L’AME
Oui, c’est vrai qu’il faut croire à la métempsycose. Bien vrai ! Etudiez Bête , Homme, et toute chose,
Et l’Atome électrique allant chercher sa sœur,
Et notre Ame où Dieu mit la joie et la douleur.
Bien long est le travail, épineuse est la route !
Mais qu’importe la peine au but: la fin du doute. Ignorants, impuissants, nous rapetissons Dieu.
Le voir grand comme il est, c’est le voir en tout lieu :
Le voir avec Newton commandant la matière, Soumettant à ses lois l’Atome dans la Pierre Et dans le Chêne altier, la vie en l’Être humain,
Et l’ordre au sein des cieux où l’Astre a son chemin.
C’est le voir Tout-Puissant, créant, créant sans cesse Les Ames, embryons destinés à l’ivresse De s’admirer grandir. S’il prit l’Ame si bas,
C’est qu’il voulait qu’elle eût les honneurs des combats.
Nous devons croire tous à la métempsycose ,
A l’âme de la Bête, à l’âme de la Rose,
A tous ces grands secrets qu’a découverts Darwin, Surtout : que l’Ame ici ne combat point en vain.
Dans les siècles premiers , encore inconsciente,
Ne voyant pas le but, de vivre impatiente ,
Elle est tout Egoïsme , et c’est l’esprit du mal ;
La première âme d’homme était d’un Animal.
Oui, mon Ame fut fleur à la feuille nacrée Et ne se doutait pas que Dieu l’avait créée ;
Elle voyait, passant, l’Homme avec son Orgueil,
Ignorant qu’il avait sa mort aux fond de l’œil.
Souvent je m’endormis , car vivre n’est qu’un somme. Il m’en souvient je fus, chargé de nourrir l’homme,
Un Arbre bienfaisant portant son fruit vermeil ;
En ce temps je vivais de l’air et de soleil.
Plus tard je fus Eponge et je fus Sensitive ;
Personne n’entendait encor ma voix plaintive,
Et cependant un souffle , un rien, froissait mes nerfs ; L’Insecte m’effrayait en passant dans les airs.
Le Bourdon m’enfonçant sa venimeuse lance,
Je sentis naître en moi le cri de la Vengeance ;
Je n’étais, je le sais, qu’un être inconscient,
Pourtant de me venger j’attendais le moment.
Puissance du Vouloir ! Je naquis Dionée Et je fus un peu moins la pauvre abandonnée ;
Je devins pour l’Insecte un ennemi mortel Et fus méchante autant qu’il fut pour moi cruel.
Oh! oui bien sûr je fus , oui, je fus Hirondelle:
Mon cœur bat s’il la voit passer à tire-d’aile;
Je sens leur âme en l’air qui rit, soupire et veut,
Aux cris sortant du nid qui pleure et qui s’émeut.
Un jour enfin, l’Instinct devient Intelligence.
Ouvrez les yeux ! Voyez l’Ame comme elle avance : Fourmi, Renard, Lion, et puis la voilà Chien,
Entre l’Homme et la Bête apportant le lien.
L’Ame ne meurt jamais. Les souifrances passées,
La méditation, enfantant les pensées ,
Elle se recueillit et sentit naître enfin :
L’amour du Bien, du Beau, comme un souffle divin. TJ
Ah ! la Béte est cruelle, irritable, jalouse ! .
Dans un même troupeau l’un l’autre se jalouse ! ï
Dans le Coq et le Paon que de prétentions ! . * | j
On voit dans l’Être humain les mêmes passions. ‘Il
Pensez à tout ceci, vous verrez bien que l’homme j;: "j
Est un être inférieur, et, petit ! Dieu sait comme ! I i
C’est un grand orgueilleux , fat, égoïste et vain ; .
On devine, à le voir, la source dont il vint. |
Voit-on pas la Sottise insulter le Génie , I l
Couvrir les grands chemins, souffler l’ignominie ! J
Sur le front des penseurs ! Et voit-on pas le cœur, ' }
La faiblesse et l’Amour, condamnés au malheur? j 1
Oui, c’est la Bête encor ce vulgaire profane, ' m
L’agent de nos douleurs, dont tout malheur émane, -
Qui hait la Vérité, méprise le Travail, 1
Asservit son semblable et le traite en bétail.
Aider à déchirer les voiles qui se lèvent,
Tendre une main amie aux Ames qui s’élèvent, ’l
Leur montrer le chemin en leur faisant du bien, ; 3
Tout est là. En un mot, c’est là vivre en Chrétien. Z3
L’Ame ainsi monte à Dieu. Mais le troupeau vulgaire , ? -
Au lieu d’Amour, a mis l’indolente prière ;
Aux lèvres des humains. L’Ame ne gagne rien
Sans Travail, sans Amour, ces sources de tout bien. ^ t
Sous le grand dôme bleu l’on fait mieux sa prière. ' \
Allez, croyez-moi bien, n’usez pas sur la pierre i |
De vos temples étroits vos fronts et vos genoux. ;
Jésus montrait partout son regard noble et doux ; ' '!
— io6 —
11 allait chercher Dieu sur les hautes montagnes ,
Et rapportait l’espoir partout dans les campagnes ; Indigné, loin du temple il chassait les vendeurs Et disait : « Aimez Dieu, simplement, dans vos cœurs. »
A force de souffrir, et d’aimer et de vivre,
L’Ame voit poindre enfin le jour qui la délivre.
La plus grande vertu, la vertu Dévouement ,
Celle de Christ enfin, lui marque le moment.
Le Créateur donna un but à notre vie.
D’Apprendre et de Savoir la sainte et noble envie,
Est une force en nous qu’il mit en nous créant.
Et, pour vaincre , il sortit notre Ame du néant.
Regardons l’avenir, ayons foi dans nos forces :
Les glands sont renfermés dans les rudes écorces ,
Dans son sein la Terre a tous les parfums des fleurs,
Et le Bien doit sortir de toutes nos douleurs.