‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 13 sur 61 · Collection ecclésiastique de Barruel, t. XIV, p · texte numérisé non relu

Collection ecclésiastique de Barruel, t. XIV, p

tous les faits exposés dans la dénonciation, et mil tous ses soins à prouver, de concert avec M. de U ontlosiery que ce pouvoir occulte faussait, anéantissait la charte constitutionnelle. Il était évidemment dans son droit; et, de plus, il avait maison, avec M. de Montlosier, contre les Jésuites. Peut-être y avait-il de l'exagération; il y en a toujours dans les controverses, mais il y avait un fond de vérité considérable, et suffisant pour éveiller l'attention du monde politique. Tout aurait été au mieux, si on s'était borné à discuter, ou à provoquer les explications du gouvernement sur sa propre conduite. Ce n'est pas ce que fit M. de Montlosier. Il demanda des proscriptions. Il provoqua l'application de lois contraires à la liberté ; et le$i libéraux crurent qu'ils faisaient acte de libéralisme en s'associant à lui pour faire revivre des lois antilibérales. La politique de la haine l'emportait une fois de plus sur la politique philosophique.

Il y eut pourtant quelques protestations isolées, qui nous donnent le droit de dire qu'il restait heureusement trois ou quatre libéraux en France à cette époque. M. Yictor Guichard, M. Isambert, M. Dupont de Bussac déclarèrent, au nom de la liberté, que les congréganistes et les jésuites devaient

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avoir pleine licence de combattre la liberté. Ils demandaient seulement, eux libres penseurs, à jouir des mêmes droits qui seraient accordés à leurs adversaires, voulant, en cette matière, comme en toute autre, devoir le succès à la raison, à la persuasion, à la vérité, jamais à la force. C'était le langage du bon sens et de la vérité.

Le plus ferme et le plus net dans cette voie fut M. Dubois de la Loire-Inférieure, qui dirigeait le Ghbej et en avait fait, en quelques mois, un organe accrédité et respecté delà politique philosophique.

€ Nous tenons pour vrais tous les faits révélés par M. de Montlosier, disait le Globe. II en conclut que la France est en péril. Nous en concluons seulement que le pouvoir officiel obéit aujourd'hui au clergé, au lieu d'obéir, conune il le faisait hier, à la noblesse. La nation est plus forte que toutes les coteries. H. de Montlosier a vu les clubs au commencement de la Révolution ; et il sait que leurs opinions,' d'abord modérées, sont rapidement devenues atroces, et que leur influence a pris en même temps de telles proportions qu'ils ont imposé leur volonté à la Convention et i la nation. Les clubs étaient tout-puissants parce qu'ils soufflaient la vengeance à une nation tout enflammée de haine. Quant

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à une faction décriée qui voudrait, par des intrigues de cour et de sacristie, nous soumettre à son joug ridicule, il suffit de la signaler. M. de Montlosier pouvait s'en tenir là. Laissons les arrêts de parlements dormii* dans les greffes de nos tribunaux, ainsi que toutes ces lois de colère portées dans la Révolution et sous l'Empire contre les associations de citoyens. Les amis de la liberté et de la discussion ont mauvaise grâce, toutes les fois qu'ils répondent aux arguments par la censure et aux ergoteurs par la prison.

) Les jésuites sont hommes et citoyens comme nous, l'ultramontanisme est une opinion comme le gallicanisme, le protestantisme, le déisme, ou toute autre. Le droit de s'associer pour le triomphe de cette doctrine est inviolable. On dit qu'ils vont enseigner à nos enfants la haine de la liberté ; qu'ils détruiront l'unité morale de la France ; qu'il y aura deux France. Ce sont des sophismes pitoyables et des craintes ridicules. La liberté d'enseignement est de droit naturel. Nous la réclamons pour la libre propagation des doctrines philosophiques; nous n'aurons pas l'infamie de la refuser à nos ennemis. La magistrature n'a point de rôle à prendre dans des querelles de science et de propagation de

.principes : elle n'est juge que des actes. Si de vieilles lois blessent ces prérogatives sacrées, elles . ont été abolies par les constitutions républicaines, par la Charte I II serait beau de voir ceux qui ont proclamé les droits de Tbomme, qui ont versé leur sang pour la liberté et l'égalité, qui ont détruit tout ce qu'avait fait l'ancien régime, et quelquefois le bien avec le mal, aller chercher dans l'arsenal de la monarchie absolue les lois les plus dures pour réduire leurs ennemis au silence , pour les disperser, pour les chasser t Ce serait une balle démonstration de la puissance de leurs doctrines, et de leur foi dans la liberté I i

Mais la France n'entendait pas encore ce langage. C'est le langage de la raison, que la passion n'écoute jamais. La France qui ne Tentendaif pas en 1826, l'entendra-t-elle aujourd'hui?

Le début du règne de Louis-Philippe fut signalé par deux actes de violence, qui sont loin de se ressembler : l'un, de violence brutale, le sac de l'Archevêché; l'autre de violence morale, le procès fait à l'école libre. On pouvait craindre, par ce commencement, une exaspération des haines religieuses, que la sagesse du ror et de son gouvernemâAt arrêta. Le roi et son gouvernement peu-

sèrent jusqu'à la fin qu'il faut évir^er les querelles religieuses, si on le peut, et quand, par malheur,^ elles se produisent, ne rien négliger pour les assoupir. M. Guizot disait môme que, dans ces matières, le parti qui commence est toujours celui qui finit par succomber. L'agitation des premières années qui suivirent la révolution de Juillet s'explique par le rôle politique du clergé sous Charles X, et par l'exaspération de la lutte. Le sac de rArchevèché est un acte de barbarie quHl ne faut pas imputer au parti libéral. Il serait aussi juste d'imputer au gouvernement de Juillet l'émeute du cloître Saint- Merry, ou à la république de 1848 led journées de Juin, ou, à celle dei87i, la Commune. Le procès de l'école libre est tout autre chose ; il mérite une attention particulière ; c'est le premier grand acte par lequel des catholiques de grande importance et de grande valeur se soient rattachés aux doctrines de la liberté. Pour trouver un analogue, il faut l'aller chercher dans le camp le plus opposé, dans la conduite tenue par le journal le Globe quelques années auparavant, à propos du comte de Montlosier et de son mémoire contre les Jésuites et le parti-prêtre.

La Révolution française s'est faite au nom de la

LA RÉVOLUTION. lit

liberté. H est naturel à l'homme d'aimer la libellé ; mais il faut croire que rien ne lui est plus difficile que de la comprendre, car nous le voyons presque, toujours la chercher où elle n'est pas. Quand il se lève pour revendiquer ses droits, il marche avec fureur contre l'ennemi qui l'en privait; il s'acharne contre lui; des deux sentiments qui l'animent, l'amour de la liberté et l'amour de la vengeance, le second est, sans comparaison, le plus fort et le plus persistant. U dure longtemps après la victoire, sans perdre de son énergie, tandis que l'amour de la liberté change de caractère aussitôt que la lutte est finie. Le vainqueur, en possession de la liberté, ne peut plus l'aimer que d'un amour philosophique et philanthropique : au contraire, plus la lutte a été rude, et plus il demeure animé contre le vaincu. U ne croit jamais l'avoir asset terrassé, et il le frappe encore quand il est à terre en partie par un ressentiment aveugle, et en partie pour prévenir un retour offensif de sa part. Si on essaie alors de lui rappeler que la hberté n'est la propriété de personne, qu'elle n'est un droit» qu'elle n'est le droit, que parce qu'elle appartient également à tous les hommes, et aussi bien aux vaincus qu'aux vainqueurs, il n'a ni assez de sang-

froid ni assez d'impartialité, ni les vues assez hautes pour comprendre un pareil langage : non seulement il le rejette le plus souvent comme une siib* tilité métaphysique; mais il le traite d'enfantil* lage et de duperie ; il le condamne comme contraire à la saine politique ; il se trouverait aussi ridicule en l'acceptant, qu'un général d'armée qui, sur le champ de bataille où il vient de triompher, n'aurait rien déplus pressé que de raUierles régiments ennemis et de leur distribuer des armes, c Ce n'est pas là, dit-il d'un air de triomphe, ce que fait le général, quand il est habile. Son premier soin est de se fortifier dans la position conquise, ou de continuer son mouvement pour tirer du succès obtenu tout le profit qu'il comporte. De même dans les luttes civiles; le parti qui l'emporte doit prendre immédiatement la place dont il a délogé son adversaire, et, tout aussitôt, employer contre lai les armes dont il a expérimenté la force à ses dépens. » Voilà la tactique qu'on nous conseille, el qui n'est propre qu'à éterniser les batailles. Avec un tel système, les armes ne font que passer d'une main dans une autre; le pouvoir ne change que de drapeau, il ne change pas de caractère. Les bellî*^ gérants ont beau prononcer de belles harangues :

ils se battent plutôt pour des intérêts que pour des principes» Vous en Youlez la preuve? Prenez toute rhistoire. Voyez particulièrement l'histoire de notre Révolution, telle que nous venons de la résumer en quelques pages. C'est certainement, au début, la liberté qui part en guerre contre le despotisme; mais comptez ses étapes. La première, c'est la Terreur; la seconde, c'est TEmpire. contradictions humaines ! On se bat pour la liberté, et on livre le pays à Robespierre et à Napoléon.

Quoi ! vous passez d'un maître à un autre; d'un maître bienveillant à un mattre impitoyable ; celuici est incomparablement plus puissant que celuilà; il est tout-puissant; il n'est gêné ni par des institutions séculaires, ni par des formalités, ni par des traditions ; il ne respecte ni le foyer, ni la fortune, ni la vie des citoyens 1 et vous croyez avoir travaillé pour la liberté en travaillant à établir sa dictature ? C'est, dites-vous, que le premier maître invoquait la chimère du droit divin ; il héritait de nous, comme d'un troupeau ; tandis que le dictateur est l'un de nous, élevé par ^oi% sur nos épaules. Il est le représentant, la consécration et la force de la volonté nationale, et du droit par conséquent. Erreur I II n'en est que l'absorption.

lU DIEU, PATRIE» LIBERTÉ.

Il faut mettre la volonté nationale au-dessus de tout, mais non pas au-dessus de la raison, qui veut que l'homme soit libre. Avec votre système de parties et revanches, s'il se continuait, vous ne feriez jamais faire un pas à la liberté. Vous n'aboutiriez qu'à remplacer un despotisme par un autre, ou plutôt, car ce serait toujours le même despotisme, un despote par un autre. De temps â autre, le despote régnant s'arrogerait le titre de libéral. La conquête d'un motl Une belle conquête, en vérité, et bien digne qu'on y marche à travers le sang! Non, non; n'appelez pas progrès un simple changement de servitude.

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