‹ Dieu, l'homme et la béatitudeChapitre 54 sur 96 · DES PROPRIÉTÉS QUI N'APPARTIENNENT PAS A DIEU · texte numérisé non relu

DES PROPRIÉTÉS QUI N'APPARTIENNENT PAS A DIEU

mais seulement négative; donc on ne peut en donner une définition exacte.

3*^ En outre, ils disent encore que Dieu ne peut absolument pas être prouvé à priori, parce qu'il n'a pas de cause, mais qu'il ne peut être prouvé que d'une manière probable et par ses effets.

Puisqu'ils nous accordent eux-mêmes par ces diverses opinions quelle faible et pauvre connaissance ils ont de Dieu, nous pouvons maintenant entrer dans Texamen de leur définition.

D'abord, nous ne voyons pas qu'ils nous donnent en réalité des attributs ou des propriétés^ par lesquels la chose (c'est-à-dire Dieu) puisse être connue dans ce qu'elle est, mais seulement des propres [propria), qui sans doute appartiennent bien à une chose, mais sans nous éclairer en rien sur ce qu'elle est. Car, lorsqu'on nous dit qu'un être subsiste par lui-même, qu'il est la cause de toutes les choses, qu'il est souverain bien, étemel, immuable, etc.; tout cela sans doute est propre à Dieu, mais ne nous apprend pas quelle est son essence et quelles sont les vraies propriétés de cet être auquel ces propres appartiennent *.

Il est temps aussi de considérer les choses qu'ils attribuent à Dieu et qui ne lui appartiennent pas*, comme sont par exemple l'omniscience, la miséricorde infinie, toutes choses qui ne sont que des modes particuliers de la chose pensante, et qui ne peuvent en aucune façon exister ni être comprises sans la substance dont ils sont les modes, et qui par conséquent ne doivent pas être attribuées à Dieu, en tant qu'essence subsistant par lui-même.

1. Le hollandais oppose ici le mot Eigenschappen (propriétés) au mot Eigenheideriy et Tallemand peut reproduire exactement la même nuance {Eigenschaften , Eigenheiten), qui nous manque en français. (P. J.)

2. J'entends Dieu considéré en lui-môme, dans Tensemble de ses attributs. (MS)

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Enfin loirâqulld disent quô Dieu est le sou vêf &in bien , s'ils entendent par là autre chose que Cô qu'ils ont déjà dit, à savoir que Dieu est immuable et cause de toutes choses, ils s'égarent dans leur propre concept et ne se comprennent pas eux-mêmes ; ce qui vient de leur erreur fondamentale sur le concept du bien et du mal, croyant que c'est l*homme et non pas Dieu qui est l cause de ses péchés et de son propre mal, ce qui ne peut être, comme nous Tavons démontré; autrement, nous serions forcés d*afflrmer que l'homme est la cause de lui-«m6me. C'est ce que nous éclaircirons encore plus tard, lorsque nous traiterons de la volonté de Thomme.

Maintenant, il est nécessaire de réfuter les sophisme^ par lesquels ils essayent de justifier leur propre ignd^ rancè.

Ils disent d'abord qu'une bonne définition doit Sô faire par le genre et la différence. Mais, quoique cela soit accordé par tous les logiciens , je ne sais pas cependant d'où ils tirent cette règle ; car, si cela était vrai, on ne pourrait absolument rien savoir ; en effet, si nous ne connaissons pleinement une chose qu'à Taide d'une définition par le genre et la différence, nous ne pourrons jamais connaître parfaitement le genre le plus élevé, puisqu'il n'a aucun genre audessus de lui ; mais si nous ne pouvons pas connaître le genre suprême, qui est la cause de la connaissance de toutes les autres choses, encore moins pourronsnous connaître et comprendre ces choses, qui ne sont expliquées que par la première.

Mais, puisque nous sommes libres ôt nullement liés à leurs opinions, établissons par la vraie logique d'autres règles de la définition, conformément & la distinction que nous faisons dans la nature.

Nous avons vu que les attributs (ou, comme d'autres les appellent, les substances) sont des choses, ou,

DES PROPRlÉféiJ OÛ! N'AP^ARTlfcîtltÊNT PAS A DIEU it

pour parler plus exactement, sont un seul être qui existe par lui-même et par conséquent ne peut être connu que par lui-même. Pour les autres choses, nous voyons qu'elles ne sont que des modes de ces attributs, sans lesquels elles ne peuvent ni exister ni être comprises. Les définitions doivent donc être de deux sortes d'espèce :

1*^ Les définitions des attributs qui appartiennent à un être subsistant Ipai* lui-tîiêmê, lëâquèlâ h*ônt besoin du concept d'aucun geni*e, tii de qiiôt (Juô Ôô soit, car puisqu'Us sont les attributs d^Uti etfê subâtâtant par lui-même, ils sont aussi connus t>str ëdxmêmes.

2^ Les définitions dès autres chosèâ (}Ui lie àiibàlâ» tent pas par elles-mêmes, mais seulement par lôâ attributs dont elles sont les modes et pàf ledqiiôli elles peuvent êtres compriàesi côidiime par fëUtâ genres.

En voilà assez sur leur théorie de là défihitiôfi.

Pour le second point, à savoir qiiê Keii ttè peut être connu par nous d'une manière adéquate, il y a

été suffisamment répondu par Ddseàrtéë dans ses

Réponses aux ohjècUùné Qui côtlCerilëfit pfêciàénlëllt cette question.

Enfin, quant au troisième points qUe Dieu ne peui être prouvé à priori, noud y àVdnd déjà répondu (ch. t*^) : car, puisque Dieu eât ôàUBe de lui-mèmâ, il suffit de le prouver par lui-même ; M une telle preuve est beaucoup plus rigoureuBe qud la preuve à poêtê^ riori qUi n^st liêu d*ordinàirè que par le moyéu A«ê causes extérieures.

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