DIED
Ame ! être, c'est aimer.
11 est
C'est l'être extrême.
Dieu, c'est le jour sans borne et sans fin qui dit : j'aime. Lui, l'incommensurable, il n'a point de compas; Il ne se venge pas, il ne pardonne pas ; Son baiser éternel ignore la morsure ; Et quand on dit : justice, on suppose mesure. Il n'est point juste; il est. Qui n'est que juste est peu. La justice, c'est vous, humanité; mais Dieu Est la bonté. Dieu, branche où tout oiseau se pose! Dieu, c'est la flamme aimante au fond de toute chose. Oh! tous sont appelés et tous seront élus. Père, il songe au méchant pour l'aimer un peu plus.
Vivants, Dieu, pénétrant en vous, chasse le vice.
L'infini qui dans l'homme entre, devient justice,
La justice n'étant que le rapport secret
.De ce que l'homme fait à ce que Dieu ferait.
Bonté, c'est la lueur qui dore tous les faîtes;
Et, pour parler toujours, hommes, comme vous faites,
Vous qui ne pouvez voir que la forme et le lieu, Justice est le profil de la face de Dieu.
Vous voyez un côté, vous ne voyez pas l'autre. Le bon, c'est le martyr; le juste n'est qu'apôtre; Et votre infirmité, c'est que votre raison De rhorizon humain conclut l'autre horizon. Limités, vous prenez Dieu pour l'autre hémisphère. Mais lui, l'être absolu, qu'est-ce qu'il pourrait faire D'un rapport? L'innombrable est-il fait pour chiffrer? Non, tout dans sa bonté calme vient s'engouffrer. On ne sait où l'on vole, on ne sait où l'on tombe, On nomme cela mort, néant, ténèbres, tombe, Et, sage, fou, riant, pleurant, tremblant, moqueur. On s'abîme éperdu dans cet immense cœurl Dans cet azur sans fond la clémence étoilée Elle-même s'eff'ace, étant d'ombre mêlée I L'être pardonné garde un souvenir secret, Et n'ose aller trop haut ; le pardon semblerait Reproche à la prière, et Dieu veut qu'elle approche; N'étant jamais tristesse, il n'est jamais reproche, Enfants. Et maintenant, croyez si vous voulez!
Devant le sacrifice et les cieux constellés, Devant l'a'gle efl*aré, devant les forêts vertes. Devant les profondeurs dans tout être entr'ouvertes. Hommes, on peut nier, mais l'inconvénient C'est que l'esprit décroît et noircit en niant. L'être fait pour l'extase et la soif infinie Devient sarcasme, rire, ignorance, ironie;
Il n'a plus rien de saint, il n'a plus rien de cher; Et sa tête de mort apparaît sous sa chair. Votre terré niant ne serait* qu'une infâme, Et sa nuit grandirait; car retirer cette âme A l'univers, c'est faire un abîme au milieu.
Oui, du centre de l'être insondable ôte Dieu, Ote ridée avec tous ses aspects, puissance. Vérité, liberté, paix, justice, innocence, Ote aux êtres le droit, ôte aux forces i'aimant, Ote la clef de voûte, et vois l'écroulement I
Je t'ai parlé ta langue, homme que je rencontre. Et que veux-tu de plus? faut-il qu'on te le montre? 0 regardeur aveugle et qui te crois voyant. Comment te montrer Dieu, cet informe effrayant? Gomment te dire : ici finit, ici commence? Fin et commencement sont des mots de démence. Fin et commencement sont vos deux grands haillons.
Homme, chante ou blasphème à travers tes bâillons. Tu mêleras, sans dire un mot de la grande âme, Ton blasphème à la nuit et ton hymne à la flamme. L'idée à peine éclôt que les mots la défont. Comment se figurer la forme du profond, Le contour du vivant sans borne, et l'attitude De la toute-puissance et de la plénitude? Est-ce Allah, Brahma, Pan, Jésus, que nous voyons? Ou Jéhovah ? Rayons ! rayons ! rayons I rayons I —
LA LUMiÈUE. 237
La clarté s'arrêta, comme tout éblouie.
Je m'évanouissais, et la vue et Touïe
Et jusqu'aux battements du cœur s'inierrompant
S'en allaient hors de moi comme une eau se répand.
Et la clarté cria dans la profondeur noire
Où flottaient vaguement sous la brume illusoire
Ces faces de néant qu'on voit dans le trépas :
— 0 ténèbres I sachez ceci : La nuit n'est pas.
Tout est azur, aurore, aube sans crépuscule.
Et fournaise d'extase où l'âme parfum brûle.
Le noir, c'est non; et non, c'est rien. Tout est certain.
Tout est blancheur, vertu, soleil levant, matin,
Placide éclair, rayon serein, frisson de flamme.
Un ange qui dirait : La nuit, dirait : Je blâme.
Les astres ne sont pas. Ces lueurs des tombeaux
Sont fausses, et le jour ignore les flambeaux.
La constellation dans l'illusion rampe,
Le plein midi n'aurait que faire d'une lampe;
Tout rayonnement vient du centre et du milieu;
Comme il n'est qu'une aurore, il n'est qu'un soleil, Dieu,
Qui pour les yeux de chair, couverts de sombres voiles,
Pleut le jour en rayons et la nuit en étoiles.
L'âme est l'œil. 11 est l'astre. Elle ne voit que lui. Tout est clarté. Le ver rampant, l'ange ébloui, Tout, les immensités où se perdent les sondes, Tout, ces vagues de Dieu que vous nommez les mondes, L'apparent, le réel, le lever, le déclin, Homme, enfant, cieux et mers, espaces, tout est plein D'un resplendissement 'd'éternité tranquille. Comptez les milliards de siècles par cent mille, Vous n'aurez pas dit Un devant l'éternité.
Jetez toute votre ombre, ô nuits, à la clarté.
Au gouffre de splendeur que Dieu profond anime.
Et vous ne ferez pas une tache à l'abîme.
Vous n'êtes point. Au bas des cieux où nous montons,
On voit vos grandes mains qui cherchent à tâtons,
0 nuits, spectres! on voit vos formes de nuées
S'approcher et grandir ou fuir diminuées,
Et le grand gouffre bleu, plein d'éblouissements,
0 brumes, ne sait rien de vos écoulements,
Et le rayonnement formidable flamboie.
Ombres, vous n'êtes point. Pour être, il faut qu'on voie.
Ténèbres, il n'est pas, devant les firmaments,
De ténèbres; il n'est que des aveuglements.
Des aveugles I Pourquoi?
Pourquoi la loi, la règle, Le gland avant le chêne, et Tœuf sombre avant Taiglc? L'aveugle est l'embryon du voyant ; le voyant Se change en lumineux, qui devient flamboyant; C'est la loi.
Vous verrez, vous rayonnerez, ombres l Vous serez les frontons éternels, ô décombres! Limbes, vous serez ciell Vous l'êtes déjà, nuit! De même que déjà le germe, c'est le fruit, Que déjà dans le gland, monde que l'herbe ignore. Avec toute sa feuille éclatante d'aurore, Avec son noir branchage où la lune blêmit. Solide et frissonnant, le grand chêne frémit, Plein de cris, de chansons, d'hymnes et de querelles; Et que dans l'œuf profond déjà tremblent les ailes!
Devoir être, c'est être.
Oui, la fange est cristal.
Chrysalide du bien qu'on appelle le mal, Ne te plains pas; un fil à Dieu même te noue.
Le réel, c'est la roue, et non le tour de roue. 0 larves, vous serez. Attendez votre tour. Puisque le papillon qu'elle doit être un jour Est là-haut, ouvrant l'aile, et joyeux tourbillonne, Puisque le paradis qui doit être rayonne, La chenille n'est pas, l'enfer n'existe point.
A la vie à venir le sort présent se joint. L'être, qui n'est vivant que complet, se déploie Composé d'aucune ombre et de toute la joie, Ne gardant du passé que l'extase, et rempli D'un souvenir céleste et d'un divin oubli.
L'univers, — c'est un livre, et des yeux qui le lisent. 1
Ceux qui sont dans la nuit ont raison quand ils disent : 1 Rien n'existe! Car c'est dans un rêve qu'ils sont. )
Rien n'existe que lui, le flamboiement profond,
Et les âmes, — les grains de lumière, les mythes,
Les moi mystérieux, atomes sans limites,
Qui vont vers le grand moi, leur centre et leur aimant;
Points touchant au zénith par le rayonnement,
Ainsi qu'un vêtement subissant la matière.
Traversant tour à tour dans l'étendue entière
La formule de chair propre à chaque milieu,
Ici la sève, ici le sang, ici le feu;
Blocs, arbres, griffes, dents, fronts pensants, auréoles, Retournant aux cercueils comme à des alvéoles; Mourant pour s'épurer, tombant pour s'élever, Sans fin, ne se perdant que pour se retrouver, Chaîne d'êtres qu'en haut l'échelle d'or réclame, Vers l'éternel foyer volant de flamme en flammo^ / Juste éclos du pervers, bon sorti du méchant, Montant, montant, montant sans cesse et le cherchant, Et l'approchant toujours, mais sans jamais l'atteindre, Lui, l'être qu'on ne peut toucher, ternir, éteindre, Le voyant, le vivant, sans mort, sans nuit, sans mal, L'Idée énorme au fond de l'immense idéall
La matière n'est pas et l'âme seule existo.
Rien n'est mort, rien n'est faux, rien n'est noir, rien n'est triste Personne n'est puni, personne n'est banni. Tous les cercles qui sont dans le cercle infini N'ont que de l'idéal dans leurs circonférences.
Astres, mondes, soleils, étoiles, apparences. Masques d'ombre ou de feu, faces des visions, Globes, humanités, terres, créations, Univers où jamais on ne voit rien qui dorme, Points d'intersection du nombre et de la forme, Chocs de l'éclair puissance et du rayon beauté,
2i2 DIEC. i
Rencontres de la vie avec l'éternité, I
0 fumée, écoutez I 5
Et vous, écoutez, âmes, l
Qui seules resterez étant soufiQes et flammes, l
Esprits purs qui mourez et naissez tour à tour : 1
\ Dieu n*a qu'un front : Lumière I et n'a qu'un nom: Amour! ■■
Je tremblais; comme si, prêt à changer de forme, J'eusse été foudroyé par un baiser énorme.
La clarté flamboyait, transparente et debout. Et je criai :
— Lumière, ô lumière, est-ce tout?
Et la clarté me dit :
— Silence ! Le prodige Sort éternellement du mystère, te dis-je. Aveugle qui croit lire et fou qui croit savoir I
Et je yis au-dessus de ma tête un point noir.
12 avril lb-55.