E. du Bois-Reymond, Rc/en, etc.. i" série. Leipzig
DIFFÉRENCIATION DEs h ONCTIONS PSYCHIQUES 249
recherches dans le domaine de l'esprit. Quelques succès .obtenus par la psycho-physique semblaient promettre aux physiologistes quils réussiraient enfin à expliquer le mystère qui a résisté, pendant des milliers d'années, aux vigoureux efforts des plus grands penseurs de tous les pays. Ainsi l'enfant, vo}ant à l'horizon le point de jonction apparent du ciel et de la terre, croit qu'il lui suffira d'arriver à cette limite imaginaire pour escalader le ciel. L'inutilité de ses efforts éveille d'abord en lui le sentiment de la difficulté de l'entreprise. Mais sa raison n'en admet l'impossibilité que lorsqu'on lui expose les véritables relations de notre planète avec le système solaire.
'< La conscience de la difficulté qu'il y aurait à expliquer ce qui est resté jusqu'à présent inexplicable s'éveilla sans doute assez tôt chez quel([ues physiologistes. Mais le véritable but qu'ils pourraient atteindre ne se révéla à eux qu'après qu'ils eurent obtenu les premiers résultats importants amenés par l'application de la méthode physique exacte à l'étude des fonctions psychiques. Alors ils virent clairement où se trouvaient les limites de leurs recherches, limites que l'entendement humain ne saurait dépasser.
». Comme l'étude de tous les phénomènes physiques, les recherches sur la nature des fonctions psychiques doivent avoir pour but de réduire ces fonctions aux mouvements connus des atomes, mouvements dus aux forces qui leur •^ont propres, en un mot de créer la mécanique des atomes viu cerveau. En continuant d'étudier exactement la physique des organes sensoriels, qui servent, pour ainsi dire, d'intermédiaires entre le corps et l'âme, la physiologie réu^sira peut-être un jour, au prix d'efforts considérables, à ciéer la mécanique des fonctions cérébrales, .\lais le moment dût-il venir où nous serions en pleine possession de cette mécanique, où les mouvements moléculaires, qui ont lieu dans nos cellules nerveuses pendant la création des plus hauts produits de l'esprit hum.iin. nous seraient aussi clairement
comprchensibles que le mécanisme d'une simple machine à calculer ; ou enfin, pour emprunter une phrase de du Bois- Revmond. '< nous connaîtrions, jusque dans ses derniers "détails, la danse des atomes C>, H, X,(), P, correspondant à '< l'enivrement produit par la musique, et le tourbillon de *f mouvements moléculaires qui provoque la douleur névral- Af gique />, alors même nous serions aussi loin qu'à présent de comprendre ce qu'est la conscience de nous-mêmes et comment nous pensons. Entre la connaissance des procédés mécaniques produisant la pensée, et la compréhension de la manière dont ils la produisent, s'ouvre un abime. que l'entendement humain ne comblera pas.
« 11 suffit de pénétrer par la réflexion le fond même de cette question pour se convaincre de l'impossibilité absolue, pour l'intelligence, de jamais comprendre quel rapport il y a entre certains mouvements des atomes physiques du cerveau et ce fait que nous sentons la douleur, que nous pouvons entendre des sons, voir des couleurs, éprouver des plaisirs, entre ces mouvements et la conscience que nous avons de notre existence. L'impossibilité de saisir cette relation est aussi grande, qu'il s'agisse des sensations les plus élémentaires de douleur ou de plaisir, éprouvées par quelque animal inférieur, ou de la pensée d'un Descartes et la fantaisie créatrice d'un Shakespeare ou d'un Raphaël. 11 nous sera également impossible de comprendre pourquoi les atomes O. C, H ou N et P éprouvent du plaisir à se réunir dans telles combinaisons, du déplaisir dans telles autres, et comment certaines combinaisons chimiques peuventdonner naissance à loi de Newton ou au Rnjiiii-ni de Mozart '. >/
Depuis que ces paroles furent prononcées, la psychologie de l'homme, la seule cjui nous intéresse ici, a fait des progrès considérables dans toutes les directions Le problème le plus ardu, celui qui, durant des milliers d'années, constituait
I. Extrait de mon discours académique. Le eau r et le cerveau, cité au paragr.iphc V
le point de départ indispensable à toute théorie psychologique, a reçu une solution satisfaisante. La découverte des deux sens mathématiques de l'espace et du temps a créé une base scientifique, sur laquelle peut s'édifier solidement la future science de l'esprit.
En m'inspirant de la prévision de Vierordt, que la solution de ce problème nous permettrait de *r concevoir lessence même de la psyché * », et de dévoiler la nature des rapports de notre conscience du moi avec le monde extérieur, j'ai essayé plus haut d'élucider le mécanisme des relations entre le corps et l'âme, et de celles entre l'âme et l'esprit. A cette intention, j'ai cru devoir, dans l'intérêt de futures recherches, exclure l'esprit des fonctions de l'âme et séparer entièrement la conscience du moi, — fonction psychique, de la conscience générale, pure production de l'esprit. Le mécanisme de formation de la première a pu être dessiné à grands traits, depuis son origine sensorielle dans le fonctionnement du système des canaux semi-circulaires, jusqu'à son idéalisation dans lesprit (voir plus haut, § 5-6).
Prenant pour thème mes études sur l'hypophyse, véritable siège de l'âme vitale (voir p. 2101, et ses relations très probables avec la glande pinéale, j'ai essayé d'approfondir davantage la nature des rapports entre l'âme et l'esprit, et par conséquent entre la conscience du moi et la conscience générale. Le résultat principal de cet essai pourrait se résumer dans la formule : l'hvpophyse parait remplir dans ces rapports les fonctions, sinon d'un />/'///, au moins d'une /»•/<• </<• pont : elle présiderait ainsi à l'interruption et au rétablissement des communications entre l'âme cerveau et l'esprit.
Nous avons vu également que nos connaissances de la nature des fonctions du cieur, comme organe principal de la vie affective, se sont considérablement élargies et approfondies depuis 1870. Les mécanismes sur lesquels reposent