DIEU EXISTE
ches de lui que celles dont l'essence objective ne ré» side que dans son entendement. Si donc l'homme a ridée de Dieu, il est évident que Dieu doit exister formellement, et non pas éminemment, car, en dehors et au-dessus de lui, il n'y a rien de plus réel et de plus parfait *.
Que l'homme ait l'idée de Dieu, c'est ce qui résulte clairement de ce qu'il connaît les propriétés 2 de Dieu,
ment elle ne dépend pas de moi, mais encore, au contraire, Dieu seul peut être le sujet (réel) de ce que j'affirme de lui, de telle sorte que, s'il n'était pas, je ne pourrais affirmer de lui absolument rien, tandis que je puis toujours affirmer quelque chose des autres objets, même quand ils n'existent pas réellement ; bien plus, il doit être le sujet de toutes choses. En outre, quoiqu'il soit évident, par ce que nous venons de dire jusqu'ici, que Tidée d'attributs infinis dans un être parfait n'est pas une fiction, nous pouvons encore ajouter ce qui suit. En réfléchissant sur la nature, nous n'avons trouvé jusqu'à présent que deux propriétés qui puissent convenir à cet être infiniment parfait. Mais ces deux propriétés sont loin de nous suffire pour nous donner à elles seules l'idée de l'être parfait; au contraire nous trouvons en nous quelque chose qui nous annonce non-seulement plusieurs autres attributs, mais un nombre infini d'attributs infinis, qui doivent appartenir à l'être parfait, afin qu'il puisse être dit parfait. D'où vient donc cette idée de perfection? Elle ne peut être formée à l'aide des deux idées menlionnées, car deux ne donnent que deux, et non un nombre infini. D'où donc ? Non pas de moi certainement; je devrais donner ce que je n'ai pas. D où enfin, si ce n'est des infinies perfections elles-mêmes, qui nous disent qu'elles sont, sans nous dire ce qu'elles sont? car de deux seulement nous savons ce qu'elles sont. (MS.)
1. Admettre que la cause de l'idée de Dieu existe éminemment, ce serait dire que cette cause serait plus parfaite que Dieu, ce qui est impossible. La cause de l'idée de Dieu est donc Dieu lui-même, rien de plus. (P. J.)
2. Ses propriétés, — Mieux vaudrait dire : parce qu'il connaît ce qui est propre à Dieu. Car ces choses, l'infinité, la perfection, rimmutabilité, ne sont pas des propriétés [des attributs] de Dieu. Il est bien vrai que sans elles il ne serait pas Dieu. Mais ce n'est pas par elles qu'il est Dieu, parce
lesquelles propriétés ne peuvent être inventées par lui, puisqu'il est imparfait. Or, qu'il connaisse ces propriétés, c'est ce qui est évident : en effet, il sait, par exemple, que l'infini ne peut être formé de diverses parties finies ; qu'il ne peut pas y avoir deux infinis, mais un seul ; qu'il est parfait et immuable; il sait aussi qu'aucune chose par elle-même ne cherche sa propre destruction, et en même temps que l'infini ne peut se changer * en quelque chose de meilleur que lui-même, puisqu'il est parfait, ce qu'alors il ne serait pas; et encore qu'il ne peut être subordonné à quelque autre chose, puisqu'il est tout-puissant, etc.
On voit donc que Dieu peut être prouvé à priori comme à posteriori^ et même beaucoup mieux à priori y car des choses prouvées à posteriori ne le sont que par une cause extérieure à elles, ce qui est en elles une évidente imperfection , puisqu'elles ne peuvent se faire connaître par elles-mêmes, et seulement par des causes extérieures. Dieu cependant, la première cause de toute choses, et même la cause de lui-même. Dieu doit se faire connaître lui-même par
qu'eUes ne nous font connaître rien de substantiel; ce ne sont que des adjectifs^ qui demandent le substantif pour être éclaircis. (MS.)
1 . La cause d'un tel changement devrait être en dehors de lui, ou en lui. Elle ne peut être en dehors de lui, car aucune substance^ existant par soi (comme est celle-ci), ne dépend de quelque chose d'extérieur et n'est par conséquent soumise à aucun changement; ni en luiy car aucune chose^ et encore moins celle-ci ne veut sa propre altération ; toute altération vient du dehors. En outre, qu'il ne puisse pas y avoir de substance limitée, cela est évident ; puisqu'elle devrait alors avoir quelque chose qui viendrait du néant, ce qui est impossible, car d'où aurait-elle ce par quoi elle se distinguerait de Dieu ? Sans doute, pas de Dieu, car celui-ci n'a rien d'imparfait, ni de limité. D'oii donc, si ce n'est du néant? (MS.)
qu'est-ce que dieu? 9
lui-même. C'est pourquoi le mot de Thomas d'Aquin n'a pas grande valeur : à savoir que Dieu ne peut pas être prouvé à priori^ parce qu'il n'a pas de cause.