‹ Dieu et science: essais de psychologie des sciencesChapitre 2 sur 59 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

« Le plus souvent, les disciples ou imitateurs des philosophes athées ne suivent pas leur exemple ; se croyant déchargés de la crainte d'une Providence surveillante et dun avenir menaçant, ils lâchent la bride à leurs passions brutales et ne cherchent qu'à séduire et corrompre les autres. S'ils ont de l'ambition et possèdent un cœur peu sensible, ils sont capables, pour leur seul plaisir, ou dans l'intérêt de leur seul avancement, de mettre le feu aux quatre coins de la terre... Des opinions et des tendances pareilles s'insinuent peu cl peu dans l'esprit des hommes du grand monde et même de ceux qui gouvernent les sociétés et dont dépend la marche des affaires publiques. Exposées dans les ouvrages à la mode, ces opinions préparent sysU'uuitiqiiciiirut la rcvolut ion gcncralc dont r Hitrof^i- est nitiujirr et achèvent de détruire ce qui reste encore dans le monde de sentiments généreux. 'omme l'amour de la patrie et ilu bien public, le soin de le postérité cl le i)esoin île sacrifier sa vie dans l'intérêt i>u])li(\ ('es pnhlti spi'n'/s, comme les appellent les Anglais, disparailronl complètement, quand ils ne

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seront plus soutenus par la morale et par la vraie religion... l'.t si, par ambition ou })ar caprice, quelqu'un versait des torrents de sang, s'il renversait tout sens dessus dessous, on compterait cela pour peu de chose; un l'irostrate passerait pour un héros... On se moque ouvertement de l'amour de la patrie, on tourne en ridicule ceux qui ont souci du bien ];ublic ; et, si un homme bien intentionné s'inquiète de l'avenir de nos descendants, on lui répond : advienne que pourra. Mais il pourra arriver à ces personnes d'éprouver ellesmêmes les maux (jucUes croient réservés à d'autres. Si l'on se corrige à temps de cette maladie de l'esprit, dont les mauvais effets commencent à être visibles, ces maux peut-être seront prévenus ; mais, si cette maladie va croissant, la Providence corrigera les hommes par la révolution qui en doit naître. »

Ces lignes ne datent pas d'hier, elles ne s'adressent pas aux puissants du jour ; c'est Leibniz qui les écrivait en 1705. Avec une lucidité vraiment prophétique il prévoyait que la grande fermentation des esprits, conséquence inévitable du complet bouleversement de nos connaissances traditionnelles qui suivit la renaissance de l'astronomie, de la physique et des sciences mathématiques, aux xvT et xviT siècles, conduirait fatalement D'^urope à une révolution générale. Cette renaissance, œuvre de Copernic, Kepler, Galilée, Descartes, Newton et Leibniz, devait nécessairement exercer une influence profonde sur les conceptions cosmogoniques de l'époque. La lumière éclatante, qui se dégageait de leurs grandioses découvertes et créa-

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