‹ Dijon et BeauneChapitre 2 sur 23 · Iv Reclus, La Ffûiiff. p · texte numérisé non relu

Iv Reclus, La Ffûiiff. p

LES ORIGINES

le point de mire presque unique, le miroir de la sculpture française et de tout l'art de la sculpture en deçà des Alpes ».

Il faut cependant remonter plus haut que le XV" siècle, plus haut que l'époque romane, pour rencontrer à Dijon des traces d'histoire et d'art ; il faut aller jusqu'aux temps des Romains etdesFrancs.

et c'est d'eux qu'il s'agira tout d'abord.

D'après d'anciens historiens, les lieutenants de César, jugeant la rive gauche de TOuche propice au campement d'une légion, 3^ fondèrent, l'an 52 avant notre ère, un établissement bientôt fréquenté par des marchands et des soldats : Aurélien l'augmenta de tem pies si nombreux que le nom de Dijon [Divio) lui fut donné de la quantité de dieux qui y furent rassemblés (^7 divis), et une ville romaine s'éleva, comparable aux plus nobles cités des Gaules, avec son palais impérial décoré d'une frise admirable, ses thermes, ses statues, et le grand monument triomphal « dans le style des Etrusques », cons truit par « des artistes du pays vaincu » pour commémorer les victoires de Bellovèse et de ses compagnons.

Ces affirmations ne reposent sur aucun fondement sérieux. Suivant les hypothèses les plus vraisemblables.

Dijon, auparavant lieu ouvert, peutêtre villa, fut fortifié vers le milieu du III' siècle. Grégoire de Tours, bourguignon par sa mère Armentaria et neveu de l'évêque Grégoire de I.angres dans le diocèse duquel le nouveau castrttiii était placé, le vit trois siècles après, et il l'a décrit compl.aisamment dans une page qui mérite d'être citée :

« C'est une place forte, entourée de murs très solides. Elle est bâtie au milieu d'une plaine riante, dont les terres sont si fertiles et si productives que les champs, labourés une seule fois avant les semailles, n'en donnent pas moins de très riches moissons. Au midi, coule la rivière d'Ouche, qui est très poissonneuse; du nord vient une autre petite rivière (le Suzon), qui entre par une des portes, passe sous un pont, ressort par une autre porte, et entoure les remparts de son eau rapide. Devant cette dernière porte, elle fait tourner des moulins avec une étonnante vélocité.

« Dijon a quatre entrées, tournées vers les quatre parties du ciel; ses murs sont ornés de trente-trois tours. Jusqu'à vingt pieds de haut, ils sont faits de pierre de taille ; le dessus est bâti en moellons. Ils ont en tout trente pieds de hauteur et quinze d'épaisseur. Il y a dans les environs des sources précieuses. Du côté de l'occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes, qui fournissent aux habitants un si noble falerne qu'ils ne font aucun cas des vins d'Ascalon. Les anciens disent que le castrum fut bâti par l'empereur Aurélien ' ».

Les fouilles ont prouvé que l'appareil des murs, formé « de gros gravois mêlés de chaux et battus » et de moellons de pierres blanches liés par un mortier « tellement dur qu'on n'en détache qu'avec peine des fragments », présentait en effet une solidité exceptionnelle, et elles ont ajouté ce détail que les moellons étaient faits de blocs sculptés présentant leur paroi brute au dehors. Le tracé de l'enceinte était cependant moins régulier que Grégoire ne le prétend.

Le mur septentrional, qui commençait vers l'angle de la rue des Forges et delà place Notre-Dame, suivait le mur extérieur du palais ducal sur la place des Ducs, coupait la place Rameau, le théâtre, la rue de Lamonnoye, et venait s'arrêter à trente mètres environ de l'église Saint- Michel. Parti de ce point, le mur oriental traversait Tabside de l'église Saint-Etienne, la rue Legouz-Gerland, et aboutissait dans la maison située rue Chabot-Charny, numéro 39. Là, un nouveau coude signalait l'origine du mur méridional, qui courait parallèlement aux rues du Petit- Potet, de l'École-de-Droit et Amiral-Roussin, séparant en deux le pâté de maisons compris entre ces rues. Le mur occidental avait la rue des Etioux pour fossé, et, à travers l'aile gauche du Palais des Etats, il rejoignait la place Notre-Dame.

C'était une surface de dix hectares environ qui se trouvait circonscrite; mais, au delà, entre les routes de Longvic et d'Auxonne, le cimetière des

I. Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Frnncs, III, ig, traduction Guadet.

LES ORUtINES

Poussots alignait ses monuments funéraires, le long de la grande voie romaine de Lyon à Coblentz construite par Agrippa sous le règne d'Auguste et qui passait à l'est de Dijon.

De cette ville romaine, tout a disparu ou presque tout. Les murailles, où les habitants venaient puiser des matériaux pour restaurer leurs demeures, furent détruites à partir de 1443 sur l'ordre de Philippe le Bon, et il n'en existe sur place que quelques rares fragments : des débris de murs rue Chabot-Charny 49 et 36, et rueHernoux 7 ; des débris de tours rue Longepierre 4, et surtout rue Amiral-Roussin 23 (tour dite du Petit-Saint-Bénigne). Aucun gros monument n'a été reconnu.

Le seul morceau de sculpture intéressant qui ait été conservé est le Bas -relief des Trhimvirs, encastré dans une maison de la place du Premier- Mai. Il est composé de deux parties de provenance différente : au sommet, un bas-relief, de forme rectangulaire, à trois personnages. Octave, Antoine et Lépide. croit-on, qui se partagent le monde, un gobelet à la main, tandis qu'une femme étendue à leurs pieds leur offre des fruits tirés d'une corne d'abondance ; au-dessus et de chaque côté, dans l'attitude de cariatides portant un socle entaillé de masques et de guirlandes, un groupe de deux danseuses, vêtues d'étoffes souples, dont le corps ondule avec une grâce exquise.

D'ailleurs, Dijon n'attendit pas la chute de l'Empire pour se transformer. L'on rapporte que l'apôtre de la Bourgogne, saint Bénigne, aurait été emprisonné, « visité et conforté par N.-S. et ses anges », martyrisé sous Marc-Aurèle dans la tour du vieux castrum qui porte son nom. Il y a beaucoup à dire contre cette histoire. On ne connaît guère de saint Bénigne que le nom, et aucune confiance ne doit être accordée à cette tète de pierre du xii° siècle figurant un évêque coiffé de la mitre orientale qui est censé le représenter, ni à ce cuivre curieux du xv°, où le saint apparaît chargé des instruments de sa passion, 'le crâne fendu par une barre de fer, le corps traversé de deux lances en croix, des alênes aux doigts et les pieds scellés dans la pierre. Mais, que la tradition soit exacte ou non, le résultat est le même.

Du lY" au vir siècle sont fondées, sur des emplacements qu'elles n'ont cessé d'occuper, les premières églises : à l'intérieur des murs, Saint-

Stèle gallo-romaine (Musée archéologique).

LES ORIGINES

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Ktienne ; à l'extérieur, Saint-Jean, qui servit de refuge à Chramne rebelle, Sainte-Paschasie, qui occupait le terrain de l'église actuelle de Saint-Philibert, Saint-Bénigne, bâti entre 520 et 530 par Grégoire, évêque de Langres.

Les dispositions de ces <( basiliques » sont à peine connues. Grégoire de Tours rapporte qu'elles avaient un atrium, une abside, et que de saints personnages y reçurent leur sépulture, dans des sarcophages immenses, dont quelques-uns en marbre de Paros. En tout cas, elles ne durèrent pas longtemps, car en Bourgogne, comme dans le reste du pays, les années qui suivirent la mort de Charlemagne furent dures pour l'art religieux. Sans doute, Dijon, protégé par ses fortes murailles, résista, mieux que d'autres cités, aux attaques des Normands; l'on raconte même que, dans leur course folle à travers la France, les moines, emportant sur leurs épaules les corps sacrés confiés à leur garde, trouvèrent en cette ville l'asile « inexpugnable » qu'ils cherchaient pour déposer leurs précieux fardeaux. La décadence matérielle et morale du clergé.

l'âge et les vices de construction des anciens sanctuaires n'en provoquèrent pas moins leur chute totale ou partielle. Dès le règne de Louis le pieux, Saint-Bénigne menaçait ruine. En vain l'évêque Isaac de Langres entreprit son relèvement; en vain Charles le Chauve mérita par ses dons généreux d'être appelé dans le Nécrologe de l'abbaye « le Seigneur Charles, glorieux réédificateur de ce lieu [huj'iis loci recdificator). » Un diplôme de cet empereur, daté du 21 juillet 870, nous apprend que le monastère de Saint-Bénigne « jadis peuplé d'une troupe de moines, est maintenant affaibli et presque anéanti. »

Aussi bien, Dijon n'a gardé de l'époque mérovingienne et carolingienne aucun morceau d'architecture, sauf peut-être à Saint- Bénigne, les assises de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, avec des entrelacs aux fenêtres, et au mur l'inscription chrétienne du moine Turpericus intercalée dans le D. M. des païens.

Stèle gallo-romaine (Musée archéologique)

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