Physiologische Optik, 2e édition, p. 586. Berlin
2. En réalité, l'origine empirique de notre concept de causalité ne saurait faire doute. On pourrait démontrer que cette origine repose en première
Malgré la haute autorité dont jouissait à juste titre Helmholtz dans la physiologie des sens, sa conception, purement métaphysique, n’a pas été accueillie sans de nombreuses réserves. Ewald Hering, Adolf Fick et bien d’autres se sont catégoriquement prononcés contre une pareille invasion de la spéculation pure dans le domaine de la physiologie exacte, invasion qui ne pouvait qu'obscurcir le problème de la sensation, loin de le résoudre.
Le fait que les mêmes objets extérieurs provoquent chez nous les mêmes sensations et nous donnent suivant Helmholtz, « la reproduction imagée des phénomènes extérieurs selon des lois immuables1 », ne prouve nullement la légitimité de la conception des sensations comme étant des signes. Bien au contraire, ce fait parle plutôt en faveur de l’hypothèse opposée, que les sensations nous donnent les images fidèles des objets extérieurs .
Pour que les signes et les symboles puissent nous fournir des données à peu près exactes sur les objets extérieurs, on est forcé d’admettre l'existence dans notre esprit d’une
intuition ( Anschauung ) des formes et des qualités qui
explique la signification de ces signes. Etant donnée la variété illimitée des formes des objets extérieurs qui provoquent des sensations visuelles, nous devrions avoir dans l’esprit l’intuition de milliards de formes déterminées, s’appliquant à autant de signes. Qu’on pense au contenu de l’esprit d’un Linné, d'un Cuvier, d’un Darwin, ou des explorateurs modernes de l’Afrique et de l’Asie. Or Helmhotz
ligne sur la perception des sensations provenant de deux organes sensoriels de modalité différente, qui se contrôlent réciproquement. La perception de la cause a lieu très souvent après la perception de l’effet ; la succession des perceptions de la cause et de l’effet est souvent inverse de leur succession dans la réalité. Nous entendons un bruit loin de nous avant d’en découvrir la cause par la vue ; nous sentons la douleur d’une piqûre avant de constater par le toucher ou par la vue que c’est une épingle, un moustique ou une épine de rose qui en est la cause.
i. « Die Abbildung der G es et as s ig keit in den Vorgangen der wtrkhchen Welt. »
CORPS, AME ET ESPRIT
repoussait avec raison l’idée kantienne de l’existence de tout contenu dans notre entendement Pour remplacer ce contenu, il eut recours d’abord aux sensations des mouvements oculaires, puis, quand l'absence des sensations musculaires fut démontrée, aux prétendues sensations d’innervation. Nous avons mentionné plus haut que dans la dernière édition de ses Thatsachcn, etc., il y avait également renoncé.
Rappelons d’ailleurs un fait reconnu par tous les physiologistes et que personne n’a relevé avec plus de force que Helmholtz lui-même. Or, ce fait réfute directement l’hypothèse des symboles : Notre entendement est absolument impuissant à influencer ou à corriger les véritables illusions de nos sens h Cela est aussi vrai pour les illusions du sens de la vue que pour celles des autres sens, et notamment pour les illusions de direction, provenant du labyrinthe de l’oreille.
Dans un précédent ouvrage, nous avons pu, à l’aide de la méthode graphique, remplir tout un chapitre d’expériences les plus variées qui démontrent cette impuissance de notre entendement sur nos sens2. Plus haut (§ 6), à propos de la délimitation entre les fonctions de l'âme et les manifestations de l’esprit, cette impuissance même nous a servi de critérium sûr pour distinguer les illusions des sens et les erreurs du jugement.
Nous voyons la lune sous la forme d’un disque plat, tout en la pensant sphérique. Il en est de même du soleil, que nous continuons à percevoir comme un disque jaunâtre, tout en ayant dans notre pensée sa vraie forme (E. Hering). Malgré Copernic, Galilée et Newton, nous voyons toujours le lever et le coucher du soleil, et nous suivons sa marche sur l’horizon. Notre entendement est également incapable de corriger les innombrables illusions optiques que nous pro-