PREFACE
tions scientifiques, éclairait les esprits supérieurs, capables d'en comprendre la véritable portée ; mai^ elle ne pouvait qu'éblouir les philosophes et les savants de second ordre, et aveugler la foule des profanes et des ignorants.
La connaissance des lois immuables, qui régissent avec un ordre parfait le monde physique, relevait, chez les premiers, le culte du Créateur de l'univers, raffermissait leur foi en Dieu, et approfondissait leurs croyances religieuses, tandis que, de toutes les conséquences de cette merveilleuse renaissance, le renversement des doctrines cosmogoniques des grands philosophes de l'antiquité, approuvées par les scolastiques du mo3'en âge, fit seul impression sur les esprits de seconde catégorie. Incapables de saisir l'immenxporté de la révolution scientifique qui venait de s'accomplir, ceux-ci ne s'attachèrent qu'à ses résultats négatifs ; ils crurent y trouver des prétextes suffisants pour renier l'autorité divine et s'affranchir de tout devoir et de toute obligation envers le Créateur. I.a vanité aidant, ils proclamèrent l'homme l'unique maître du monde.
Telle fut 1 origine psychologique du scepticisme et de l'athéisme au début du xviil' siècle ; leur ascendant sur les esprits permit à Leibniz de prédire la révolution qui éclata quatre-vingts ans après. Les philosophes du temi)s ont largement contribué à la réalisation de sa prédiction, l^enseurs trop superficiels pour succéder dignement aux Descartes et aux Leibniz, et pour pouvoir suivre avec profit la marche
IV PRKFACE
triomphale des sciences de leur époque, ils se complaisaient dans la construction des systèmes matérialistes. L'athéisme et le scepticisme étaient alors seuls bien portés ilans Ir l)eciu monde, vers lequel ils se sentaient attirés. Aussi une profonde scission s'étaitelle peu à peu opérée entre la ])hilosophie et les sciences exactes; scission qui, au Nix*" siècle, aboutit à une séparation complète, quand la merveilleuse croissance de ces sciences eût atteint son apogée.
1 /introduction générale de ces Jissnis de psychologie lies Siicncis traite longuement des funestes conséquences de cette séparation, aussi bien pour la philosophie elle-même que pour le développement de l'esprit public au cours des deux derniers siècles. Les trois premiers chapitres sont consacrés à l'exposé des plus récentes conquêtes de la physiologie de Ihomme, (jui pourraient servir de point de départ pour rapprocher ces deux branches fondamentales de la connaissance humaine sur le terrain d'une psychologie vraiment scientifique. La solution que la physiologie expérimentale, après des recherches poursuivies pendant plus d'une centaine d'années, est parvenue à donner au problème millénaire de l'origine de nos concepts de l'espace, du temps et du nombre, démontre suffisamment les avantages, pour la philosophie, d'une entente entre elle et la science moderne.
Tout autre est la portée des questions qui forment l'objet des chapitres suivants de cet ouvrage. La séparation entre la philosophie et les sciences a donné naissance à un phénomène paradoxal en apparence,