‹ Dieu et la créationChapitre 5 sur 5 · JUSTICE ET RÉPARATION · texte numérisé non relu

JUSTICE ET RÉPARATION

Elle. Je suis la tentation. Je suis l’Attraction. C’est ainsi que Dieu l’a voulu.

Lui. Tu es le démon. Horreur! Eloigne-toi.

— Je suis la faiblesse. C’est ainsi que Dieu ma créée.

Veux-tu donc m’abandonner à mes propres forces? Ces bras, qui furent faits pour presser un enfant sur mon sein, veux-tu donc qu’ils aillent porter l’épée ou mettre la mèche au canon ? Je suis la faiblesse et tu me dois ta force et ton courage.

— Tu es le démon. C’est loi la cause de tous les maux qui rongent l’Humanité. Ah ! si l’esprit du mal ne t’avait pas créée, le bonheur et la paix, un printemps éternel, régneraient sur notre pauvre globe où l’on ne voit partout que Jalousie, Orgueil, Haine et Combats. Eloigne-toi !

— Je suis la faiblesse, et j’ai besoin de ton bras nerveux pour me défendre. L’enfant, qui n’a pas de pitié, souvent m’insulte dans la rue. L’adolescent

encore imberbe, l’homme mûr qui n’a pas d’épouse el pas d’enfant et m’affronte à chaque instant de son regard impudique et sans honte, tout chacun qui ne connaît ni le respect ni le devoir, jeitent la boue à ma joue sans défense. Et je n’ai pour égide qu’un bras privé de force et d’énergie.

C’est ainsi que Dieu ma créée.

— Éloigne-toi ! Ta pensée corromprait mes derniers moments. Nul ne peut aller au royaume de Dieu qui n’a renoncé à ce monde, à Satan, à ses pompes et à ses œuvres. Au Saint-Père, au pape infaillible et trois fois saint; au prêtre vierge, temple toujours pur et toujours sacré où Dieu s’incarne et vient parler au.x hommes; à leurs troupeaux naïfs, obéissants et pudiques ; à ceux-là seuls sont réservés ces biens, ces bonheurs ineffables de la Béatitude éternelle.

Va ! Tu n’es qu’un serpent tentateur.

—Et pourtant, je fus la Mère, qui te mis au monde au milieu de souffrances auxquelles tu u’as jamais pensé, qui formai ton jeune cœur aux beautés divines de la Création, .le fus la Sœur qui veillai sur ton bien-être et tes plaisirs dans la jeunes.se de tes premiers ans. .le fus ta Fiancée qui te donnai le courage et la volonlé dans les labeurs de la vie et élevai ton .âme aux pensers généreux. Je fus, au chevet de ton lit, l’Ange-Gardien qui pansa tes plaies ouvertes au milieu de la mêlée des combats et répandit dans ton âme le baume des consolations célestes.

— Non, non !.Je veux fermer mon cœur à tes vaines

paroles. Honte et malheur! N’est-ce pas toi qui, portant h ta lèvre le fruit défendu, fit partager là faute à celui que Dieu avait créé le maître deVunivers?S’il succombe et fait le mal, n’esl-ce pas la laute, et toujours ta faute? C’est toi qui jettes le trouble dans mon âme et l’entraînes loin des temples sereins de la Sagesse et de la Pensée. C’est toi qui tentas encore les 'anachorètes fuyant au milieu des déserts l’acier de ton regard, et le mensonge de tes paroles, et l’hypocrisie de ton cœur.

Loin de moi ta forme et ta pensée !

— Je suis l’Amour ! L’Amour c’est le consolateur que le Consolateur Universel a mis sur ton -chemin pour essuyer ton front et relever ton courage; l’Amour qui perce et aplanit les montagnes, qui change en joies les souffrances.

Quand un fardeau est trop lourd il devient insupportable. Regarde le voyageur qui parcourt péniblement son chemin, il est las, il succombe, il va tomber pour ne plus jamais se relever peut-être. Mais une Force protectrice est là, une Force pleine de douceur, une Force toute suave et toute puissante ; l’Amour. Et cette Force arrivant, le voyageur accablé se relève, parce qu’une main amie s’est avancée. Elle est là, fidèle et dévouée, et la faiblesse devient Force, et la douleur supportée à deux est devenue Joie et Douceur. Alors un rayonnement de bonheur illumine deux âmes qui, isolément, souffraient.

Je suis l’Amour !

— Va ! tu n’es qu’un serpent caché sous des (leurs.

L’esprit de Vérité. Homme ! Parce que ton muscle était le plus fort, tu fis de la femme ton esclave et la chose. Tu lui refusas tout. Tu lui défendis de tremper sa lèvre à la coupe sacrée de l’Etude et de la Science et tu fermas devant elle les portes du Temple. Puis, juste î conséquent avec toimême ! noble et généreux ! du haut de ton piédestal tu considéras cet être faible, sans sagesse et sans raison.

Tu craignais qu’elle ne devint ton égale et lu réservas pour loi seul le droit à cette Divine Intelli gence qui fait de notre âme la maîtresse de la création. Ah ! tu savais bien, comme tous ces hommes noirs qu’on voit partout, lu savais bien que rien n’est si facile que dominer des ignorants. Et tu la privas de sa liberté, car tu savais que la Liberté est la richesse d’où sort tout bien : ITntelligence et la Force.

Et tu te complus dans ton œuvre ! Et tu te complus dans son ignorance, afin de faire mieux de la compagne que Dieu t’avait donnée, ou ta victime, ou l’instrument de ton Orgueil et de tes Passions.

Oui, ta victime ! Pour un même travail tu ne lui donnes pas la rétribution gagnée, quand, à toi, tu t’arroges le double. C’est Justice, n’est-ce pas? C’est toi le plus faible !

Tu la séduis, tu l’abandonnes. La voilà prise aux accents de ta voix loyale; la créatrice divine met un

homme au monde, ainsi que pour toi-même Ta fait la mère. Que de soins et d’attentions ! Que de sollicitudes lu vas avoir ! Que de sacrifices tu vas faire pour elle !

Mais non! Tu la vilipendes, tu la montres au doigt, tu lui craches au visage !

Un jour même ! O jour trois fois néfaste pour ton honneur et pour ta gloire! un jour, en grande pompe, tu décrétas qu’elle n’avait pas dame.

Ah ! lu ne savais pas combien c’est beau, ni combien c’est grand un cœur de femme ! Tu ne savais pas que la grandeur d’un pays dépend de la valeur de ses femmes et du respect et de la considération qu’on leur donne.

O homme, crois-moi ! Si forte et si grande que soit ton âme, il y a toujours une âme plus grande et plus forte que la tienne. C’est l’Amour, la Résignation, le Sacrifice et la Foi, qui font la supériorité des âmes.

Pauvre pygmée ! lu t’imagines donc pouvoir transgresser impunément les lois de Dieu, ses lois divines de .fustice et d’Amour ?

Homme ! lu le crois la justice ? Tu n’es que l’Intolérance et la Tyrannie.

Tu le crois la raison ? Tu n’es qu’Egoisme ou Fanatisme.

Tu te crois la science ? Tu n’es que TOrgueil.

Tu te crois la foi ! Tu n’es que le Doute ou la Superstition.

Tu te crois la force ? Tu n’es que la Faiblesse !

NOÉLIE

Au sortir de ces premières armées, joyeuses et sans soucis, parce qu’elles ignorent la vie, et que l’âme n’y souhaite que le baiser maternel et le doux sommeil où Ion retrouve les Anges; à celte heure où l’âme s’éveille, la souffrance déjà frappait à ma porte.

Il fallut ouvrir, quelque mal venue que fut la visiteuse. J’ouvris, et j’acceptai l’épreuve, le regard toujours fixé vers le doux rayon vert.

Je ne me laissai point abattre. Mon cœur, mon âme tout entière, gémissaient sous les coups d’un son qui ne me semblait pas mérité. Mais je ne fus pas sombre comme la douleur. C’était une tristesse douce et vague.

D’ailleurs ne trouve-t-on pas partout sur le chemin des fleurs à cueillir, des rayons de soleil, les senteurs du printemps, et le Travail, la grande et sublime force.

Et la voix intime ! l’amie si douce à entendre quand elle ne pleure pas.

Bien des fois la terre se couvrit de neige et les prés de pâquerettes et de boutons d’or, et, trop jeune pour vieillir, je mûrissais à l’ombre de mes jeunes années.

Oh ! alors la vie devint plus diflicile, car les pensées étaient plus graves, les aspirations plus ardentes et la soif de bonheur plus fiévreuse à ma lèvre avide. On eût dit le souvenir de bonheurs passés, inconnus sur cette Terre, qui venait répercuter dans mon cœur les joies d’autrefois.

La vie devint plus dure, mais j’avais plus de force. Et Dieu vint adoucir ma douleur, car: Il aime toujours à verser le baume sur les peines dont il n’est pas l’auteur, mais qu’il supporte pour le bien de ses créatures.

O merveille d’Amour ! De célestes messagers sont chargés par Lui de veiller sur nous. Zélés travailleurs, fidèles amis, leur vol est rapide et discret. Ils parlent et ne commandent pas. Ils conseillent et ne s’imposent pas. Ils fortifient.

J’aimai mes guides et leur voix était pour mon oreille un son délicieux. Hélas ! La sympathie, fille du ciel, fut encore pour moi une douleur nouvelle. Je ne voulais plus rester sur cette Terre. Mon âme, enivrée, aspirait à les suivre en leur céleste séjour. Je fus prise de la nostalgie des Cieux, et, plus encore, mon cœur devint triste et brisé.

Le plus grand des biens ne peut-il pas devenir une souffrance !

Accablée, mais forte de Volonté, je fixai le rayon vert.

Je fixai le rayon vert. A perte de vue il se prolongeait dans l’espace, bien loin dans l’infini. El je crus le voir se confondre avec un Soleil éblouissant.

Divine Lumière ! Ardent Foyer ! Dis, n’es-tu pas le centre de tous les rayons émanant de Toi et qui veulent y revenir ?

Et de ce centre, en harmonieux concert, retentirent ces paroles :

« Aime, Travaille et l^rie !

» La vie est toujours belle quand on y fait le Bien. Sache que c’est pour son progrès, pour sa perfection, pour qu’elle puisse atteindre à Dieu que l’épreuve a été donnée à l’Ame immortelle. »

A cette voix je détournai la tête.

Alors un bel Ange aux ailes blanches et déployées apparut à mon regard ébloui. Et mon âme se dilata. Et mon cœur fut transporté d’Amour, comme si un fluide magnétique, pur et régénérateur, en avait rempli toutes les veines. Et ma vue, tout à coup transformée comme par enchantement, traversa l’espace, libre et joyeuse comme un rayon de Soleil.

— « Vois-tu, dit-il, vois-tu pas là haut, dans le bleu si doux du firmament, ce globe lumineux? Vois-tu ce cottage au milieu des arbres verts ? Cette demeure enchantée faite de fleurs et de feuillage?

» L’habitation est modeste, mais le bonheur y règne parce que la douce tranquililé, la paix de la conscience, appartiennentaux habitants de ce séjour.

» Vois-tu ces deux formes célestes !

» L’amour qui les unit tous deux est chaud comme

un rayon de Soleil, pur comme le plus pur cristal. Il est saint et religieux.

» Dieu est le lien qu’il faut voir partout où le bonheur est un reflet du Bien, partout où les joies sont pures.

» Ces deux âmes, l’une à l’autre transparentes, pensent pour ainsi dire ensemble.

» Ces enfants, souples et presque lumineux, beaux comme de petits anges, qui s’ébattent en plein air sur ce gazon de mousse émaillé de fleurs, sont les reflets du plus saint amour.

» Oh ! les âmes qui savent comprendre la grande et sublime loi d’Amoursont heureuses ! Et le devoir est si doux à remplir quand on sait l’aimer.

» Dis ! ne sens-tu pas battre ton cœur a cet enivrant tableau?Ne sens-tu pas le flot des Souvenirs inonder ton âme ?

» Ah ! comme la matière grossière l’a troublée ta pauvre âme ! Elle a tout oublié !

» Pauvre Ange tombé ! écoute, je vais te le montrer ce séjour qui fut le tien, d’où te voient et te protègent ceux qu’y l’aiment et qu’y laissa ton exil; où t’attend, dans la tristesse, ton Bien-aimé. Puisse ton souvenir sortir des flots du Léthé ! Ecoute ;

» Les habitants de ce pays n’ont plus de corps matériel comme les vôtres. Ce sont des Formes lumineuses. La Planète est toute de lumière et d’Amour. Les nuages qui viennent en ombrer la lueur, les tristesses qui viennent en voiler l’amour, sont les punitions des habitants de ce globe.

» Pour eux, plus de diftîcultés matérielles. Ils ont tous une mission de chaleur et de zèle. Leur âme, qui se dégage facilement de la matière, veille sur les destinées des êtres des mondes inférieurs; elle agit sur eux afin qu’à l’heure du départ ils aient acquis quelqu’une de ces perfections qui donnent entrée dans leur séjour.

» Ils sont lueurs et nuages , Formes indécises auxquelles la lumière est donnée, conservée ou reprise, selon qu’ils l’ont mérité par leurs œuvres. Car : là le mérite des âmes se traduit à l’extérieur par des vibrations lumineuses.

» Il est aisé de s’endormir dans les douceurs de celte existence, mais cela est défendu, car notre mission est de penser à ceux qui sont plus bas, de les inspirer, de les aider par l’effort de notre Volonté.

» Oh ! l’on s’amollirait à respirer suaves parfums, à manger fleurs odorantes et fruits délicieux, mais le besoin d’agir et de faire du bien nous arrache à ces douceurs trop matérielles. Nous devons tous nous dévouer à l’avancement intellectuel et moral les uns des autres.

» Pour activer notre zèle nous avons des conciliabules où chacun vient apporter son tribut. — Qu’as-lu fait pour les moins avancés? — Rien. — Rien !

» Triste réponse qui nous vaut perle de lumière. Notre clarté s’amoindrit, mais cela, avec un frémissement.... je devrais dire un déchirement.... tel que vous en éprouvez un dans votre âme quand elle

se sent séparée d’une âme aimée; avec une douleur telle que celle que vous fait ressentir sur la Terre une secousse électrique assez forte pour séparer lame du corps.

» Et alors il faut que nous travaillions sans relàclieà reconquérir la robe lumineuse. Et nous allons par les mondes faire des cures intellectuelles et morales; nous allons, par l’ardeur de notre Volonté, inspirer, comme Anges gardiens, l’amour du Beau, du Bien, du Juste, du Vrai.

» Mais tout cela, il faut que nous le fassions avec désintéressarment. sans aucune pensée personnelle, rkn que pour Vamour du Bien.

» Nous prions nos Guides — car nous en avons aussi — nous prions nos Guides de nous assister de leur aide et de leurs lumières, et nous savons qu’ils nous attirent vers de plus hautes et plus pures régions.

» Quand nous avons des peines nous ne pleurons pas avec des larmes comme vous : nous laissons échapper des parcelles lumineuses et nos amis viennent nous consoler et relever notre cœur.

» L’amour de tous est indispensable. Il est une condition de notre séjour dans cette Planète dont sont entièrement bannis l’orgueil et l’égoïsme. Le Bien est universel et nous n’avons d’autre mission que de nous Linspirer mutuellement, que de l’inspirer à ceux qui vivent dans des mondes inférieurs.

» Notre Planète est une immense nation dont tous les membres ont un but toujours fraternel et bien-

veillant, et, dans nos assemblées où président nos anciens, c’est-à-dire les plus harmoniques el les plus lumineux , nous parlons du bien accompli pour ceux qui nous sont inférieurs dans d’autres mondes, et nous y traitons des mesures à prendre pour activer chez eux le progrès moral.

» Souvent, pour expier nos fautes, nous descendons dans des Planètes moins élevées, chargés d’une mission au milieu de nos frères restés encore dans les ténèbres de l’ignorance.

» Nos anciens savent se faire obéir et la tâche leur est facile parce que tous, animés de l’amour du Bien et du désir de progresser, nous ne sommes jamais rebelles.

» Nous n’avons pas de maisons comme les vôtres, car dans cette Planète la matière est infiniment plus fine et plus diluée, et les êtres y sont tous de degré beaucoup supérieur à celui de la planète Terre. Nos végétaux suffisent à tous nos besoins et nous nous reprocherions comme un crime la mort du moindre animal. Nos végétaux , plus élevés dans l’échelle des êtres, se meuvent et chantent. Un jardin est une réunion d’artistes divins; du sein des fleurs sortent des voix délicieuses, ravissantes, comme ici vos oiseaux. Un lit — car nous avons des heures de repos — se fait dans l’énorme fleur bleue du Sapharis, immense plante qui nous offre sa corolle veloutée pour abri. Imagine un sopha sans dossier, une longue feuille veinée de toutes les teintes bleues, replie-Ia de manière à lui faire faire un dos vers

son milieu, et voilà notre lit, toujours prêt, toujours moelleux et toujours rempli de senteurs embaumées. Ces fleurs-feuilles sont échelonnées sur chaque branche de l’arbre immense; elles sont fixées par paires qui forment deux abris contigus. Car nous sommes toujours deux pour le travail et pour le repos.

«Nous nous faisons des fauteuils dans les branches du Diaiis. Cet arbre a mille formes variées, car la variété infinie, dans tout, est le cachet qui montre la puissance infinie du Créateur. Le Diaiis est d’un beau rouge éblouissant, ou couleur safran, ou bien mordoré, et de teintes diverses inconnues sur votre globe et dont vous ne pouvez vous faire absolument aucune idée. Nous prenons place dans la corolle de ces fleurs aux heures destinées à la^ conversation. Chacun pose oii il veut, et cela, sans bruit, sans jalousie, sans privilège si ce n’est celui de l’ancienneté. Nous laissons au président, qui est toujours celui qui a le plus de mérite, la plus haute fleur, et voilà tout. D’ailleurs, la lueur qui forme la personnalité de chacun de nous est le seul signe qui nous distingue. Le Diatis meuble nos saîons de réunion. Les feuilles de ces végétaux sont des instruments qui forment un orchestre, et quand nous le souhaitons elles nous donnent des concerts et nous chantent les louanges du Bien.

» Nous respirons le parfum des fleurs, mais il y en a parmi qui sont spécialement destinées à notre nourriture. Celles-là laissent échapper du fond de

leur corolle une vapeur régénéralrice, car noire vie, plus subtile, est alimentée par des fluides inconnus pour vous. La Kinia est de ce nombre. C’est une grande plante dont les fleurs sont velour-couleur-amarante. Autour de son tronc s’élance une cinquantaine de grandes feuilles sortant immédiatement de la racine. Du milieu s’échappe une quantité innombrable de tiges dans lesquelles on remarque des veines où le sang coule comme chez l’homme. Au sommet de la tige principale est une belle fleur qui jette un éclat semblable à celui du Soleil. Quand on la touche elle se referme comme une sensitive. Toutes ses tiges brillent comme des rayons de Soleil.

» Nos grandes assemblées se tiennent h l’ombre du Maravis vert.

» Les anim’aux dans notre séjour sont d’une essence plus pure que les vôtres. Ils ne sont pas nuisibles et nous servent h transmettre des messages d’un bout de la Planète à l’autre. Ils sont très-brillants et de mille couleurs variées et inconnues parmi vous. L’un des plus beaux est le Vatilis que nous employons constamment.

» Ce que vous appelez de l’eau, nous n’en avons pas ici. Nous avons bien des sources, mais ce sont des sources de fluides d’une matière que je ne puis comparer qu’à des vapeurs parfumées miroitant de mille reflets.

» Nos cœurs battent bien fort. Nous nous aimons tous, mais nous avons nos sympathies particulières.

C’est comme un surcroilde tendresse. Nous causons alors du bien à faire, nous nous proposons de la besogne et nous nous la partageons. Nos volontés se réunis.sent dans un même but ; nous agissons plus vite et plus sûrement.

» Et quand la course est faite, quand la volonté, longtemps agissante, demande du repos, deux fleurs voisines nous abritent, les mêmes parfums nous fortifient, et nous sommes heureux.

» Quand nous pouvons mutuellement nous être utiles et nous fortifier dans le Bien, nous voyons bientôt nos sympathies se transformer en amour.

» L’union alors de deux êtres qui s’aiment est une jouLssancedontje n’essaierai pas de te faire la peinture. La vie chez nous, comme dans les mondes moins avancés, ne peut émaner que d’une double ardeur. Les âmes qui viennent ici doivent prendre et revêtir notre forme. H faut pour cela une double pensée, une double ardeur, un double élan, une combinaison de fluides qui ne peut se produire que par l’Amour. Telle est la volonté du Créateur qui fit de l’acte d’Amour le plus noble, le plus grand et le plus religieux, qu’il soit donné à sa créature d’accomplir.

• Ceux qui sont appelés à changer de Planète, soit pour monter plus haut, soit pour descendre, adressent leurs adieux en conseil. On est joyeux ou non, mais l’on reste toujours amis et l’on se promet une pensée fraternelle, ou plus que fraternelle.

» Pour ceux qui descendent, leur propriété lumi-

neuse s’éteint. Pour les autres, ceux qui partent pour un monde meilleur, elle persiste; ils restent lumineux et partent tout entiers.

» Ah ! quand on voit partir l’âme de son choix, la douleur est si grande que pour l’accompagner on demande une mission.

» Mais c’est toujours par couples que l’on s’élève vers les sphères supérieures. »

O pauvre Ange tombé 1 Ta tristesse, les yeux voilés de larmes et ton cœur enivré d’Amour, ont trop brisé mon âme. Ma prière est montée jusqu’au trône du Créateur des Mondes. Il m’a donné la grâce de venir te consoler et sécher ta paupière. Ouvre à l’espérance ton bel œil d'or. Je suis ton Bien-aimé. Dieu, toujours Bon et toujours Juste, bientôt va nous rendre à nos amours. —

Et le cœur débordant d’une ineffable tendresse, je levai les yeux vers cette âme de mon âme.

Mais je ne vis plus qu’une forme vague et vaporeuse s’échappant dans le bleu firmament.

Et sur sa trace embaumée, scintillaient en lettres lumineuses ces trois mots :

Aime, Travaille et Prie,

Paris, 23 Juin 1879. •

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