‹ Dieu, patrie, libertéChapitre 9 sur 61 · Mémoirei dm eanltnol Gontalvi, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoirei dm eanltnol Gontalvi, 1. 1, p

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le traitement des évêques; on supprime les vicaires généranx. Conmie toujours^ le peuple va plus vite que la chambre : il avait massacré les prêtres en masse à FÂbbaye, à la Force, ^ux Carmes, à la Conciergerie; n'en ayant plus sous sa main

dans les prisons, il prenait ce qu'il trouvait ; tous les jours, on les arrêtait, on les traquait. André

Dumont, représentant envoyé dans la Somme, écrit

à la Convention qu'il a exposé soixante-quatre

prêtres à la risée de la ville, escortés par une garde

de comédiens. < Indiquez-moi la destination que

je dois donner à ces cinq douzaines d'animaux, i

Proposition est faite, le 23 juillet 1793, d'envoyer les insermentés à la Guyane. Danton s'écrie : c Nous n'avons pas le droit d'empoisonner la Guyane: > Et Robespierre lui donne la i*éplique : c Mais, avant tout, il ne faut pas garder le poison ici, même dans une prison. » Finalement on renvoie tout au comité.

Toute cette législation est très confuse, parce qu'on votait souvent sous l'empire d'un événement, d'une colère subite; un décret révoquait le décret préc(fdent, le complétait ou le modifiait. Les autorités locales n'étaient pas toujours disposées à obéir. Un insermenté du Finistère, ne

n DIEU, PATRIE, LIBBRIÊ.

sachant plus où se cacher, imagina d'entrer comme soldat dans la compagnie de garde nationale chargée de le pourchasser, lui et les autres réfractaire. Tout le monde le connaissait, à commencer par le capitaine; personne ne le déaonçait. On peut croire que sa présence ne contribua pas à l'activité etau succès des recherches. Les jacobins et les montagnards avaient inventé les proconsuls, pour

remédier i la connivence possible des magistrats subalternes. Tout pliait devant un représentant en mission. Phts on était au fond consterné, pins on afSchait de zèle. On tuait pour ne pas être tué. (Test un temps où les cinq sixièmes du peuple français avaient peur. Les monstres à figure humaine ne seraient rien, ne pourraient rien, tant il y en a peu, sans les lâches, qui abondent à toutes les époques. On a fini par condamner Carrier pour ses noyades; on avait commencé par le louer et par Tacclamer. Bézard se félicitait, en février 4794, du décret rendu le 80 vendémiaire sur les prêtres réfractaires. t Hs commen* çaient à compter sur l'impunité, dit-il. Yotre décret a tout réparé. Le mode simple et pnmipt que vous avez adopté pour procéder à leur jugement, et la distinction juste que vous avez faite de ceux

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qui devaient subir la peine de mort d*avec ceux qui devaient être reclus ou déportés, n*a pas permis aux tribunaux de paraître embarrassés pour, l'application des peines. » La Goavention avait pousté cette fois les précautions jusqu'à s'occuper des infirmes et des sexagénaires (décret du ii floréal), c Tous ecclésiastiques infirmes ou sexagénaires sujets à la réclusion, seront tenus, dans deux décades, de se transpoiter au chef-lieu de leurs départements respectif pour y être reclus dans les maisons destinées à cet effet. » M. Du Ghatelier a publié, en 188â, de curieux détails smr les effets de ce décret, et de toute la légi^tion contre le clergé dans le département du Finistère. Un prêtre ra* conte qu'on l'a arrêté, puis relâdié, puia arrêté de nouveau, déposé dans une prison, transporté de là dans une autre, et dans une autre encore. Finalement, on est cm train de le d^orter. Ce sera pour la seconde fois, car c'est un déporté rentré. Mais condamnations, proscriptions, transférements continuels de sa personne, tout cela lui arrive sans qu'il sache pour quelle cause, ni en vertu de quelle loi, ni par ordre ie quelle autorité, t Je ne demandais qu'à vivre tranquille et à obéir, dit-il. » Son langage ne respire ni indignation, ni déses-

poir. n est plutôt étonné. Il est évident qu'il ne comprend rien à ce qui lui arrive.

On a bien souvent répété, à la tribune de la Cionstituante, de la Législative et de la Convention qu'on poursuivait les insermentés comme contrerévolutionnaires, et non comme prêtres. Erreur dU mensonge : c'est aux prêtres qu'on en voulait et les constitutionnels eux-mêmes ne furent pas épargnés. Us avaient été applaudis et acclamés, deux ans auparavant, quand ils avaient prêté le serment : c'est tout simple. En les applaudissant, l'assemblée se glorifiait elle-même ; chaque serment prêté était une victoire pour elle. Quand on fit l'appel des membres ecclésiastiques de l'Assemblée, qui devaient prêter serment en séance, à la tribune, une foule alléchée, flairant quelque occasion de massacre, remplissait la salle et inondait les rues avoisinantes. Les menaces de mort contre les récalcitrants éclataient de toutes parts. Les représentants des clubs qui avaient pu pénétrer jusque dans l'Assemblée jetaient par les fenêtres les noms des jureurs, ceux des réfractaires. Les applaudissements et les clameurs se succédai *aA sans relâche. Au fond, ce que le peuple applaudissau dans ceux qui prêtaient serment, ce n'était pas la

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constitution civile, sur laquelle il n'avait aucune donnée, c'était le renoncement à TÉglise, ou tout au moins à l'ancienne Église; il comprenait mieux le sens de ce serment que ceux qui le prêtaient, et que les députés qui l'avaient prescrit. C'était pour lui le commencement de l'apostasie. Quand il eut le commencement, il voulut la fin.

Il voulut d'abord que la politique fît invasion dans les églises. Le prêtre fut obligé de faire des sermons pour la République; de lire les décrets de l'Assemblée. € 11 y en a tant, disait l'évêque de Senez, au moment où cette mode fut introduite, que les curés ressemblent à des crieurs publics. » Le peuple exigea, dans plusieurs départements, que le curé lit partie de la garde nationale : idée excellente, dont on tirera parti, quatre-vingt-dix ans plus tard. Ailleurs, il se servit de l'église pour y tenir des

clubs. Il trouva les ornements et les vases sacrés trop fastueux, bons àprendre d'ailleurs; il les prit; il les porta en triomphe à la municipalité, à l'Assemblée. Il abattit les croix ; même celles qui décoraient la façade des églises furent abattues en plusieurs lieux. L'idée lui vint d'obliger les prêtres à se marier. Puis il pensa qu'il y avait trop d'églises, et qu'il n'y avait pas de motifs pour les

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livrer gratis au clergé catholique. Si k6 prêtres constitutionnels cédaieBt, il les méprisait paroe qu'ils étaient lâches ; et s'ils résistaieiit, il les mal* traitait, parce qu'ils étaient désobéissants, saisissant avec joie un prétexte de revenir à sa haine contre le clergé. Bientôt, il ne fît plus de différence entre les deux clergés, ni entre 1 s deux cultes. Il les supprima et les proscrivit avec un égal dédain et une égale brutalité. Le 14 octobre 1793 , la dommune de Paris, sur la proposition de Chaumette, prit un arrêté pour interdire tout acte extérieur du culte. Fouché , l'ancien prêtre, et le futur ministre de l'empire, commissaire de la Convention dans la Mièvre, c considérant qu'il n') a plus d'autre culte que celui de la Raison et de la Morale universelle, d'autre dogme que celui de sa souveraineté jBt de sa toute-puissance, i proscrit toutes les enseignes eilérieures des cultes, le port du costume religieux, sous peine de réclu«sion, la présence des prêtres, le chant des prières et l'usage des emblèmes religieux dans les enterrements. Cet arrêté est lu devant la Commune de Paris, et adopté par elle dans la séanœ du 14 octobre. Le 18, la Commune de Paris fait défense à tout fîiarchand de vendre ou de montrer tous objets de

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jonglerie mperstitiause : saint-suaire, eece4iomo, saint-Hubert, saint-Ovide; des bagues bénites, des chapelets. Par le même arrêté, défense est faite de Tendre dans les rues de Torviétan ou des eaui médicinales : ingénieux rapprochement, très goûté de la populace.

On écrit de TAUier : c Les fêtes religieuses sont remplacées par des banquets. L'évêque, dans rexercioe de ses fonctions, se sert d'une pique et d'un bonnet rouge, au lieu de crosse et de mitre. Les églises sont déyalisées. Le pays est régénéré. >

23 octobre. Le conseil général de la Commune de Paris t considérant qu'il est de son devoir de faire disparaître tous les monuments qui àlimen* teraient les préjugés religieux et ceux qui rappellent la mémoire exécrable des rois, arrête que, sous huit jours, les gothiques simulacres des rois de France <pii sont placés au portail de l'église Notre-Dame seront renversés et détruits, et que l'administration des travaux publics sera chargée, sotts sa responsabilité, de lui rendre compte des dispositions du présent arrêté ;

> Arrête en outre que toutes les effigies religieuses qui existent dans les différents lieux de Paris seront enlevées; que tous les marbres.

bronzes^ sur lesquels sont gravés les arrêts du Parlement contre les yictimes du fanatisme et de la férocité des prêtres seront également anéantis.

>Leconseil invite les sociétéspopulairesàdésigner tous les monuments de la barbarie, et charge les comités révolutionnaires de leur totale destruction, i

T eut ce grand mouvement aboutit à la fête de la Raison, célébrée à Notre-Dame le 30 brumaire an II. — Et, six mois après (le 18 floréal), Robespierre met le holà à toute cette démence, et, tournant à son gré l'Assemblée et le peuple, proclame l'Être suprême et en célèbre la fête.

On put croire en ce moment que c'en était fait des religions positives, et tout particulièrement du christianisme. Des insermentés, les uns sont en exil, les autres sont guillotinés ou massacrés. Lés constitutionnels ont multiple les lâchetés et les apostasies. Ils ont prêté tous les serments, obéi à tous les décrets, lu en chaire les décisions les plus cruelles contre la religion et contre euxmêmes, accompagné, dans les rues, les spoliateurs des églises grotesquement accoutrés de leurs mitres et de leurs chasubles. Ils se sont mariés avec éclat, avec scandale. On les a ruinés, ils n*ont rien dit Us ont, comme les convivû* de Néron, continué de

sourire. La cupidité au commencement; la peur & la fm. Au moment suprême du triomphe de l'athéisme, c'est à qui, parmi eux, abjurera. L*évêque de Paris, Gobel, donne l'exemple à la séance du 1 7 brumaire. Le malheureux homme avait été un des premiers à combattre la constitution civile du clergé*; puis il l'avait votée; puis il avait accepté l'héritage de son archevêque, déposé et proscrit. Et maintenant il ouvrait la longue et funeste marche des apostats, c La volonté du peuple fut ma première loi, dit-il, la soumission à sa volonté mon premier devoir; cette volonté m'a élevé au siège épiscopal de Paris. Ma conscience me dit qu'en obéissant au peuple, je ne l'ai pas trompé

> Aujourd'hui qu'il ne doit y avoir d'autre culte national que celui de la liberté et de l'égalité, je renonce à mes fonctions de ministre du culte catholique. Mes vicaires font la même déclaration que

1. Discours de Gobel à l'Assemblée, le l*' juin 1790 : c Croyez- TOUS que le nourel drdque puisse exercer ses pouvoirs sur la clreonscription que tous aures formée? Permettez que je vous dise, d'après ma conscience, qu'il ne le peut pas et que toutes ses opérations seraient nulles et de nul effet devant Dieu ; car, retirer de la main d'un évéque, canoniquement institué, r exercice des pou- Toirs nécessaires an salut des fidèles, pour le placer dans lei mains d'un antre évèqne, est une chose purement spirituelle, qui exeède

la puissance de Tautorité temporelle. »

St DIEU» PATRIE, LIBERTÉ.

moi ! > {Applaudissements et cris enthousiastes.) Le curé de Yaugirard dépose ses lettres de prêtrise.Plusieurs prêtres se précipitent A la tribune. On entend Coupé (de rOise) ; Tévèque Lindet (celui-ci était déjà marié); le curé ¥illiers; d«s lettres de Gay- Vernon, évêque; de Lalande, évèque de la Meurthe. La séance avait dignement commencé par la lecture d'une lettre de Parens, cai*é de £oissy-le-Bertrand, dont voici les premiers mots : c Citoyens représentants, je suis prêtre, je suis curé, c'est-à-dire charlatan. > Les déprétrisations étaient innombrables dans les dépariements.

André Dumont, toujours sur la brèche, écrit à l'Assemblée : c La déprétrisation est à Tordre du jour, les lettres de prêtrise pleuvent autour de moi partout où je vais. Partout on ferme les églises, on brûle les confessionnaux et les saints. » Après le triomphe de Gobel, le moindre curé de campagne qui se convertissait à l'athéisme voulait étaler son apostasie à la tribune nationale. Les députés se faisaient un honneur démontrer le bon esh prit de leur département, en lisant toutes les platitude que la peur inspirait à ces tristes républicains, n y eut une avalanche de prêtres apostats comme il y avait eu quelques mois auparavant une avalanche

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de prêtres mariés. Les ecclésiastiques restés dans la représentation natioAaley après avoir prêté le premier et le second sernenit, oontinnaient à donner Texemple. Les traînards arrivaient à chaque séance, en s'excusant tant bien que mal de n'avoir pas apostasie plus tôt. Il en vint tant du dedans et du dehors qu'on en fut fatigué. On avait fait fête à Tapostasie des premiers sujets ; on dépêcha en bloc celle des cléricaux obscvs, jusqu'au jour oâ,sur une boutade de Dantm, on renvoya dédaigneusement aux comités la suite du défilé, c Qu'ils aillent porter leurs dénonciations au comité, s'écria-t^il. Il ne faut pas tant s'extasier sur la démarche d'hommes qui ne font que suivre le torrent. Si nous n'avons pas honoré le prêtre de Terreur et du fenatisme, nous ne voulons pas plus honorer le prêtre de Tincrédulité. Je demande qu'il n'y art plus de mascarades antireligieuses au sein de la Convention. > A ces mots, la Convention, suffoquée de dégoût, mit tous les abjurants à la porte. Robespierre les regardait de mauvais œil. c Craignez, non pas la robe qu'ils portaient, mais leur peau nouvelle ^ > Des ministres protestants, Julien (de Toulouse),

1. Séanee des Jacobins du l*' Irimaire an II (20 novembr» 1793).

Lombard- Lachaux, se Joignirent aux prêtres constitutionnels : tous tenaient à l'envi le même langage : c Mes yeux sont dessillés, > ou bien : € J'obéis à la volonté du peuple, qui est mon unique règle, > ou bien : c Je n'ai jamais cru; > ou encore, comme Chabot : c Je renonce à ma qualité de prêtre, à mes fonctions de grand vicaire, à ma pension d'ancien capucin : ma femme et moi, nous gagnerouB notre vie en travaillant. > A.U milieu de ces étemels et écœurants refrains, 41 faut pourtant signaler, comme une oeuvre hors de pair, le discours prononcé aux Jacobins, le 16 brumaire an II, par Léonard Bourdon, qui était chargé par le ministre de la justice, Danton, de conduire les prêtres réfractaires d'Orléans i Saumur, quand ils furent tout à coup ramenés sur Paris, et égorgés en chemin à l'Orangerie de Versailles (mille bruits en coururent à sa honte), c L'État ne doit avoir aucun culte, dit-il. Si quelqu'un pouvait hésiter, il faudrait appeler les prêtres eux-mêmes en témoignage et les sommer de se regarder entre eux sans rire, et de nous parler de leuris miracles, de leurs mystères, de l'immaculée conception et autres gentillesses de ce genre, avec l'accent de la vérité et de la persuasion.

f Nous n'avons besoin que de morale. Ce principe de morale que la nature a mis dans le cœur de tous les hommes : c Sois heureux, voilà la véritable )» manière d'honorer la Divinité , voilà le but pour ) lequel tu fus mis sur la terre, ) ne devrait pas sortir de notre cœur ; seul, il nous tiendrait lieu de toutes les institutions humaines où l'on nous égarait; seul, il les remplacerait avec avantage.

» Oui, appelons les prêtres devant le tribunal de la vérité ; exigeons d'eux ce témoignage : nous sommes -des imbéciles, ou nous sommes des fripons. Des imbéciles, si nous avons cru des fadaises absurdes ; des fripons si, n'y croyant pas, nous avons voulu les persuader, et si nous les avons persécuté pour y faire croire. »

Personne ne souffrait plus de ces scandales que les prêtres assermentés et les évéques constitutionnels restés fidèles à leur foi, malgré les persécutions. Grégoire proteste avec énergie. Il va jusqu'à dire que les apostasies furent peu nombreuses et que la plupart furent arrachées par la force. Nous croyons au contraire qu'elles furent très nombreuses, et qu'elles furent trop souvent volontaires : volontaires en ce sens qu'on allait au-devant de l'injonction, qu'on n'attendait pas la menace.

H DIEU, PATRIfi, LIBERTÉ.

et que plus d'une fois les représentants en mission furent irrités et dégoûtés de tant d'abjection. Mais nous nous empressons de reoonnattre avec hd que les réfractaires ne donnèrent pas seuls Tesemple de l'abnégation et du courage. Toute persécution a pour effet de diviser les hommes en deux classes : d'un côté, ceux qui ont dn coMir et de l'honnoir ; et, de l'autre, tout le reste, c La Convention avait donné le signal des persécutions, » dit Grégoire, dans un compte rendu adressé au Concile national, c'est-i-dire aux témcnns des faits mêmes qu^U raconte. € Le sang des prêtres ruisselût des écha* lauds, et ceux mêmes qu'on ne traînait pas i la mort étaient condamnés à souffirir dans les cachots toutes les angoisses du trépas. Nous aussi nous eûmes le bonheur de soufifrirpour lenom de Jésus. Par un raffinement de cruauté, pendant treize mois, notre collègue, l'évêque d'Amiens*, avait été confondu dans la même prison avec des prostituées. La qualité de législateur, loin d'oSnr une ^rantie, présentait un danger de plus, quand à eette qualité s'associait celle de prêtre attaché 1

1. C'est le yéftérable Desbois, si célèbre par sa cbarité quand fl n'était encore cja'un des curés de Paris, et qui perdit presque la sn% dans sa prison.

LÀ RÉVOLITTION. 87

ses devoirs. Deux de nos collègues, yictimes du 31 mai, ayaient, dans les prisons, déployé leur zèle pour la religion, et, pendant dix-haît mois, j'avais eu réchafaud devant les yeux. » Il donne la liste de neuf évêques consâtutionDels qui se sont mariés, de douze évèques qui ont renoncé à leurs fonctions. Huiiévèqaes constitutionnels ont été guillotinés; un grand nombre ont été emprisonnés, maltraités; tous sont tombés dans le dén&ment. Les membres de cette Église, un mœsBent triomphante, avaient désormais ^u>ntre eux les royalistes, les impies, les ]iberl ins , et ceux que Grégoire appelle les dissidents. Os avaient beau proposer la paix à ces c dissidents 1, et les conjurer d'oublier toutes querelles particulières pour ne songer qu'à la religion, c En général, nous le disons avec douleur, sous n'avons pas même obtenu les procédés que commande une éducation purement humame, mais des calomnies, des lettres anonymes, des injures. Loup, jurewy voleur^ intrus^ hérétique^ schismatiquê; tels sont les sublimes arguments avec lesquels ils réfutaient des preuves irréfragables, eux qui, dans TancMi régime, ne cndgnaient pas de midtiplier les serments, pour passer d'un bénéfice moins riche à un plus opulent,», t

Quand on se rappelle ces tristes pages de notre histoire, on est tout près de penser que le christianisme avait complètement disparu de notre pays, que le clergé insermenté avait été étouffé dans le sang; que l'autre avait péri par Tapostasie, et aussi par les supplices; car beaucoup de prêtres assermentés, mariés et apostats, après s'être dégradés eux-mêmes, avaient été traînés à Téchafiiud. Ceux qui entendent le bruit de l'histoire sans la connaître, croient en effet, sur la foi des apologistes, que Bonaparte, premier consul, a trouvé une nation athée, ci lui a donné un culte, des autels, un clergé. Ce n'est pas cela. Les deux clergés existaient, malgré les trouées que TÂssemblée législative, la Convention et les massacreurs y avaient faites. Des prêtres insermentés avaient réussi à se cacher; parmi les bannis ou les exilés volontaires, un nombre considérable accourut dès que Robespierre fut tombé, et que la Terreur se relâcha. Ils se cachaient ou se montraient> selon Tétat d'esprit de la population, le caractère des proconsuls, ou le vent qui soufflait dans l'Assemblée; mais ils étaient là, on le savait, on le voyait, et, à l'époque du Concordat, il y avait déjà quatre ans qu'ils remplissaient ainsi les fonctions de leur ministère. Les constitutionnels, qui ne

receyaient plus de subsides et n'avaient aucune attache officielle , exerçaient publiquement leur culte. Us avaient des curés, des évèques et des conciles. Non seulement les deux églises, l'orthodoxe et la schismatique, existaient; mais elles étaient Tune contre l'autre à Tétat de lutte achar* née, elles se disputaient avec rage ce qui restait de fidèles. Comme aux temps de la Constituante, les purs y les insermentés traitaient les constitutionnels de schismatiques. Ceux-ci s'imposaient la tâche difficile de prouver leur propre orthodoxie. Ils écrivaient au pape pour attester leur fidélité; et, dans ces lettres mêmes, leurs pro-* testations se faisaient jour. Entre eux et Rome, il y avait un abtme,r acceptation de la constitution civile ; entre eux et les réfractaires, il y avait la constitution civile d'abord, et ensuitela Révolution. Les deux partis étaient irréconciliables en religion et en politique ^ ; même quand la Convention, la

I. Le pape, en receyant la lettre de Loais XVI, arait nomnié une congrégation de 20 cardinaux pour examiner la question. Il publia le 13 ayril 1791 un bref adressé au clergé et aux fidèles. L'exiBtence de ce bref Ait contestée par certains constitutionnels, d'autres soutinrent qu'il était sans autorité, n'ayant pas été publié dans les formes accoutumées. Le souYerain pontife y déclare que la constitution dite civile du clergé français f renverse les dogmes

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Commune et les tribunaui révolutiaaiiaires se mirent i proscrire et à tuer les prêtres, sans faire désormais aiK»me distinction 'entre les soumis et lesréfractaires, le malheur commun n'éteignit pas les haines et ne mit pas fin au discordes. Après que le pape, en 1802, eut acheté la paix de l'Église en sanctionnant la déposition des anciens évèques et la vente des biens nationaux, la lutte continua, tantôt sourdement, tantôt avec édat. La liste des nouveaux évêques, qui parut immédiatement après la conclusion du Concordat, contenait les noms -de dix évoques constitutionnels; huit d*enlre eux étaient appelés à des évèchés, deux autres devenaient ardievèques. Le pape et ses légats avaient prié et supplié que cette douleur et cette humiliation Aissent épargnées à TÉglise. Bonaparte s'était montré inflexible. Il poursuivait impertuii)ablement un triple but: terminer cette lutte intestine, se réccm* cilier avec le pape, ne pas renier la Révolution dans une de ses œuvres principales. Le clergé n'accepta

les plus sacrés, la diseipline la plus «olennaUa de r£gUse; qa'elto 4étniit les droits du premier siège apostoliqse, ceux des étèquett des prdtres, de toute la commanion catholique; qu'elle aboUt las cérémonies les plus saintes; qu'elle jette la nation française daas i'erreur et le royaume dans le schisme, etc. • — Cf. Je Bref pontifical du 10 mars 1790.

qu'en frémissant la dépossession des anciens évêques encore subsistants, etTintrnsionde ces dix évèques nommés jadis à Féinscopat par les assemblées populaires, et qui avaient exercé le ministère pastosraly sans institution du chef de l'Église, et ea dépit de ses anath&mes. A la Toix du pape, la grande majorité de TÉglise se soumit, mais il resta au de« hors, et en France même, quelques puritains qui ne crurent pas pouvoir humilier leurs^onsciences de prêtres et d'évêques devant ces concessions fiâtes i la force ; à Texemple des évêques jansénistes qui se déclaraient encore membres de rËglise romaine après avoir été condamnés, ils formèrent une secte à laquelle on donnait le nam de petite Église, et dont on retrouve les traces jusqu'à la fin de la Restauration.

Les deux clei$[és avaient eu, pendant la Révdulion, une ccmduite tout o]^osée. Les réfractaires avaient parmi eux des prêtres qui avaient accepté la Révolution à ses débuts. Ceux-là même se retour* nërent i la suite des persécutions, et ne tirent plus que les fautes conunises. Le gros du parti Ait militant contre la Révolutkaa, et bîentdt, par une pente fatale, contre la nation. On les accusait d'ètare contre-révdutionnaires, ils Tétaient; d'être re-

belles, ils Tétaient. En revanche, ils donnaient l'exemple de rinflexibilité dans la foi, d'un courage sans égal, d'un désintéressement, d'un renoncement absolus. Plus d'un ecclésiastique, qui, en pleine sécurité de l'Église au XYin* siècle, avait été ambitieux, cupide, dissolu, d'une foi médiocre, se releva sous la persécution, devint un martyr, et par conséquent un héros.

Quant aux autres, on ne peut se dissimuler qu'à l'époque des suprêmes périls, ils donnèrent le spectacle le plus douloureux de l'inconstance dans les opinions, de l'absence de caractère, d'une soumission abjecte à la plus vile populace. Mais ce serait trop mal juger la nature humaine que de ne voir, dans cette Église constitutionnelle, que les lâches et les apostats. A la séance même où Gobel abjura, Grégoire donna simplement, fermement, l'exemple de l'honneur. 11 n'était pas dans la salle au moment de l'abjuration. Il y entre quelques instants après. On lui crie de divers côtés d'imiter ses collègues; les déclarations d'un tel homme eussent été une victoire pour Ghaumette et ses adhérents. Voici la déclaration qu'il leur donna, c J'arrive en ce moment dans l'Assemblée, et on vient de m'apprendre que plusieurs évêques

avaient abdiqué. S'agit-ii de renoncerau fanatisme? Gela ne peut me regarder; je l'ai toujours combattu : les preuves en sont dans mes écrits, qui respirent tous la haine des rois et de la superstition. Parle-t-on des fonctions d'évèque? Je les ai acceptées dans des temps difficiles, et je suis disposé à les abandonner si cela devient nécessaire au bien de VÉglise. Quant à ma foi de chrétien et à mon caractère de prêtre, il n'est au pouvoir de personne de me les arracher, et il ne dépend pas de moi d'y renoncer. > Ainsi il consentait à se dépouiller de l'épiscopat, si sa déposition était prononcée, ou simplement réclamée au nom du bien public; mais il conservait le caractère du prêtre et la profession de foi du chrétien. Il n'était pas seul à tenir cette conduite, puisqu'on put constater quelques mois plus tard que 45 000 communes

de France avaient des curés constitutionnels.

Ce serait rendre service à ceux qui aujourd'hui gouvernent notre politique, que de leur mettre sous les yeux, à la fin du xix* siècle, l'histoire religieuse des dernières années du xviii*. Ils apprendraient combien il est difficile, même aux plus fermes esprits, de résister aux entraînements des foules, et de se contenir dans les bornes qu'ils sa

sont d'abord prescrites. Us yerraient les analogies des deux époques. On Toudrait dire qu'elles n'iront pas jusqu'au massacre, et pourtant il y a déjà eu, de nos jours, des prêtres massacrés. Ces scènes sanglantes grandissent dans l'histoire. Les contemporains les contemplent avec horreur quand ils les ont sous les yeux, et, dés le lendemain, ils en détournent leur pensée. D en est de cela comme des morts, qu'on pleure sur la tombe encore ouverte, et qu'on oublie à la porte du cimetière. Tout ce passe reprend sa place dans rhistoire, et quelquefois une place inattendue et terrible.

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