‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 43 sur 96 · DIEU EXISTE · texte numérisé non relu

DIEU EXISTE

connaître à la fois, il n'a pas la puissance de commencer à connaître ceci plutôt que cela. N'ayant ni Tune ni l'autre de ces deux puissances, il ne peut rien par lui-même.

Cela posé, la majeure en question i se démontre ainsi :

Si rimagination de Thomme était la seule cause de son idée, il ne pourrait comprendre quoi que ce soit. Or il peut comprendre quelque chose. Donc, —

Cette nouvelle majeure 2 se démontre ainsi : puisque par la première règle les choses connaissables sont en nombre infini, que par la seconde un esprit fini ne peut comprendre le tout (l'infini), et enfin que par la troisième il n'a pas la puissance de comprendre ceci plutôt que cela, il serait impossible, s'il n'était déterminé extérieurement, qu'il fût en état de comprendre quelque chose '.

1. A savoir cette majeure « que la cause doit contenir formellement ce que Tidée contient objectivement. » (P. J.)

% À savoir « si Timàgination de l'homme » Il y a ici

une sorte de cascade de majeures qui rend le passage assez difficile à comprendre. La proposition principale est^elle-ci : a Si l'homme a l'idée de Dieu, Dieu doit exister formellement. » Cette proposition se démontre par un syllogisme, dont la majeure est : « La cause d'une idée doit exister formellement, et contenir tout ce que l'idée contient objectivement. » Cette majeure à son tour se démontre par un nouveau syllogisme, dont la majeure est : « Si rimagination de l'homme était la seule cause de son idée (c'est-à-dire), s'il n'y avait pas une cause formelle extérieure, l'homme ne pourrait absolument rien comprendre. » (P. J.)

3. En outre, dire que cette idée est une fiction est insoutenable, car il est impossible d'avoir cette idée, si elle (son objet) n'existe pas, d'après ce qui vient d'être démontré. A quoi nous ajoutons : il est bien vrai que dans une idée qui, une première fois, nous est venue d'une certaine chose, et est ensuite considérée par nous en général in abstracto, nous pouvons, dans la suite, penser séparément diverses parties, auxquelles nous ajoutons fictivement d'autres pro-

De tout cela il résulte la démonstration de cette seconde proposition, à savoir que la cause de Tidée que l'homme possède n'est pas sa propre imagination, mais une cause extérieure quelconque, qui le détermine à connaître ceci ou cela : et cette cause, c'est que ces choses existent réellement et sont plus propriétés empruntées à d'autres objets. Mais c'est ce qu'il est impossible de faire, si nous n'avons pas connu d'abord la chose même dont cette idée est abstraite. Donc, supposez que cette idée (Vidée de Dieu) soit une fiction, alors toutes les autres idées que nous avons doivent être des fictions. S'il en est ainsi, d'où vient donc la grande différence qui existe entre ces idées? Car nous voyons qu'il en est quel* ques-unes qui ne peuvent être réelles : telles sont- celles de tous les animaux fantastiques que Ton formerait à l'aide de deux natures réunies : par exemple, celle d'un animal qui serait à la fois un oiseau et un cheval, ou de tout être de ce genre, qui n'ont pas de place dans la nature, laquelle nous voyons composée toute différemment. Il est d'autres idées qui sont possibles, sans que leur existence soit nécessaire, mais dont l'essence néanmoins est nécessaire, quelle que soit d'ailleurs la réalité de leur objet : par exemple, l'idée du triangle, ridée de l'amour dans l'âme sans le corps; ces idées sont telles que, tout en admettant que c'est moi qui les ai créées, je suis forcé de dire qu'elles sont et seraient toujours les mêmes, lors même que ni moi, ni aucun homme n'y eût jamais pensé. Or, cela même prouve qu'elles n'ont point été créées par moi, et qu'elles doivent avoir, en dehors de moi, un sujet qui n'est pas moi et sans lequel elles ne peuvent être. En outre, il est une troisième idée, et celle-là est unique. Elle porte la nécessité d'existence avec elle, et non pas seulement, comme les précédentes, une existence possible; car, pour celles-ci, leur essence était bien nécessaire, mais non leur existence; au contraire, pour celle dont je parle, l'existence est aussi nécessaire . que l'essence, et rien n'est sans elle {en is zonder dezelve niet). Je vois donc qu'aucune chose ne tient de moi vérité, essence ou existence. Car, comme nous l'avons montré pour les idées de la seconde classe, elles sont ce qu'elles sont sans moi, soit seulement quant à l'essence, soit quant à l'essence et à l'existence tout ensemble. Il en est de môme et à plus forte raison de la troisième idée^ qui est seule de son espèce. Et non-seule-

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