Mémoirei du cardinal Gonsalvi, 1. 1, p. 408. Sq
en France. Nous Favons déjà dit : la France était revenue à ses habitudes religieuses aussitôt après la persécution. Au moment où le Concordat fut signé, les évoques et les prêtres constitutionnels étaient réunis à Notre-Dame. C'était le second con c3e de cette Église, qui se qualifiait d'Église nationale de France; le premier avait eu lieu également à Notre-Dame, en 4797. Pendant ce premier concile, Lecoz, évéque d'Ille-et-Yilaine, put déclarer du haut de la chaire que le culte était publiquement exercé, depuis deux ans, dans plus de 40000 com munes. On lit une déclaration analogue dans les Annales de la Religion, à la date du 3 juin 1797i. Outre les évoques et les prêtres constitutionnels, beaucoup de réfractaires étaient rentrés après la chute de Robespierre. Il y avait eu, sous le Directoire, une pei*sécution nouvelle; mais on respirait, depuis 1795; on pouvait se montrer. Il est si vrai que les réfractaires étaient rentrés en grand nombre que les anciennes luttes avaient recommencé, et que les deux Églises se disputaient de nouveau les fidèles, comme aux premiers jours du schisme. 11 y avait même, à côté des curés constitu-
i. Cf. D*Ilaus80nville, VÉgliie romaine et le premier empire, t I,p. 416.
iionnels, et des anciens curés revenus dans leurs paroisses, des prêtres errants, qui n'obéissaient ni à l'ancien évèque ni au nouveau, et qui étaient un sujet de scandale pour les deux partis ^
Ce titre pompeux de restaurateur des autels, si complaisamment attribué à l'empereur par se^ apologistes, ne lui appartient donc qu'à demi Le pape et la cour de Rome furent réduits à exagérer ses services pour excuser et expliquer leurs concessions. Mais s'il ne relevait pas les autels, il avait le pouvoir de les renverser; et il ne cessa, pendant tout le cours des négociations, d'en menacer Gonsalvi' et Caprara. S'il avait embrassé la cause du schisme, l'Église était déchirée, peut-être pour des siècles.
Enfin, Bonaparte pouvait et voulait doter le clergé qui était aux abois. Un grand nombre d'évêques et de prêtres ne purent assister aux conciles, faute d'argent pour faire le voyage. Les fidèles
i. Le concile national s'en plaint amèrement dans la seconde
/ lettre synodique aux pasteurs et aux fidèles. • Des prêtres, obligés,
y par état, à connaître les canons et à les observer, osent, en les
enfreignant, faire un trafic honteux du ministère saint qui leur / Alt confié. Gourant de ville en ville, de hameau en hameau, vils
mercenaires, ils osent mettre à prix leurs sublimes fonotions, etc.» 2. Mémoire$ du cardinal Gomalvi, 1. 1, p. 825-699. — D*Haussonville, loc. cit., U I, p. 100-599; p. 191-599.
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étaient épuisés, dans ce temps de misère générale. L'Église avait un besoin urgent d'obtenir une subvention et de recouvrer Tusage des édifices anciennement consacrés au culte. Bonaparte connaissait les appréhensions et les désirs du pape et de son légat. Il leur fit peur et largesse; c'est dire qu'il les traita comme il traitait le reste du monde. Il employa, pour les amener i ses fins, la violence et la ruse.
Il injuiia publiquement le ministre du pape, Gon^ salvi. Il brutalisa le l^at Caprara. Il donna cinq jours au pape pour obéir. Il dit aux légats: c II faut signer sur Theure, ou rcmipre. Vous ne pouvez vous passer de moi ; je n'ai nul besoin de vous. > Il fit entendre au pape qu'il lui laisserait les Légations, quoiqu'il fût résolu A le dépouiller. 11 alla jusqu'à substituer un texte k un autre, au moment de la signature.
D'autre part, c'était un grand point pour l'Église catbolique d'être officiellement reconnue, et de feire tomber ainsi les lois de proscription, qui n'étaient pas toutes abrogées, quoiqu'on eût la sagesse de ne pas les appliquer. Elle obtenait aussi, dans ses grands et pressants besoins, une subvention, qui fut d'abord très restrehite, puisqu'elle n'altei-
fOO DIEU, PATRIE, LIBERTt.
gnait pas deux millions de dotation annuelle, mais qui, malgré sa modicité, consacrait le principe, et dont on espérait, ayec raison, le prochain etrapide accroissement. D'ailleurs, les pensions votées parla Constituante pour les religieux et les titulaires dépossédés d'anciens bénéfices, ou n'étaient plus payées ou l'étaient très irrégulièrement. Les sommes commencèrent à couler avec ponctualité à partir de 1803. Elles s'élevaient encore, malgré les extinctions, à S3 millions de francs, ce qui portait à 25 millions le budget des cultes. Enfin très peu d'églises avaient été aliénées ; elles furent rendues, avec les presbytères et d'autres maisons, qui donnèrent de grandes facilités pour la reconstitution du clergé. Le gouvernement était obligé, par l'article 14, d'assurer un traitement convenable aux évoques et aux curés. Il s'engageait, par l'article 15, i prendre des mesures c pour que les catholiques français pussent, s'ils le voulaient, faire en faveur des églises, des fondations >. C'était Tavenir. Avec cela, et le souvenir de Henri VIII d'Angleterre ramené à propos s Bonaparte se flattait d'èlre maître de la cour de Rome.
vi *• ^^oirei du Cardinal Gansalvi, L I, p. 364.
Il semblait bien qu'il pût y compter, après le ti'iomphe qu'il avait obtenu au sujet des constitutionnels, et surtout après le sacre. Il pensait que le pape, ayant été jusque-là, ne lui refuserait plus rien. Il oubliait que le pape tenait tout autant que lui à finir le schisme ; qte la différence entre eux était surtout dans la façon ; que lui, premier consul, voulait finir le schisme à sa manière, par un coup d'autorité, et le pape, à la sienne, par le repentir des coupables suivi d'une absolution. La réconciliation entre les assermentés et les insermentés, si cela peut s'appeler une réconciliation, fut telle^ ment difficile que trente-quatre anciens évèques signèrent la protestation rédigée par l'évèque de Boulogne. Ainsi le pape avait été, du premier coup, jusqu'à l'extrême limite de sa puissance. Il ne céda dans la suite qu'à la force (25 janvier 1813), et pour se rétracter immédiatement sur l'avis unanime des cardinaux. Ses concessions réitér^^s firent illusion à l'empereur, qui, n'étant pas théologien, n'apercevait pas le moment où viendrait le : non possumus.
Pendant les premières années du r^ue, et jusqu'au divorce, l'obéissance était ou paraissait complète; le langage était enthousiaste. Comme à
t02 DIEU, PATRIE, LIBERTÉ.
Louis XlV après la révocatioa de l'édit de Nantes, OB lai prodiguait les noms de nouveau Constantin et de nouveau Gharlemagne. Le fameux catéchisme, qui mettait la fidélité à l'empereur et à sa dynastie au nombre des vertus chrétiennes, avait paru avec Tapprobation du cardinal-légat ^ Il se croyait maâtre de son clergé comme de sa police, lorsqu'il se heurta tout à coup à une opposition passive et invincible. Il apprenait à ses dépens que r%lise dispute tout et finit par tout accorder, hormis ce qu'elle juge contraire à la foi, mais que, sur la fol, elle ne consent ni à reculeri ni à se taire. Airaché à son palais du Vatican, prisonnier à Fontainebleau, le pape restait aussi puissant, et devenait plus redoutable. Le pape, dépossédé de sa souveraineté temporelle, traîné en exil, emprisonné, les cardinaux dépouillés de leiu*s honneurs et de leurs revenus, les évâques contraints d'accepter des schismatiques pour collègues dans l'épiscopat, se ven-
1» Ua pau&5e à noter, die r^pprobation du cardiaal Gaprara« t Gum Gallorum imperator, Itali» rex, Napoleo I, non solum tfbstacula quœque prorsus removere sibi proposuerit, sed etiam, ut singularis eommunUque catechismus detur atque tradatur, jflagranter exoptet atque studeat; cumque catechismus, ex illustrit potisnmum Jieldetais epUcopi lacohi Benipni Bossuet^. de^ prampUUt nebU nupar oblatus sit.^ •
LA RÉVOLUTION. lOS
gèrent, après la chute de Napoléon, de la résignation forcée, des outrages subis.
YIL ^ LA mESTAU&ATIOir
Sous TËmpire, rien n'avait manqué, en France, à rÉglise et aux princes de l'Église, que la liberté et Tautorité politique. Ils entrèrent dans le gouvernement avec la Restauration. La royauté et le clergé avaient été ensemble vaincus et proscrits; ils revenaient, ils triomphaient, ils régnaient ensemble, confondant leurs intérêts et leurs destinées, au grand préjudice de l'État, qui oubliait les anciennes traditions de la monarchie, et de l'Eglise, qui n'est si forte que parce qu'elle se déclare éternelle. Le roi, n'était plus un maître qui exige durement et paie généreusement l'obéissance; c'était un croyant, un fidèle, demandant bénédiction et protection. Le clergé ne vit pas à quel point, en acceptant l'influence politique qui s'offrait, il diminuait et compromettait son autorité apirituelle. Il s'abaissait au rang de parti politique. Il fut.attaqué pendant toute la Restauration commo parti politique, et renversé comme tel en 4830, avec le pouvoir auquel il s'était si étroite-
ment lié, et qu'il avait voulu servir en le dominant.
Le point le plus saillant de l'histoire des idées religieuses pendant la Restauration, ce n'est ni le concordat de 1817, ni le triomphe de la congrégation et des jésuites, ni la chute des jésuites sous le ministère Martignac ; c'est la dénonciation lancée par le comte de Montlosier contre les jésuites. Cet épisode célèbre montre à la fois les progrès apparents accomplis par les jésuites, Tintensité de la haine dont ils étaient l'objet, et la dif&culléi dans an pays si longtemps soumis au régime des religions d'État, de comprendre la liberté de conscience.
Si M. de Montlosier n'avait pas été un catholique très orthodoxe, et un royaliste, son mémoire n'aurait pas au même degré passionné l'opinion publique. Tous les jours on attaquait les jésuites, avec autant d'éloquence, sinon avec autant de courage et de ténacité. Cette fois, l'attaque ne venait pas d'un fils de Voltaire, d'un républicain ou d'un libéral. Tout le monde savait que M. de Montlosier avait émigré. Ce qu'on connaissait moins, c'est la lettre qu'il écrivit en 1790, pour protester contre la décision de l'Assemblée qui avait refuse à la religion catholique le titre de religion d'État. M. Bardoux s'est contenté de l'analyser, dans
son curieux ouvrage sur le comte de Montlosier. En voici textuellement le passage principal ; on y trouvera plus de bizarrerie que de force : c La destruction de la religion catholique, que ses ennemis trouvent déjà si dispendieuse et à laquelle ils ont formé le projet de substituer les religions protestante, juive, ou peut-être la négation de toute religion; cette destruction, dis-je, ne pourrait certainement avoir lieu sans des guerres terribles, une confusion, un bouleversement général de la nation entière. C'est pourquoi tout bon citoyen a dû s'élever contre un décret qui, en refusant à la religion catholique une prééminence dont elle est en possession depuis tant de siècles, tend par là-mëme à exciter Tespérance de tous les autres cultes, à raviver des ambitions et des haines encore mal éteintes, à mettre en conséquence le feu et le désordre dans tout le royaume ^ »
Ainsi ce nouvel adversaire des jésuites n'était pas seulement un royaliste, un gentilhomme, un émigré ; c'était un catholique, et un partisan déclaré de la doctrine des religions d'État. Tout lo parti libéral se félicita d'avoir une pareille recrue, dans sa lutte contre les jésuites. Il admit pour vrais