‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 46 sur 96 · QU EST-CE QUE DIEU · texte numérisé non relu

QU EST-CE QUE DIEU

elle-même, et surtout une substance telle que nous avons dite, c'est-à-dire qui existerait par elle-même* Donc elle doit avoir été limitée par sa cause, qui est Dieu. Or, si c'est par sa cause, c'est donc que cette cause ou n'a pas pu, ou n'a pas voulu donner davantage; mais si elle ne l'a pas pu, cela dépose contre sa puissance; si elle n'a pas voulu, le pouvant, cela semble indiquer de la malveillance; ce qui est impossible en Dieu, qui est toute bonté et toute plénitude*.

La seconde proposition, quil n'existe pas deux substances égales, se démontre en disant que toute substance est parfaite en son genre ; s'il y avait deux substances égales, il serait nécessaire que Tune déterminât l'autre; celle-ci ne serait donc pas infinie, comme nous l'avons précédemment démontré.

Quant au troisième point, à savoir qu'une substance ne peut en produire une autre, si quelqu'un soutenait le contraire, nous demanderious : la cause qui produirait cette substance aurait-elle les mêmes attributs qu'elle, ou non? Le second est impossible, car

1. Dire que la chose est telle (c*est-à-dire finie), par la nature même, c'est ne rien dire, car une chose ne peut avoir de nature avant d'exister. Mais, direz-vous, on peut bien voir ce qui appartient à la nature d'une chose : Oui, quant à ce qui concerne l'existence, mais non quant à ce qui concerne l'essence. Et ici il y a une différence entre créer et engendrer. Créer, c'est poser une chose à la fois par l'existence et par l'essence; engendrer c'est seulement faire qu'une chose naisse, quant à l'existence ; c'est pourquoi aujourd'hui, dans la nature, il n'y a que génération, et non création. Si Dieu crée, il crée la nature de la chose avec la chose même. Il serait donc un Dieu jaloux, si, ayant la puissance, mais non la volonté, il eût créé la chose de telle sorte qu'elfe ne fût pas en harmonie avec sa cause créatrice, ni en essence, ni en existence. Au reste pour ce que nous appelons ici créer, on ne peut pas dire proprement qu'un tel acte ait jamais eu lieu, et nous ne nous servons ici de cette distinction que pour montrer ce qu'on en peut dire. (MS.)

rien ne vient de rien. Reste donc le premier. Alors nous demandons de nouveau : dans cet attribut, qui serait la cause de Tattribut produit, la perfection estelle moindre ou plus grande que dans Tattribut produit? Elle ne peut être moindre par la raison déjà donnée, ni plus grande, car l'autre serait alors limité, ce qui est contraire à ce qui a été démontré. Donc la perfection devrait être égale, et par conséquent les deux substances seraient égales, ce qui est encore contraire à la démontration précédente. En outre, ce qui a été créé n'a pu être créé de rien, mais a dû nécessairement sortir de quelque chose d'existant; or que le créé ait pu sortir de ce quelque chose, sans que celui-ci en fût en rien diminué, c'est ce que notre entendement ne peut comprendre. Enfin, si nous voulons rapporter à une cause la substance qui Q3t le principe des choses qui naissent de son attribut, nous aurons aussi à chercher la cause de cette cause, et de nouveau la cause de cette cause, et cela à l'infini. De telle sorte que s'il faut enfin s'arrêter et se reposer quelque part, autant le faire tout de suite dans cette substance unique.

Passons au quatrième point, à savoir qu'il n'y a point de substance ou d'attribut dans l'intellect infini de Dieu, autre que ce qui existe formellement dans la nature. Je dis qu'on peut le démontrer : i^ par la puissance infinie de Dieu, qui fait qu'il n'y a pas en lui de cause qui le détermine à créer une chose plutôt qu'une autre; 2» par la simplicité de sa volonté; 3** parce qu'il ne peut négliger de faire tout ce qui est bon, comme nous le démontrerons plus tard ; 4° parce que ce qui n'est pas encore ne peut jamais être, puisqu'une substance ne peut créer une autre substance. De tout cela il suit que l'on peut affirmer de la nature tout dans tout % en d'autres termes que la nature est

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