Ibid., du 21 décembre
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fossile, découvert par Hauser (de Bâle), le io août 1908, dans une grotte du village du Moustiers, en Dordogne, à plus de dix mètres de profondeur. Plusieurs notables anthropologistes allemands, siégeaent alors au Congrès de Heidelberg, entre autres les professeurs Klaatsch (Breslau), Baelz (Stuttgart) et Hans Virchow, se rendirent sur la place, recueillirent et examinèrent très minutieusement le crâne et les autres restes de ce fossile, bien mieux conservés que ceux de la Chapelle-aux-Saints. Les conclusions tirées de cet examen établissent que ces restes proviennent d'un homme ayant vécu dans la période quaternaire moyenne, peut-être même à la limite de la période tertiaire.
En étudiant les ossements fossiles qu’on soupçonne appartenir à des hommes, les paléontologistes prêtent d’abord une attention toute particulière aux dimensions du crâne, à sa forme et à sa capacité, à l’examen et à la structure de ses maxillaires, inférieur et supérieur, des alvéoles et des dents, etc. Les résultats de cette étude ne peuvent êtres décisifs par eux-mêmes, pour l’attribution de ces ossements à l’homme, que dans les cas où la capacité du crâne adulte, de forme humaine, indique un volume de cerveau d’environ 1 300 à 1 400 centimètres cubes. Le volume moyen du cerveau des plus grands singes est d’environ 800 centimètres cubes. Lorsque les ossements fossiles recueillis présentent de nombreuses lacunes et que les données sur la forme et les dimensions ducrânesont insuffisantes, unedécision surl’attribution des restes fossiles peut encore se baser sur les circonstances et le milieu où ils ont été découverts.
Ainsi, quand les ossements mis à jour dans une grotte se trouvent couchés dans une excavation creusée ad hoc, et que les restes du crâne reposent sur une pierre, ou un autre objet surélevé, en un mot, quand il y a des indices que le corps a etc enseveli , ses restes appartiennent à un homme. Ils ne sauraient provenir ni d’un singe, ni d'un être intermédiaire entre le singe et l’espèce humaine. En effet, l’ensevelissement
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des ossements révèle, chez l’être préhistorique auquel ils appartenaient, ainsi que chez ses contemporains, l’existence d’un culte des morts et d’une volonté réfléchie, les rudiments d’un sentiment religieux et l’espoir d’un au-delà : tous les traits caractéristiques qui distinguent l’homme des animaux. La présence, dans la grotte, de peintures murales, d’armes, d’objets sculptés, dénote en outre un certain goût esthétique, par conséquent un esprit inventeur.
D’après la communication de MM. Bouyssonié et Bardon \ paléontologistes d’une compétence éprouvée, le squelette de la Chapelle-aux-Saints se trouvait dans une fosse rectangulaire, qui ressemblait à un cercueil et avait i m. 40 de longueur sur o m. 85 de largeur. La fosse était creusée dans un couloir de la grotte. Le squelette était orienté à E.-O., la tête à l'ouest, relevée contre le bord du fossé et calée par quelques pierres, le bras droit replié de manière à ramener la main vers la figure, le bras gauche à peu près étendu, les jambes repliées. « Au-dessus de la tête, il y avait plusieurs grands fragments d'os posés à plat et, l’extrémité d’une patte postérieure d’un grand Bovidé. . . L’outillage est du beau et pur Moustérien, les ràcloirs abondants, des pointes en nombre moindre et d’autres outils variés. » Il s’agissait donc d’un homme de l’époque moustérienne, enseveli dans une tombe ad hoc , après un repas funéraire de ses amis ou parents.
Non moins décisives sont les conclusions sur les restes fossiles trouvés par M. Hauser au Moustier. Le crâne, mieux conservé, a pu être rétabli en entier : il avait encore toutes ses dents. Le dessin de ce crâne reconstitué ressemble parfaitement à celui d'un homme1 2.
Ces restes doivent avoir appartenu à un jeune adulte de
1. Comptes rendus de V Académie des sciences, du 21 décembre 1908.
2. Voir Münchener Medipinische Wochenschrift , du 20 avril 1909, n° 16. La communication est du D> Rheinhardt.
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seize ans environ, un chasseur Alchéen, selon M. Rheinhardt. Les dents sont d’une parfaite blancheur, quoique la mâchoire inférieure rappelle celle que l’on attribue à l’anthropoïde. D’après la structure du palais et du maxillaire inférieur, M. Rheinhardt suppose que l'homme en question usait déjà de la parole. Le fossile humain, découvert en 1907 près de Heidelberg, avait une mâchoire inférieure ressemblant davantage à celle d’un singe. Aussi croyait-on devoir refuser la parole à cet homme primitif d’une époque plus ancienne.
L’homme fossile du Moustier connaissait l’usage du feu. Il fut enterré par ses amis après un repas funéraire plantureux, auquel furent servis des animaux sacrifiés, dont les débris étaient déposés soigneusement sur le corps du défunt, afin « que l’esprit de la mort lui fit un accueil favorable ». Nous omettonsles autres exagérations habituelles aux paléontologistes à l’imagination vive, comme l’affirmation que le chasseur alchéen était « un animiste prononcé ». M. Rheinhardt accorde sans hésiter à ce fossile l’âge de 400.000 ans (?) et le place dans la période pliocène. Très probablement il appartenait, comme tous les Neanderthaliens, au quaternaire moyen.
Ce qui est incontestable, c’est que cet homme fossile avait été enseveli de la même manière que celui de la Chapelleaux-Saints, presque dans la même attitude des bras. A la placede la main gauche, en poussière, se trouvaitune magnifique hache amygdaloïde (coup de poing); la tête reposait sur un amas de pierres à feu . Les contemporains avaientdonc la foi dans une vie future et un culte des morts, comme l’indiquent le repas funéraire et la disposition, sur le corps, des ossements des nombreux animaux sacrifiés, qui étaient destinés à bien disposer l’esprit de la mort.
Le fameux P ithecanthropus erectus de Java, décrit par le Dr Dubois comme étant la forme transitoire entre le singe et l’homme, n’a jamais été pris au sérieux par le monde savant. Les fouilles faites depuis par M. Volz, et surtout les
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recherches qui ont été effectuées à Java, sous la direction de Mme Selenka, sur les ossements recueillis dans les premières couches volcaniques où le pithécanthrope a été trouvé, recherches publiées par M. Branca, démontrent avant tout qu'il n’appartenait pas à l’âge pliocène, mais au quaternaire moyen. Il ne pouvait donc pas être l'ancêtre de l’homme, étant son contemporain.
Les fouilles, d’après la description de M. Branca, ont amené la découverte de nombreuses traces d’industrie humaine, sous forme de charbon de bois brûlé et de débris de cuisine. Elles ont également mis à jour une petite faune de mollusques d'eau douce, dont toutes les espèces sont encore vivantes. Rappelons, à cette occasion, que Virchow, qui avait examiné les ossements du fameux pithécanthrope, a déclaré que le fémur appartenait sûrement à un homme atteint de syphilis, — et personne n’était plus compétent que le créateur de la pathologie cellulaire pour se prononcer à ce sujet; — quant à la boîte crânienne, elle provenait, selon lui, d'un grand singe. Dès le début, tout le groupement de Java était donc plus que suspect ; aujourd’hui, la légende du Dr Dubois doit être considérée comme définitivement écartée.
La question de l’origine simienne de l’homme peut maintenant se résumer ainsi : les morphologistes sont à peu près tous d’accord sur l’impossibilité de jamais pouvoir démontrer cette origine. Ceux d’entre eux, qui, pendant toute leur vie, ont défendu la thèsed’une pareille descendance, se consolent par l’affirmation qu’on ne saurait non plus jamais prouver que l’homme ne descend pas du singe. Mais , si tel était réellement le cas, cela suffirait pour enlever à la question posée toute portée scientifique. Un problème, insoluble par sa nature même, ne peut servir d’objet à des recherches scientifiques. Le résultat négatif des recherches équivaut, en pareille matière, à la réfutation directe d'une hypothèse qui n’est basée sur rien.
Mais, si les découvertes paléontologiques n’ont fourni
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aucune preuve en faveur de l’origine simienne, elles ont mis en lumière, comme nous venons de le voir, des indications nombreuses, qui parlent très clairement contre cette origine. Les vestiges d'un culte, la manifestation d’un espoir dans l’au-delà chez un homme préhistorique d’il y a quarante mille ans, témoignent nettement que le mur qui sépare l’homme du reste des animaux était déjà aussi infranchissable dans les âges lointains qu’il l’est de notre temps. Les recherches les plus récentes des anthropologistes et des archéologues
sur les outils primitifs en pierre, appelés les Eolithes dont se sont occupés Rutot, Klaatsch, Verworn, Hohne, etc., qui les ont découverts dans les dernières époques quaternaires et mieux dans le commencement des époques tertiaires, la pliocène (en Kent) et au commencement de la miocène (Klaatsch) permettent de parler actuellement de l'existence de l'homme dans la période tertiaire. Telle est la conclusion tirée par Klaatsch de son voyage en Australie et en Tasmanie entrepris pour l’étude des Eolithes. Ilconclut que ces études faites chez l’Australien permettent de remplir les lacunes laissées par les études préhistoriques en Europe. Le niveau de l’homme de la période tertiaire en Europe parait se rapprocher de celui du Tasmanien ou de l’Australien modernes. La conclusion générale de Klaatsch est qu’on est autorisé de biffer définitivement « le singe anthropoïde de la liste des ancêtres de l’homme, de même que le fameux Pithecanthropus ».
Non moins concluante dans le même sens est la nouvelle orientation des études embryologiques vers les conceptions développées, au début du siècle dernier, par von Baer. Ainsi, la loi causale ontogénétique (ontogenetisches Kaiisalgeset^) , formulée parM. Oscar Elertwig à la suite de remarquables études biologiques, est en opposition absolue avec les théories de l’évolution transformiste.
1. Klaatsch. Die Steltung der Menscken in der Primatenreihe , etc. Korrespondenzblatt der deutchen Gesellschaftt der Antrhopologie, 1899.
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Cette loi est basée « sur les étroits rapports de cause entre la cellule germinative et l'organisme qu'elle développe, ou entre ses dispositions naturelles et son produit ». D'après cette loi, la cellule germinative d'un animal quelconque, cette première phase de l'ontogénie, ne peut représenter ni le début d’une phylogénie, ni la répétition d'une phase hypothétique d’ancêtres monocellulaires. La cellule germinative d'une espèce vivante ne saurait, par conséquent, engendrer qu’un organisme de la même espèce. La loi de M. Hertwig parlerait donc plutôt en faveur de la constance des espèces. Et, si l’on est partisan d’un développement successif et progressif des organismes, on est obligé d’admettre que la cellule d’un oiseau ou d'un mammifère a dû subir elle-même , pendant la longue histoire de son développement ontogénétique , des modifications lentes et successives, qui ont multiplié et enrichi ses dispositions premières. Cette cellule serait donc, dans ce cas, plutôt /æ phase finale phylogénétique, comme l’organisme qu’elle produit représenterait le point culminant, auquel son espèce est arrivée actuellement.
La conclusion générale de cette loi causale ontogénétique est donc que les animaux diffèrent entre eux autant dans leurs cellules germinatives que dans leurs organismes formés.
Cela rend improbable, sinon impossible, la descendance commune des animaux divers d'une même cellule, quelle que soit la dénomination qu’on lui donne. Il est à peine nécessaire de rappeler que M. Oscar Hertwig a toujours vivement combattu la loi biogénétique de Haeckel. De plus •en plus s'impose aux anthropologistes et aux biologistes la nécessité d'adopter une origine polyphylatique du monde des animaux, c’est-à-dire un développement indépendant des différentes espèces d’animaux, et nullement une descendance d’une seule espèce fondamentale. En opposition à l’origine monophylatique des darwiniens, la con-
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ception polyphylatique fut énergiquement défendue par l'excellent zoologiste Otto Hamann1, adversaire acharné de Haeckel depuis plus de vingt années; elle gagne de plus en plus de partisans. « Si nous voulons absolument former une hypothèse sur l’origine du monde organique vivant des simples cellules primitives, l’hypothèse polyphylatique est certainement préférable à la monophylatique2. »
Ajoutons que Fechner avait déjà soutenu en 1873 une hypothèse analogue.
On ne saurait entrer ici dans le détail des remarquables études de M. Hertwig; contentons-nous de citer une de ses conclusions : « Le lamarckisme, le darwinisme, et toutes les autres théories évolutionnistes, désignées par le nom de leurs principaux représentants, ne font qu’indiquer des phases passagères de l’histoire de la science ; elles n’offrent que des fragments de la vérité à rechercher. Présentées comme des théories dogmatiques, elles ne peuvent que faire obstacle à tout progrès ultérieur1. »
1. Otto Hamann. Entwickelungsgeschischte und Darwinismus , 1892.
2. Oscar Hertwig. Die Entwickelung dey Biologie im neun\ehnten Iahrhundert. Iéna, 1908.
3. Fechner. Einige Ideen \ur Schopfungs-und Entwickelungsgeschischte der Organismen . Leipzig, 1833.
De Cyon.