MES AMOURS
Quand j’étais encore tout jeune, ma mère me fiança avec une jeunefillequ’elleaimaitpius que ses propres enfants, ce qui n’est pas peu dire, car elle nous adorait.
Je ne tardai pas à aimer ma belle fiancée, mais j étais de nature légère et étourdie et je n’avais pas toujours pour elle toutes les attentions qu’elle était en droit d’attendre de moi, d’autant plus que ma fiancée avait toujours l’air sérieux et grave. Souvent il m’arrivait de m’approcher d’elle avec l’intention de vivre à ses côtés, de jouir du doux son de sa voix, doublier tout pour elle; mais découragé par son air placide, son regard trop grave et son cœur trop froid pour mon cœur bouillant, je m’éloignais d’elle avec dépit, bien décidé à porter auprès d’une autre mon âme et mon amour.
Elle me regardait partir d’un air triste et doux dans lequel je croyais lire.... un regret. Jlais mon cœur, excité par la vanité et l’inconstance naturelle
de mon caractère, se montrait insensible aux bons sentiments.
Cependant je sentais bien que je l’aimais, cette douce et belle fiancée avec laquelle ma mère m’avait élevé, et, singulière contradiction de mon pauvre cœur, plus elle était sérieuse et réservée, plus je sentais mon amour grandir et la trouvais la plus douce et la plus belle des femmes, la plus digne d’être aimée.
Maintenant, ma jeunesse est écoulée; l’heure des pensers sérieux est arrivée. Je détourne mon regard vers le passé et les Souvenirs, volée d’oiseaux de toutes sortes, viennent se poser sur moi agitant leurs ailes au milieu des feuilles mortes.
« O la plus belle des fiancées ! O la plus douce et » la plus adorable ! Combien ne vous ai-je pas né- » gligée dans ma légèreté folle, et combien est » coupable mon indifférence qui depuis si longtemps » vous fait injure! Pardonnez à cet ingrat, à cet » enfant prodigue qui revient à vous le cœur contrit, » les yeux baignés de larmes. Je suis à vos genoux » implorant ma grâce en faveur de mes regrets.
Alors je vis ses lèvres remuer pour un sourire ; ses yeux brillèrent d’une douce flamme et toute sa figure prit un éclat qu’aucune expression ne peut rendre, car c’était une partie de son âme qui s’était répandue sur son front et sur ses joues.
Je sentis que je l’aimais par toutes les fibres de
mon cœur; mais, honteux et confus de l’avoir tant méconnue, j’osais à peine la regarder.
Cependant je repris courage car il me sembla voir, dans un nuage au dessus d’elle, ma mère morte — hélas! — en l’adorant, qui m’encourageait par un sourire.
Alors j’osai la regarder en face. Je lui promis de n aimer plus qu’elle, de lui donner pour toujours mon cœur, mon âme, et toutes mes pensées. Elle me fendit sa main que je baisai.
Maintenant nous vivons ensemble, nous aimant, nous aidant l’un l’autre à casser les branches et les épines du chemin. Nous aimons les fleurs, nous aimons le Soleil, les arbres et les oiseaux qui chantent, et, la main dans la main , nous vivons heureux sous’ l’œil de Dieu.
Quequefois encore des nuages viennent se mettre entre elle et moi; mon cœur se serre et croit qu’il va mourir. Mais elle est bonne et bientôt, à ma voix attendrie, elle me rend son amour, et les nuages, illuminés comme par enchantement, nous font un palais d’or et d’azur.
Mais, je levois bien... ô tristesse ! nos fiançailles ne finiront jamais, car elle m’a dit qu’elle ne se donnerait jamais tout entière h moi.
Son nom ?....
Ma fiancée, ma belle fiancée s’appelle ....