I-E MAEQUIS
Ahl vous calomniez l'amour !
Auprès d'un sexe que j'honore Suffirait-il de ces riens Ta Pour se faire aimer? •
AGATHE
IVon... voilà Pourquoi l'on vous adore.
Ce serait donc bien mal à nous de vous retenir ici ; et, pour ma part , je vous invite à retourner au plus tôt sur le théâtre de vos triomphes.
LE MARQUIS
J'entends... madame me met à la porte.
AGATHE
Pardon, si je n'ai pas eu l'esprit de le mieux dire.
LE^ MARQUIS
Et si je n'avais pas, moi, l'esprit de comprendre?
AGATHE
Prenez-y garde, monsieur le marquis ; rester, c'est une déclaration de guerre.
LE MARQUIS, souriaïit.
Vous m'effrayez!
AGATHE
Ah ! vous le prenez ainsi ? Eh bien I soit , la guerre... car, je vous en préviens, vous ne séduirez pas ma sœur.
LE MARQUIS
Mais, madame...
AGATHE
Vous vous êtes dit : Elle est légère , sans expérience, véritable enfant gâté, qui passe en un instant d'une disposition d'esprit à une autre, et les porte toutes à l'excès ; et en profitant d'un premier mouvement... Mais c'est ce premier mouvement-là que je ne vous laisserai pas le temps de faire naître.
LE MARQUIS
C'est-à-dire que vous me dénoncerez à votre mari?
AGATHE
C'est sans doute ce qu'il y aurait de plus commode et de meilleur.
Mais M. de Surgeon m'entendra; c'est un homme d'esprit, et...
AGATHE
Et, comme tel, capable de faire quelque sottise; aussi, je ne veux pas plus exposer ma sœur à être compromise par ses inconséquences que par vos assiduités ; c'est donc à moi, monsieur, à moi seule que vous aurez affaire ; c'est moi que vous trouverez partout sur votre chemin, déjouant toutes vos ruses, parant toutes vos attaques, et je vous prouverai que je suis une ennemie infatigable...
LE MARQUIS
Moi, madame, je vais vous prouver que je suis un ami plein de zèle.
AGATHE
Comment?
LE MARQUIS
Ohl bien peu de chose, il est vrai! mais enfin je reçois de Paris la riche tabatière que vous m'aviez en secret chargé de commander pour en faire cadeau à M. de Surgeon. La voici, remplie de mon meilleur tabac d'Espagne.
AGATHE, prenant la boîte.
Ah ! cette attention... combien je vous remercie!... Tenez, marquis, vous êtes un homme aimable; vous allez perdre votre temps ici, et ce serait dommage. Croyez-moi, allez-vous-en tout de suite et de bonne amitié... Oh! je vous serais si reconnaissante de m'avoir fait ce plaisir-là !
C'est la seule manière de vous plaire à laquelle je ne puisse me décider.
AGATHE
Vous persistez donc ?
LE MARQUIS
Ne fût-ce que l'honrieur de lutter avec vous !
AGATHE
Eh bien ! gageons qu'avant ce soir vous en aurez assez de la lutte I
LEMARQUIS.
J'accepte la gageure... mais quel sera l'enjeu?
AGATHE
L'enjeu?...
LE MARQUIS
Cette tabatière!
AGATHE
Elle est à vous, si je ne vous ai pas dès aujourd'hui forcé de quitter la place.
LE MARQUIS
Et moi, madame, si je perds, je mets à votre discrétion toutes les parures de mon joaillier.
Fort bien! A partir de ce moment les hostilités commencent; et, songez-y, tout sera de bonne guerre, et point d'autre condition de pai\ que votre départ; car, je vous le répète, quelles que puissent être vos tentatives, à quelque moyen que je doive recourir pour les combattre, monsieur le marquis, vous ne séduirez pas ma sœur.
Elle fait la révérence et sort par la gauche.
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