PSALM., LXXIX
évangile: « Anno qaintodeclnio, etc. » 113
sauvés (1). — Aie pitié de nous, nous t'attendons (2). — Regarde, nous sommes ton peuple (3). Que ne déchires-tu les cieux ! Que ne descends-tu vers nous (4). — Cieux, répandez votre rosée et que les nuées pleuvent le juste (5). — Que la terre s'entr'ouvre et germe le Sauveur (6). — Envoie, ô Jéhovah, l'Agneau dominateur de la terre (7). — Ah ! il va venir, il ne tardera pas (8). — C'est notre Dieu ; nous l'avons attendu, il nous sauvera » (9). — Semhlables à ces murmures, à ces bruits, à ces explosions de voix qui animent la nature aux approches de l'aurore,
(1) Ostende faciem tuam et salvi erimus (/6/<i).
(2) Miserere nobis, Domine, miserere nobis. (Tob., cap. viii).
(3) Domine, miserere nostri, te enim expectavimus. (IsAi.^ cnp. XXXIII, 2).
(4) Utinam dirumperes cœlos et descenderes {Ibid. cap. Lxiv, 1).
(o) Rorate cœli desuper et nubes pluant justum (Isai., cap. XLv, 8).
(G) Aperiatur terra et germinet salvatorem [Ibid).
(7) Emitte agnum, DoMiine, dominatorem terrœ (Isai., cap. XVI, 1),
(8) Veniet et non tardabit (Habac, cap. ii, 3).
(9) Expectavimus eum et salvabit nos. (Isai., cap. XXV, 9).
114 AVEXT, QUATRIÈME DIMANCHE
les prières deviennent plus pressantes à mesure que les temps s'avancent. Les désirs sont au comble à l'heure où le vieux Zacharie entonne son Benedichis.
Ne croyez pas, mes frères, que ces désirs soient tellement propres au peuple de Dieu que le reste de la terre les ignore. Israël espère mieux, c'est vrai, parce que ses promesses sont plus certaines et plus précises ; mais grâce à ses pérégrinations et à ses malheurs, les oracles ont pénétré partout et l'on peut voir chez tous les peuples une agitation sainte ; ils comptent sur Tavenir. L'Orient et l'Occident, les grandes villes, les steppes barbares, les forets sauvages, les îles égarées et les lointains continents, attendent sous des noms divers, et sous des figures altérées le libérateur universel. Les prêtres avivent cette espérance et les sages la confirment. «11 faut, dit Platon par la bouche de Socrate, que quelqu'un vienne nous instruire de la manière dont nous devons nous conduire envers les dieux et envers les hommes » ; à quoi Alcibiade répond : « Quand viendra ce temps ?
ÉVANGILE : (( Anno quintodecimo, etc. » 115
Oui nous enseignera ces choses ? J'ai un désir ardent de connaître ce quelqu'un » (1). Enfin, sur le seuil du nouvel âge, Virgile chante en ces termes l'espoir de l'univers :
« Les temps annoncés par Toracle sont arrivés.
L'ordre immense des siècles se renouvelle,
Un nouveau-né est envoyé des cieux.
11 prendra vie au sein delà divinité,
Il verra les héros mêlés aux dieux et sera lui-même distingué par eux.
Il gouvernera l'univers apaisé par les vertus de son père.
L'heure a sonné, viens prendre tes grands honneurs,
Viens, cher fils d'un Dieu, grand rejeton do Jupiter !
Regarde devant toi, le globe s'incline et te salue.
La terre, la mer immense, le ciel profond,
Regarde, tout est en joie à l'approche du siècle qui vient » (2).
Le libérateur est attendu. N'oubliez pas, mes frères, que c'est le Fils de Dieu. Il couvre son infinie majesté du voile de notre nature
(1) Platon, Alcibiade n (•2) ViRHiL., Er/log. iv.
et s'abaisse jusqu'à nous. Par conséquent, il va falloir imposer au genre humain la foi au profond et incompréhensible mystère d'un homme-Dieu, mystère que les humiliations, les souffrances, la mort du rédempteur rendront plus profond, plus incompréhensible encore, et, disons-le sans crainte, plus répugnant. Une apparition subite, un témoignage inattendu pouvaient- ils suffire à cette œuvre difficile ? J'entends bien que Dieu n'est pas à court de ressources et qu'il peut secrètement émouvoir les âmes pour les attirer à son fils ; mais je comprends mieux qu'il respecte la liberté de l'homme et qu'il offre à sa raison une preuve saisissante qui, sans lui faire comprendre le mystère, lui donne l'assurance que c'est un fait accompli. De cette manière il engage fortement notre responsabilité soit dans l'acceptation, soit dans la résistance, et son Fils ne risque pas une fausse entrée que compromettrait sa sainte majesté. Or, mes frères, cette preuve saisissante, qui doit convaincre la raison avant que la foi la prosterne devant le mystère adorable
ÉVANGILE : (( Anna quintodeclmo, etc, » 117
que lui propose rincarnation réparatrice, c'est la preuve des prophéties. Dans le vaste champ des siècles Dieu sème les oracles, il dirige et fait converger vers son Fils le mouvement sacré de l'inspiration. Ce mouvement progresse à mesure que le temps s'avance, et quatre siècles avant Tlieure bénie de Tapparition il ne manque rien au tableau propliétique de la personne, de la vie, de l'œuvre, des triomphes du Verbe rédempteur. L'humanité attend une manifestation grandiose. Si le Fils de Dieu n'est pas reconnu il ne faudra s'en prendre qu'à l'aveuglement des passions ; car, de son côté. Dieu a fait tout ce qu'il était possible de faire pour introduire dans le monde une si grande majesté. Les oracles sont nombreux ; tant mieux : leur confrontation avec la réalité promise n'en sera que plus convaincante. Les oracles sont placés à de longues distances sur l'échelle des âges ; tant mieux : il sera plus impossible de découvrir dans leur admirable liaison des attaches naturelles. Ces oracles, un siècle à l'avance, un sei)l prophète aurait pu les lancer sur le
monde tels que vous venez de les entendre, c'eût été une merveille digne de la majesté du Fils de Dieu, mais, pour renforcer la preuve qu'en doit tirer notre raison et se prémunir contre les discussions de l'orgueil et de la mauvaise foi, Tindustrieuse Providence les sème à travers de longs âges, afin qu'après avoir rassemblé tous les fragments épars de cette mosaïque nous ne puissions plus, sans folie et sans crime, refuser de reconnaître comme Tenvoyé du ciel, le libérateur du genre Immain, le Dieu Sauveur, celui qui en reproduira dans sa personne, sa vie et son œuvre, l'exacte ressemblance. Aucune pièce de cette mosaïque prophétique ne se perdra, car un peuple protégé la garde avec un soin jaloux, et aux heures où l'oubli envahit sa mémoire, les merveilleuses interventions de la Providence lui rappellent le dépôt qui lui est confié. Bref, le Sauveur est attendu, les oracles qui Tannoncent sont les signes auxquels on doit le reconnaître, et quand il apparaît dans le monde, tout est prêt pour le recevoir.
évangile: « Anno guintodeclmo, etc. » 119
Nous remarquons, dit saint Thomas, que les actes typiques par lesquels Dieu amène les choses à leur point suivent un ordre progressif qui va du moins parfait au plus parfait (1). La création ne s'est point faite tout d'un coup; à la matière confuse a succédé la matière ordonnée, dans la matière ordonnée la vie est éclose, et la vie, rudimentaire et ohscure dès le principe, a été peu à peu développée et perfectionnée pour former les règnes, les embranchements, les familles, les genres, les espèces. Bien que la science n'ait pu mesurer encore d'une manière exacte le temps de l'action créatrice, ni définir tous les maniements qu'a subis le monde avant que Dieu le jugeât digne d'être le palais du roi des créatures, elle ne nous laisse aucun doute
(1) Non fuit conveniens statim posl peccatum Deum incarnari... propter ordinem promotionis in bonum secundum quem ab imperfccto ad periectum proceditur {Sunim. TheoL, III p, quœst. I, a. 5)
sur la vérité d'une longue et patiente opération qui a mesuré sagement les délais pour nous faire suivre et admirer ses progrès. Tout est bien quand Thomme va paraître, tout est parfait quand il prend possession du monde : Ciincta siinl valde bona.
Or, Messieurs, si Dieu, par égard pour la dignité de l'homme, a cru devoir procéder lentement à la préparation de sa demeure, si, dans un monde où personne ne pouvait contester l'empire du maître, le Tout-puissant s'est plu à multiplier et à grandir petit à petit les essais et comme les promesses de cette vie plus haute et plus noble qui étaii appelée à régner sur les autres vies, s'il a pensé que les cataclysmes étaient nécessaires pour asseoir le trône et étendre la domination de sa créature privilégiée, que ne devait-il pas à la majesté de son Fils? L'introduire dans le monde par une surprise, c'était méconnaître sa grandeur non moins que l'ordre accoutumé des actes providentiels. A la venue du Verbe incarné, il fallait une préparation en harmonie avec la dignité de sa
ÉVANGILE : « Anno guintodecimo, etc. » 121
personne et avec l'importance de l'œuvre qu'il devait accomplir. Puisque le monde matériel a été si longuement et si puissamment manié et révolutionné pour être digne de recevoir l'homme-roi à qui il a été dit : Domincnuini, SLibJicite, comment croire que le monde moral n'ait eu à subir aucun travail pour passer sous la domination de riiomme-Dieu à qui le Seigneur a dit : Je te donnerai les nations pour héritage : Dabo tibi gentes hœreclllatem tiiam. Dieu a donc travaillé le monde pour y préparer la venue de son Fils.
Quand le genre humain, dépositaire de la promesse miséricordieuse faite à son premier père, eut corrompu ses voies. Dieu se choisit un peuple, qu'il appela son peuple, et fit de sa vie le mystérieux courant dans lequel les desseins de la Providence devaient s'acheminer vers leur accomplissement. Il le sépare de toutes les nations en la personne de son fidèle Abraham, il dépose en son sein le germe sacré du Rédempteur, et en même temps qu'il multiplie les oracles comme vous venez de le voir, pour soutenir et grandir ses espé-
rances, il prodigue les merveilles pour le rendre inexterminable. Il charge ses anges de guider les pas des patriarches et de faire respecter leur tente voyageuse. Il exalte un de leurs enfants et le fait asseoir près du trône des Pharaons, pour sauver la race de la famine, assurer la multiplication des tribus et les initier à la civilisation. Il arme les mains de Moïse de fléaux, pour mettre fin à la dure captivité d'Egypte. Il entrouvre les mers pour sauver le peuple fugitif et fait pleuvoir du ciel un pain miraculeux pour le nourrir au désert. Il lui donne sa loi dans une tempête de gloire. Il renverse les murailles et arrête le soleil pour lui assurer la conquête de la terre promise. Il suscite des guerriers, des femmes héroïques, des anges exterminateurs pour le délivrer de ses ennemis. Et, lors même qu'il le chiUie par des dispersions et des esclavages, il entretient dans son cœur Tinébranlal)le espoir du retour dans la patrie et de la divine reprise de sa mission. Chose prodigieuse ! les fléaux et les gigantesques collisions qui font disparaître autour de lui les
ÉVANGILE : « Anno qiilnlodecimo, ClC. » 123
petites et les grandes nations ne peuvent rien contre son impérissable vie. Il use sur son corps mutilé les forces des royaumes et des empires. Les colosses s'écroulent et lui reste debout, l'âme toujours tendue vers le libérateur qui doit venir et qu" il porte dans son sang.
Jetez un regard, je vous prie, sur les catastrophes, à la fois terribles et bienfaisantes qui bouleversent autour de lui le monde et l'agitent lui-même sans le briser, comme un vase précieux destiné à répandre partout le parfum de ses croyances, de ses promesses et de ses espérances. — La vieille Egypte si iière de la fertilité de ses champs et de la richesse de ses villes, de la science de ses prêtres et delà gloire de ses Pharaons, grands jusque dans la mort, de la sagesse de ses institutions et de la puissance de ses armes, qui ont épouvanté les rivages de l'Indus, « la vieille Egypte, ditBossuet, finit par marcher enivrée, étourdie et chancelante, parce que le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils : elle ne sait plus ce qu'elle fait.
124 AVEXT. QUATRIÈME DIMANCHE
elle est perdue » (1), et devient successivement la proie facile d'un Sabacon et d'un Cambyse. Sur les bords du Tigre, Ninive est bâtie, c'est l'héritage du fils de Nemrod. Marchez, Ninus, à la tête de votre million de guerriers, ravagez dans vos promptes expéditions l'Inde et l'Egypte, agrandissez votre capitale aux quinze cents tours, donnez à son enceinte trois journées de marche! Et vous, illustre Sémiramis, bâtissez les villes et taillez les monts ! Viennent ensuite des rois valeureux, tout cela va finir par un voluptueux qui d'avance a gravé sur son tombeau cette épitaphe impie : « Passant, écoute le conseil de Sardanapale, fondateur des cités : mange, bois, jouis, tout le reste n'est rien ». L'empire ninivite tombe aux mains d'Arbace et de Bélésis qui se le partagent. }.Iais Ninive s'écroule bientôt sous les coups de Babylone sa rivale. La voyez-vous cette ville superbe dont le nom passera à la postérité la plus reculée pour signifier immensité, splendeur et corruption ! Comme elle est fièrement assise sur les
{[) Discours sur lliisloirc universelle, 3""= partie, cli. viii.
ÉVANGILE : (( Anno qniniodecimo. etc. » 125'
bords de son Euphrate qui la traverse et l'entoure de ses bras protecteurs ! Comme elle est pleine de merveilles que rien n'égale, ni n'égalera jamais peut-être ! Gomme elle se glorifie de ses palais, de ses temples, de ses jardins suspendus, de ses bois sacrés, de ses énormes murailles, de la multitude qui s'agite en son vaste sein, du génie de ses rois, de l'audace de ses capitaines, de la vaillance de ses soldats, de la science de ses devins, de la protection de ses dieux î Le grand Nabuchodonosor contemple avec orgueil tant de splendeurs ; de la terrasse de son palais, il insulte à la fortune d^s nations, à la majesté de Dieu lui-même. Regarde bien vite, roi insensé ! Balthasar est dans ton sang et Cyrus est prédit. Il ne faudra qu'une nuit pour faire passer ton empire aux mains des Perses. Les Perses triomphent : maîtres de l'Asie, ils portent en Afrique leurs arm.es victorieuses. Un instant ils espèrent la conquête de l'Europe et du monde entier; mais la Grèce commence à user leurs forces. Unifiée par l'astuce de Philippe, elle remet ses destinées aux mains
d'un héros. Les jours de la Perse sont comptés. Bien que Darius soit juste, vaillant, courageux, aimé de ses peuples, il ne peut tenir pourtant contre une audace que dirige le génie et que pousse en avant une ambition démesurée. Alexandre vainqueur sous les murs d'Issus et dans les champs d'Arbelles, triomphe à Babylone et poursuit sa marche jusqu'aux rivages de l'Indus. La terre stupéfaite ne répond à ses victoires que par son silence. Mais voilà qu'il s'éteint dans une orgie, avec lui s'éteignent sa race et son empire. Toutes les bêtes de la vision prophétique se sont mangées l'une après l'autre. Le dernier festin reste à la dernière bête que Dieu prépare depuis sept siècles. Rome s'élance. Dans ses bras de fer, elle étouffe, l'un après l'autre, les royaumes agonisants et couverts encore des plaies saignantes que leur a faites sa rude épée. Plus vorace que les animaux qui l'ont précédée sur le chemin des siècles, elle prend tout: les chefs-d'œuvre, les lois, les coutumes, les hommes, les dieux. — Elle est maîtresse. Quels événements ! quelles catastrophes !
ÉVANGILE : (( Anno quintodecimo^ etc. » 127
Mes frères, une philosojDhie vulgaire ne veut voir dans ces événements et ces catastrophes que le jeu des passions et de la fortune; une philosophie plus haute et plus saine y adore les coups de la justice divine; les voyants que la foi éclaire, y admirent les préparations de Dieu dirigeant les révolutions du monde vers l'arrivée du Promis. Remarquez, je vous prie, que ces grands empires, qui se succèdent heurtent tour à tour contre le peuple de Dieu, le brisent et le dispersent. L'Egypte a déjà reçu la visite d'Abraham et des fils de Jacob. Ses armées victorieuses viennent prendre des captifs en Israël, et, après la ruine de Jérusalem, le vieux Jérémie va pleurer sur les bords du Nil avec ses compagnons d'infortune. Jonas prêche à Ninive, Salmanazar y emmène en exil les dix tribus séparées, et les rois d'Assyrie contemplent avec admiration les vertus des Tobie. Nabuchodonosor prend ce qui reste du peuple juif. Ezéchiel et Daniel prophétisent au cœur de son empire, et sur les bords des fleuves babyloniens les enfants de Sion pleurent leurs in-
fortunes et chantent leurs espérances. Gyrus commence la délivrance; Assuérus épouse la belle Esther. Alexandre s'arrête pénétré de respect devant la majesté du grand prêtre Jaddus et va au temple de Jérusalem adorer Jéhovalî ; un de ses successeurs fait traduire en grec les livres saints*. Enfin Rome passe un traité d'alliance avec les Macliabées. Dispersés parles catastrophes, les Juifs ont laissé partout des frères qui les rappellent; de là cette fièvre de voyages, ces allées et venues qui remplissent les deux derniers siècles. Les enfants de Jacob ont leurs quartiers jusqu'au centre de Rome. Avec eux ils emportent leurs oracles, les gentils peuvent en prendre connaissance, réveiller leurs souvenirs, corriger leurs traditions et s'unir à Tespérance du Libérateur. C'est donc avec raison que j'ai appelé les catastrophes solennelles et bienfaisantes. D'autant, mes frères, qu'en opérant la diffusion des promesses divines elles préparent leur accomplissement. Tous ces peuples écroulés sont comme des stratifications sur lesquelles s'appuie l'universelle domination
ÉVANGILE : « Anno cjuintodecimo, etc. » 129
du peuple-roi. Les lumières de la civilisation, partout répandues, vont entourer le Libérateur d'une auréole qui ne permettra pas à rimpiété des siècles futurs de contester son existence. L'univers, ployé sous un seul pouvoir, comprendra mieux l'universel pouvoir du Christ sur les esprits. Les grands chemins ouverts par les généraux et les proconsuls, serviront aux apôtres de la bonne nouvelle. Et l'empire lui-même, l'empire converti un jour dans son chef, proclamera le règne du Sauveur et lui cédera sa capitale.
Tout est prêt ; les préparations de Dieu sont achevées ; aux hommes maintenant de se préparer. — Esprit de Dieu qui avez inspiré les oracles et provoqué les désirs de l'humanité, allez au désert ; emparez-vous de l'âme du dernier des prophètes ; l'heure de sa prédication a sonné. — C'est fait : Faclum est Verbiim Domini super Joannem in deserto. Jean-Baptiste, plein de l'Esprit-Saint, prêche à tous le baptême de pénitence. — Celui qui doit venir est au milieu de vous, dit-il, et je ne suis pas digne de délier les cordons de sa
130 AVENT. — QUATRIÈME DIMANXHE
chaussure. Il va frapper à la porte de vos âmes et demander à entrer, mais il n'entrera que si vos âmes sont purifiées par la pénitence. Préparez donc sa voie : Parafe viam Domini. 0 Juifs charnels ! remplissez de pieux désirs et de saintes aspirations les abîmes de convoitise où s'agite l'amour des biens terrestres et des prospérités temporelles. Ce sont des biens célestes et des grâces spirituelles que vous apporte le Sauveur : Omnis vallis implebiiur. — 0 Juifs orgueilleux! renversez ces montagnes de superbe, faites du vain espoir d'un libérateur qui doit vous donner l'empire matériel du monde. Humiliezvous comme le Fils de Dieu s'humilie pour s'abaisser jusqu'à vous: Omnis mons et collis hiimiliabitur. — 0 Juifs pointilleux et formalistes ! renoncez à ces interprétations tortueuses de la loi qui la dépravent et la détournent du droit chemin par lequel la figure aboutit h la réalité : Evant praua in direcla. — 0 Juifs égoïstes ! corrigez cette âpre fierté et cet esprit d'exclusivisme qui vous porte à croire que vous êtes pour jamais Tunique
ÉVANGILE : « Anna qainlodecimo, etc. » 131
peuple de Dieu et qui écarte les nations de la voie du salut : Et aspera in vias planas. Le temps du privilège est passé. Le promis de Dieu ne veut faire qu'un seul empire, qu'une seule Église. Toute chair doit voir son Sauveur et être délivrée par lui du péché : Et videbit oninis caro salatare Dei.
J'ai fini, mes frères, l'interprétation de notre Evangile, je ne vous quitterai pas sans vous prier de le faire passer dans vos âmes. Cest à vous aussi bien qu'aux auditeurs de Jean- Baptiste que s'adresse ces paroles : Parate viani Doniini. Par une miséricordieuse persévérance du bon vouloir de Dieu qui poursuit eu toutes les âmes son œuvre de délivrance et de salut, l'avènement du Sauveur se renouvelle spirituellement tous les jours, et particulièrement en ce saint temps. Les âmes justes comptent sur cet avènement.
Eveillées par de douces promesses remplies d'amoureux désirs, elles attendent un accroissement de la sainte intimité qui les unit au cher Fils de Dieu. Mais combien d'âmes pécheresses laisseront passer avec indifférence
les joyeuses fêtes de la Nativité du Sauveur! Et pourtant, elles sont instruites par une longue expérience de leur faiblesse et de leurs égarements ; elles sentent le besoin d'un acte sauveur qui les délivre de la honte du péché et leur rende la paix de la conscience. Dieu les appelle et leur promet son amitié. Sa sage Providence a peut-être multiplié dans leur vie les catastrophes intimes qui détruisaient, Tun après Tautrc, tous les objets capables de les charmer. Les préparations divines sont achevées en elles, pourquoi tardent - elles à se préparer ? — O chères âmes, je vous en prie, préparez la voie du Seigneur : Parafe viam Domini. Comblez par le repentir les abîmes qu'ont creusés vos convoitises. Abaissez cet orgueil que révoltent les salutaires humiliations de la pénitence ; redressez vos habitudes perverses, débarrassez le chemin qu'encombrent vos fautes. Justes, pécheurs, préparez-vous ; et puisse cette parole du prophète être vraie pour tous : ^ Toute chair verra le salut de Dieu : Et videbit omnis caro salutare Dei ».
Évangile: « Missus est Angélus, etc. »
In illo îempore, missus est Angélus Gabriel a Deo in civilatem Galilœœ, ciii nomen Nazareth, ad virginem desponsalam viro,ciii nomen eral Joseph^ el nomen Virginis Maria. El reliqiia.
Mes Frères,
« En ce temps-là l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, nommée Nazareth, vers une vierge épousée par un homme qu'on appelait Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie. L'ange s'étant introduit chez elle lui dit : — Salut, pleine de grâce : le Seigneur est avec vous : vous êtes bénie entre toutes les femmes ».
Voilà, mes frères, tout l'évangile de ce jour, et trois mots de cet évangile résument le mystère de grâce que l'Eglise propose à nos hommages et à nos pieuses méditations dans la bienheureuse fête de Tlmmaculée Conception : Ave, Graiia plena. — Marie est pleine de grâce, non seulement à l'heure où renvoyé du ciel la salue, mais à toute heure de son existence terrestre. L'éminente sainteté que l'ange vénère en elle n'est que l'épanouissement du germe sacré qui préserva sa conception de toute souillure, et d'oii devait sortir tout un monde de perfections. L'Immaculée Conception ! — Singulier privilège qui distingue Marie entre toutes les créatures humaines, pour préparer son exceptionnelle grandeur, grâce unique que l'âme chrétienne salue respectueusement avec l'ange et chante avec amour.
Nous ne rougissons point de cette admiralion et de cet amour, bien qu'on nous reproche parfois d'exagérer notre culte à l'égard de la Très sainte Vierge et de méconnaître, sur ce point, l'austère tradition des premiers siècles
ÉVANGILE : « AI ISSUS esl Angélus^ etc. » 137
de l'Eglise. Ce reproche suppose l'ignorance compliquée d'une méprise : ignorance de la tradition et de notre véritable enseignement, méprise qui nous attribue les extravagances d'une piété mal éclairée. Nous ne sommes point responsables de ces extravagances, mais seulement de nos principes et des conséquences que nous en tirons. Or, il est un prin- -' cipe fécond que la théologie exploite" depuis plus de dix-huit siècles, et qu'elle exploitera jusqu'à la fin des temps pour stimuler la foi et l'amour du chrétien. Ce principe le voici : Marie est mère de Dieu. A ce titre elle est si hautement placée dans le plan divin, si profondément engagée dans le mystère de l'Incarnation réparatrice, si intimement liée à l'œuvre et aux destinées de son fils qu'on ne saurait ni assez l'admirer, ni assez l'aimer, ni assez rhonorer. Remarquez bien, je vous prie, le sage procédé de la théologie et la haute raison de l'enseignement catholique. Nous n'allons point chercher la maternité divine à travers des grandeurs et des privilèges imaginaires ; mais sur ce fait unique, prodigieux,
inexprimablement noble et beau : Marie est mère de Dieu, nous construisons tout Tédiiîce de sa gloire.
C'est dans le fait de la maternité divine que nous allons chercher les convenances de la grâce primordiale dont Marie est honorée, après quoi nous étudierons l'excellence et les effets de cette grâce dans sa nature purifiée.
O Vierge sainte, bénissez ma parole et ouvrez Tâme de ceux qui m'écoutent à Tintelligence de ce mystère, afin qu'ils puissent en recueillir et s'en appliquer avec fruit les salutaires enseignements. Ave Maria.
Vous connaissez, mes frères, la loi qui pèse sur notre nature déchue, loi de mort en vertu de laquelle tout rejeton de la race humaine naît privé de la sève surnaturelle qui animait originairement notre premier père, et devient un enfant du péché. Cette loi n'excepte personne, si ce n'est le Dieu qui, en prenant
ÉVANGILE : « J\J ISSUS est Anfjeliis, etc. » 139
notre chair, écarta de sa conception la puissance active par laquelle toute chair est engendrée. Quiconque naît de cette puissance en reçoit la mort en même temps que la vie. Marie n'était point exempte par nature de ce funeste héritage. Enveloppée, comme toute créature humaine dans le courant de la génération, elle devait fatalement être saisie par le courant du péché. Quand je lis sa généalogie, je crois entendre comme un hruit sinistre, semblable à celui d'un fleuve fangeux dont les flots se précipitent, après avoir mêlé à l'onde pure qu'ils reçoivent des blanches neiges le limon des champs par eux dévastés. Depuis Adam jusqu'à Joachim, chaque nom des généalogies, comme une vague plaintive, murmure ces paroles des saints livres : Ecce enim in iniqiiitalibus concepius siim et in peccatis concepii me maler mea (1). Voici que j'ai été conçu dans l'iniquité et ma mère m'a conçu dans le péché. — Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort : Per iiniim hominem peccaliim