des créations anciennes, pensant toujours à l’Humanité qui doit venir, travaillant pour elle, préparant sa demeure future, approvisionnant sur le sol et dans le sol les éléments de toute nature

nécessaires à son existence, renouvelant sans cesse la surface des Planètes et donnant à tous l’exemple de la prévoyance et du travail.

Les habitants de Mars. — S’il est un principe qu’il faille admettre à priori c’est que tout obéit dans l’Univers à des lois immuables qui sont les mêmes partout, par la vertu desquelles les mondes se forment et les êtres à leur surface naissent et se transforment. Quand une horloge est construite et montée elle marche par la seule pensée préconçue de l’horloger qui l’a faite ; le temps se déroule sur son cadran avec la sûreté et la régularité les plus parfaites. Ainsi de l’Univers. Le Grand Architecte a décrété, dans sa Volonté Toute-Puissante, qu’il se développerait sagement et régulièrement suivant des lois qui lui ont paru bonnes et l’Univers accomplit majestueusement toutes les phases de ses destinées sans que Dieu ait plus jamais besoin de toucher à aucun de ses rouages. Chaque Planète contient donc la Pensée du Créateur et les lois qui doivent la régir, et tout sur elle et dans elle naît, vit et meurt pour renaître vivre et mourir encore en marchant vers ses fins, en gravissant tous les degrés de l’échelle infinie du progrès au sommet de laquelle sont la Science et la Perfection.

On sait que les densités sont des rapports entre les poids de volumes égaux de deux corps différents. La densité des matériaux de Mars est moindre que sur notre Terre, elle est dans le rapport de 70 à 100. La densité de la Terre est égale k celle

de l’oxyde de fer magnétique; la densité de Mars est celle du rubis oriental. La pesanteur, elle, est la force qui attire tous les corps au centre d’une Planète. Un homme de notre globe qui pèserait 70 kg. transporté sur Mars n’en pèserait plus que 26. Sur la Terre un corps qui tombe naturellement parcourt 4™90 par seconde, sur Mars il en parcourt seulement 2.

Comme la taille des Etres sur une Planète est déterminée par l’intensité de la pesanteur il est à supposer que sur Mars les animaux et les végétaux sont de plus haute taille que sur notre Terre. « Ce n’est pas à dire cependant pour cela, dit Flammarion, que les Humains y aient notre forme, et soient des géants. En remontant à la formation de la série zoologique on peut augurer que la pesanteur aura exercé une influence d’un autre ordre sur la succession des espèces. Tandis que sur notre globe la grande majorité des races animales est restée clouée à la surface du sol par l’attraction terrestre, et qu’un bien petit nombre ait reçu le privilège de l’aile et du vol, il est bien probable que sur Mars, en raison de la disposition toute particulière des choses, la série zoologique s’est développée de préférence par la succession des espèces ailées. La conclusion naturelle est que les espèces animales supérieures y sont munies d’ailes. Chez nous le vautour et le condor sont les rois du monde aérien; là-bas les grandes races vertébrées, et la race humaine elle-même qui en est la résultante et

la dernière expression, ont conquis le privilège très-digne d’envie, de jouir de la locomotion aérienne. Le fait est d’autant plus probable, qu’à la faiblesse de la pesanteur s’ajoute l’existence d’une atmosphère analogue à la nôtre. » (1)

Pour les Martiaux l’aspect du ciel est à peu près le môme que pour nous, seulement ils ne voient pas toutes les Planètes de la même manière ; c’est ainsi que l’énorme Jupiter, plus près d’eux, leur paraît une fois et demie plus grand et ses quatre lunes y sont visibles à l’œil nu ; par contre ils ne doivent pas voir Mercure. Notre Terre leur paraît très-brillante, ils en voient les phases ainsi que celles de notre Lune. Ils doivent avoir pour nous une affection toute particulière.

Ainsi nous devons voir dans les habitants de Mars des vivants plus ou moins différents de nous quant à la forme, mais des Etres ayant comme nous une âme, des Etres agissant, pensant, raisonnant comme nous sur les grands et mystérieux problèmes de la nature. Ils vivent en familles, en sociétés, sont probablement groupés par nations et cultivent les arts et les sciences. Y a-t-i! là des temples et des palais, des richesses et des misères, des splendeurs et des ruines, ainsi que sur notre pauvre Terre encore dans les ténèbres de l’ignorance et de la barbarie? Qui peut le dire ? Nous aimons mieux croire que sur ce petit globe qui

(t) Les Terres du Ciel par Flammarion.

paraît privilégié par rapport au nôtre, nous aimons mieux croire que la vie intellectuelle et morale y est plus avancée; que tous s’aiment les uns les autres et qu’un petit nombre d’égoïstes et de privilégiés n’accapare pas les richesses de la production, les bienfaits et les trésors de la nature au détriment des masses ; que l’orgueil n’y est pas la source de l’intolérance, de la domination et des persécutions sanglantes ; que de bonnes lois équitables et justes règlent les relations des créatures entre elles ; que les animaux eux-mêmes participent à ces lois et sont aimés et respectés comme doivent être aimées et respectées toutes les œuvres de Dieu ; qu’enfin l’Amour, ce trésor sans prix répandu par le Créateur sur tous ses enfants de l’Univers, au lieu d’être un fléau engendrant la maladie, la haine, la vengeance, la guerre et le désordre, y est au contraire l’élément religieux d’où naissent le Devoir, la Concorde et le Bonheur.

Les Planètes Télescopiques ,— Entre Mars, la dernière des quatre petites Planètes et Jupiter, la première des quatre grosses, s’étend un immense désert de 140 millions de lieues dépaisseur. J’ai dit désert en effet si vous voulez considérer comme autant de grains de sable 200 petites Planètes perceptibles à peine aux plus puissants télescopes et que certains astronomes regardent comme étant les fragments d’une Planète autrefois vivante. La plus proche de Mars est Méduse et la plus rappro-

chée de Jupiter esl Hilda. Les 4 plus grosses sont Vesia, Palas, Cérès et Junon, et ont à peu près 100 lieues de diamètre. Il ne se passe pas d’ailleurs d’année qu’on n’en découvre de nouvelles. Le spectroscopea démontré qu’elles avaient une atmosphère. La pesanteur sur ces petits astres est excessivement faible.

Ces Planètes sont-elles habitées ? Nous répondrons que nous n’avons pas le droit de rayer du livre de vie aucun globule des deux. Puisque la goutte d’eau renferme des millions d’êtres microscopiques qui grouillent et s’agitent dans son sein ; puisque tout globule de l’air contient d’invisibles cirons qui nourrissent l’agile hirondelle ; puisque tout sur notre globe a sa part au banquet de la vie, il faut bien admettre aussi que ces petits astres possèdent également leurs habitants qui y naissent, vivent et meurent et se transforment comme nous. Mais toute organisation sur un globe dépend nécessairement des forces et des éléments constitutifs de chacun d’eux, car les êtres ne sont que des résultantes mathématiques de ces éléments et de ces forces et, en résumé, dit avec vérité et avec autorité Flammarion, le problème à poser est toujours celui-ci: l’être humain est la résultante des forces planétaires, étant données ces forces, poser l’équation et calculer celle résultante inconnue jusqu’ici pour tous les mondes différents du nôtre. Sur toutes ces Planètes Télescopiques la pesanteur esl si faible que les êtres qui les habitent doivent être d’une légèreté et d’une agilité sans pareilles.

Jupiter.—Nous voici maintenant arrivés dans le domaine des quatre grosses Planètes. A 200,000,000 de lieues du Soleil apparaît à nos yeux la première d’entre elles, la plus grosse de toutes, l’immense et colossal Jupiter, le géant des mondes. Son volume est 1200 fois plus gros que celui de la Terre et il pèse 310 fois plus ; sa circonférence a plus de 100,000 lieues et une bande de papier allant d’ici k la Lune ne ferait pas le tour de cette Planète monstrueuse. Jupiter emploie 12 de nos années à accomplir sa révolution autour de l’astre brillant du jour, c’està-dire pour parcourir son année propre. Il emploie 10 de nos heures à tourner autour de son axe, c’està-dire à accomplir son jour sidéral, ce qui nous fait voir que les habitants de celte Planète ont 5 heures de jour et 5 heures de nuit avec des aurores et des crépuscules qui en diminuent plus ou moins la longueur. La densité des matériaux constitutifs de Jupiter est beaucoup moindre que sur notre globe, mais si la Planète est plus légère quant à sa matière, elle attire bien plus fortement vers son centre, d’où il suit que la pesanteur étant plus grande, les corps sont plus lourds et tombent plus vite sur le sol.

On s’imaginera facilement le volume de cette colossale Planète quand nous aurons dit qu’il faudrait 1200 globes aussi gros que la Terre pour

formerson voliime et 310 Terres réunies sur le plateau d’une balance pour lui faire équilibre en la supposant placée sur l’autre. Entouré de ses 4 lunes, toutes plus volumineuses que la nôtre et dont la plus grosse dépasse même le volume de Mars,ce monde colossal et mystérieux s’avance majestueusement dans son orbite avec une vitesse de 13,000 mètres par seconde; c’est un peu moins que la moitié de la vitesse de la Terre autour du Soleil. Son globe n’est pas sphéroïdal mais très-aplali aux pôles. L’un des spectacles les plus grandioses que l’on puisse voir, c’est l’observation au télescope des nuages et des taches de Jupiter. Ce globe apparaît comme entouré d’une ceinture de bandes plus ou moins larges, plus ou moins nombreuses, plus ou moins lumineuses, surtout vers l’équateur. Ces bandes sont un des caractères distinctifs de cette Planète; elles sont blanches, grises et bleuâtres et souvent nuancées d’une coloration jaune et orangé. A travers ces rubans mobiles on aperçoit très-souvent des taches plus ou moins lumineuses qui se déplacent sur la surface, car elles font partie de l’immense couche nuageuse qui environne ce vaste globe; elles donnent la preuve évidente du mouvement de rotation de la Planète autour de son axe. 11 est singulier de voir â quel point le régime de ces taches ressemble à celui des taches du Soleil, mais ce qui l’est encore plus, ce sort les étonnantes métamorphoses que subit ce monde à sa surface où l’on constate dans les bandes les variations les plus

rapides et les plus considérables ; ces bandes n’ont jamais ni la même forme, ni le même éclat, ni la même nuance, ni la même longueur, ni la même étendue. On a mesuré des nuages qui volaient avec une rapidité de 100 m. par seconde, indépendamment du mouvement de rotation propre de la Planète.

Le mouvement de rotation de cette Planète autour de son axe est, comme nous l’avons dit, deux fois plus rapide que celui de la Terre, la durée du jour sidéral est de 10 heures et l’année étant égale à 12 des nôtres, les habitants de Jupiter comptent 10450 de nos jours dans leur année. Mais le plus curieux, c’est l’absence de saisons sur ce globe et, comme son axe de rotation est à peu près perpendiculaire au plan dans lequel il se meut autour du Soleil, on peut dire que Jupiter jouit d’un printemps éternel; la durée du jour et de la nuit y est la même pendant toute l’année, à peu près de 5 heures; les climats s’y succédant doucement et harmoniquement il y a de l’équateur aux pôles une gradation lente et uniforme des plus précieuses pour les habitants de ce monde qui doivent jouir d’une santé parfaite.

Jupiter reçoit 27 fois moins de chaleur et de lumière que nous et le Soleil paraît à ses habitants 5 fois moins gros qu’à nous. L’Humanité qui l’habite est faite sans doute pour ces températures qui seraient trop froides pour nous, d’ailleurs il est possible que l’atmosphère de cette Planète soit suscep-

lible de concentrer beaucoup plus les rayons solaires car Tanalysespectraledémontre que cette atmosphère est précisément saturée de vapeur d’eau ; d’un autre côté il peut y avoir pour ce monde d’autres moyens d’échauffernent inconnus pour nous, tels, par exemple, que les réactions chimiques opérées au sein des gaz qui constituent son atmosphère. Ce qu’il y a de certain, c’est que les taches blanches lumineuses qui flottent à travers les bandes, les points brillants et ronds, semblables à des satellites, qu’on voit se promener dans l’intérieur de la masse nuageuse, les longues traînées qui croisent obliquement les bandes, enfin les extraordinaires changements de nuances, de couleur et d’éclat de tous ces gaz, nous donnent à deviner une grande activité de vie dans l’atmosphère qui entoure cette Planète, en même temps que la présence de grandes forces perturbatrices qui ne peuvent provenir que de causes intérieures. Ce globe doit plutôt tenir sa chaleur de lui-même que du Soleil qui le retient sous son attraction magnétique. Peut-être a-t-il des sources de vapeur et est-il le siège de révolutions géologiques inconnues sur notre Terre.

Les quatre petites planètes : Mercure ^ Vénus, la Terre et Mars, ont entre elles les plus grandes ressemblances qui peuvent nous conduire à les regarder comme appartenant h la même famille. Pour Jupiter, il n’en est pas ainsi. Là, les matériaux constitutifs, l’état moléculaire physique et chimique, les forces locales, l’électricité, la chaleur, se présentent dans des conditions tout à fait différentes.

«En résumé, dit Flammarion, le régime météorologique de Jupiter, tel que nous Tobservons de la Terre, conduit à la conclusion que l’atmosphère de celte Planète subit des variations plus considérables que celles qui seraient produites par la seule action solaire ; que cette atmosphère est très-épaisse et que sa pression est énorme; enfin que la surface du globe ne paraît pas être arrivée à l’état de fixité et de stabilité auquel la Terre est parvenue aujourd’hui. Il est probable que, quoique né avant la Terre, ce globe a conservé sa chaleur originaire beaucoup plus longtemps en raison de son volume et de sa masse. » 11 semblerait en vérité que celte Planète se trouve actuellement à l’état de température par lequel notre globe est passé pendant la période primaire de ses époques géologiques oii la vie se manifestait alors sous des formes étranges et OLi paraissaient au milieu des convulsions et des orages d’un monde naissant, des végétaux et des animaux d’une vitalité extraordinaire.

Satellites de Jupiter. — Autour de cet astre énorme se meut un beau système de quatre satellites que l’observateur voit tantôt s’approchant et tantôt s’éloignant de la Planète, tantôt passant derrière elle, tantôt oscillant à sa droite et à sa gauche. Celui qui est le plus rapproché d’elle, lo, est à une distance de 107,000 lieues et le plus éloigné , Callisto, en est à celle de 478,000. Ils se meuvent tous à peu près dans le plan de Téqualeur jovien et

doivent offrir le plus beau spectacle aux habitants de la Planète qui les voient glissant en silence dans les plaines éthérées. On a donné à ces quatre satellites les noms à'Io, Europe, Ganymède et Callisto. C’est le troisième , Ganymède, qui est le plus volumineux ; son diamètre est presque égal à la moitié de celui de la Terre, ce qui fait de lui une véritable petite Planète ; il dépasse de près du double le volume de Mercure et est cinq fois plus gros que notre Lune. Une chose remarquable c’est la vitesse d’Io, la première de ces Lunes; elle tourne autour de Jupiter en 42 heures 1/2 avec une vitesse de 18000 mètres à la seconde; Callisto accomplit sa rotation en 16 jours et 16 heures 1/2. On a comparé ces satellites à notre propre Lune et l’on a supposé que , inertes et déserts, privésd’airetd’eau, ils ne pouvaient être habités ; il n’y a pour ces hypothèses aucune raison valable, car tout parait faire croire au contraire que l’existence de tous les astres a pour but de recevoir ou de donner la vie, la vie étant la seule raison d’être de la création. Il semble d’ailleurs que Jupiter est beaucoup plus utile à ses quatre Lunes que celles-ci ne le sont à lui-même. Si Jupiter se trouve actuellement aux époques géologiques primitives de sa formation, ses Lunes au contraire peuvent être déjà le siège de la vie organique et intellectuelle ; elles reçoivent de lui leur chaleur et il est pour elles un véritable Soleil, qui compense la faible quantité de lumière qu’elles reçoivent du véritable Soleil central. lo voit Jupiter comme une immense

Lune 1400 fois plus grosse que la nôtre et Callisto comme une Lune 80 fois plus grande. Le colossal Jupiter est pour les habitants de ses satellites le souverain de l’ünivers, car peureux, notre Soleil n’est qu’un petit disque brillant, et ce souverain leur apparaît avec toutes les nuances les plus variées depuis le rouge et l’orangé jusqu’au violet et au pourpre. Il doit produire sur eux des effets magiques.

Habitants de Jupiter. — Cette belle Planète, dit Flammarion, pourrait bien être habitée par des êtres différents de nous, vivant à l’état aérien dans les hautes régions de son atmosphère, au-dessus des brouillards et des vapeurs des couches inférieures, se nourrissant du fluide aérien lui-même, se reposant sur le vent comme l’aigle dans la tempête ; cependant, si nous voulons nous laisser guider par les lois de l’analogie, nous devons supposer qu’elle n’est pas encore assez refroidie pour être le séjour d’une Humanité déjà formée. Mais que cette Humanité y soit déjà formée ou non, qu’elle ne le soit seulement que plus tard, quel monde est mieux tait, mieux préparé pour une vie supérieure? Quelles merveilleuses conditions pour le développement de la vie, de l’intelligence et du bonheur! Là, plus de ces tourments ni de ces douleurs qui agitent les malheureux habitants de la Terre, c’est un monde béni du Créateur, flottant pacifiquement dans l’éther lumineux, baigné dans les tièdes températures d’un éternel printemps, sans hivers ni étés, et s’élevant

lentement au sein de la paix et de l’harmonie vers la perfection. Ajoutons que le spectacle de quatre Lunes, tantôt se levant toutes ensemble puis se séparant presqu’au même moment, tantôt toutes rangées au zénith les unes à côté des autres, tantôt se levant à deux quand les deux autres se couchent, tantôt s’éclipsant et tantôt présentant des phases et des éclats variés, doit être pour les habitants un spectacle ravissant, et que tout enfin doit développer en eux le sentiment du Grand et du Beau. La seule chose que l’analogie nous permette de dire, c’est que dans Jupiter les êtres sont plus lourds, car l’attraction y est près de deux fois supérieure à ce qu’elle est sur la Terre : une orange qui se détacherait d’un arbre, si tant est qu’il y ait des orangers dans ce pays, parcourrait 12 mètres dans la première seconde de sa chute, quand sur notre globe elle ne parcourt que 4™90 ; un kil. y pèse 2 kil. 1/2 et l’un de nous pesant ici 70 kil., en pèserait Ih-bas 174. Cependant les organismes dans ce monde sont composés de substances de densité plus faible, pendant que d’un autre côté la densité de l’atmosphère est beaucoup plus grande. Il faut donc admettre que les êtres qui vivent sur Jupiter n’ont aucune analogie avec les habitants de la Terre. La force qui régit l’univers est si puissante et la matière si docile, que ce que l’on doit mettre hors de doute, c’est que la diversité infinie est le cachet de la puissance infinie du Créateur. « Je ne crains pas d’avancer, disait Leibnitz, qu’il y a dans

l’uDivers des animaux qui sont en grandeur autant au-dessus des nôtres, que les nôtres sont au-dessus des animalcules qu’on ne découvre qu’à la faveur du microscope ; car la nature ne connaît point de terme. Réciproquement, il peut, et même il doit se faire, qu’il y ait dans de petits grains de poussière, dans les plus petits atomes, des mondes qui ne soient pas inférieurs au nôtre en beauté et en variété. »

Saturne. — Pour atteindre ce globe immense en partant du Soleil, il nous faut parcourir par la pensée la distance énorme de 3SS millions de lieues ; c’est à peu près 10 fois la distance de notre Terre à Tastre central. C’est la dernière Planète visible à l’œil nu. Les anciens l’appelaient le Dieu du Temps et du Destin. Aux temps où l’astrologie enseignait la croyance aux influences plus ou moins heureuses des astres sur les destinées humaines, le vieux Saturne était considéré comme une divinité fatale.

C’est tout un petit monde à lui seul que cette immense sphère se promenant lentement dans l’espace avec son système d’anneaux merveilleux l’enveloppant et ses huit lunes tournant autour d’elle. Et ce ne sont pas de petits personnages que ces satellites, puisque l’un d’eux en grosseur est supérieur à Mars. Combien notre pauvre terre ne doit-

elle pas modestement s’incliner devant ce cortège royal 1

Saturne met 10,760 jours à accomplir sa révolution autour du Soleil, soit 30 ans à peu près; autrement dit il ne tourne qu’une seule fois autour du foyer central pendant que noire Terre a tourné 30 fois autour de lui. La longueur de son orbite est de 2 milliards 215 millions de lieues ; sa vitesse est de 9,500 mètres par seconde, ce qui nous montre que Saturne se meut 3 fois moins vite que la Terre. Son diamètre a l’équateur est près de 10 fois supérieur à celui de notre globe, son volume 864 fois plus considérable et sa surface 92 fois plus grande. Cette planète est composée de matériaux moins lourds que ceux de notre globe; sa densité moyenne n’est que les 13/100 de celle de la Terre et, comme c’est à peu près la densité de l’érable, on voit que Saturne flotterait sur l’eau absolument comme une boule en bois. L’aplatissement aux pôles est trèsgrand, plus encore que celui de Jupiter qui l’est luimême d’une manière très-prononcée. Cela prouve que, comme Jupiter, cet astre tourne avec une trèsgrande vitesse autour de son axe et que la force centrifuge est très-forte; aussi le jour Saturnien n’est-il qu’un peu plus de 10 heures, c’est-à-dire plus.de deux fois plus court que le nôtre. Son année est de 25,000 jours Saturniens.

L’inclinaison de l’axe de cet astre sur le plan de l’écliptique est peu différente de celle de la Terre, ce qui nous permet de supposer que les saisons de

ce monde lointain, tout en durant cliaciine plus de sept ans, sont peu différentes des nôtres. Les habitants de cette Planète ont à peu près mêmes zones torrides, tempérées et glaciales. D’ailleurs le globe solaire leur paraît 90 fois |)lus petit et ils en reçoivent 90 fois moins de chaleur.

Anneaux de Saturne. —Mais ce qui fait l’aspect merveilleux de ce globe et le met en dehors de tout ce que nous connaissons, ce sont ses anneaux. Vus au télescope, c’est le spectacle le plus admirable que l’on puisse imaginer. Les chiffres ci-dessous permettent de se faire une idée de cet ensemble de corps enfermés les uns dans les autres :

Diamètre extérieur de l’anneau extérieur :

71,000 lieues.

Diamètre intérieur de l’anneau intérieur:

47,300 lieues.

Diamètre du globe de Saturne :

30,500 lieues.

Ces anneaux, qui peuvent avoir 11,800 lieues de largeur et 250 d’épaisseur, nous présentent alternativement chacune de leurs faces dans les différentes combinaisons de mouvements qui se produisent dans l’espace. Tous les 15 ans ces anneaux se présentent à nous par leur tranche et alors ils deviennent invisibles. C’est lastronome Huygens qui, le premier, découvrit la véritable forme de ces appendices saturniens. On crut d’abord qu’il n’y avait qu’un seul anneau continu, mais bientôt on put

constater qu’il y en avait deux séparés entre eux par une distance de 720 lieues. Cette séparation apparaît comme un ruban blanc dans l’image télescopique. Enfin, plus tard, on découvrit un troisième anneau intérieur aux deux précédents. Ce dernier est obscur et transparent, car on distingue le globe de Saturne à travers; il paraît, dit-on, changer petit h petit de nature et perdre sa transparence.

Ces anneaux ne sont certainement pas solides ; ils paraissent être composés d’une infinité de particules distinctes tournant autour de la Planète et qui ne sont tenus en équilibre que par les attractions combinées du globe central d’un côté et des huit satellites Saturniens de l’autre. Ces anneaux d’ailleurs ne sont pas distribués suivant une surface absolument plane, ils présentent des irrégularités qui sont visibles quand ils se montrent à nous suivant leurs tranches.

Satellites de Saturne. — En dehors des anneaux dont nous venons de parler, Saturne est entouré de 8 Lunes qui forment un empire de 2 millions de lieues de largeur. Voici les noms qu’on leur a donnés en allant du centre à l’extérieur ;

Mimas, Encelade, Téthys, Dioné, Rhéa, Titan, Hypérion et Japet,

La plus proche du maître est Mimas siiuée à 52,000 lieues et accomplissant sa rotation en nioins d’un jour ; la plus éloignée est Japet qui est située à une distance de 990,000 lieues et tourne on 79

jours autour de Saturne. Les trois premiers satellites sont tous plus voisins de leur astre central que notre lune ne l’est de la Terre. Leurs oi bites coïncident à peu près avec le plan des anneaux et celui de l’équateur Saturnien; Japet seul fait exception, son orbite est assez incliné. Titan est le plus gros de ces petits globes, son diamètre est supérieur à celui de Mars.

Ce doit être un spectacle vraiment merveilleux que l’aspect de ces anneaux et de ces huit lunes diversement illuminés et diversement placés les uns par rapport aux autres, et notre imagination doit se faire une idée nouvelle des splendeurs du ciel ainsi que de l’infinie variété de la création. Dans ce monde de Saturne rien ne ressemble plus à ce que nous avons vu Jusqu’ici, rien ne nous rappelle plus notre pauvre petite Terre qui, plus que jamais, nous apparaît triste et déshéritée avec sa petite Lune unique et solitaire. Pourquoi donc avons-nous tant d’orgueil !

La vie dans Saturne. — Nous venons de voir que le globe immense de Saturne est le centre d’un véritable petit univers ; c’est un système solaire en miniature. L’orbite du dernier de ses satellites n’a pas moins de 6 millions de lieues qu’il parcourt en 80 jours. Il serait évidemment fort curieux de connaître les formes variées et toutes nouvelles, sans doute, sous lesquelles apparaît la vie dans ce petit monde; hélas! il ne nous est point encore donné

de connaître tout cela et nous ne pouvons que donner libre cours à noire imagination et faire des hypothèses.

Saturne présente un aspect qui se rapproche beaucoup de celui de Jupiter; comme lui il montre à l’œil télescopique de larges bandes qui courent et se promènent dans les parages de son équateur ; ces bandes sont teintées d’une légère nuance rouge-carmin. Quant au globe Saturnien lui-même, il est beaucoup plus jaune que l’anneau qui est d’une couleur blanche lumineuse. Les bandes nuageuses de l’atmosphère sont très-changeantes, ce qui provient de la grande rapidité qu’a la Planète dans sa rotation diurne ; cependant vers les régions équatoriales elles se montrent à peu près permanentes, ce qui tient sans doute à l’attraction des anneaux qui sont tout proches. Il doit se produire à l’équateur une sorte de marée ayant pour effet de faire des bandes équatoriales des espèces de bourrelets très-épais. L’astronome Huggins, en en faisant l’analyse spectrale, a trouvé dans l’atmosphère de Saturne des raies semblables à celles déjà constatées dans Jupiter; on trouve entre autres les raies spectrales de la vapeur d’eau. Le père Secchi, en appliquant aussi l’analyse spectrale à ces bandes a trouvé des raies inconnues, ce qui lui a fait admettre que l’atmosphère saturnienne renferme des gaz qui n’existent pas dans la nôtre. Tout récemment M** Vogel, en tirant aussi les conclusions naturelles de ses analyses spectrales, a reconnu que la composi-

lion de l’atmosphère saturnienne était à 'peu près cellè de l’atmosphère jovienne, mais que les anneaux n’étaient pas de même nature que les bandes.

L’atmosphère de Saturne est très-épaisse, trèslourde et chargée de nuages ; vers les régions polaires on remarque une teinte blanche accentuée qui fait penser aux neiges éternelles de nos pôles.

L’intensité de la pesanteur à la surface de Saturne surpasse la nôtre de 1/10, mais la densité des substances y est 7 fois plus faible, ce qui fait qu’à la circonférence extérieure les objets ysont d’une légèreté inimaginable. Ce qui fait surtout l’étrangeté de ce globe c’est que, grâce à l'épaisseur énorme de l’atmosphère, la pression exercée sur les corps placés à sa surface est d’une puissance considérable.

« Les habitants de Saturne, dit Flammarion, sont-ils donc des êtres aérostatiques, incapables de demeurer sur le sol et flottant comme des ballons dans l’atmosphère? Saturne est-il un monde aérien dont les indigènes vivent assis sur des trônes de nuages?» Ce qu’il y a de certain, c’est que la magnificence de la création dans Saturne est inimaginable , et ce doit être un merveilleux séjour d’habitation. Quelle ne serait pas notre admiration, notre stupeur, si tout à coup nous nous trouvions transportés jusque là , d’y voir ces anneaux gigantesques s’allongeant dans le ciel comme un immense pont suspendu, et ces huit lunes se jouant au-dessus de nos têtes tantôt toutes ensemble, tantôt seules, tantôt diversement combinées entre elles! Tous ces phénomènes

lie mouvement, tous ces miroitements, tous ces jeux de la lumière et de la nature animant la matière éternelle, sont d’une splendeur sans égale et doivent faire des habitants de Saturne des êtres privilégiés comme le sont ceux de Jupiter. Voici d’ailleurs ce que raconte, des habitants de ce monde, un des plus grands savants de notre siècle, sir Humphry Davy :

«Ces êtres gigantesques, d’une forme indescriptible, dit-il, me parurent munis d’un système de locomotion analogue à celui du cheval marin, mais leurs mouvements s’effectuaient à l’aide de six membranes dont ils se servaient comme si c’eussent été des ailes; leurs couleurs étaient belles et variées, surtout azur et rose; la partie antérieure de leur corps était munie d’un grand nombre de tubes, enroulés mobiles, dont la forme rappelait un peu celle de trompes d’éléphants.... J’éprouvai une peur insolite lorsque je vis l’un d’eux prendre son vol et s’élever vers les nues... Ces êtres vivent dans l’atmosphère. Leur degré de sensibilité et de bonheur surpasse de beaucoup celui des Terriens ; ils sont doués de nombreux sens, ont asservi les forces delà nature, et grâce à la densité de leur atmosphère et à la pesanteur spécifique de leur planète, ils ont pu déterminer avec précision tous les mouvements du système solaire : le premier venu d’entre eux pourrait dire où est la Lune terrestre, sans la voir, et par le seul calcul ; leurs esprits sont dans une activité incessante, et celle activité est une source per-

péluelle de jouissances. Ils se nourrissent de fluides et vivent sur les nuages qu’ils dirigent comme des chars aériens. »

On conslate que, malgré son éloignement du Soleil, il est très-possible que le monde de Saturne soit dans un état de température an moins aussi élevé que le nôtre. Celte chaleur, que dénotent très-bien les observations astronomiques, pourrait provenir du globe de Saturne lui-même qui, n’étant pas aussi complètement refroidi que le nôtre, serait encore h l’état presqu’incandescent. D’ailleurs il ne serait pas impossible que le mystérieux assemblage de ses anneaux et de ses satellites fût combiné de telle sorte que des mouvements différents produisissent là des effets différents, de là des combinaisons chimiques nouvelles, des couleurs étranges et inimaginables, des effluves électriques particulières enfin. La création n’est-elle pas l’infinie variété des effets dans l’unité de matière et dans l’unité de plan? De l’éther et du mouvement voilà tout ce qu’il a fallu à la Puissance infinie, à l’Intelligence sans bornes, pour construire et régler l’IInivers. Le mouvement, voilà le moyen unique qu’employa Dieu dans sa création. Toute la nature phénoménale est sortie de là. C’est ainsi que chaque étoile de l’immensité des deux étant douée d’un mouvement de rotation différent autour de son axe et d’un mouvement de translation particulier dans l’espace, tous les phénomènes de vie produits autour d’elle dans son cortège de Terres et de Lunes ont leur

cachet de variété particulier, leur modalité propre, leurs splendeurs et leurs magnificences. Et TUnivers n’est ainsi dans son immense écrin d’étoiles et de nébuleuses, qu’un admirable et merveilleux parterre toujours renaissant et toujours nouveau d’une richesse, d’un éclat et d’une variété dignes de la Puissance, de la Grandeur et de la Bonté du Créateur.

William Herschell, ce savant si consciencieux dans ses travaux et si digne de foi, a reconnu qu’à certaines époques le globe de Saturne n’était pas rond, mais bien rectangulaire. D’autres astronomes ont observé la même anomalie dans cette planète extraordinaire, fl y a donc là des forces incomparablement plus puissantes que celles qui donnent naissance aux manifestations de la vie sur notre pauvre petit globe.

Une des choses les plus curieuses sur Saturne, c'est son calendrier qui contient le chiffre fabuleux de 25,000 jours par an et, grâce à ses huit lunes, huit espèces de mois différents dont la durée varie depuis 22 heures jusqu’à 80 jours. Sur ce globe un corps qui tombe parcourt à l’équateur 4'"50 dans sa première seconde de chute, mais aux pôles 5‘"35. Si Saturne tournait deux fois et demie plus vite, les objets n’auraient plus de poids du tout. Mais l’attraclion contraire des anneaux diminue le poids d’une manière très-notable, de telle sorte même qu’entre l’anneau intérieur et la planète, il se trouve une zone où les corps sont également attirés en haut et en bas.

Cette planète est la dernière d’où l’un de nous transporté sur sa surface avec nos meilleurs instruments, pourrait distinguer notre petit mondicule terrien. Pour tous les astres qui sont plus loin, nous serions absolument comme si nous n’existions pas.

üranus, — Après Saturne et ses anneaux vient la planète Uranus. Elle roule dans son orbite à une distance de 730,000,000 de lieues du soleil, autour duquel elle tourne en 84 de nos années ; autrement dit nous faisons 84 fois le tour de l’astre roi quanrl les Crâniens ne le font qu’une seule fois. Là, une jeune fille de 18 ans n’a pas moins de 1,700 printemps terrestres et un vieillard centenaire compte 8,400 années, c’est-à-dire 84 siècles de Terriens. C’est William Herscbell qui découvrit cette planète en 1781.

La vitesse d’Uranus sur son orbite de ^,300 millions de lieues est inférieure à celle de la Terre; elle est de 6,700 mètres par seconde, presque 7 kilomètres. Les astronomes n’ont pas encore pu calculer la longueur de son jour. Cette planète est la première qui devienne invisible à l’œil nu. Son diamètre est de 13,400 lieues , c’est-à-dire 4 fois celui de la Terre. C’est d’ailleurs la plus petite des quatre grosses Planètes. Son volume est 74 fois plus gros que celui de notre globe et elle est à elle seule plus volumineuse que les 4 petites Planètes Vénus, Mercure, la Terre et Mars, toutes réunies en une seule masse. La matière qui compose üranus

est beaucoup plus légère que celle qui constitue notre globe car sa densité n’est que 1/5 de la nôtre; à sa surface la pesanteur agit avec une intensité un peu plus faible que sur la Terre. Ainsi les conditions d’équilibre et de mouvement des corps y sont à peu près les mêmes qu’ici avec la différence d’une moindre densité dans les substances dont ils sont formés.

Ce qu’il y a de très-extraordinaire dans ce monde mystérieux, c’est que les 4 satellites qui l’accompagnent: Ariel^ Umbriel, Titania et Oboron, ne tournent pas comme les autres lunes autour de leur Planète. Ainsi pour tous les autres globes les satellites tournent de l’ouest à l’est et dans le plan de l’astre central. Pour Uranus par anomalie, les siens tournent de lest à l’ouest et cela dans un plan presque perpendiculaire à celui dans lequel la planète se meut. C’est pour ainsi dire un monde renversé. L’équateur de ce singulier globe étant incliné de 76 degrés, pendant 21 ans les Crâniens voient le Soleil tourner autour du pôle sans se coucher, et pendant 21 ans d’hiver l’astre du jour reste invisible pour eux. Quelles étranges saisons! Le Soleil est pour eux 390 fois moins chaud que pour nous et moins visible dans la même proportion. Un Crânien transporté sur la Terre y serait immédiatement aveuglé car leurs yeux doivent être infiniment plus sensibles que les nôtres, et en harmonie avec le milieu dans lequel ils sont obligés de vivre. Ces êtres qui sont évidemment tout à fait différents des

habitants de la Terre, ont été créés pour satisfaire à toutes les conditions de la vie qui sont corrélatives aux mondes qu’ils habitent.

L’atmosphère d’Dranus ressemble sensiblement k celles de Jupiter et de Saturne. Le spectroscope in^ dique qu’elle contient des gaz qui n’existent pas sur notre Planète.

Nepluyie. — Enfin la dernière planète connue du système solaire auquel nous appartenons, invisible à l’œil nu, c’est Neptune, un des plus beaux témoins que le ciel possède de l’intelligence humaine et de sa puissance. C’est en 1846 que cet astre fut découvert par Le Verrier, et cela par la seule puissance de la méditation, par la seule autorité du chiffre et de la formule. Il apparaît k une distance de 1 milliard 150 millions de lieues de l’astre central. Il parcourt en un an un orbite de près de 7 milliards de lieues avec une vitesse de 5400 mètres par seconde. C'est la plus faible de toutes les vitesses planétaires. Cet astre apparaît dans le ciel comme une étoile de 8® grandeur. Sa surface est 19 fois plus vaste que celle de la Terre et son volume équivaut à 84 fois celui de notre globe. Son diamètre est égal à 4 fois le nôtre. Il possède un seul satellite qui accomplit sa révolution en 6 jours à peu près, durée qui constitue le mois Neptunien. Chaque

année de ce globe équivaul à 165 ues noires ; si les habitants de ce globe vivent autant d’années qu’ici, les enfants y sont encore en nourrice à l’âge de 200 ans et les vieillards centenaires y comptent 16500 hivers.

L’atmosphère de Neptune contient des gaz inconnus sur la Terre et ressemble à celle d’Uranus. Elle reçoit du soleil 900 fois moins de chaleur que nous, le roi de notre système planétaire n’est plus pour les Neptuniens qu’une petite étoile lilliputienne. Si ces êtres ont des yeux quelle ne doit donc pas être leur sensibilité! Au point de vue terrestre celte terre lointaine paraîtrait devoir être un globe de glace perdu dans Ja nuit de l’espace et voué à la plus complète stérilité. On pourrait également dire la même chose de sa voisine Uranus. Mais comment pourrait-on supposer deux pareils globes immenses placés la pour ne remplir aucun but et pour être complètement déshérités de tous les trésors de la vie? Il faut simplement admettre que ces deux astres sont deux mondes d’une tout autre nature que celui que nous habitons et que là les forces si variées de la vie ont donné naissance à des productions organiques tout à fait différentes des organisations terrestres.

Voici dans son ensemble connu tout notre système planétaire. Nos instruments n’ont point encore pu nous conduire plus loin, mais il est certain que l’attraction solaire étend ses effets à une distance

bien plus grande encore puisque beaucoup de comètes qui font partie de son empire dépassent infiniment cette distance énorme de Neptune pour revenir au périhélie, c'est-à-dire à leur point le plus rapproché du Soleil, au bout de plusieurs milliers d’années d’absence. Bien probablement d’autres planètes se balancent au delà de Neptune en tournant autour de leur axe et en se transportant autour du Soleil. Ce n’est certes pas la place qui leur manque, car l’étoile la plus voisine de notre Soleil surpasse de 8000 fois la distance de Neptune à cet astre. L’avenir, avec de nouveaux instruments, nous réserve sans doute la surprise de bien des découvertes sur lesquelles nous ne comptons pas. C’est la loi du progrès.

D’ailleurs, au delà de notre soleil, chacune de ces étoiles que nous voyons scintiller dans les profondeurs de l’espace est le centre d’un système magnétique analogue au système planétaire dont nous faisons partie. Chacune d’elles est un foyer lumineux autour duquel d’autres familles humaines sont rassemblées, car au delà des bornes où s’arrêtent notre imagination fatiguée et nos conceptions impuissantes, la nature continue de développer sa magnificence et sa fécondité. Déjà les astronomes ont reconnu que la belle et brillante étoile de Siriiis était accompagnée d’un satellite tournant autour d’elle, et tout laisse à supposer que cet astre possède encore d’autres satellites pour l’instant inconnus. On connaît d’ailleurs aujourd’hui une grande quan-

lité d’étoiles accompagnées d’astres plus petits accomplissant leurs révolutions autour d’elles. Parmi ces systèmes un grand nombre est formé de deux étoileslumineuses pirouettantl’uneautourde l’autre. Souvent ces étoiles sont de différentes couleurs : ici c’est un Soleil émeraude tournant autour d’un Soleil rubis; là c’est un Soleil saphir 2 lu[ouv d’un Soleil ffrenat. Que de systèmes solaires différents du nôtre! Et combien n’est-il pas vrai de dire que les cieux HAcoNTENT LA GLOIRE DE DIEU. Ces cieux sans Commencements ni fins qui se déroulent devant notre pensée éblouie, et qui n’ont que l’infini et toujours l’infini pour bornes, ne sont bien certes pas le siège de l’obscurité, du silence et de la mort ; on ne doit voir au contraire partout que lumière, mouvement et vie, et des millions de millions de soleils versant à grands flots autour d’eux la chaleur et l’énergie sortant des ondulations créatrices qui émanent de leurs foyers et constituent la vie universelle. Les Soleils succèdent aux Soleils, les mondes aux mondes, les univers aux univers et des vitesses formidables emportent dans l’infini tous ces systèmes remplis de la Pensée du Créateur. La vie est-elle partout la même sur tous ces globes aussi bien que les formes qu’épousent les êtres qui les habitent? Non, bien certainement ; c’est ce qui nous conduit inévitablement à conclure l’interprétation simple, libre et sans arrière-pensée, du mode d’action des forces de la Nature. Sur notre globe l’homme s’est formé par séries d’évolutions successives et se trouve

être la synthèse de toutes les formes et de tous les organismes qui l’ont précédé, il en résulte que les hommes des autres mondes, c’est-à-dire les êtres qui là-bas sont ce que l’humanité est sur la terre, qui sont la race conquérante, intellectuelle, morale, pensante, aimante, progressive; il résulte que ces hommes n’ont pas notre type et ne nous ressemblent pas. Toutes les formes diverses qui peuplent ces mondes sont les manifestations, variées à l’infini, de celte force vitale inextinguible qui remplit l’univers.

« Et nous, ne serions-nous donc qu’une éphémère vibration naissant et mourant comme un souffle au sein de l’immense harmoniequi l’ignore? Passerionsnous sur noire planète comme ces pâles étincelles qui glissent un moment sous la voûte azurée? Nos sentiments d’admiration, de bonheur, de dévouement pour le vrai, d’attachement pour le beau, seraient-ils des illusions fragiles comme les couleurs irisées de la bulle de savon qui flotte dans l’air? Ou bien nos individualités font-elles, autant et plus que l’atome d’oxygène ou de fer, partie intégrante et indestructible de l’organisation de fUnivers? Répondez , ô cieux !... Répondez, ô terres de l’infini 1

» Humanités du ciel ! vous n’êtes plus un mythe. Déjà le télescope nous met en relation avec les pays que vous habitez ; déjà le spectroscope nous fait analyser l’air que vous respirez ; déjà les aérolithes nous apportent les matériaux de vos montagnes; déjà nous voyons vos nations avec leurs frontières

naturelles, et déjà, sans . doute aussi, vous voyez les nôtres. Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Qui sait si, bientôt, nous ne communiquerons pas ensemble par un télégraphe ni plus ni moins merveilleux que celui qui nous permet actuellement de causer à voix basse et instantanément d’un bout à l’autre de notre globe ? Non ! vous ne nous ôtes point étrangères, vous ne pouvez pas nous être étrangères. D’où viennent les êtres qui vous composent ? N’ont-ils pas déjà habité cette Terre où nous sommes ? Est-ce que Newton est mort ? Est-ce que Copernic, Galilée, Képler, n’existent plus ? Est-ce que Jésus n’est pas ressuscité ailleurs r

Est-ce que Bouddha, Confucius, Zoroastre, Socrate,

Platon, Descartes, Leibnitz, ont tout-à-fait disparu de rUnivers ? Est-ce que les génies qui ont éclairé notre planète et l’ont fait avancer dans la voie de la vérité et de la liberté sont tombés pour ne plus se relever, comme les vulgaires animaux arrivés aux termes de leur carrière, et comme le fruit mûr secoué de l’arbre sous le‘souffle du vent d’automne? Non! ces astres de la pensée ne sont pas éteints. Ils brillent, ils vivent, ils agissent sur d’autres sphères ; ils continuent en des mondes meilleurs l’œuvre interrompue ; ils sont là , et peut-être leur génie, élevé à sa seconde ou troisième puissance, a-t-il inventé sur ces sphères l’art de mieux distinguer la Terre que nous ne distinguons ces autres mondes, et peut-être en ce moment sourient-ils de nous voir balbutier ainsi avec tant de peine l’alphabet de l’infini. Il n’y a point d’autres séjours ultraterrestres que ces mondes astronomiques : C’est là

qu’habitent ceux qui nous ont quittés, non dans un paradis imaginaii^, dans un purgatoire nébuleux ou dans un enfer embrasé de flammes éternelles. C’est Ik qu’un jour nous habiterons nous-mêmes...

» Telle est la vie, la vienaturelle et non surnaturelle, la vie universelle épanouie sur toutes les sphères. Partout le soleil brille,partout la fleur répand son parfum, partout l’oiseau chante, partout la Nature déploie ses grâces et ses splendeurs. Les spectres de la mort se sont enfuis de notre ciel comme les noires phalènes k l’approche du jour. Voilk la lumière, voilk la beauté, voilà la vérité. Salut, vastes campagnes des terres célestes 1 Salut, montagnes sublimes et vallons solitaires. Salut, divins couchers de soleil ! et vous, harmonies profondes de la nuit étoilée, salut !... O paysages embaumés du printemps, rayons éclatants de l’été, feuillages mélancoliques de l’automne, neiges silencieuses de l’hiver : vous existez sur ces mondes comme sur le nôtre, et le regard humain vous contemple Ik* bas comme en notre terrestre séjour. Salut ! ô divine Nature, mère éternellement jeune, douce compagne de nos joies, confidente intime de nos cœurs ! tu es partout la même; ta beauté illumine PUnivers, et nous aimons a laisser reposer sur ton sein l’essor palpitant de nos pensées. Salut k vous tous, mondes innombrables de l’espace ! Vous déployez dans les deux les mêmes tableaux, les mêmes panoramas, les mêmes beautés naturelles que nous admirons en ce monde et, selon votre grandeur, votre force, votre fécondité, vous les reproduisez en les centuplan^^ k travers l’iné-

puisable variété d’une puissance infinie. Plantes inconnues, êtres merveilleux, humanités nos sœurs; vie prodigieuse, vie immense, vie inextinguible ; âmes, pensées, esprits immortels , Infini vivant, salut !.... Nous comprenons maintenant l'existence de l’Univers, nous sommes sortis des ténèbres de l’ignorance, nous entendons les accords de l’harmonie immense, et c’est avec une conviction inébranlable, fondée sur la démonstration positive, que nous acclamons du.fond de nos consciences cette vérité désormais impérissable : La vie se développe sans fin dans Vespace et clans le temps ; elle est universelle et éierndle ; elle emplit l’infini de ses accords^ et elle régnera à travers les siècles des siècles^ durantVinterminable Éternité. » (1)

Récapikdatmi.

Si nous résumons tout ce que nous avons dit, on voit que notre système planétaire peut se diviser en deux groupes bien distincts :

Le premier groupe est celui des quatre petites planètes ; Mercure, Vénus, la Terre et Mars, ayant entre elles de très-grandes analogies. 1® Elles sont petites en grosseur par rapport aux quatre autres. 2® Leurs années sont courtes et à peu près de môme durée. 3® Leur jour a la môme longueur à peu près. On peut admettre que leur rôle est le même dans notre petit monde solaire. Leurs habitants peuvent être peu dissemblables tant sous le rapport de la forme que

(1) Les Terres du Ciel, par Flammarion.

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Soüs celui de l’avancetnent intellectuel et moral ; les hommes doivent y être méchants et s’y faire entre eux la guerre pour des satisfactions d’orgueil ou par instinct de vol et de rapine ; les femmes doivent y être les victimes de l’égoïsme et de la force brutale, et l’amour, encore endormi dans les langes de la bestialité, n’y connaît encore ni le devoir, ni le sacrifice, ni le dévouement. Probablement on y mange encore les animaux et l’on fait subir à ces aides de nos travaux et de nos peines les plus mauvais traitements.

Le second groupe est celui des quatre grandes planètes : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.

Ce groupe est remarquable par les dimensions colossales des sphères qui le composent, car la plus petite d’entre elles, Uranus, est à elle seule plus grosse que les quatre petites planètes réunies du premier groupe. Il est remarquable aussi par le grand nombre de lunes ou satellites accompagnant chacune d’elles, par la lenteur extrême de leurs révolutions autour du soleil, autrement dit par la longueur de leurs années. Là, les hommes vivent beaucoup [dus longtemps et sans doute leur degré d intelligence est de beaucoup supérieur. Sans doute aussi la guerre, cette monstruosité sans nom, cette abomination des abominations, doit être inconnue de ces sages, la jeune fdle doit y grandir aimée et respectée ; la beauté doit y atteindre un degré supérieur et J amour, cette grande loi de la vie universelle, doit inonder de bonheurs inconnus, les heureux habitants de ces globes ; les vieillards y sont vénérés et la mort, consi-

dérée comme un bienfait divin, n est plus là qu’un doux sommeil, qu’un avant-coureur d une vie plus pure et plus radieuse.

La composition des planètes qui constituent notre système, doit être à peu près la même que celle de la terre, en vertu de la loi d'analogie^ la seule qui puisse être appliquée dans ces études spéculatives de l’univers.

Il faut absolument admettre que toutes les planètes sont habitées, par la raison qu’il est parfaitement absurde de croire que, parmi les milliards de planètes qui peuplent l’espace, la terre seule le soit. 11 est possible que cela embarrasse un peu nos théologiens et soit nié par eux qui, peu respectueux des découvertes de la science, s’entêtent à croire encore que Dieu n’a fait la Création que pour leur complaire. Il faut qu’ils réforment leurs croyances, car s’il a été possible à une ! époque d’ignorance et de superstition de nier la lumière, aujourd’hui cela ne l’est plus. C’est à eux de changer leurs dogmes, de les mettre en harmonie avec le progrès, et de se soumettre enfin à ceux qui en savent plus long qu’eux, à ceux qui sont leurs maîtres et les nôtres. Comme toutes choses, les religions se transforment : elles meurent si elles sont fausses; elles se purifient si elles possèdent en soi des principes de vie, des éléments de vérités et des germes sains.

Qu’est donc notre terre pour se targuer d’une préférence quelconque de la part du (h’éateur ? A-t-elle donc reçu de si grands 3 ,vantages qu’elle se puisse

croire permis d etre au premier rang ? Non. L’astronomie nous montre qu’elle n’a rien, absolument rien, qui la caractérise. Elle n’est ni proche, ni éloignée du soleil, car elle en est distante 3 fois plus que Mercure et 36 fois moins que Neptune ; elle reçoit 7 fois moins de lumière et de chaleur que Mercure et 900 fois plus que Neptune, et, si Ton considère la succession des saisons sur sa surface, on sait qu’elle s’y fait d’une manière si irrégulière que son séjour doit être plutôt regardé comme une punition que comme un bienfait. Est-elle au moins privilégiée au sujet de ses satellites? Non. Elle n’a qu’une seule lune, quand certaines planètes comme Jupiter et Saturne en ont 4 et même 8. Et l’on sait l’utilité de ces satellites qui ont pour effet de déterminer dans les mers et dans l’intérieur de l’atmosphère des flux et des reflux qui brassent les fluides et les purifient; ce sont des êtres jouant un grand rôle sous le rapport de la mécanique céleste et sous celui de la vie astrale des planètes. Saturne avec ses huit lunes et ses deux anneaux qui l’embrassent ne doit-il pas être considéré comme tout à fait privilégié dans les faveurs de Dieu ?

On le voit, la Terre n’a l’ien qui la distingue, et tous les astres : Planètes et Satellites doivent être considérés comme donnant la vie k des Humanités diverses. Les Soleils seuls ne sont point habités et, comme nous l’a dit M. Janssen, ils ont pour ^fonction bien déterminée de mettre au jour Us Terres^ de les soutenir dans les vides de l’espace et de les alimenter

de chaleur et de vie. Un soleil, dans tout système planétaire, est un instrument, un simple instrument, une force immense agissant constamment en produisant la plus grande somme de travail utile et en mettant à profit les forces élémentaires les plus infimes, les plus faibles en apparence; c’est une véritable montre, en un mot, portant en soi tous ses rouages et réglée d’avance pour obéir à la mission qu’elle a reçue de l’Intelligence Infinie qui conduit l’univers. Cependant, l’hypothèse opposée est bien loin d’être k rejeter, et notre soleil, soutien et foyer des mondes planétaires, pourrait parfaitement joindre à ce luxe celui d’être le séjour d’intelligences élevées occupant cette Terre radieuse qui ne connaît ni les nuits ni les hivers, dont la splendeur éclipse toutes les autres, et qui pourrait être enrichie des plus opulentes créations de la nature, de phénomènes de vie inimaginables pour notre faible esprit. Il n’en serait pas moins pour cela un instrument obéissant, intelligemment obéissant dans les mains du Créateur.

Maintenant que notre Ciel nous est bien connu, nous allons descendre sur notre Terre pour nous occuper exclusivement d’elle. Nous allons parler de sa naissance, de ses métamorphoses et de tous les êtres auxquels elle a donné la vie.

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