‹ Dimanches et fetes de l'AventChapitre 3 sur 16 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre grande angoisse des peuples, etc ».

L'Eglise nous rappelle, au commencement et à la fin de son année liturgique, les prophéties lugubres du jugement dernier, comme pour nous garantir contre l'excès des joies, des consolations et des espérances que nous donnent les grands mystères tour à tour célébrés par elle. Le Verbe de Dieu a pris notre nature: Et verbum caro factum est. Il a habité parmi nous : et habitavit in nobis. On l'a vu en cette vallée d'exil et il a conversé familièrement avec les enfants des hommes. In terris visas est et cum hominibiis conversatus est. Ses délices sont de demeurer au milieu d'eux : Deliciae mese esse cum fîliis hominum. Quelle joie ! Il a noyé le péché dans son précieux sang, il

nous a mérité la grâce du pardon, il a réconcilié le monde avec Dieu offensé, de maudits que nous étions il a fait de nous des fils de bénédiction, il nous offre dans nos tribulations, nos chagrins, nos douleurs, sa croix pour appui, ses plaies pour refuge ; son cœur est toujours prêt à parler à notre cœur ; — quelle consolation ! — Il est ressuscité et nous a donné dans la gloire de son corps revivifié le gage de nos destinées. Il est monté aux cieux pour nous y préparer une place. Pontife éternel il montre à son divin Père sa chair martyrisée et ne vit là-haut que pour intercéder en notre faveur : Semper vivens ad inlerpellandiim pro nobis. Il nous communique son Esprit, il prépare en nous par la vertu de sa chair adorable notre future résurrection. — Quelles espérances ! — Mais parce que, ces joies, ces consolations, ces espérances pourraient produire dans nos âmes une sorte d'enivrement funeste qui dégénérerait en présomption et engendrerait, peut-être, Toubli du devoir, notre prudente et pieuse mère TEglise a soin d'offrir à nos méditations les vérités

évangile: « Erani sif/na, etc. » 7

terribles du jugement, afin que nous sachions une fois pour toutes que notre salut doit s'opérer dans le tremblement et que la crainte est le commencement de la sagesse, selon cette parole du Psalmiste : Initium sapienliae iimor Dominl. J'entre donc à pleines voiles dans Tesprit de l'Eglise en vous annonçant aujourd'hui le jugement. Daigne nous bénir et nous assister la très sainte Mère qui sera un jour notre avocate auprès du divin juge. Ave Maria.

L'Apôtre saint Paul a dit : « Tout homme doit mourir ; après cela le jugement : Slahiiain est omnibus hofminihus semel mori^posl hoc autem j udicium (1) ». — C'est la loi : slaluhim est ; on n'échappe pas plus au jugement qu'à la mort, et, entre ces deux choses, la justice divine ne nous accorde aucun délai.

Investi du souverain pouvoir de prononcer sur notre sort éternel, le Fils de Dieu vient au devant de nous, et nous attend près de la

(1) Heb., cap. rx, 27,

porte sombre par où l'âme, tremblante et fatiguée des luttes de l'agonie, sort de ce monde. En un instant nous sommes pénétrés d'une clarté divine qui nous révèle notre état ; en un instant nous sommes convaincus et nous sommes saisis par une irréformable sentence qui nous fixe dans Téternité que nous avons méritée.

Horrible entrevue pour le pécheur ! Et ce n'est pas la dernière. Dieu a pensé que le jugement particulier, dans lequel Tâme comparaît seule au tribunal de Jésus-Christ, ne suffisait pas à la manifestation de sa justice et à la réparation de Thonneur de son Fils ; il a fait annoncer par ses prophètes, et le Sauveur, lui-même, nous a prédit un jour de colère qui rassemblera l'humanité tout entière en un même lieu, pour être jugée une seconde fois et publiquement.

C'est de ce dernier jugement que je veux vous entretenir, mes frères. D'abord, j'emprunterai aux saintes Lettres la terrible peinture des catastrophes qui doivent le précéder, en second lieu je vous exposerai les raisons qui

ÉVANGILE : « Eriint signa, etc. » 9

expliquent et justifient ce solennel et extrême déploiement d'action judiciaire de la part de Dieu et de son Christ.

Il s'accomplit, d'habitude avant la mort d'un homme, une révolution dans laquelle s'épuisent ses forces : dernière crise de la nature, dernier combat de la vie, sinistre avantcoureur du départ de l'âme et de la dissolution du corps ; — l'homme est malade. Tous ceux qui le voient attendent, avec anxiété, la prochaine catastrophe qui le doit emporter.

Ainsi en sera-t-il du monde avant la fin des temps. On verra apparaître, dans sa robuste constitution et dans ses harmonieux mouvements, des signes de décadence, auxquels s'ajouteront de nouveaux signes, de plus en plus menaçants et terribles, jusquà l'entière explosion de la colère de Dieu sur la nature infestée par le péché, et tombée, avec l'homme, sous les coups de cette sentence : « Tu mour-

ras de mort : Morte morieris ». Le monde sera malade, c'est-à-dire qu'on remarquera en lui je ne sais quelle lassitude et quel dégoût de la vie : une agitation étrange, des troubles singuliers, des nausées mystérieuses, des défaillances jusqu'alors inconnues. Il sera plongé dans une telle angoisse qu'à chaque instant il semblera prêt à passer.

Mais précisons. A quels signes certains reconnaîtra-t-on la dissolution prochaine de la nature et l'arrivée imminente du souverain juge de riiumanité ? A quels signes, mes frères ? — Je ne les inventerai pas : les fantaisies de l'imagination la plus ridàe seraient moins lugubres et moins effrayantes que les prophétiques descriptions du Sauveur luimême, consignées dans l'Évangile.

Ecoutez-les :

« Audiliiri eslis prœlia et opiniones prselioram : Vous entendrez le bruit des combats, partout On parlera de guerre... Mais ce n'est pas encore la fin : Sed nundum est finis » (t).

(1) Matth., cap. XXIV, 6.

évangile: « Eriint signa, etc. )> 11

— Il ne s'agit plus de ces mesquines collisions dont les peuples nous ont donné jusqu'ici le spectacle. Ce ne sont plus deux athlètes ambitieux et acharnés, se disputant un lambeau de pays ou l'honneur de la domination, pendant que l'univers tranquille les regarde derrière les retranchements de sa neutralité ; mais, agitées toutes ensemble par une fureur jalouse, « les nations se dresseront Tune contre l'autre ; et plutôt que d'être écrasés sous le poids de leurs voisins, les royaumes se jetteront sur les royaumes, et leur mutuelle puissance volera en éclats : Consurçjet enim gens in genleni et vegnuni adversus regnum » (1). Le sabre, l'épée, la lance, la baïonnette, les balles, les boulets, la mitraille, dont la besogne est si terrible pourtant, feront place, sans doute, à je ne sais quel engin de destruction^ dans lequel l'enfer, par une permission divine, aura condensé son génie, depuis le commencement appliqué à la ruine du genre humain.

(1) Matth., cap. XXIV, 7.

Et cette monstrueuse invention ne suffira pas. La faucheuse, qui abat chaque jour quatre-vingts ou cent mille hommes, appellera encore à son aide. « Après la guerre, la peste ; après la peste, la famine : Et eriint pesiilentiœ et famés » (1). On verra les pâles humains errer de tous côtés, demandant à l'air et à la terre la vie qu'ils leur refusent. Le sol qui les porte trahira leur dernier espoir ; ils ne pourront mourir couchés, car la terre, frappée à coups redoublés par des forces invisibles, s'ouvrira pour les engloutir : « Et eriint terrœ motus per loca » (2).

Ce n'est encore que le commencement des douleurs : « Hœc autem siint initia dolorum ». Faites bien attention, voici l'agonie qui commence.

Au sein des temples profanés, les faux prophètes et les faux Christs achèvent de séduire les peuples épouvantés. La foi se voit à peine au milieu de la perversité générale, et alors apparaissent les derniers signes.

(1) Matth., cap. XXIX. 7.

(2) Ibid.

évangile: « Erunt signa, etc. » 13

« Le soleil, vie de notre globe, lassé d'éclairer nos iniquités, le soleil s'obscurcit ; en même temps la lune refuse sa lumière. A travers l'espace en deuil, les étoiles blafardes tombent de toutes parts et les forces des cieux sont ébranlées. Sol obscurabitiir^ et liina non dabit lumen siiiim^ et stellœ cadent de cœlo, et virilités cœloriim commovebuntiir (1). Oui, ce firmament magnifique, honneur et joie de nos belles nuits, tombera tout à coup dans la plus épouvantable confusion. Les astres, comme pris de vertige, se jetteront l'un sur l'autre, semblables aux hommes ivres qui sortent d'une orgie. Les lois merveilleuses qui les enchaînent à leur orbite seront rompues ; et leur troupe, jusque-là si bien disciplinée, se dispersera sans ordre dans l'espace : « Virtu^ tes cœloriim commovebiintiir ».

La mer dont les forces ne seront plus contenues par l'équilibre du ciel, la mer poussera d'affreuses clameurs. Ses flots tumultueux s^élanceront hors de leurs digues,

(1) >[ATTn., cap. XXIV, 7.

14 AYEXT. PREMIER DIMANCHE

comme des géants qui se disputent une proie et se culbutent pour la saisir et la dévorer, à qui le premier. Devant ce spectacle, « les misérables restes de l'humanité, pressurés par la terreur, dessécheront dans l'anxieuse attente de la justice divine : In terris pressara genlium^ prse confusione sonitiis maris et fluciiuini, Arescentibiis hominibiis prse timoré^ et expeclatione ^ quse siipervenient de cœlo (1). Tous les yeux se fixent vers le ciel, car l'heure suprême est arrivée.

Alors paraît le signe du Fils de l'homme, la croix : Tanc pare bit signiim Filii hominis in cœlo. — Les peuples pleurent et se lamentent : Et plangent omnes tribus terrœ. — Le Fils de riiomme lui-môme vient sur les nuées •du ciel avec une grande puissance et une grande majesté : Et videbiint Filiiim hominis venientem in nabibiis cœli cum virtute multa et majestale » (2).

Devant lui la voix retentissante des trompettes angéliques réveille les morts et ras-

(1) Luc, cap. XXI, 25, 20,

(2) Mattii., cap. xxiv, 30.

ÉVANGILE : « Erant sif/na, etc. » 15

semble les élus de tous les lointains, de toutes les profondeurs où ils cachent leur bonheur (i). Mais n'y a-t-il que les élus qui se rendent à ce sig^nal ? — Non, pécheurs, non, vous viendrez tous. Tous, vous appellerez à vous les éléments dispersés de vos corps ; tous, vous serez à nouveau revêtus de la chair qui fut complice et instrument de vos iniquités ; tous, vous assisterez à la gigantesque catastrophe ; tous, vous serez témoins de l'agonie du monde, et pendant que, sous vos pieds, sur vos têtes, autour de vous, la nature expirante fera entendre son dernier râle, tous, vous serez jugés une seconde fois.

^'ous me direz peut-être, .mes frères, pourquoi ce second jugement ? — Que le monde soit malade, que les lois organiques, en vertu desquelles il vit, soient bouleversées, nous le voulons bien. C'est Finévitable extension de l'arrêt porté contre celui qui fut créé pour être roi de l'univers. « Tu mourras de mort :

(1) Et mittet angelos suos cum tuba et voce magna ; et congrebabunt electos ejus a quatuor ventis, a summis cœlorum ueque ad termines eorum (Ibid., 31).

Morte morieris ». Cet arrêt frappe la vie de rhomme et toutes ses dépendances. La nature condamnée passera donc par une crise suprême qui lui fera vomir les souillures qu'elle a contractées dans son contact avec les pécheurs, et la préparera ainsi à son éternelle régénération.

D'autre part, il est juste que Dieu accumule tous les maux à la fin des temps, pour que les hommes qui resteront expient, d'un seul coup, les fautes de leur vie ; car, alors, il n'y aura plus, entre le ciel, la terre et l'enfer, de lieu intermédiaire pour les recevoir et les purifier.

Mais si la catastrophe prédite par l'Evangile se raisonne et s'explique, il n'en est pas de même du dernier jugement. Notre sort n'est-il pas à jamais fixé ? La sentence qui, aussitôt après la mort, assigne à chacun de nous le lieu de son éternité n'est-elle pas irréformable ? Et alors, à quoi bon ce retour vers le passé? Pourquoi donner à ce passé une inutile publicité ?

Mes frères, Dieu ne fait rien d'inutile. S'il

évangile: « Erunt signa, etc. » 17

veut nous juger encore après avoir prononcé définitivement sur nos destinées éternelles, il doit avoir ses raisons. Je vais vous les dire, si vous voulez bien me continuer votre attention.

La convocation générale de l'humanité aux dernières assises du souverain Juge est un L\acte de justice que réclame, tout d'abord, M'honneurde Dieu.

Ji\Le gouvernement divin, arrivé à son terme, a besoin d'être solennellement justifié en présence de tous ceux qui furent soumis à son action. Pendant le cours des siècles, il s'est enveloppé de mystères que nous devions adorer dans le respect et le silence. Mais combien d'orgueilleux se sont révoltés contre ces mystères, y cherchant des raisons d'accuser la Providence, et d'intenter aux perfections divines un procès sacrilège ? Est-il possible qu'il y ait, au sommet des choses, un pouvoir sage, juste, bon, miséricordieux ? N'est-ce

pas plutôt le hasard qui nous gouverne ; la fatalité des lois qui nous emporte ? — Voilà ce que dit la superbe humaine, en présence de certains faits étranges dont l'explication lui échappe. Le bruit de ces sceptiques murmures retentit dans les âmes faibles qui, des que l'occasion se présente, s'affaissent sous le poids du scandale. Eh bien, mes frères, l'honneur de Dieu exige que ce scandale soit levé, et il ne peut Tôtre que par la révélation publique et définitive des mystères du gouvernement divin. Ces mystères ont servi à assurer à la Providence le concours de toutes les énergies humaines, pour raccomplissement successif de ses desseins. Toutes choses étant arrivées à leur consommation, il n'y a plus de secret à garder. On a vu des justes accablés par l'épreuve et comme noyés dans la tribulation ; — on saura que Dieu leur faisait expier ainsi leurs fautes les plus légères, parce qu'il avait hâte de les recevoir dans son sein ; qu'en augmentant leurs mérites il enrichissait le trésor de son Eglise, et qu'il les avait choisis pour perpétuer l'exemple de son

évangile: « Eruni signa, etc. » 19

Christ souffrant, et faire entrer dans les âmes pécheresses, au spectacle de leurs maux, la salutaire pensée de l'expiation par la douleur. On a vu les pécheurs mener, ici-bas, une vie tranquille et prospère, et remplir leur ventre de faveurs mystérieuses ; — on saura que ces faveurs étaient la récompense de vaines oeuvres et de vaines vertus complètement perdues pour l'éternité, et que sous le couvert de ses libéralités. Dieu, outragé par l'ingratitude et l'endurcissement, se préparait de terribles représailles. On a vu prévaloir dans les conflits des nations, des peuples moins dignes d'être grands que ceux qu'ils écrasaient ; — on saura que ces derniers ont mérité leur opprobre et leur malheur, par l'abus des grâces choisies qui leur ont été faites et par une lâche apostasie de leur mission. On a vu, pendant une longue suite de siècles, des nations marcher dans l'ombre de l'erreur et croupir dans la corruption des passions, — on saura par quelles monstrueuses prévarications, par quelle opiniâtre complicité avec les puissances ténébreuses de l'enfer, elles

ont arrêté, plus d'une fois, à leurs frontières, les courants de la vie divine tout prêts à les envahir, et comment, par des canaux mystérieux, ces courants ont pénétré jusqu'aux âmes de bonne volonté et préparé des élus au sein de l'infidélité générale. Enfin, tous les scandales apparents du gouvernement divin seront publiquement rapprochés de leurs causes, par nous ignorées, et feront briller d'un plus vif éclat les éternelles perfections que l'orgueil et la sottise humaine avaient accusées.

M Mais la plus grave injure que Dieu ait reçue dans son gouvernement, c'est la répudiation publique de Celui en qui il a incarné sa miséricorde. Investi de la grande et douce mission de sauver les pécheurs, le Fils de Dieu, Jésus- Christ, s'est sacrifié à cette œuvre et a conquis, par ses douleurs et par son sang répandu, le droit de régner sur le monde racheté. Rien de plus honorable et de plus salutaire que son joug ; il forme, ici-bas, les peuples parfaits, et prépare pour le ciel la glorieuse armée des saints.

ÉVANGILE : « Eriinl signa, etc. » 21

Cependant, mes frères, il s'est rencontré des hommes qui, non contents dïnsulter à la royale grandeur de Jésus-Christ par les dérèglements d'une vie toute païenne, ont méprisé insolemment son autorité et vomi contre elle le blasphème et la malédiction. — « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous, ont-ils dit : Nolumus hune regnare super nos » (1). Notre raison vaut sa parole ; notre conscience vaut sa loi. « Brisons ses liens, rejetons loin de nous son joug » (2). Tout homme a droit à la libre pensée et à la libre vie. — Ainsi, ils ont perverti et engagé à l'apostasie une foule d'âmes dont le Christ avait pris possession. Déjà, le divin juge, dans une première comparution, leur a rendu, avec usure, les persifflages et les violences dont ils ont usé et abusé contre lui ; mais, parce qu'ils ont agi publiquement, c'est en public qu'il doit les confondre et exiger d'eux une réparation de son honneur outragé. Hélas ! ces corrupteurs

(1) Luc, cap. XIX, 14.

(2) Dirumpamus vincula eorum et projiciamus a nobis jugum ipsorum. (Psalm., II).

ne sont pas morts tout entiers le jour où leur cadavre a été enfoui dans la terre. Leurs livres, leurs statues, leurs portraits, leurs noms, inscrits sur les monuments et dans riiistoire, ont provoqué, de temps en temps, les panégyriques des académies et les apothéoses de la canaille ; mais, le jour où ils apparaîtront devant Tunivers convoqué pour être témoin de leur confusion, ce sera la mort : la vraie et éternelle mort de l'autorité scandaleuse qu'ils avaient acquise par leur funeste talent. Le monde s'étonnera qu'ils soient si petits, après un si grand faste de leur prétendue science et de leur orgueilleux pouvoir ; et le Sauveur, vengé par leur abaissement et par leur impuissance, se moquera d'eux avec ses élus : (^ In interihi vesiro ridebo vos et subsannabo vos » (1). Lumières des siècles, beaux conducteurs de peuples, vous n'aurez plus alors les poses superbes que vous a données l'art humain et devant lesquelles s'extasiait notre imbécillité ; mais, sous le feu de tous les regards indignés, vous cacherez

(1) Pbov., cnp. I. 26.

ÉVANGILE : « Eriint signa, etc. » 23

de vos mains tremblantes vos fronts découronnés, et vous paierez du mépris universel la sinistre gloire que vous avez usurpée. Les peuples renégats, qui vous ont écoutés, vous entoureront et vous presseront comme les flots d'une mer furieuse, en vous reprochant leurs crimes, et, tous ensemble, réparant par un hommage public vos impiétés et vos blasphèmes, vous répéterez, en vous enfuyant aux abîmes éternels, cette strophe du cantique des élus : « 0 Christ, tu es le roi de gloire : Tu rex gloriœ^ Chrisle ».

- ) N'y a-t-il que la gloire de Dieu et de son Fils qui demande un second jugement ? — Non, mes frères. Saint Thomas nous enseigne que le pécheur ne peut être plénièrement convaincu et châtié que dans la suprême action judiciaire de Jésus-Christ. « Bien que la vie temporelle de Thomme, dit-il, soit terminée par la mort, il reste sous la dépendance de l'avenir en plusieurs choses. La réputation qu'il s'est faite, la race qu'il a formée, le retentissement de ses œuvres, le corps qu'il doit re-

prendre, les objets auxquels il a attaché son cœur, tout cela est soumis à Tappréciation définitive du souverain Juge, et tout cela ne peut être parfaitement jugé et manifesté que lorsque le temps aura terminé son cours » (1). En quelques mots, mes frères, le jugement dernier a pour objet de convaincre rhomme tout entier, de confondre les lâches, de démasquer les hypocrites, de nous révéler et de châtier la contagion et la folie du péché.

(l)Sciendum est qiiod licet pcr mortem vita hominis temporalis terminetur secundum se, remanet tamen ex futuris secundum quid dependens. Uno quidem modo, secundum quod adhuc, vivit in memoriis hominum, in quibus quandoque contra veritatem remanet bonaî famse, vel malœ. Alla modo in Filiis, qui sunt quasi aliquid patris, secundum illud. Eccl. 30. Morliius est paler ejiis, et quasi non eut mortuus : siniiiem enim reliquit sibi post se : et tamen muitorum bonorum sunt mali filii et e contrario. Tertio modo quantum ad effectum suorum operum : sicut ex deceptione Arii, et aliorum seductorum pullulât infidelitas usque ad finem mundi : et usque tune proficit fides ex preedicatione apostolorum. Ouarto modo quantum ad corpus, quod quandoque vero relinquitur insepultum, et tandem incineratum omnino resolvitur. Quinto modo quantum ad ea, in quibus homo suum afTectum defixit : puta in quibuscumque temporalibus rébus, quarum quaedam citius fmiuntur, quœdam diutius durant. Omnia autem hœc subduntur existimalioni judicii divini. Et ideo de his omnibus perfectum, et manifestum judi-

ÉVANGILE : « Erunl signa ^ etc. » 25

« Il est juste, dit Bossuet, que le Fils de Dieu, après avoir pris la nature humaine tout entière, soumette l'homme tout entier à son tribunal ». L'âme seule a été convaincue dans un premier jugement ; il faut que cette conviction descende des hauteurs de la conscience et pénètre jusqu'aux fibres les plus cachées de la chair que les siècles ont pulvérisée, mais que Dieu ressuscite pour la gloire de ses justes et la confusion des pécheurs. C'est tout l'homme qui a péché. L'âme a fourni le principal de l'iniquité : le discernement et le consentement; mais notre misérable corps apporte son contingent en chacune de nos fautes. Toujours complice et souvent provocateur, il doit répondre de la loi maudite qui combat, en ses entrailles, la loi de Dieu et appesantit l'esprit. Son absence rendait la justice inachevée ; dès qu'il se sentira revivre, il ira de lui-même au-devant de son juge, afm de voir

cium haberi non potest, quamdiu hujus temporis cursus durât. Et propter hoc oportet esse finale judicium in novissimo die, in quo perfecte id quod ad unumquemque hominem pertinet quocumque modo, perfecte, et manifeste judicetur [Sum. TheoL, III P. quaest. lix, a. 5).

de ses yeux sa terrible majesté, d'entendre de ses oreilles la sentence qu'il a méritée, et de prononcer de sa bouche l'aveu déjà formulé par la conscience. « Tu es juste, Seigneur, et ton jugement est plein d'équité : Jiislas es, Domine, et reciiim jadicium luum » (1). Ténébreux, difforme, bouleversé par l'épouvante, rempli d'un virus mortel qui le tuerait, si Dieu ne le conservait éternellement, il manifestera au monde les sombres mystères de Tâme réprouvée. Alors seulement la conviction sera plénière et la justice parfaite.

Le pécheur, en effet, sera honteux de se voir manifesté. La honte, ce premier et naturel châtiment du péché, il y a des misérables qui ont su se l'épargner : les lAches par des excuses ; les hypocrites, par des feintes. Dans leur rapide et secrète entrevue avec le divin Juge, ils n'ont point été confondus et démasqués comme il convenait. Le Christ attendait pour cela ses grandes assises, afin de les donner en spectacle au monde entier, comme il l'a fait annoncer par son prophète : « Je

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