III. — > I.E8 EMBLÈMES RELIGIEUX
La guerre faite aux emblèmes religieux est l'application exagérée de la doctrine de la morale indépendante. Autre chose est de dire que la morale est indépendante des cultes positifs, autre chose de dire qu'elle est indépendante de Dieu. Autre chose encore de soutenir que, pour les philosophes, la morale peut être exclusivement appuyée
sur ridée de la justice, ou de prétendre que la foule immense est en état de comprendre cette déduction et n'établit pas un lien nécessaire entre l'idée de la justice et Tidée de Dieu. Mais on n'a nul souci des croyances de l'humanité, et on les sacrifie aux opinions d'un très petit nombre d'incrédules 9 parmi lesquels on n'en citerait pas quatre qui aient assez étudié la philosophie pour avoir le droit d'en parler. On a donc ôté des prétoires tous les emblèmes religieux. On les a ôtés ou on va les ôter des hôpitaux, où ils repré* sentaient la consolation et l'espérance. On les blera des écoles^ partout où cette suppression paraîtra opportune aux autorités locales. Assurément, le nombre des pères qui ont horreur de toute religion et de toute croyance est fort restreint ; le nombre des mères Test encore plus. Sur cent écoles, il n'y en a peut-être pas plus d'une qui renferme un jeune athée, fils de père et de mère athées. Mais, s'il n'y est pas, il pourrait y être, à la grande rigueur, et on espère qu'il y sera bientôt, grâce à la propagande qu'on se propose de faire. Pour cette famille athée, qui probablement n'existe pas, on va supprimer des emblèmes que des milliers de familles adoraient ou réclamaient.
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L'ARMÉE DE RÉSERVE. Ml
Ce n'est pas tout. Il y a, chose affligeante et regrettable, des emblèmes religieux jusque dans la rue. Il est avéré qu'il y avait, à Béziers, sur la place Saint-Félix, une statue de la Vierge, et, sur une autre place, au sommet de la colline, une statue monumentale de la Vierge immaculée. Le maire, par courtoisie, a d'abord conseillé au curé de supprimer la statue de pierre et la statue de bronze, ajoutant que, si l'autorité religieuse ne le faisait pas de bonne grâce, dans un délai déterminé, Tautorité municipale s'en chargerait. Le curé et la fabrique n'ont pas branlé. Le maire et son conseil ont alors pris une somme dans le trésor de la ville, pour la débarrasser de ces dangereux et séditieux emblèmes. C'est une dépense municipale bien justifiée. On se demande si cet exemple sera suivi dans quelques-unes de nos vieilles provinces. En Bretagne, par exemple, dans le Morbihan, on trouve des calvaires, des croix et des vierges de tous côtés ; les paysans ne les verraient pas enlever sans un ressentiment profond. Ils disent que c'est leur propriété, leur croix, leur patrie. Ils n'obligent pas les autres à en ériger; ils demandent à garder celles qu'ils ont chez eux, et même à les saluer au coin de la route.
fOS DIEU, PATAIS, LIBEILTÉ.
Il y a d'autres croix que ces croix isolées : ce sont celles qm surmontent les églises. Les croix placées à rinléiieur ne blessent sans doute peiv sonne, car les athées, les mahométans et les juifs n'ont pas coutume d'assister aux offices; mais une église surmontée d'une croix, et même Ja façade d'une église, sont des objets aussi fâcheux pour un athée ^ue les Vierges de Bésiers. A Paris^ dos hauteurs du Trocadéro, vous vcfjez dè$ clochers de tous les côtés; vous voyez la croix du Panthéon planant dans les airs. La GornSHme de Paris, l'ancienne, s'était émue de ce spectacle, peu conforme à l'égalité, disait--on alors; peu cour forme, dirait-on à présent, à la neutralité. Quel* que étrange que cela puisse paraître, il y a déjà eu des déclamations contre les clocherfiL Sans doute on s'arrêtera en chemin; on se contentera pour cette fois de supprimer des ^calvaires et des crucifix. Mais prenez garde à ces fiiots : On s'arrêtera en chemin I C'est avec œs trois mots qu'on a, en tout temps, rendu possibkus^ toutes les sottises. OU: ne cessait de les réjpéler enl7Ô2.
Mais il faut passer plus rapidemesl en revue tous les voisins du respectueux ministre, qm' ^e
L*ARH£K de RÊSERVK. 263
propose avec tant de courage de défendre les intérêts de la religion.
Proposition de détruire Téglise du Sacré-Cœur de Montmartre ' présentée par M. Delattre et quarantesix de ses collègues, parmi lesquels nous trouTons un ministre des travaux publics, un ministre dé rinstniction publique, un préfet de la Seine ; proposition de loi de MM. Lefebvre (Seine-et-Marne), Bouvier-Lapierre, etc. *, ayant pour but d'ôter aux fabriques et aux consistoires le monopole des inhumations; proposition de M. Jules Roche ^ tendant à la démolition de la chapelle expiatoire de la ràe d'Anjou. « Un gouvernement républicain et national ne peut laisser subsister le monument élevé par Louis XYIII pour fa\re expier à la France, comme un crimes un acte de justice. > Propo* sition de loi du même M. Jules Roche* portant suppression des archevêchés et des nombreux évéchés établis en dehors du Concordat; proposition de M. Charles Boysset' portant suppres* sion des facultés de théologie catholique; prp-