‹ DieuChapitre 12 sur 14 · CE QUI N'A PAS ENCORE DE NOM · texte numérisé non relu

CE QUI N'A PAS ENCORE DE NOM

Deus.

je vis au-dessus de ma tête un point noir.

ce point noir semblait une mouche dans l'ombre.

>mme un vert rejeton sort d'une souche sombre, îs profondeurs sortait le jour éblouissant, me précipitai vers le point grandissant, lus prompt que les oiseaux envolés hors des branches.

'était une lumière, avec deux ailes blanches; qui m'avait semblé, lorsque je l'aperçus, )scure, tant le ciel rayonnait au-dessus.

Celte clarté disait ;

— Pas de droite et de gauche; '

Pas de haut ni de bas; pas de glaive qui fauche; J

Pas de trône jetant dans l'ombre un vague éclair; i

Pas de lendemain, pas d'aujourd'hui, pas d'hier; j

Pas d'heure frissonnant au vol du temps rapace ; ! Point de temps; point d'ici, point de là; point d'espace; ;

Pas d'aube et pas de soir ; pas de tiare ayant j

L'astre pour escarboucle à son faîte effrayant; j

Pas de balance, pas de spectre, pas de globe; |

Pas de Satan caché dans les plis de la robe ; | Pas de robe ; pas d'âme à la main ; pas de mains; Et vengeance, pardon, justice, mots humains.

Qui que tu sois, écoute : Il est*

Qu'est-il?

Renonce!

L'ombre est la question, le monde est la réponse.

Il est.

C'est le vivant, le vaste épanoui l que contemple au loin le soleil ébloui, ost lui. Les cieux, vous, nous, les étoiles, poussière l i!st l'œil gouffre, ouvert au fond de la lumière,

\ u par tous les flambeaux, senti par tous les nids,

D'où l'univers jaillit en rayons infinis.

H regarde, et c'est tout. Voir suffit au sublime.

11 crée le monde rien qu'en voyant un abîme.

Et cet être qui voit, ayant toujours été,

A toujours tout créé de toute éternité.

Uuand la bouche d'en bas touche à ce nom suprême, L'essai de la louange est presque le blasphème. Tas d'explication donc ! Fais mettre à genoux [Ta pensée, et deviens un regard, comme nous. (Pourquoi chercher les mots où ne sont plus les choses? [Le vil langage humain n'a plus d'apothéoses.

[Ce qu'il est, est-il même entrevu du tombeau?

échappe aux mots noirs de l'ombre. On aurait beau lire une strophe avec les brises éternelles, t, pour en parfumer et dorer les deux ailes, [ettre l'astre dans l'une et dans l'autre la fleur, mêler tout l'azur à leur splendide ampleur, ne peindrait pas Dieu.

Songeur, qu'on le revête bruit et d'aquilon, de foudre et de tempête;

Qu'on le montre éveillé, qu'on le montre dormant, Sa respiration soulevant doucement Toutes les profondeurs de toute l'étendue. Remuant la comète au fond des cieux perdue, Le vent sur son cheval, la mort sur son éclair, Et le balancement monstrueux de la mer. On ne le peindra pas!

Lui! Lui! l'inadmissible, L'éternel, rincréé, l'imprévu, Pimpossible, 11 est. La taupe fouille et creuse, et l'aperçoit; L'ombre dit à la taupe : es-tu sûre qu'il soit? La taupe répond : Dieu ! Dieu de l'aigle est la proie. Suppose que sur terre un seul être en Dieu croie. Cet être, si jamais le soleil s'éclipsait, Remplacerait l'aurore.

Et sais-tu ce que c'est Que le fauve ouragan, tonnant et formidable? C'est dans les profondeurs du gouffre inabordable L'infini murmurant : je l'aime! à demi-voix; Quand l'étoile rayonne, elle dit : je le vois! Tout le cri, tout le bruit et tout l'hymne de l'homme Avorte à dire Dieu ! Le baiser seul le nomme.

J'aime I

Ici la clarté me dit :

— - Si tu m'en crois, Va-t'en. Car les rayons brûlants dont tu t'accrois Pourraient te consumer, frémissant, avant l'heure. L'borame meurt d'un excès de flamme intérieure; L'ange qui va trop loin dit : Ne restons pas là. En voulant trop voir Dieu, Moïse chancela; Un peu plus, il tombait du haut de cette cime. L'œil plein des tournoiements terribles de l'abîme.

Parle! oh! parle! criai-je à la forme de feu.

— 0 curieux du gouffre, Empédocle de Dieu, Je parlerai, dit l'être et même ton langage; Car, lorsqu'en l'infini près de vous on s'engage, Hommes, on ne peut plus toucher à ses rameaux Sans en faire tomber vos misérables mots.

Le tout éternel sort de l'éternel atome.

De l'équation Dieu le monde est le binôme. Dieu, c'est le grand réel et le grand inconnu; Il est ; et c'est errer que dire : Il est venu.

Quoique l'impénétrable énigme le vêtisse,

Quoiqu'il n'ait ni lever, ni coucher, ni solstice,

Êtres bornés, il marque, au fond du ciel sans bord,

Vos quatre angles, levant, occident, midi, nord;

Il est X, élément du rayonnement, nombre

De l'infini, clarté formidable de l'ombre.

Lueur sur le coran comme sur le missel,

Eternelle présence à l'œil universel!

C'est lui l'autorité d'où jaillit l'âme libre.

C'est lui l'axe invisible autour duquel tout vibre,

Et l'oscillation dans l'immobilité;

Oscillation sombre au cercle illimité,

Qui va, prodigieuse, une, inouïe, étrange,

Des oreilles de l'âne aux ailes de Tarchange.

L'être sans cesse en lui se forme et se dissout ; Il est la parallèle éternelle de tout; 11 est précision, loi, règle, certitude, Justesse, abstraction, rigueur, exactitude.

Et toute cette algèbre en tendresse se fond.

Et, dans l'indéfini, l'obscur et le profond,

A travers ce qu'on nomme air et terre, flamme, onde.

Est X à quatre bras pour embrasser le monde,

Et, se dressant visible aux yeux morts ou déçus.

Il est croix sur la terre et s'appelle Jésus.

Flors de la terre il est rinnomé.

Chaque sphère Le nomme en frissonnant du nom qu'elle préfère, iMais tous les noms sur Dieu sont des flots insensés.

Quant au globe chétif et morne où vous passez, Hommes, l'ange a parlé d'une façon sévère, L'homme est l'être sacré que la terre révère, Mais l'arbre est quelque chose et la bête est quelqu'un; La pierre et son silence, et l'herbe et son parfum, Vivent; ITiomme, rayon, doit plaindre la poussière.

L'être est une famille où l'homme est le grand frère; Et lui, l'âme d'en haut, il doit, dans leurs combats, Verser tout son azur sur les âmes d'en bas. L'homme, malgré sa haine et malgré sa démence. Est le commencement de la lumière immense. L'égalité dans l'ombre ébauche l'unité; L'unité, c'est le but de la route clarté.

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