I. — Abbaye de Saint-Memmie
L’abbaye de Saint-Memmie , aux portes de Châlons , est le plus ancien établissement religieux de notre diocèse, d’après une tradition que nous n’avons nul motif de révoquer en doute. Quand saint Memmie, l’apôtre de notre province, vint prêcher le christianisme à Châlons, il se choisit une retraite à Rruxère, un des faubourgs de la ville, qui prit, dans la suite, le nom du pieux évêque, et il y vécut avec un certain nombre de clercs qui 1 assistaient dans ses fonctions. Les curés des paroisses venaient chaque jour dans sa chapelle, et saint Memmie s’occupait avec eux des besoins de l’église, et traitait des questions de controverse; le clergé des campagnes s’y rendait également de temps en temps, à jours fixes. Après sa mort, ce collège subsista, et, en 440, saint Alpin y établit une communauté religieuse, dont plus tard Dagobert II consacra et augmenta les privilèges (I). Comme Saint-Pierre-au-Mont , le monastère de Saint-Memmie tomba; les Normands détruisirent son église (885) , et c est à peine si quelques moines y résidaient encore au commencement du XIe siècle; les seigneurs séculiers s’étaient emparés de ses biens et se les étaient partagés sans s’inquiéter des réclamations qui s’élevaient de temps en temps. L’évêque Roger II, indigné de cet état de choses et fort de l’appui des comtes de Champagne, parvint à obtenir la restitution presque complète de ces possessions, et donna le tout au chapitre Saint-Etienne de Châlons qui, en échange, céda au monastère le tiers de la dîme des deniers perçus sur les marchés de la ville , du vendredi au samedi de chaque semaine, « tertiam par- » tem in toris in civitate Cathalaunensi quæ proveniunt à nonâ » horâ sextæ feriae usque ad vesperam sequenti sabbatis. » (Dipl. royal, an 1065) (2). Mais le chapitre ne se contenta pas
(1) Gallia Christiana , tom. IX, col. 945.
(2) Archives départementales.
d’avoir ainsi placé le couvent sous sa dépendance, il en voulait la suppression , et, dans ce but , les chanoines demandèrent a l’évêque la translation du corps de l’apôtre dans leur eglise (1066) Le faible prélat y consentit, espérant obtenir ainsi a m de ces fâcheuses rivalités; mais les moines ne se trouvèrent pas si accommodants, et appelant à leur aide les habitants du village, ils repoussèrent par la force les gens du chapi re. L’évêque alors envoya des soldats qui rapportèrent la precieuse relique , après avoir saccagé le monastère. Les religieux se plaignirent à Reims, puis à Rome, et le pape Alexandre II ordonna à l’archevêque Gervais de leur faire restituer immédiatement le corps de saint Memmie (1).
Au siècle suivant , ce couvent fut définitivement constitue en abbaye et donné aux chanoines de Saint-Augustin (1131). La bulle de confirmation accordée trente ans plus tard renferme l’énumération de ses biens : on y voit cités les autels de Montigny, Dompremy, Montcetz , Faveresse, Haussignemont, Reru, Bussy, Gourgançon, quatre moulins à Sogny, etc. Les chanoines ne demeurèrent pas en arrière des autres moines qui se dévouaient alors au développement de la culture : ils consacrèrent aussi au sol une partie de leur temps. Des 1160, i s construisaient une grange à Broisson, pour laque le le comte Henry de Champagne leur permit de prendre tout le bois ne cessaire dans sa forêt de Dompremy , et leur attribua en outre la pêche de ce ruisseau pour la nourriture des freres qui y demeurèrent. C’est, du reste, le seul établissement agrico e important qu’aient fondé, je crois, les chanoines de Sam t- Memmie. Leurs possessions s’augmentèrent dans la suite , et, en 1789, l’abbé était seigneur, haut justicier de Saint Memmie, Gourgançon et Dompremy; un singulier usage 1 obligeait a passer en revue, chaque année, le premier dimanche de carême tous ses vassaux. Pendant quelque temps, 1 abbaye tut placée sous latutelle des comtes de Champagne, eUes religmux durent lui demander la permission d’elire leur abbe (1243).
L’abbaye traversa le moyen-âge sans qu’on vînt troubler son développement; mais en 1544, lors de l’approche des Impériaux, le conseil de ville de Châlons fit démolir les batiment*,
(1) La bulle rendue par le pape à ce sujet contient les détails de cet événement . ( Arch . de la Piéf.)
de peur que Charles-Quint ne vînt s’y fortifier. Elle fut rétablie peu après, mais cette fois dans les dimensions plus restreintes; elle contenait dans les derniers temps six religieux, et rapportait 15,000 livres. Depuis la réforme , elle avait été rattachée à la congrégation de Sainte-Geneviève, comme celle de Toussaints.
État sommaire des biens de l’abbaye de Saint-Memmie , d’après le
fond de ce monastère, conservé aux archives départementales
de la Marne.
Broisson, grange (1160).
Bassuet, rente en grain (1184).
Chalons. Dame Comitisse , veuve de Jehan Fardel , chevalier, donna en 1 262 un étal au marché de la ville pour le service du luminaire de l’abbaye (1262).
Chainsy, part de dîmes , terres (XIIIe siècle).
Chepy , cens, part de dîmes (1201).
Dompremy, usage des bois, pêche (1160); seigneurie.
Faveresses, terres, cens donnés par Clarembaud de Lenharrée, chanoine de l’abbaye (1173).
Fagnières, cens (1262).
Gourgançon, seigneurie (XIIIe siècle).
La Veuve, cens (1369) sur la ministrerie, ferme.
Mairy, cens sur la Maison-Dieu, ferme (1206), garenne de Montjallon (1309).
Moivre, part de dîmes (1258).
Rouffy, cens , serfs donnés par le comte de Champagne (1 159) ; terres (1256).
Recy, serfs (XIIe siècle), maison (1276).
Soigny, terres et ruisseau.
Songny, fief (1 21 3).
Saint-Germain, pré.
Saint-Hilaire, part de dîmes (1195), cens (1260).
Saint-Memmie , le bois du Boschet sur Saint-Memmie et Courtiols (1274). — Seigneurie.
Saint-Quentin, terres.
Vitry, don d’une maison, de vignes et de cinq fauchées de pré par Raoul de Saint-Quentin , doyen de Vitry, pour fonder et bâtir la chapelle de la Mer (juin 1253).