‹ Dimanches et fetes de l'AventChapitre 7 sur 16 · OLATRIÈME DIMANCHE DE L A\ ENT · texte numérisé non relu

OLATRIÈME DIMANCHE DE L A\ ENT

Anno qiiinlodecimo imperii Tiberii Cœsaris, procurante Ponlio Pilalo Jiidœam, felrarcha aiilem Galilœœ Ilerode, Philippo aiilem fralre ejus lelrarcha Iliirœse el Trachoniîidis regionis, el Lysania Abilinœ lelrarcha, siib principibiis sacerdotiim Anna el Caïpha, faclam esl verbum Domini super Joannein Zachariœ fdium in deserlo... Et reliqua. (Luc, cap. m).

Mes frères,

Pourquoi ce luxe d'indications historiques, cette précision de dates, ce début solennel de notre Evangile ? — Saint Luc a-t-il voulu annoncer simplement Tépoque de la prédication

de Jean-Baptiste ? — Je ne le pense pas. Assurément Jean-Baptiste est plus grand que tous les personnages nommés par TEvangéliste, Jésus-Christ, nous l'avons vu, a rendu témoignage à Téminente dignité qui Télève audessus de tous les hommes des temps anciens, mais il ne me semble pas de taille à supporter tout seul la majesté d'un tel prologue ; ce prologue appartient à plus auguste que lui. L'empire romain, Tunique empire du monde civilisé en ce temps, les princes, les gouverneurs, les prêtres, l'Esprit Saint lui-même, qui inspire les prophètes, sont convoqués autour de celui qui va venir. Jean s'élance comme ces courriers haletants qui précèdent le char des rois et crient à la foule impatiente : — Préparez-vous, le voici qui arrive, tout à l'heure, vous le verrez : Et videbii omnis caro salutare Dei. Les temps sont arrivés à leur terme. Bome a triomphé, la Judée est divisée, le sacerdoce expire, l'Esprit Saint s'empare du dernier des prophètes. — Les préparations de Dieu sont achevées et Jean demande aux hommes de se préparer eux-mêmes : Pu-

évangile: <( Anno quinlodecimo, etc. » 99

rate viam Domini. Voilà en quelques mots tout notre Évangile.

Je dis, mes frères, que les préparations de Dieu sont achevées. Ces préparations sont un si grand spectacle pour l'âme chrétienne que j^ai cru bon de vous les mettre sous les yeux. Dieu pouvait introduire le Verbe rédempteur dans le monde à Theure même où le genre humain devenait pécheur en la personne de son chef ; il ne l'a pas voulu. Il a laissé s'écouler une longue suite de siècles pendant lesquels l'humanité a gémi sous l'empire du péché. Pourquoi cela ? — Je pourrais vous répondre ; parce qu'il est le maître absolu de ses dons. Mais il ne nous défend pas d'entrer, autant que le peut notre faible raison, dans le mystère de ses desseins, et à la manière dont sa justice, sa sagesse et sa puissance ont manié le monde pour arriver à cet an quinzième de Tibère, où se fil entendre la prédication de Jean-Baptiste, on comprend qu'il fallait 1'' que l'humanité pécheresse sentît le besoin d'un Sauveur, (jue ce Sauveur fût attendu et pût être reconnu ; 2*" que tout fût prêt

pour le recevoir. Appliquons-nous à ces deux considérations, après avoir invoqué l'assistance de Marie. Ave Maria.

« L'homme avait péché par orgueil, dit saint Thomas, il convenait qu'il fût humilié jusqu'à reconnaître qu'il avait besoin d'un libérateur. V^oilà pourquoi Dieu le laisse d'abord aux mains de son libre arbitre dans la loi de nature. La loi de nature ne suffisant pas à empêcher ses défaillances. Dieu lui donne la loi écrite, et, malgré la loi écrite, les défaillances ne faisant que s'aggraver, il faut bien que l'homme, à bout de forces, réclame le divin médecin qui le doit guérir de ses maux » (1). Tel est, mes frères, quant à ce

(1) Non stalim post peccatiim conveniens fuit Dcum incarnari. Primo quidem. propler conrlitionem hnmani peccati. quod ex siiperbia provenerat. Unde co modo oral homo liberandns. ut liumiliatu?^ recognosceret se liberatore indigerc. Unde super illud Galat. m. Orrf/«a/a per angeloa in manu mediatoria. dicit Glos. Magno Dei consilio farlum esl. ni post Jwminis casum non illico Dei ius mitterelur. Reliquit enim Deus prius hominem in

évangile: « Anno qnintodeclmo, etc. » 101

qui nous regarde, la divine économie du douloureux retard qui a suspendu, pendant plus de quarante siècles, l'exécution du décret éternel de l'incarnation. J'v reconnais la touche d'un Dieu sage et bon jusque dans ses sévérités. Nous avions méprisé ses premiers bienfaits ; il ne veut plus nous imposer aucune grâce : Il propose ; et respectant cette liberté dont nous avons abusé pour l'offenser, il veut attendre son acceptation et ses demandes. Mais pour cela il était nécessaire de nous convaincre que Dieu est maître de ses dons, et que ces dons sont indispensables à notre régénération. Or, quel plus sur moyen pour nous amener à cette conviction que l'expérience ? L'expérience qui, en nous révélant notre faiblesse intellectuelle, nous ferait sentir le besoin d'un maître abreuvé des lumières du ciel ; l'expérience qui, en mettant à nu notre corruption morale, nous forcerait

liberlate arbitrii in lege naturali, ut sic vire.«=i naturœ cognosccret : ubi cum dcficeret, Icgem accepit, qua data, invaluit morbus non Icgis, sed naturœ vitio : ut ita cognita sua infirmitatc clamaret ad medicum, et gratiai queereret auxilium (^6'«m. TlieoL, ui\). quœst. 1, a 5.)

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d'implorer ie secours et les soins dun divin médecin ; Texpérience qui accepterait le bienfait de Dieu avec d'autant plus d'empressement et de foi qu'il serait plus impatiemment attendu ; Texpérience qui, sans nous faire mériter ce bienfait, nous en rendrait moins indignes, en nous permettant d'expier, par nos humbles désirs, l'orgueil qui fut le principe de nos malheurs.

lndubital)lement la justice, la sagesse et la bonté de Dieu devaient vouloir cette expérience ; elle entrait dans le plan des préparations divines.

Eh bien, mes frères, cette expérience a été faite. L'humanité abandonnée aux faiblesses de sa raison, à la corruption de ses instincts, aux égarements de sa volonté, est tombée jusqu'au fond des abîmes de l'erreur et du crime.

La raison !... Elle n'a épargné, hélas, aucune vérité. Dieu, son être unique, son essence, ses perfections, son gouvernement, tout a été défiguré. L'homme, son origine, sa nature, ses devoirs, ses destinées, tout a été avili. De l'universalité de l'erreur tous les

évangile: « Anno quiniodecimo, etc. » 103

crimes sont sortis, comme par une germination naturelle : idolâtrie, superstition, magie, apothéoses des vices encensés comme des divinités, injustices, débauches de la chair, abominables cruautés. Et tous ces crimes se produisant, non comme des accidents réprouvés, dans la vie des individus, des familles et des sociétés, mais comme des habitudes passées dans le sang des nations, et se développant à l'aise sous le triple patronage des lois, de l'opinion et de la religion.

Dans ces abîmes d'iniquités, le peuple juif a jeté ses prévarications. Dieu Ta séparé des gentils et lui a donné sa loi sainte pour la préserver de sa corruption. Toujours protégé, toujours béni, toujours consolé, toujours sauvé, il multiplie ses ingratitudes. 11 murmure, il se plaint, il oublie les promesses, il méprise les menaces, il mêle son sang au sang des étrangers, il déserte le temple, il court aux bois sacrés, il sacrifie sur les hauts lieux, il immole ses enfants aux divinités cruelles, il imite les infamies des nations et, après avoir pleuré les saints rois, il se

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jette aux bras des monstres que les prophètes maudissent et que la loi excommunie. On voudrait pouvoir reposer sur lui son regard attristé, et se consoler en le contemplant de TeiTroyable spectacle qu'offre le genre humain. Mais, non, il comble la mesure et achève l'expérience de nos faiblesses et de nos misères.

Soyons donc fiers après cette expérience et croyons encore à la toute-puissance de la raison et de la volonté humaines ! Cependant, mes frères, vous pouvez me demander si Dieu ne s'est pas trompé, si en voulant donner une leçon à notre orgueil, il n'a pas poussé l'humanité jusqu'au désespoir. Eh bien, non. 11 y a toujours au fond de l'àme humaine un reste de droiture, qui Téclaire sur sa misère. Il était impossible que. dans l'universel naufrage de la vérité et de la vertu, l'humanité ne sentît pas le besoin d'un Sauveur. Toutefois ce besoin ne pouvait que creuser l'Ame humaine jusqu'à la désespérer, si rien ne lui eût dit qu'elle dût être un jour satisfaite. Aussi entrait-il dans le plan des préparations de Dieu

ÉVANGILE : « Anno quinlodecimo, etc. » 105

que le Sauveur fût attendu et qu^on pût le reconnaître au jour de son avènement. — Etudions sur ce point la conduite de la Providence.

Le Sauveur que Dieu destinait au monde c'était son propre Fils. Il n'attend pas que Texpérience de nos erreurs et de nos crimes soit consommée pour le promettre, mais il fait tomber du ciel l'espoir de notre délivrance en même temps que la malédiction qui condamne la femme à des enfantements douloureux. A partir de la chute du genre humam, les oracles se suivent à travers les siècles : non pas des prédictions incertaines et équivoques qu'on n'entend qu'à de rares intervalles; mais des prédictions certaines, précises, continues, qui saisissent à l'avance et fixent en traits lumineux toute la vie du libérateur attendu. Le premier de tous, le père du genre humain entend une parole d'espérance. Le serpent est maudit, le fils de la femme triomphera de ses embûches, le Promis de Dieu sera un enfant de la race humaine (1). — En

(1) Gex., cap. m, 13.

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toi et en ta descendance seront bénies toutes les nations de la terre, est-il dit à Abraham, à Isaac et à Jacob (1). — C'est bien, les peuples ont renié la lumière, désormais le Promis sera pressé sur le cœur d'un peuple fidèle, — mais quelle tribu dans ce peuple héritera de la promesse ? — Juda, tes frères te loueront, car de toi sortira celui qui doit être envoyé (2). — C'est bien encore, le Promis sera le fils de Juda ; mais donnez toujours de la lumière, o divin Esprit, qui inspirez les prophètes, dites- nous quelle famille en Juda fera passer son sang dans les veines sacrées de Celui qui doit venir. — « Je Tai juré sur mon Saint des Saints, est-ce que je mentirais à David ? Son royaume demeurera ét^irnellement (3). — Je susciterai à David un descendant plein de J-usticc et son nom sera Jéhovah notre juste » (4). Tout est dit sur la descendance. Le Promis sera fils de l'humanité, de la race choisie des patriarches, de la

(1) Ihid.^ cap. xii, 3 : — cap. xxvi, 4 : — cap. xxvni, 14.

(2) Gen., cap. XLix, S et ^eq.

(3) PSALM., Lxxxvin.

(4) Jerem., cap. xxiii, 5, G.

évangile: « Anno quiniodecimo^ etc. » 107

tribu bénie de Juda, de la famille royale de David. — Mais encore de la lumière, ô saints prophètes, encore, encore. Quand le Promis viendra-t-il ? — Ecoutez, mes frères : c< Le sceptre ne sortira pas de Juda, ni le chef de sa race jusqu'à ce que vienne le Messie, et celui-là sera l'attente des nations (1). — Le second temple sera témoin de sa présence et de ses œuvres (2). — Comptez soixante-dix semaines d'années à partir de l'édit des Perses pour la reconstruction du temple de Jérusalem, arrêtez-vous trente-trois ans avant la moitié de la dernière semaine, et tombez à genoux près d'un berceau ; c'est là que repose l'envoyé de Dieu (3). — Oii donc est-il ce berceau ? « 0 toi, Bethléem, tu es une toute petite ville en Juda, de toi cependant sortira le dominateur d'Israël qui vient de l'éternité » (4). Il naît à Bethléem, mais comment naît-il ? « Merveille inouïe, la femme toute

(1) Gen., cap. xLix, 10.

(2) Agg., cap. II, 4, 10.

(3) Daniel., cap. ix, 21 et seq.

(4) MiCH., cap. V, 2 et seq.

seule portera rhomme en son sein (1) ! — ^'oici que la Vierge concevra et enfantera un fils que Ton appellera Emmanuel » (2). — Que deviendra ce prodigieux enfant ? « Dieu envoie son ange devant lui pour préparer sa voie ^) (3). — 11 fait entendre pour la première fois aux confins de Zabulon et de Neplilali sa parole bénie (4). — 11 vient accomplir la volonté de celui qui l'envoie (5). — Il ne brise point le roseau déjà froissé, il n'éteint point la mèche assombrie (6). —

11 j)rèche les préceptes du Seigneur (7), — il est le docteur de la justice (8), — il i)asse avec Dieu un nouveau contrat d'alliance (9)^ — 11 fait voir les aveugles, entendre lessourds, marcher les boiteux, parler les muets, il fortifie les mains lan2:uissantes et soutient

'^1 , Jerem., cap. XXI, 2?.

[2^ IsAi., cap. IX, 1, 2.

(3) M.\LA(:ii., cap. m, 1.

(4) IsAi., cap. IX, 1, 2.

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