LIVRES DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE
les uns faussés, les autres sophistiqués ou de pure invention, lorsque, au lieu d'explications vraies, on déverse sur la foule un tas de mots incompréhensibles, qui souvent ne couvrent que l'indigence de la pensée et la pauvreté des faits? Un vulgarisateur de ce genre est-il en mesure de dissiper l'ignorance, de déraciner la superstition et d'inspirer le respect de la science? Il n y a pas à douter que la réponse à ces questions ne peut être que négative Les doctrines qui recourent à de tels procédés de lutte se discréditent et perdent à la longue toute action sur les intelligences. Revenu de son premier entrainement, le public se détourne des systèmes qu'on lui a présenté sous le masque de la science et dont il comprend tôt ou tard l'inanité.
Si le long et épineux chemin qui mène au vrai savoir peut attirer les esprits et les retenir, c'est seulement à la condition que le plus petit pas en avant représente un effort scientifique sérieux, et que le moindre anneau de la chaîne des connaissances positives soit assez solidement soudé à l'ensemble pour résisier aux assauts de la critique. Si l'on veut que. malgré d'inévitables lacunes, la science puisse captiver longtemps les masses, il est nécessaire que tout ce qu'elle donne comme positif soit, en effet, irréfutable
Le lecteur a compris maintenant comment, à notre avis, il convient de répondre à la question posée plus haut Si un ouvrage populaire d'histoire naturelle doit, par sa forme, par son mode d'exposition, ditïérer d'un travail de pure science, il est indispensable qu il offre, j// nti-mc Jcgrà, A* caractère de la rigueur scientifique. Bien plus encore, le vulgarisateur, qui s'adresse à un public insuffisamment préparé, devra se montrer beaucoup plus prudent et plus réservé dans ses conclusions que s'il avait affaire à des savants de profession. Formulée dans un ouvrage spécial, une hypothèse téméraire, une c<^njecture plus ou moins risquée induit rarement en erreur le lecteur érudit, capable de distinguer l'hypothèse de la théorie, et la théorie de la
loi. Il n'en est pas ainsi dans les livres populaires. Là, trop souvent, le lecteur s'attache de préférence à l'hypothèse brillante, à la comparaison ingénieuse, et les prend volontiers pour le fond même da la doctrine qu'on lui expose. Peu de problèmes éveillent chez l'homme un intérêt aussi puissant que celui de son origine et de sa place dans le règne animal, lin dehors du vaste champ d'investigation qui est ainsi ouvert à l'activité du savant naturaliste, l'explication proposée influe profondément sur toute la conception de la vie et de l'univers. Dès lors, il est aisé de comprendre que, si beaucoup de savants éminents sç sont attachés à résoudre la question, tous n'ont pas su se maintenir sur l'étroit terrain de l'analyse exacte, plus la solution à trouver offre de difficultés quand on ne la demande qu'aux arguments rigoureusement scientifiques, plus on est tenté de recourir à des raisons prises dans un ordre d'idées totalement étranger à la science.