I. M. Zétort, inspecteur de rAcadémie de Paris
8. La loi fur l'enseignement primaire obligatoire a été présentée par M. Ferry, le 20 janyier 1880, adoptée par la Chambre des députés le 24 décembre, votée avec modifications par le Sénat le 12 juillet 1881, représentée dès le 19 à la Chambre des députés, ?otée de nouveau par elle le 25 juillet, avec de nouvelles modifications, représentée le lendemain au Sénat, qui Ta votée définitivement.
Ml DIEU» PÀTRIK, LlbERTS.
cours de morale dans les écoles ; t|ttê les instituteurs réunis en congrès avaient été les pi^emiéfîs à exprimer cette résolution. « Quand M. lé ministre a cité cette opinion en s'y ralliâAt lui^méifie, f ai pris à plusieurs repriîses la liberté d'eïprimer loul haut mon approbaiîon, je pourrais presque dire mes remerciements. Gela ne signifie pas que M. le ministre, les ioslUuteurfi ou mol-mètae, ttoûs pensions quMl soît possible de former des hommes sans leur eâseigner d*uné certaine ftiçon fft morale. Mais il fkut mesurer chaque enseigttemeiil ft rflge et à la fbrce des esprits ; et, quand on s' adrtàSse à de très jeunes enftmts, renseignement moral q&*m leur donne doit être exactement le même que eeiui qu'Hs reçoivent, au foyer domestique, de leur père ou de leur mère... (Marques (TàpptobàtimêûfUn gttiwA mmhrè tfe bants.)..x qui jâmal* tf auront ridée de leur parler de k doctrine de Kant, fti d* celle de Speneer, ni de qu^es autres qfUH^n a bien voulu citer, et dont les noms mériteot A peiae d'être rapportés â côté de ceux-là * . »
1. Sétinbe du f JdM 1SS1. i — If . /nids fetry. Le Uvrè Jle M. HwIteH Bpenéelr, i}ul a potir point de départ la 8ali8racti0tt,rilitérét, la morale du plaisir, comme on voudra, arrive put* une évolution logi(}Ue 4Ui est admirable, à des conclusions kl»soluitieSt identiques à celles de la morale de Kant, à celles de la morale dd
L*ËGOLE NEUTRE. 363
M . Jules Simon déclarait ensuite qu'M sa qualité de vieil universitaire il s'associait complètement) de eœut et d'esprit^ aux protestations du ministre contre les accusations d'athéisme* t On ne verra jamais dans notre Université cette école sans Dieu dont on nouB menace. Gela ne se peut pas... » Mais tout en disant, tout en croyant que l'athéisme n'envahirait jamais l'Université, il avouait combien cette attaque, souvent répétée, était dangereuse et meurtrière pour elle. Il montrait combien il était urgent, pour son intérêt, pour son honneur, de couper court à de telles accusations par un acte décisif, f Vous êtes un ministre^ disait-il à M. Ferry. Vous ne pouve» répondre que de l'heure présente. Il y a des hommes, devant vous, à côté de vous, qui ne professent pas le même respect pour la morale éternelle et les principes spirilualistes. Nous entendons des discours; des interruptions, souvent plus spontanées et plus significatives que des discours ; nous lisons des articles, nous Voyons des actes, nous assistons â des spectacles... {Vive upptobation à droite et au centre,) 5^ ne dis pas, Dieu m'en garde, » que VOUS soyez homme à pousser l'Université dan«
M. Jules Simon. — M. de Parieu. Les enfants ne comprendront
. pas la théorie de révolution I >
le mal ; je ne parle pas de vous en particulier, ni même de notre parti républicain tel qu'il existe dans le parlement et à la tète des affaires. Je crois, je sais que, dans son immense majorité, il est incapable de commettre ces lourdes fautes. Mais le soupçon même m'offense pour la République ; je ne puis le tolérer pour elle; je désire ardemment de l'en préserver, pour son intérêt, pour son honneur, pour l'intérêt et pour l'honneur du pays.
» Je crois qu'il dépend de nous de rendre même l'accusation impossible. {Très bien ! à droite et au
centre.)
> Vous ne voulez pas des mots: morale religieuse, qu'on vous propose? Vous les trouvez équivoques? Moi aussi, au moins dans une loi. Ce n'est pas un bon langage législatif. Vous disiez avec raison qu'ils peuvent ne pas être équivoques dans un programme, parce qu'ils se trouvent expliqués par ces mots de morale individuelle et de morale sociale qu'on trouve à côté. Dans une loi, au contraire, on se demande s'il s'agit d'une religion positive, ou de la religion naturelle, ou du sentiment
religieux; si la morale religieuse n'est pas la négation de toute morale philosophique. Soit! ces mots ne valent rien, je vous l'accorde, je le dis avec
VOUS. Mais tout à l'heure^ vous vous défendiez, ou plutôt vous nous défendiez avec indignation du reproche d'athéisme. Le mot de Dieu ne vous fait pas peur, assurément. ^ -
3 Eh bien, pourquoi ne pas le mettre lui-même dans la loi ? (Très bien I très bien!) Au lieu de dire : Il y aura un enseignement de morale religieuse ou un enseignement de morale sans épithète, parlez haut et clair, dites : les maîtres enseigneront à leurs élèves leurs devoirs envers Dieu et envers la patrie I (Applaudissements prolongés à droite et au centre.) - » n n'y a pas un maître en France, sachez-le bien» il n'y a pas un de mes chers collègues les maîtres d'école de villages et de hameaux qui ne soit prêt à applaudir à cette déclaration et à s'y conformer. Et quand vous l'aurez mise dans la loi, il n'y aura pas un ennemi, pas un ami de la République qui ne sache que nous ne faisons pas cause commune avec les matérialistes et les athées, et que, si nous aimons la République, c'est parce que nous aimons la morale et la liberté, que nous n'en séparerons jamais I » (Applaudissements répétés à droite et au centre. — L'orateur , en retournant à sa place^ reçoit les félicitations d'un grand nombre de ses collègues.)
'iM DIEU, PATRIE. LIBEaiE.
L'amendement fut pris en coaaidéralioB, Il était conçu en ees termes :
c Les maîtres enseigneront à leurs élèves leurs
devoirs envers Dieu et envers la patrie. >
h^ Journal officiel constate qu'aussitôt aprèa la lecture de Tamendemeuty quelques sénateurs appartenant à la gauche s'éerièrent : t II s'y a plus de morale! b Deux jours après, le 4juiUety lerap* porteur vint déclarer que la commission ne Tae^ ceptait pas. Elle le trouvait inutile, équivoque et même dangereux. Le président du conseil monta ensuite à la tribune pour répéter les mêmes ohose». Il affirma que ces mots ; devoirs envers Dieu, étaient incompréhensibles, qu'il était inutile de les mettre dans la loi, puisque, d'accord avec M. Ribière, il promettait qu'on enseignerait l'existence de Dieu dans les écoles ; et que cette addition des devoirs envers Dieu serait très dangereuse, paroe qu^elle transformerait les maîtres d'école en professeurs de religion.^ Aucune de ces raisons ne se soutenait et elles se fournaient les unes contre les autres ; mais les amis de M. Ferry, qui n'étaient pas obligés de savoir que Malebranche et Desoartes étaient de grands chrétiens, étaient ravis d'entendre le ministre demander quel était donc ce Dieu dont on
L'KGÛLË NEUTRE. 361
parlât, fit » c'était eelpi deig chrétieqs, pu celui de Descartes et de Malebranche ? Le vrai danger pQur le paiiiisitr^t il im^ bif^ Ift ()ire, était (l'accepter un ainc^ndeo^Wt que h m^îorité de l^ Chmbre dea députéa F^pou^seraU, Apris une réplique de M, Juleâ SîmoAi le S^at vçta l'amendemeat i une grande mf^i^fité.
Mt Julo9 ^imon %,mi nei\xm&ù\ i^i^pliq«é, dans ioii disaours» \m «^otifi de «a conduite : c Youg $^vea très bien dit» M. Id mi^iitre, que c'était uue raison politique qui me poussait à demander qu'on proAOUQlt le nom de Dieu dan» la loi. Je l'avais déelaré moi-iqftme. C'est la vérité I Oui, je l'ai dit; perstnne na nous aecuae et ne noua aocusara jamais da ne pas anseigner dana nos éooles laa devoirs de rhomma anvars aea aemblablea; mais est^l vrai, oui ou non, qu'on nous accuse quel^ quefois de ne paa enseigner les devoirs envers Didu? Eh bieni nous voulons qu'au nom de la loi» par l'autorité de la loi, le nom de Dieu soit prononcé dans les écoles, qu'il y soit pro-r nonaé fréquemment, avec un profond respect, et mMé ^ tout l'enseignement.
» Vous le voulez aussi, je pense? Ou bien dols-je croire que vous l'interdisez t ' si vous le vou«
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lez, dites-le ! {Trè$ bien! très bien! à droite et au
centre.)
> J'entends bien que vous avez on élan de fierté, et que vous dites : c Je ne veux pas même être suspecté i > Je ne triompherai pas du discours que vous venez de prononcer : il est contre renseignement des devoirs envers Dieu; mais ce n'est qu'un discours, qui a trompé votre pensée, n n'exprime ni ce que vous voulez, ni ce que vous faites. Cependant votre discours est déjà quelque chose; et quand vous le prononcez, est-ce que que je ne peux pas craindre que des inspecteurs et des recteurs ne tiennent ce langage : c A présent que l'école est neutre, gardez-vous de parler de Dieu, d'enseigner les devoirs envers Dieu. >
1 N'ai-je pas le droit de le craindre? Je ne le crains pas de vous. Je ne veux pas le craindre de vos collaborateurs. Mais je me demande si tout le monde aura confiance comme moi dans le corps universitaire. Et, au nom du corps universitaire, je veux rejeter loin de lui cette hypothèse redoutable, et s'il faut dire toute ma pensée, déshonorante. Je le veux comme universitaire; je le veux comme républicain.
> Pour honorer mon parti, pour honorer le corps
ti'EGOLS R^UTAE 869
auquel j'appartiens, pour honorer ma profession, eH souvenir d*un enseignement que j*ai donné pendant cinquante ans aux jeunes générations, je demande que, dans une loi française, quand renseignement des devoirs envers Dieu a été nié, contesté, quand on a eu tant de peur de prononcer le nom de Dieu, le Sénat, lui, le prononce, le mette dans la loi;dirai-je: courageusement ? non pas, messieurs; mais hautement, comme on prouve sa foi, en faisant un acte religieux. Quand les instituteurs sauront que vous voulez qu'on prononce le nom de Dieu, qu'on enseigne Dieu dans toutes les écoles, ils se sentiront encouragés, réconfortés, anoblis dans l'exercice de leur profession. >
Le résultat de la discussion était prévu. Le Sénat vola l'amendement à une grande majorité^ On pouvait prévoir aussi que la Chambre des députés persisterait à écarter le nom de Dieu, comme suspect de cléricalisme. Il fallut revenir encore au Sénat, et le gouvernement y trouva le même orateur sur la brèche. On répéta les mêmes arguments de part et d'autre; le résultat aurait dû être le même; il fut au contraire tout différent. L'amen-