‹ Dieu et la créationChapitre 3 sur 5 · L’AME · texte numérisé non relu

L’AME

Oui, c’est vrai qu’il faut croire à la métempsycose. Bien vrai ! Etudiez Bête , Homme, et toute chose,

Et l’Atome électrique allant chercher sa sœur,

Et notre Ame où Dieu mit la joie et la douleur.

Bien long est le travail, épineuse est la route !

Mais qu’importe la peine au but: la fin du doute. Ignorants, impuissants, nous rapetissons Dieu.

Le voir grand comme il est, c’est le voir en tout lieu :

Le voir avec Newton commandant la matière, Soumettant à ses lois l’Atome dans la Pierre Et dans le Chêne altier, la vie en l’Être humain,

Et l’ordre au sein des cieux où l’Astre a son chemin.

C’est le voir Tout-Puissant, créant, créant sans cesse Les Ames, embryons destinés à l’ivresse De s’admirer grandir. S’il prit l’Ame si bas,

C’est qu’il voulait qu’elle eût les honneurs des combats.

Nous devons croire tous à la métempsycose ,

A l’âme de la Bête, à l’âme de la Rose,

A tous ces grands secrets qu’a découverts Darwin, Surtout : que l’Ame ici ne combat point en vain.

Dans les siècles premiers , encore inconsciente,

Ne voyant pas le but, de vivre impatiente ,

Elle est tout Egoïsme , et c’est l’esprit du mal ;

La première âme d’homme était d’un Animal.

Oui, mon Ame fut fleur à la feuille nacrée Et ne se doutait pas que Dieu l’avait créée ;

Elle voyait, passant, l’Homme avec son Orgueil,

Ignorant qu’il avait sa mort aux fond de l’œil.

Souvent je m’endormis , car vivre n’est qu’un somme. Il m’en souvient je fus, chargé de nourrir l’homme,

Un Arbre bienfaisant portant son fruit vermeil ;

En ce temps je vivais de l’air et de soleil.

Plus tard je fus Eponge et je fus Sensitive ;

Personne n’entendait encor ma voix plaintive,

Et cependant un souffle , un rien, froissait mes nerfs ; L’Insecte m’effrayait en passant dans les airs.

Le Bourdon m’enfonçant sa venimeuse lance,

Je sentis naître en moi le cri de la Vengeance ;

Je n’étais, je le sais, qu’un être inconscient,

Pourtant de me venger j’attendais le moment.

Puissance du Vouloir ! Je naquis Dionée Et je fus un peu moins la pauvre abandonnée ;

Je devins pour l’Insecte un ennemi mortel Et fus méchante autant qu’il fut pour moi cruel.

Oh! oui bien sûr je fus , oui, je fus Hirondelle:

Mon cœur bat s’il la voit passer à tire-d’aile;

Je sens leur âme en l’air qui rit, soupire et veut,

Aux cris sortant du nid qui pleure et qui s’émeut.

Un jour enfin, l’Instinct devient Intelligence.

Ouvrez les yeux ! Voyez l’Ame comme elle avance : Fourmi, Renard, Lion, et puis la voilà Chien,

Entre l’Homme et la Bête apportant le lien.

L’Ame ne meurt jamais. Les souifrances passées,

La méditation, enfantant les pensées ,

Elle se recueillit et sentit naître enfin :

L’amour du Bien, du Beau, comme un souffle divin. TJ

Ah ! la Béte est cruelle, irritable, jalouse ! .

Dans un même troupeau l’un l’autre se jalouse ! ï

Dans le Coq et le Paon que de prétentions ! . * | j

On voit dans l’Être humain les mêmes passions. ‘Il

Pensez à tout ceci, vous verrez bien que l’homme j;: "j

Est un être inférieur, et, petit ! Dieu sait comme ! I i

C’est un grand orgueilleux , fat, égoïste et vain ; .

On devine, à le voir, la source dont il vint. |

Voit-on pas la Sottise insulter le Génie , I l

Couvrir les grands chemins, souffler l’ignominie ! J

Sur le front des penseurs ! Et voit-on pas le cœur, ' }

La faiblesse et l’Amour, condamnés au malheur? j 1

Oui, c’est la Bête encor ce vulgaire profane, ' m

L’agent de nos douleurs, dont tout malheur émane, -

Qui hait la Vérité, méprise le Travail, 1

Asservit son semblable et le traite en bétail.

Aider à déchirer les voiles qui se lèvent,

Tendre une main amie aux Ames qui s’élèvent, ’l

Leur montrer le chemin en leur faisant du bien, ; 3

Tout est là. En un mot, c’est là vivre en Chrétien. Z3

L’Ame ainsi monte à Dieu. Mais le troupeau vulgaire , ? -

Au lieu d’Amour, a mis l’indolente prière ;

Aux lèvres des humains. L’Ame ne gagne rien

Sans Travail, sans Amour, ces sources de tout bien. ^ t

Sous le grand dôme bleu l’on fait mieux sa prière. ' \

Allez, croyez-moi bien, n’usez pas sur la pierre i |

De vos temples étroits vos fronts et vos genoux. ;

Jésus montrait partout son regard noble et doux ; ' '!

— io6 —

11 allait chercher Dieu sur les hautes montagnes ,

Et rapportait l’espoir partout dans les campagnes ; Indigné, loin du temple il chassait les vendeurs Et disait : « Aimez Dieu, simplement, dans vos cœurs. »

A force de souffrir, et d’aimer et de vivre,

L’Ame voit poindre enfin le jour qui la délivre.

La plus grande vertu, la vertu Dévouement ,

Celle de Christ enfin, lui marque le moment.

Le Créateur donna un but à notre vie.

D’Apprendre et de Savoir la sainte et noble envie,

Est une force en nous qu’il mit en nous créant.

Et, pour vaincre , il sortit notre Ame du néant.

Regardons l’avenir, ayons foi dans nos forces :

Les glands sont renfermés dans les rudes écorces ,

Dans son sein la Terre a tous les parfums des fleurs,

Et le Bien doit sortir de toutes nos douleurs.

Page 1