‹ Dieu et science: essais de psychologie des sciencesChapitre 37 sur 59 · LIVRES DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

LIVRES DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE

comprise par les maitres incontestés du genre, tels que les Humboldt, les Arago, les von Baer, les Bois-Reymond, les Bertrand, les Tyndall, les Claude Bernard, les Helmholtz, les Virchow et autres. Malheureusement, tous les naturalistes ne se sont pas réglés sur ces modèles. Le xix" siècle fut surtout un siècle militant. Les hommes de science ne pouvaient ni ne devaient rester spectateurs indifférents des luttes politiques, sociales, religieuses et philosophiques, qui divisaient alors les esprits. Armés de leurs connaissances positives, exercés à la guerre contre l'ignorance et le mensonge, les savants naturalistes étaient en mesure de prendre part à ces luttes avec toute l'autorité souhaitable.

Mais tans ne se sont pas contentés des seules ressources que la science mettait à leur disposition. Dans l'ardeur du combat, beaucoup ont plus d'une fois recouru à des armes qui n'avaient rien de vraiment scientifique. D ailleurs, les ouvrages populaires ne se prêtent guère à une argumentation rigoureusement enchaînée. D'un autre côté, parmi les faits qui se sont présentés au public c<jmme scientifiquement incontestables, le profane n'est pas en état de distinguer ceux qui méritent réellement toute créance dedeuxquiréclos dans l'imagination plus ou moins déréglée du vulgarisateur, sont destinés à tromper un lecteur dépourvu de la maturité d'esprit et de la compétence nécessaires. Dans ces conditions, plusieurs savants n'ont pas résisté à la tentation d'abuser de l'autorité qui s attachait à leur situation. Trop souvent, ils ont endormi leur conscience scientifique en se persuadant que toutes les armes étaient bonnes pour lutter contre l'ignorance et la superstition, et qu'un écrit populaire exigeait même une certaine liberté d allure, inadmissible dans les ouvrages de pure science.

Naturellement, entre deu.\ auteurs di>nt l'un fournit toujours des réponses à toutes les questions qui irritent la curiosité humaine, tandis que l'autre signale à chaque instant les lacunes de la science ou indique les limites qu elle ne I)b Cyun.

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peut dépasser, le public avide de savoir donnera la préférence du premier sur le second. Entre un savant qui, devant certains problèmes, ose dire : '< I(rn(>i\ihiiiius //, et un autre qui, comme Haeckcl, sait tout et cjuelque choseencore, il est rare que le public crédule hésite. Un charlatan de foire, otTrant des élixirs propres à guérir toutes les maladies, réelles et imaginaires, attire d'ordinaire plus de foule qu'un médecin sage et consciencieux. Si quelque vulgarisateur déclare hautement avoir découvert que l'opération de l'esprit n'est rien de plus qu'une action réflexe, les gens du monde admirent avec quelle simplicité a été dévoilé un des plus grands mystères de la nature. Rarement ils peuvent reconnaître qu'au fond, à un phénomène inexpliquable on n'a fait que substituer un autre phénomène, tout aussi incompréhensible. Encore moins soupçonnent-ils que ce remplacement dune énigme par une autre a pour seule cause l'intelligence du vulgarisateur lui-même, lequel ne s'est pas bien rendu compte de ce qu'est proprement le processus psychique dont il croit trouver si facilement l'explication. En pareil cas, il suffit au public que les savants se donnent pour avoir élucider une question obscure; la manière dant le phénomène a été expliqué lui est d'habitude indilïérente.

Un succès non moindre doit échoir à tel autre audacieux, assurant cjuil a trouvé le secret de la création du monde organique, secret tout aussi clair pour lui cpie la réaction chimique la plus élémentaire ; que non seulement il a éclairci l'origine de l'homme, mais qu'il a même construit son arbre généalogique, en dénombrant les milliers de générati(jns qui, depuis le primitif et rudimentaire Bathybius. ont peuplé notre globe durant des millions d'années.

11 ne reste plus au public qu'à s'extasier sur de semblables progrès scientifiques et à s'incliner devant le génie qui lésa rendus possibles. Mais est-ce bien là populariser la science? Ajoute-ton réellement à la somme des connaissances de la société, losrsqu'on lui communique une multitude de faits,

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