PSALM., CXVIII
évangile: « Eruni signa, etc. » 27
montrerai aux peuples votre nudité et à tous les royaumes votre ignominie : Oslendam gentibas niidilaiem iuam, et regnis ignominiam tiiam. — J'entasserai vos abominations sur vos têtes et je vous ferai voir à tout le monde : Projiciam super le abominaliones.,. et ponam te in exempliim » (1).
Lâches qui vous êtes caché à vous-mêmes la gravité de vos fautes et la laideur de votre état, vous serez confondus par des réponses héroïques à toutes les excuses dont vous vous êtes servis pour vous abuser. L'âge, la faiblesse, les passions, les milieux, les circonstances, les obstacles, tout ce que vous avez invoqué,afîn de vous rassurer contre les protestations de la conscience et les reproches de ceux qu'affligeait votre vie pécheresse, tout vous sera montré, dans la vie triomphante des élus, qui, peut-être, plus faibles, plus tourmentés, plus éprouvés que vous, et moins bien doués des dons de la nature et de la grâce, sont pourtant demeurés fidèles au devoir et à la vertu. Votre confusion les vengera de la
(1) Nahum., cap. m, 5-6.
hautaine pitié que vous affectiez pour couvrir vos lâchetés. Ils vous rendront, en compagnie du Christ, leur maître et leur modèle, les mépris dont vous les avez abreuvés, et vous ne pourrez leur répondre que par de stériles regrets : « Insensés que nous étions, direzvous, nous regardions leur vie comme une folie, et les voilà comptés parmi les fils de Dieu, appelés à la glorieuse destinée des saints : Nos insensati^ vilam illoriim œstimabamus insaniam. Ecce quomodo compulati sunt inier filios Dei, et inter sanctos sors illorum est )) (I).
Près des lâches confondus, les hypocrites démasqués. Vous pensez, mes frères, que j'entends désigner, par ce nom d'hypocrites, ceux qui se parent des dehors de la religion et de la vertu pour couvrir d'un voile impénétrable les désordres d'une vie souillée par quelque vice secrètement entretenu. Assurément ces misérables seront manifestés, et Dieu leur fera avaler en public la honte qu'ils ont méritée ; car « nul, dit Bossuet, ne ravilit (1) Sap., cap. V, 4.
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davantage l'honneur de la piété que l'hypocrite qui la fait servir d'enveloppe et de couverture à sa malice. Nul ne viole la sainte majesté de Dieu d'une manière plus sacrilège que l'hypocrite qui, s^autorisant de son nom auguste, lui veut donner part à ses crimes et le choisit pour protecteur de ses vices, lui qui en est le censeur. Nul donc ne trouvera Dieu plus sévère que l'hypocrite qui a entrepris de le faire, en quelque façon, son complice» (1). Mais, mes frères, il est un genre d'hypocrites, plus bruyants et plus funestes que les hypocrites de religion et d'honnêteté, et non moins dignes qu'eux des sévérités publiques du jugement de Dieu : ce sont les hypocrites de science et de liberté, qui se sont servis de ces deux nobles choses pour faire la guerre à Dieu et à son Eglise. Combien de naïfs ont cru à leur sincérité, lorsqu'ils prétendaient justifier, par Fautorité de leurs études et de leurs découvertes, l'impiété qu'ils ont affichée jusque dans la mort ; lorsqu'ils s'efforçaient de persuader que leur haine, leurs tracasse- Il) ylye/2f. Premier dimanche : Jugement dernier.
ries, leurs violences contre l'Église procédaient du généreux désir d'affranchir les Etats et les peuples des exigences d'un pouvoir usurpé, irréconciliable ennemi de la libre expansion des forces humaines et du progrès. Ils ont eu leur jour de triomphe, et les jugements ondoyants de l'histoire ont laissé planer le doute sur la réputation qu'ils se sont laite. Il faut qu'on sache, enfin, que cette réputation est un faux. Ces imposteurs publics seront publiquement démasqués. Les générations crédules qu'ils ont trompées verront que la science et la liberté n'étaient pour rien dans leurs parades d'im})iété et de haine ; car le doigt vengeur du Christ montrera au genre humain leurs tares secrètes, et les convaincra d'avoir obéi à quelque honteuse passion.
A la honte d'être manifesté se joindra l'affreux saisissement d'une révélation qui mettra le pécheur en présence de toutes ses victimes. On peut mesurer l'énormité du péché dans l'acte lui-même ; il faut attendre jusqu'à la fin des temps pour en bien connaître la contagion ; car trop souvent, hélas ! le péché sort
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de lui-même, et se répand comme une peste dans une longue suite de générations. Les hérésiarques, les penseurs scélérats, les écrivains immoraux, les pouvoirs sans conscience ont empoisonné des peuples entiers ; les pères impies et libertins ont empoisonné leurs familles ; tout pécheur scandaleux a empoisonné quelque âme innocente dont la contagion a pu se multiplier à l'infini. Il nous est impossible de voir et de prévoir le long retentissement des fautes que notre coupable insouciance oublie si facilement. Mais le divin Juge, qui a suivi d'un œil attentif toutes les fluctuations de la vie morale, dans les individus, les familles et les sociétés, saura peser équitablement notre terrible responsabilité. A lui seul il appartient de nous faire connaître le nombre et le malheur de ceux qui ont souffert de nos iniquités. Quand la course du temps, subitement arrêtée, ne permettra plus au péché de prolonger son action funeste, il convoquera à son tribunal les innombrables victimes des docteurs d'impiété, des professeurs de libertinage, du pouvoir, des chefs de famille infi-
dèles à leur mission, des traîtres qui ont abusé du prestige de l'esprit et des séductions de l'amour pour corrompre. Ne pouvant nous frapper pour des crimes où notre volonté n'est intervenue que d une manière indirecte, c'est bien le moins qu'il nous inflige en public ce châtiment: de voir tous ensemble ceux que nous aurons perdus, d'entendre leurs cris lamentables et d'être traités d'empoisonneurs et d'assassins ; pendant que les justes auront la joie de voir les fruits bénis de leur zèle et de leurs vertus, et de recevoir les actions de grâces des générations qu'ils auront sauvées et sanctifiées.
Eclairé sur la contagion de ses fautes, le pécheur doit subir une dernière révélation. Déjà convaincu de sa folie, au for intérieur de la conscience, dans un premier jugement, il la verra des yeux de son corps. Le péché nous détourne de Dieu pour nous retourner vers les créatures. Eh bien ! toutes les créatures que le pécheur a préférées au souverain bien seront renversées pêle-mêle, dans les ruines de l'univers, et sur ces ruines il enten-
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dra le divin Juge lui dire: — Regarde, pécheur insensé, regarde tes idoles et meurs éternellement avec elles.
Tout est fmi. Le gouvernement de Dieu est justifié, la puissance de Jésus-Christ est proclamée et vengée, Thomme tout entier est jugé et convaincu, les lâches sont confondus, les hypocrites sont démasqués, la contagion et la folie du péché sont révélées et châtiées, l'humanité se rend compte de son état final, des crises par lesquelles elle a passé, de ce qu'on lui retranche, de ce qui lui reste. Le ciel et l'enfer se referment ; c'est pour l'éternité.
^'ous êtes sans doute tentés, mes frères, de me demander comme les disciples au Sauveur: « Oiiando hsec eriint ? Quand tout cela arrivera-t-il ? » — Je n'en sais rien ; mais tous les préparatifs sont faits. Nous avons vu les nations en guerre contre les nations, les pouvoirs en guerre contre les peuples, les peuples en guerre contre les pouvoirs. Armés jusqu'aux dents, les empires les plus civilisés sont tout prêts à se jeter l'un sur l'autre. La
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peste et la famine ont fait à plusieurs reprises le tour du monde; à l'orient, à Toccident la terre s'ébranle, s'entr'ouvre, se déchire et garde les cicatrices d'épouvantables catastrophes. Les faux prophètes de la raison et de la liberté séduisent les peuples ; des milliers et des milliers d'âmes baptisées ne rendent plus le son de la foi. Il n'y a plus que les derniers siornes à venir; en un clin d'œil ils peuvent se manifester, car le Seigneur a dit qu'il viendrait à l'improvistc. 11 ne lui faut qu'un instant pour obcurcir les astres, qu'un mot pour affoler leur course. — Mais quand bien même le monde pourrait compter encore sur des milliers d'années, à quoi cela vous servirait-il ? Demain, peut-être, votre sort sera fixé; du coté oili vous serez tombés vous resterez. Comme vous aurez été jugés une fois, vous le serez à la fin des temps ; ce n'est pas une revision, mais une confirmation de . votre procès qui se fera en présence de l'uni- ' vers.
Regardez donc dans votre vie présente: regardez, vous y verrez peut-être les signes
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avant-coureurs de votre prochain jugement. Entre la grâce et la nature, entre votre raison et vos passions, entre votre santé et l'âge qui la démolit^ que de bruits de guerre ! Les éléments qui entretiennent votre vie cachent un subtil venin qui l'abrège, c'est une peste chronique. Vous n'êtes jamais contents; la famine du bonheur tourmente vos entrailles et croît avec chaque déception. Les secousses de votre organisme sont vos tremblements de terre. L'abomination de la désolation est dans le temple de votre âme par le péché. Faux prophètes et faux christs^ vos illusions ne cessent de vous abuser. Avec l'â^'e, votre beauté s'éciipse, la lumière de votre intelligence s'obscurcit, les ressorts de votre volonté s'énervent, vos facultés semblent vouloir se disperser en môme temps que vos membres raidis deviennent rebelles au commandement. Hélas ! tout cela veut dire que vous paraîtrez bientôt devant votre grand Juge. Entendrez- vous tomber de sa bouche une bénédiction ou une malédiction ? — Je l'ignore. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il faut prendre vos sûretés, en
suivant ce conseil de TApôtre : » Faites votre i^alut dans la crainte et le tremblement : Ciim meta et îremore saliilem vestram operamini (1) ».
(1) Philip., cap. ii, 12.