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CHAPITRE PREMIER

LES ORIGINES

Position et caractères de la ville. — Le castrum. — Les premières basiliques.

yuand la ligne ferrée, qui vient de Paris, .se dégage peu à peu des rochers qui l'enserrent et empêchent de voir autre chose que les méandres de rOuche se déroulant à travers d'étroites prairies, le voyageur aperçoit, au débouché dans la plaine, gaie, pimpante, avec ses toits gris d'ardoise ou rouges de tuile et la pointe de ses nombreux clochers dressée vers le ciel, la capitale de la Bourgogne. Sur les coteaux qui limitent l'horizon du côté de l'ouest, se succèdent ces illustres vignobles qui donnaient dès le temps du roi Clovis des vins comparables à ceux de JafFa et d'Ascalon ; leur faisant face, déchiquetées, mamelonnées, deux collines qui ont leur place dans l'histoire : Fontaine, patrie de saint Bernard, où un château disparate a remplacé le manoir des ancêtres du saint ; Talant, ville fortifiée au moyen âge, frais séjour où les duchesses de Bourgogne et leurs enfants se réfugiaient l'été, loin de l'air empuanti des villes. Talant a gardé de ce passé lointain quelques précieux témoignages, une vieille église du xv' siècle, un sépulcre un peu fruste, mais vigoureux, du xvr.

La beauté de ce panorama, remarquable surtout de la montagne de Larrey.est déjà instructive. Mais il est des causes profondes pour lesquelles la « ville aux beaux clochers », comme l'a surnommée Henri IV, est née là, a grandi sans interruption, est devenue de bonne heure un centre politique et économique. N'est-ce pas l'endroit où s'ouvre la voie la plus courte et la plus aisée qui fasse communiquer la vallée de la Saône et du Rhône avec le bassin parisien ? Cette voie, observe E. Reclus, « forme un angle très obtus, dont la métropole de la Bourgogne occupe précisément

le sommet; or, c'est toujours aux coudes des chemins, où les temps d'arrêt sont fréquents, que les voies d'accès convergent en plus grand nombre. » La ligne ferrée de Paris à Lyon et le canal de Bourgogne l'empruntent également, et la seule chose dont on puisse s'étonner, c'est que « Dijon n'ait pas crii plus rapidement en population et en commerce' ».

Les avantages de sa position frappèrent de bonne heure ceux qui eurent la fortune de la posséder, et elle devint la principale ville de la contrée, la capitale de la Bourgogne. Or ce ne sont pas seulement les villes d'industrie qui sont prédestinées à devenir des villes d'art; ce sont aussi les résidences officielles, pour lesquelles la beauté des rues esta la fois un luxe, un besoin, un moyen de gouvernement.

Tel fut le cas de Dijon. A toutes les époques de son histoire, l'art y a été en honneur. Les régimes et les dj^nasties ont pu changer; ils se sont jugés solidaires les uns des autres. Églises allant de l'an mil jusqu'à nos jours, des moines romans sortis de Cluny aux élèves formés par VioUetle-Duc ; palais, hôtels et maisons permettant de suivre pas à pas l'évolution de l'architecture civile du xiv<^ au xx' siècle, voilà ce qu'on observe. Il en résulte que, si Dijon a peut-être moins d'œuvres de premier ordre que certaines villes de France, Rouen par exemple, elle constitue, par cette continuité de l'effort, un musée d'enseignement, une école, et qu'il y a peu d'endroits où l'on puisse aussi bien suivre les destinées de notre art national.

Ville d'art des plus complètes, elle est aussi une des plus originales. Comment en serait-il autrement? Au XV siècle, par suite d'événements politiques connus, elle a représenté à peu près seule la culture française. Tandis que les ateliers de sculpteurs et de peintres, ouverts à Paris sous Charles V, se fermaient devant l'invasion anglaise, ceux de Dijon restaient plus florissants que jamais, et grâce à eux s'établissait ce contact avec l'art flamand-hollandais, qui a exercé un si heureux effet sur le développement de notre Renaissance.

Le puits des Prophètes et le portail de l'église de la Chartreuse, par Claus Sluter, les tombeaux des ducs de Bourgogne — pour ne citer que les chefs-d'œuvre — furent des lieux de pèlerinage, où les compagnons, partis de tous les coins de la France et même de l'étranger, venaient apprendre le dernier mot de leur métier. Il en est peu qui aient exercé une séduction aussi lointaine, et la ville où ils se trouvaient, où ils se trouvent encore, fut, selon l'expression de Courajod, « l'objectif principal,

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