CHALONS
MARTIN, LIBRAIRE, Place du Marché-au-B!é, 31.
MDCCCLXI.
AVANT-PROPOS
Nous complétons aujourd’hui notre série d'études sur la partie de la Champagne circonscrite dans les limites do l’ancien diocèse de Châlons-sur-Marne et nous publions le résumé de ce que six années de recherches ont pu nous faire connaître sur le passé de ces contrées. 11 y a quatre ans déjà, nous avons fait paraître l’histoire de la ville de Châlons et de ses institutions , ouvrage que la société académique de la Marne avait jugé digne de sa grande médaille d’or et que l’Institut de France a couronné depuis (août i 855) ; ces encouragements devaient naturellement nous exciter à continuer nos travaux pour achever l’œuvre dont ce volume n’était que le commencement: nous avions envisagé la cité dans tout son ensemble, et nous avions essayé de reproduire d’une manière complète les phases par lesquelles elle a dû passer jusqu’à la Révolution, comme aussi de faire ressortir avec exactitude et méthode les divers ressorts de ses institutions religieuses, communales et judiciaires ; il nous restait à étendre nos recherches au pays sur lequel Châlons
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exerçait une influence directe ; c’est ce que nous nous sommes proposé aujourd’hui. Seulement comme nous avons cru devoir adopter, pour cet ouvrage, un plan très différent de celui qui, jusqu’ici, a été suivi pour des travaux de ce genre, nous devons, ce nous semble, expliquer les motifs qui nous ont décidé à suivre cette voie nouvelle et en développer en quelques mots les détails.
Depuis beaucoup trop longtemps on a l'habitude de vouloir faire l’histoire des provinces de France par département; c’est un mode regrettable, nous n’hésitons .pas à le dire, et qui ne peut produire que de fâcheux résultats. Il est facile, en effet, de comprendre que vouloir retracer des faits anciens en les restreignant dans une circonscription moderne , c’est à la fois un non-sens et une impossibilité. Les limites actuelles des départements n’ont pas de rapports régulieis avec l’ancienne division de notre territoire et l’on est par conséquent amené à dire plus et moins qu’il ne faut. Pour prendre immédiatement un exemple dans le sujet qui nous occupe, nous ferons remarquer que le département de la Marne comprend des portions de cinq diocèses, Châlons, Reims, Troyes, Soissons et Verdun ; il faudrait donc pour se renfermer dans le cadre généralement adopté, entretenir les lecteurs de ces cinq évêchés, et, d’un autre côté, abandonner presque la moitié du diocèse de Châlons, faisant aujourd’hui partie de la Haute-Marne et une faible portion comprise dans la Meuse.
En adoptant au contraire l’ancienne division ecclésiastique, on se trouve dans la hiérarchie ancienne, les faits se coordonnent naturellement, on est au centre d'un mouvement rationnel, systématique dont les agents se meuvent régulièrement autour d’un principe uniforme. C’est pour cela que nous prenons l’évêché comme l’unité historique du sujet que nous abordons, comme étant le véritable intermédiaire qui nous permette de passer sans obscurité ni longueurs
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des détails aux généralités et réciproquement, comme le seul moyen de connaître ce moyen-âge dont on parle tant, et qui cependant est encore bien imparfaitement apprécié et exploré.
Notre plan d’ailleurs est simple et facile à saisir. Ayant épuisé précédemment l’histoire de Cliâlons et de ses institutions, nous ne craignons pas d’être exposé à des répétitions. Nous avions eu soin de ne dire que quelques mots sur certains sujets qui nous auraient alors entraîné trop loin, comme l’Hôpital-Général, les Maladreries , les abbayes de Saint-Pierre-au-Mont et de Toussaint, le prieuré de Yinetz, les ordres Mendiants, etc.; nous pouvons donc ici les approfondir à loisir. De même, dans notre introduction, nous laissons de côté les faits spéciaux aux annales de Châlons, comme aussi la légende de Saint-Memmie sur laquelle nous croyons nous être assez appesanti.
Le premier volume de cet ouvrage contient d’abord une Introduction qui relate rapidement l’histoire générale des évènements accomplis dans la circonscription diocésaine, depuis les temps anciens jusqu’au jour où l’évêché fut supprimé en 1790. Le surplus se divise en deux parties. La première , consacrée à l’histoire ecclésiastique , évêché , chapitres, abbayes, prieurés, couvents des ordres religieux, commanderies ; le dernier chapitre traite de la religion réformée qui a joué un grand rôle dans le Perthois et attaché son nom à l’épisode de Wassy, que l’esprit de parti décora du nom de massacre. La seconde partie est toute féodale et c’est, nous ne craignons pas de l’avouer, l’élude principale de ce travail; non pas que nous osions croire avoir tout dit sur ce sujet, ni avoir très bien dit, mais parce que c’est une matière entièrement neuve et dans laquelle nous n’avons eu aucun devancier pour nous guider. De nombreuses pièces justificatives terminent ce volume.
Le second tome renferme le dictionnaire historique et
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monumental des paroisses ; c’est le complément naturel de cet ouvrage et (|ui achève de faire connaître à fond le pays en relatant l’histoire des villes et des villages et la description de leurs monuments, car l’art et l’histoire sont trop intimement liés pour qu’on puisse songer aies séparer; tous les faits qui n’ont pas trouvés place dans le cours des précédents récits, y sont recueillis et groupés.
Si, dans ce long travail, nous ne paraissons pas être demeuré trop loin du but que nous nous sommes proposé, nous nous estimerons heureux d’avoir consacré notre temps à ces recherches ; de toutes façons d’ailleurs, nous ne le regretterons pas, car on 11e saurait regretter les heures qui ont été données à l’étude. Ce goût est , on chercherait en vain à se le dissimuler, peu développé dans notre pays ; c’est le principal obstacle que nous ayons eu à surmonter. Mais heureusement qu’à côté de celte froideur, nous avons reçu des encouragements qui nous ont été bien précieux, et nous croirions manquer à une dette en quelque sorte sacrée, si nous n’exprimions publiquement ici notre profonde reconnaissance pour le bienveillant appui de NN. SS. les cardinaux de Besançon, de Reims et de Lyon. Nous devons aussi remercier quelques-unes des personnes qui nous ont le plus secondé dans nos recherches. D’abord M. le comte de Mellet et M. Pernot (de Wassy) , qui nous ont donné les détails les plus précieux sur les monuments des environs de Vertus et de Wassy ; M. Fériel, procureur impérial à Chaumont, qui a mis à notre disposition ses notes si précieuses sur les antiquités de Joinville ; M. Paulin Pai •is, qu’il faut toujours citer quand on a quelques renseignements à recueillir aux manuscrits de la Bibliothèque Impériale, et son frère, M. Louis Paris, dont la profonde érudition nous a été d’un grand secours dans nos recherches sur les anciennes constitutions municipales des villages ; M. Dardoize, membre du conseil général, pour ses détails sur l’ancien
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Verius; M. le maire de Vitrv, qui non seulement a mis les archives de la ville à notre disposition, mais encore a bien voulu nous fournir lui-même de nombreux documents. Il est quelqu’autres noms que nous aurions voulu ajouter a celte liste incomplète, et que nous regretterons toujours de n y pas voir figurer.
Nous finissons avec cet ouvrage la série de nos recherches sur l’ancien diocèse de Châlons, le Chcilonnois , comme on disait autrefois; ce n’est pas sans un réel sentiment de regret <pie nous abandonnons ces travaux qui nous ont procuré de si douces heures d’étude, et qui, dans les bons comme dans les mauvais jours, ne nous ont jamais lait défaut. C est avec eux, du reste, que nous avons débuté ; ce sont eux qui nous ont valu nos premières récompenses; mais nous n abandonnons pas encore la Champagne et nous espérons pouvoir, avec l’aide de Dieu, entreprendre pour les autres diocèses ce que nous faisons aujourd’hui pour celui de Châlons.
Courmelois, le 2 mai 1857.
INTRODUCTION
HISTOIRE GÉNÉRALE DU DIOCÈSE