CHAPITRE V
Etablissements des ordres mendiants dans le diocèse. — Trinitaires de l’ordre de la Rédemption des Captifs. — Dominicains — Mathurins. — Capucins. — Minimes. — Jésuites. — Oratoricns. — Annonciades. — Ursulines. — Dames-Régentes. — Bénédictines. — Congrégation Sainte- Marie. — Lazaristes. — Confréries. — Pèlerinages. — Hôpitaux. — Léproseries. — Personnages ecclésiastiqnes remarquables nés dans le diocèse.
Les ordres mendiants pénétrèrent dans notre diocèse presque aussitôt leurs fondations. Dès l’année 1225, l’évêque Roger du Perche avait chargé les Mathurins ou Trinitaires de la Rédemption des Captifs de desservir un hôpital situé hors de Châlons, entre l’abbaye de Toussaints, alors en l’île, et l’église Saint-Sulpice. Les archives de cet établissement nous attestent à la fois la richesse et l’estime qu’en faisaientles gentilshommes à cette époque. Placés d’abord sous la dépendance de l’abbé de Toussaints qui leur céda l’hôpital, la chapelle, le cimetière et le clos où ils s’installèrent, les Trinitaires durent s’engager à ne pas sonner leurs messes avant celles de Saint-Sulpice, à donner au curé la moitié des offrandes, et à n’enterrer chez eux aucun des paroissiens de Saint-Sulpice sans autorisation (octobre 1225) ; mais une pareille situation ne pouvait durer; trois arbitres furent bientôt appelés pour trancher des difficultés sans cesse soulevées ; Simon de Sommepy, frère prêcheur, Guillaume de Paris, cordelier, et Etienne Porjon, clerc, décidèrent que le nouveau couvent serait complètement indépendant (avril 1257).
(1) Cette donation est datée des calendes de mai an XIII, du règne de Thierry III, roi de Neustrie, an 673. ( Gallia chrisùana.)
Dès le début, les donations avaient afflué et d’abord quatre chapelles furent fondées, deux par dame Marie, veuve de Gilon du Plessis, avec 30 livres de rente sur des vignes à Château- Thierry et le moulin de Nogent-1’ Artaud (juin 1244), et une somme de 580 livres promise en juin 1 247, devant le comte Thibaut de Champagne; une par Remi de Follet, écuyer, avec 25 livres de revenus (25 novembre 1367); une par Jean de Barbaise, chanoine delà Trinité (4 janvier 1369) (1). Plus tard encore, Gaucher de Tourotte, maréchal héréditaire de Champagne, choisit sa sépulture dans l’église du couvent (22 août 1487), et son testament nous apprend que son aïeul , Henry de Tourschapelle et Tristan, fils de celui-ci, y étaient déjà inhumés. Les sires de Dampierre, de Conflans, de Fagnières, de Loupy, de Capy, de Rouffy, etc., figurent parmi les principaux donateurs.
Le père de la Planche, ministre-recteur de la maison, rédigea lui-même, en 1744, l’inventaire des titres de l’établissement, document conservé aux archives départementales, et dont j’extrais l’état suivant :
àthies, Plivôt, deux fermes acquises en 1669.
Avise, vignes, 1686.
Russy-le-chateau, terres, 1686.
Chaintrix, ferme 1670, démolie en 1731.
Cramant, vignes, 1 686.
Chepy, terres, 1686.
Compertrix, terres.
Fagnières, vignes, terres, fiefs, etc., 1228, 1254.
Fontaine-sur-Coole, 1512, ferme.
Givry, ferme, 1371.
Isse, ferme, 1686.
Juvigny, prés.
Les Grandes-Loges, ferme, 1 686.
Jaalons, terres, 1272.
Oger, vignes acquises en 1508, maison.
Recy, rente 1271 ; ferme, 1569.
Saxnt-Pierre-aux-Oyes, dîmes 1227.
Sàrry, terre, bois taillis.
(1) Une chapelle, dite Notre-Dame-de-Bon-Remède, y. fut encore fondée le 24 mars 1712 , par J. -B. Levaulrel, écuyer, conseiller au présidial; l’autel fait par Millet, maçon à Châlons, coûta 120 livres.
Vertus, ferme de Renneville léguée en 1 487, par Gaucher de Tourotte, à charge de célébrer deux grandes messes par an pour le repos de son âme.
Vesigneul, ferme, 1686.
Vitry-la-Ville, prés, 1272.
Vouciennes, prés, 1272.
Et près la porte Saint-Jacques de Châlons, une ferme que les Trinitaires possédaient avant 1 451 .
De cette maison relevait la ministrerie fondée en 1334 au village de la Veuve, et occupée par trois membres de l’ordre.
A Vitry-en-Perthois, les Trinitaires avaient également un important établissement et y furent installés presque en même temps qu’à Châlons ; le comte Thibaut de Champagne les aumôna richement (1) ; sa charte de dotation leur attribua 85 journels de terre, 6 fauchées de prés et quelques pièces de vignes au territoire de Vitry, avec 4 livres, 9 sols, 5 deniers de cens sur diverses maisons sises dans la ville, principalement au bourg, rues Dongrêve et Chantraine (2 janvier 1240); les donations postérieures furent moins nombreuses que pour les Trinitaires de Châlons ; ils reçurent cependant des terres à Faveresse, de Jean Boteville, chanoine de Vitry (samedi après l’Ascension 1265); 21 journels à Frignicourt, de Marie, veuve Doret le Pescheur, à charge d’une messe par semaine (septembre 1273), et quelque temps plus tard elle leur abandonna le surplus de ses biens (février 1276); ils possédaient une petite ferme àBrusson (2), la ferme de Tournesy, donnée par Antoine du Plessis (juin 1253), augmentée par Jean deVillers (mai 1254) et Jean Henrion (3), des terres à Plichancourt (1316), Blaisesur-Arzillières, cédée par la dame Gille d’Arzillières (10 octobre (1348), Ponthion (1514), Changy, Chatrou, Norrois, des vignes à Merlaud (1400). Après la fondation de Vitry-le-François,
(1) Quelques auteurs ne font dater leur établissement que de 4240 ; les Trinitaires cependant, y furent établis avant, puisque nous les voyons recevoir, en octobre 4231 , de Marie, veuve Jean-Baptiste Jaalot, une fauchée de pré à Frignicourt.
(2) Composée d’abord de deux journels à Brusson (47 février 4297.)
(3) Jean de Bolineux reconnaît le don de neuf journels de terre à Tournesy, près Rei ms -la -Brûlée , fait par Jean Henrion, aïeul de sa femme Ameline (4 janvier 1366.)
et quand le chapitre de Vitry-en-Perthois se transféra dans la nouvelle ville, les chanoines cédèrent en toute propriété aux Trinitaires leur église, leur cimetière et un jardin sous un cens de 30 livres et à condition qu’ils conserveraient la collation des chapelles, pourraient enlever les cloches, feraient celebrer la messe de la Saint-Biaise en la chapelle de ce titre, et enfin percevraient les oblations de ce jour (2 juillet 1613). ^
Les Dominicains ou frères prêcheurs furent appelés a Chalons en 1219 par l’évêque Guillaume du Perche qui, cinq ans plus tard, y introduisit également les Cordeliers ou Franciscains. Ce fut dans le couvent des Dominicains, construit aux irais du prélat, que se donnèrent au XVe siècle les représentations des mystères qui étaient très en vogue à Châlons ; ce fut aussi dans cette maison que se tinrent les séances de la cambre du parlement de Paris, transférées à Châlons en 1590-1591 puis, jusqu’en 1612, celles du présidial. Le couvent des Cordeliers, dont le cloître datait de 1274, fut en partie élevé par les libéralités de Michel li Papelard et de Marguerite Blés qui y uren inhumés, et dont la pierre tombale se voit actuellement a la
cathédrale (1) (1254-1258). . . . ,
Le second couvent de cet ordre qui existait dans ce diocese, est beaucoup plus récent : quand par suite de 1 état des batiments, le prieuré de Sainte-Ame de Joinville fut abandonne, Antoinette de Bourbon, duchesse de Guise, se fit ceder ses ruines, et, les ayant réparées convenablement, elle y installa les Franciscains (7 juin 1567); cette cérémonie eut lieu avec beaucoup de solennité, en présence des duchesses de Guise etdÀ male, de tout le clergé et d’une foule immense; arrives a a porte, les Cordeliers s’arrêtèrent et Antoine Gourd ault , frere gardien, s’adressant à Antoinette de Bourbon, lui dit : « Ma dame et vous Messieurs qui estes présents, nous pauvres religieux de l’ordre de Saint-François, vos très humbles orateurs icy envoyés de nos supérieurs par obédience, désirons et voulons vivre honnêtement et religieusement comme nos peres Et comme Abraham n’a voulu se emparer de l’héritage ou était la double spélonque appartenant aux enfants de Heth sans leur
m Les archives de ces deux maisons n’existent plus,; le peu de titres y relatifs qui se trouvent au dépôt départemental sont récents et sans importance.
gré et consentement, aussi nous déclarons que ne voulons entrer à la maison de céans au préjudice d’autruy, et pour ce, madame, vous supplions très humblement qui vous plaise manifester devant ces notaires apostoliques et la vénérable compagnie cy présente le vouloir de monseigneur le révérendissime cardinal (1 ) touchant ce qu’il a ordonné pour nostre faict. » Et la duchesse de répondre : «Le vouloir de mon fils le cardinal et le mien sont vous donner cette maison pour y demeurer, y faire le service divin, aller prescher ès lieux circonvoisins, et annoncer au peuple ce qui appartient à son salut. Et mon fils le cardinal du consentement des religieux de Saint- Urbain fera expédier et passer le tout en cour de Rome (2). » La duchesse fit restaurer complètement l’église et construire un très beau Saint-Sépulcre; c’est à peu près tout ce qui reste de ces intéressants bâtiments.
Les frères de la Pénitence obtinrent le droit de se construire un couvent en la paroisse Saint-Alpin, de Châlons, par permission de l’abbé de Saint-Pierre-au-Mont (1266), et cédèrent la place, en 1292, aux frères ermites de Saint-Augustin, qui lurent confirmés par l’évêque Jean de Châteauvillain; en 1297, ils agrandirent leurs batiments tout en demeurant toujours, jusqu à un certain point , soumis a 1 abbaye. Les autres couvents du diocèse sont beaucoup plus modernes; les Récollets furent établis à Châlons en 1610 par Cosme Clausse qui dut pendant six ans les loger dans son propre palais à cause delà résistance des Cordeliers; en 1616, ils furent installés à la maison qu’ils durent peu après céder aux dames de Yinetz, et allèrent se loger définitivement rue de la Grande-Etape; à la même époque ces pères furent appelés à Vitry-le-François (3). Dans la même ville, les Minimes vinrent à leur tour prendre leur place en 1610, et reçurent en dotation l’ancien prieuré de Sainte-Croix; en 1698, ils étaient au nombre de douze avec 3,000 livres de rente; quelques années après, Madame de la Lobbe en fonda une maison à Lépine; il y a eu aussi un couvent de tordre à Villiers-au-Bois près du Der ; il fut supprimé en 1775, et ses biens réunis à la maison de Brienne-le-Château.
cardinal de Lorraine, abbé de St-Urbain, dont dépendait le prieuré.
(2) Archives départementales delà Haute-Marne. — M. Fériel.
(3) Au nombre de vingt-quatre religieux, en 1700.
Les Capucins rencontrèrent la plus grande opposition pour leur établissement dans le diocèse; les municipalités résistèrent le plus longtemps quelles le purent; seule la ville de Chalons gagna sa cause et ne voulut pas se rendre aux pressantes sollicitations que Richelieu lui-même adressa de Chateau- Thierry au conseil ‘(24 novembre 1631) (1), mais les capucins furent plus heureux dans les autres localités ; ils étaient installés dès 1 61 3 à Saint-Dizier et au nombre de vingt-deux religieux en 1700 en 1619 à Sainte-Ménehould ; la maison de \Yassy remontait à 1643 et jouissait d’une petite ferme rapportant douze quintaux de froment, et d’une rente de 123 livres sur les gabelles; elle appartenait à l’ordre des capucins Irlandais qui, avec la maison de Bar-sur-Aube formait une province ; celle de Joinville ne fut organisée qu’en 1 635, et il fallut toute la volon e de la duchesse de Guise et l’autorité de l’éveque de Chalons pour triompher du mauvais vouloir des habitants, elle fut bru
lée en 1706 et relevée aussitôt.
En 1617, les pères Jésuites firent leur entree dans le diocese, mais cette savante compagnie ne parut qu’à Chalons ou on eur confia la direction des études du collège, quils conservèrent jusqu’en 1763, époque de la suppression de l’ordre en France. En 1666, les pères de la Doctrine avaient été charges du service du séminaire; en 1679, ils furent remplacés par les peres de l’Oratoire, qui cédèrent à leur tour la place trois ans plus tard aux Lazaristes, à Chalons. En avril 1665, 1 eyeque avait appelé les pères de la doctrine pour leur confier 1 administration du collège de Yitry, qu’il venait d’organiser avec une dotation de 1,200 livres; on y enseignait les humanités et la philosophie.
’ Les couvents de femmes étaient assez nombreux aussi , e
prieuré des Bénédictines de Saint-Joseph ou de lEtroite-Obser-
vance, établi en 1614 sous la filiation de 1 abbaye dAvenay, supprimé le 21 février 1788; le couvent de Sainte-Marie fonde en 1613 par le bienheureux père Fourier de Matincourt et chef d’ordre de la Congrégation , qui avait pour mission d instruire gratuitement les jeunes filles pauvres; on y comptait habituellement soixante religieuses, non comprises les sœurs converses et il avait des maisons non-seulement à Vitry-le-François (2) et
(1) Archives municipales de Châlons : lettres autographes.
(2) 11 y avait 50 religieuses en 1700.
HISTOIKE ECCLESIASTIQUE.
à Sainte-Ménehould (1627), mais encore hors du diocèse, à Reims, à Laon, à Soissons, à Château-Thierry, etc. ; les ürsulines établies en 1660, supprimées en 1778; les Dames-Régentes ou Nouvelles-Catholiques, appelées en 1672 par l’évêque \ialard de Herse et dotées par la duchesse de Noailles; on retrouve ces religieuses à Vitry, à Vertus et à Wassy. Les Ursulines turent installées à Joinville en 1641, malgré l’opposition des habitants , mais elle ne tardèrent pas à se concilier leur affection, et, en peu d’années , ce couvent devint le plus riche et le plus vaste de la ville, et jouissait de six mille livres de rente; elles y avaient aussi une maison à Saint-Dizier depuis 1 646 (1 ) . En 1 620, les Annonciades de Nancy demandèrent à Monseigneur Cosme Clausse la permission d’envoyer une colonie à Joinville pour se rendre « aux prières que plusieurs filles d’icelle ville et des lieux circonvoisins de notables familles leur font de les recepvoir audit ordre (2). » L’évêque accueillit très favorablement cette pétition, et permit aux religieuses de faire leur établissement sous la seule condition que les supérieures ne seraient pas plus de huit ans en exercice selon les règles, et qu’elles demeureraient entièrement soumises à sa juridiction ;mai 1621) (3). Le duc de Guise approuva cette institution, et, en 1626, la maison comptait huit religieuses; en 1751, leur nombre était monté à vingt-cinq, plus sept converses, deux novices et une postulante; leurs revenus valaient 3,600 livres.
Je ne citerai que pour mémoire, et en renvoyant pour plus de détails à mon Histoire de Châlons, la communauté des moines mariés de Châlons, au faubourg Sainte-Pudentienne., supprimée en 1641, et la maison des frères hospitaliers dits Billettes, fondés vers 1165 par l’évêque Guy de Joinville, avec une assez riche dotation, et supprimée également en 1641 ; soumis d’abord à la règle de saint François, ils avaient adopté ensuite celle de Saint-Augustin.
Les confréries étaient nombreuses dans le diocèse ; la plupart des paroisses rurales en avaient principalement sous les vocables de Notre-Dame du Saint-Rosaire, du Saint-Cœur, de
fl) Etablies le 6 mai 1646, au nombre de 15 en 1700.
(2) Archives départementales de la Marne. — M. Fériel.
(3) Ibid. Ibid.
quelques saints spécialement honorés dans nos pa\s, comme saints Memmie, Remy, Hubert, Georges, Gibrien, Vrain, sainte Ménehould, Pome, Pudentienne, etc., ou des saints patrons de corporation d’arts et métiers. On en comptait deux remarquables à Châlons : celle de Saint-Jacques-de-Compostelle, et celle des Frères-des-dix-Veniers, dont l’origine remontait aux temps les plus anciens, et qui accompagnaient les convois de pauvres, soignaient les malades; plus tard ils servirent de valets à la confrérie de Charité, et enfin furent, en 1616, attachés à l’Hôtel-Dieu, et leurs revenus réunis à ceux de cet établissement.
A Joinville, il faut citer la confrérie, dite de la Sainte-Croix dans laquelle toute personne « catholique et de bonne renommée » pouvait entrer en payant 10 sols d’admission et 12 deniers de cotisation annuelle ; sur les registres annexés à 1 hôpital Sainte- Croix, figurent, parmi les membres, tous les membres de la famille de Guise, un évêque de Verdun, un abbé de Cheminon et tous les notables de Joinville. Le costume consistait, pour les hommes, en un sac de toile noire avec une ceinture et un fouet, pour les femmes, une cape de serge noire et un chapelet : aux processions, chaque membre tenait une lanterne.
Les pèlerinages n’étaient pas rares non plus; on en trouvera le détail dans le second volume de cet ouvrage, à l’article de chaque paroisse.
Enfin les établissements hospitaliers occupaient une large place parmi les institutions religieuses du diocèse de Châlons,
Je n’admettrai pas ici comme sérieuse la version qui parle de quinze hôpitaux différents à Châlons dont plusieurs remontant à saint Memmie ou à saint Alpin. Je vais dire très brièvement ce qui me semble réellement vraisemblable sans aller se perdre dans des origines où l’on ne peut rien distinguer. L’Hôpital de Saint-Etienne existait en 920 près de la cathédrale où il avait sans doute été élevé en exécution de l’article 114 du conseil d’Aix-la-Chapelle qui enjoignait aux évêques de bâtir une maison de malades aux frais de leurs églises : il futsuccessivement agrandi en 1121 par les libéralités de l’évêque, en 1490 et en 1639 par l’acquisition de diverses maisons. Une charte de l’évêque Gérard de Douai (1209) rapporte textuellement celle de Guillaume de Champeaux de l’année 1121. Le prélat attribue à l’hôpital 1’ annate des prébendes vacantes et les anciens ornements de la cathédrale , reconnaît son droit d’asile pour les
criminels et lui donne les autels de Mazères, saint Vrain, Maisons, Loisy-sur-Marne , de Cabreyo , Champgin •(?), Bussy, Soudron et Dampierre-sur-Moivre : le chapitre avait la juridiction et la direction de cet hôpital, devait le faire visiter, lui donner des aumônes et le faire administrer par deux chanoines. Le réglement fut arrêté par le chapitre en avril 1261 « pro hospi- » tali nostro, dit l’acte, cathalaunensi de bonis nostris totaliter fundato »; il fixe le nombre des convers et converses à vingt, des prébendes à cinq ; décide que les sœurs auront 25 ans au moins, 50 au plus, exclut sans remission ceux ou celles qui failliraient à leurs devoirs et ordonne aux maîtres de rendre des comptes annuels.
La fondation de l’hôpital saint Maur est attribuée à saint Alpin : quoi qu'il en soit, il existait au XIIe siècle et était confié aux soins des religieuses du Bon-Pasteur; il fut rebâti en 1594 et en 1645, époque où il ne servait plus qu’au logement des pauvres mendiants. L’Hôtel-Dieu toujours attribué à saint Memmie était desservi en 1197 par des trinitaires et des religieuses : il fut rasé en 1544 à cause de sa position hors des murs du faubourg de Marne. L’Hôpital du Saint-Esprit, sur la place actuelle de ville et contempora in encore de Saint-Memmie (1), était un établissement municipal pour lequel le papelnnocent IV autorisa 1 érection d’une chapelle en 1224, disposition qui me semble donner une idée assez exacte sur l’époque vraie de la fondation : les passants et malades étrangers y étaient soignés par des religieux et des religieuses : les béguines y furent introduites en 1 539 ; cet établissement fut supprimé pour faire place à l’Hôtel-de-Yille. Il y avait encore pour les malades quelques maisons secondaires portant les noms de Sainte-Syre, Sainte- Pome, Saint-Liénard, et saint Léger ou des Aveugles, des Dix-Dell) Je ne comprends pas comment des écrivains sérieux peuvent avancer ces faits, et comment admettre que Saint-Memmie ait eu besoin de fonder cinq ou six hôpitaux à Châlons? ou bien alors il faut croire que Châlons était une cité de premier ordre. — Voir pour cette partie de l’histoire des établissements religieux, les riches archivas de l’hôpital de Châlons-sur- Marne. L’hôpital jouit encore des vastes propriétés parmi lesquelles on peut citer les fermes de Ripont, de Saint-Gibrien, de Fagnières, de Mairy, de Pogny, de Sommevesle, des bois, des prés, etc., la ferme d’Hurtubizi-enf agnières provenait du temple réformé. -Les principales familles bienfaitrices étaient les Talon, Deu, Collesson, Châtillon, Daoust, Braux, iïorguelin. Le plus ancien titre des archives est de 1121 .
niers : un arrêt du 18 février 1616 réunit au grand Hôtel-Dieu ou Hôpital Saint-Etienne tous les hôpitaux et maisons de chante de la ville. Ajoutons que pendant le XIIe et le XIIIe siecle, abbaye de Toussaints recevait les pestiférés qui furent ensuite soignes jusqu’au XVIe siècle à la maison de Saint-Nicolas ou LaNeuvil e Sli près de l'ancien Toussaints : de 1515 à 1596 . la peste parut dix-neuf fois dans le Châlonnois ; elle n’avait sevique six
fois au siècle précédent. . .
Des hôpitaux ou maladreries existaient également dans les environs de Châlons. Je citerai celui de la Madeleine de Somme- Vesle remontant au XIIIe siècle : celui de la Madeleine de Pogny, dont l’évêque Gui de Joinville réunit la propriété a 1 Hôtel-Dieu de Châlons à charge de l’entretenir, en 1 1 64 ; la maison-Dieu e Mairv, existant en 1 1 93 sur la voie romaine de Bar et incendiee le 19 janvier 1699; l’Hôpital Saint-Léger de Saint-Memmie . tous les quatre furent réunis au grand Hôtel-Dieu de Châlons
par l’arrêt de 1 61 6. t . ,
L’Hôpital de Vertus ne fut originairement qu une maladrene dépendant de l’abbaye de Notre-Dame et formant en meme temps un prieuré sous le vocable de Saint-Nicolas : un religieux du monastère était chargé du service. Le comte Thibaut V avait ainsi réglé cette union «avons la maladrene et toutes ses » appartenances mobles et non mobles octroie perpétuellement » au dit établissement de Notre-Dame qui seronttenus de payer » chacun an à chacun des convers et converses, des ladres et » ladresses 40 sols forts de Champagne pour robes et ehauce- » ment entretenir ladite maladrerie en suffisant état tout » comme auxmassonages et faire chanter huit jours la semaine » en ladite chapelle. » Le dénombrement fourni au com e de Vertus par l’abbé, le 24 septembre 1446, nous donne 1 état des dépendances de cet hôpital : la Maison-Dieu isolée, avec salles hautes et basses, la chapelle Saint-Nicolas avec une messe hebdomadaire et 30 livres de rente , 21 grands septiers de seigle-avoine de rente à Montepreux; à une haye de Saint Lucatin de 26 arpents au terroir de Vertus et neuf boisseaux vigne au même lieu. En 1208, la comtesse Blanche de Champagne avait octroyé à la maladerie une foire d’un jour a la Nativité de Saint-Jean : les chanoines du chapitre se la firent cède à force de démarches pour une rente de six livres -.elle eu aussi une ferme dite l’ Axin de l'Hôtel-Dieu à Villeneuve. Tous ces
biens furent perdus lors des guerres et accaparés par l’abbaye au XVIIIe siècle ; les propriétés de l’hôpital étaient alors de nouveaux acquêts provenant surtout de la générosité de Louis Billardé, chanoine de Vertus, qui lui laissa pour 30,000 livres de biens , à condition de doter chaque année deux pauvres jeunes gens de la ville pour les faire étudier au séminaire. Le prieuré de Saint-Nicolas a été supprimé et remis à la manse monachale en 1724 et la direction de l’hôpital passa alors aux bourgeois de Vertus.
En 1567 furent jetées les fondations de l’Hôtel-Dieu de Vitryle-François et il reçut un accroissement considérable par la générosité de M. Daniel Morel, maître en la chambre des Deniers (1675); il y avait alors huit lits et 1,600 livres de rente ; quatre pères de la Charité y étaient attachés. En septembre 1686, le roi fit fonder l’hôpital général. On sait que l’abbaye de Vitry-en-Perthois avait été originairement un hospice dirigé par des sœurs hospitalières, jusqu’au jour où il fut transformé en monastère régulier. L’hôpital de Sainte-Ménehould devait sa création, comme je l’ai déjà dit, à la générosité d’un juif qui vivait au Ve siècle de notre ère ; au moyen-âge, cet établissement charitable fut considérablement augmenté par de nombreuses aumônes ; en 1 1 74, le comte de Champagne lui attribua le droit de prendre le bois à brûler nécessaire à la maison, dans ses forêts; dans la suite, toutes les maladreries des environs et dont nous allons parler, lui furent successivement réunies.
Joinville n’était pas moins bien doté sous le point de vue hospitalier; le plus ancien de ses hospices était la Maison- Dieu ou hôpital Saint-Jean près du prieuré Sainte-Ame ; on ignore l’époque de sa fondation, mais en 1190, Geoffroy de Joinville et sa mère Helwide l’attachèrent par voie de donation au prieuré Saint-Jacques, avec ses biens et l’usage du bois à brûler dans la forêt de Fays : c’était donc évidemment une fondation de ces puissants barons; en décembre 1263, Jean de Joinville, l’historien de saint Louis, y fit construire une nouvelle chapelle «par teilcondicion que li droit de réglisse » de Saint-Ourbain et li droit de les priores et de l’église phar- » rochial de Joinville i soit saus » en outre il stipule « que la » devant dite chapelle sera tous jours mais sans cloche et sain » de métal fors que une petite clochette à main que on sone i 15
» en l’élévacion dou cors de nostre signour et li ni pourra en » faire cimitierre » et il déclare que la collation en demeurera aux seigneurs de Joinville (1).. Ferry de Lorraine rapporte dans son testament que son père détruisit cette maison « qui estait » l’hospital et logis des povres ce dont son âme pourroit avoir » esté chargé aucunement » et que lui-même se rappellant « comme aultrement ès royaumes de Naples, de Sicile, Italie,
» Aragon et ailleurs, eux et mes gens esté reçus et loges en » plusieurs lieux et hôpitaux » il voulait quelle fut réédifiee, et que dans ce but il léguait 2,000 ducats d’or valant 3,000 livres tournois (2) (30 août 1470). Le 22février 1483, Yolande d Anjou, femme de ce Ferry, chargeait ses exécuteurs testamentaires « de parfaire ledit hospital s’il y a aucune chose à y faire et » besoigner. » (3). Nous savons que cet établissement, consacré plus tard au logement des pauvres passants, fut réuni au prieuré de la Pitié. « Le gardien dudict hôpital est oblige de » recepvoir en icelluy tous les pauvres passants qui s y pre » senteront sans aucun mal dangereux ni contagieux, suivant » la visite et certificat du chirurgien dudit hospital, et deman- » deront à y entrer et coucher pour l’honneur de Dieu, et ce » pendant deux jours et deux nuits seulement; et leur fournir » du bois pour leur chauffage, ensemble des pots, plats, » écuelles et autres ustensiles; mesme des herbages et autres » fruits provenant du jardin d’icelluy avec le luminaire pour » leur réfectoire et coucher en cas de nécessité, soulagement » et contentement. Sans que pour l’entrée, séjour, sortie, fruits, » etc. ... . lesdits pauvres soient tenus ni obligés de payer ni » donner aucune chose audict gardien ni à d’autres suivant l’in- » tention de Ma Dame et des fondateurs dudict hospital (4). » L’hôpital Sainte-Croix qui existe aujourd’hui, est beaucoup plus récent; il a été fondé au mois de décembre 1567 par Antoinette de Bourbon elle cardinal de Lorraine, son fils, et sa dédicacé se fit le 1 3 décembre 1 573 ; il était desservi par une maîtresse, la duchesse de Guise portalapremière ce titre, —quatre
(1) Archives de la Haule-Marne, M. Fériel.
(2 Histoire de Lorraine de don Calmet, tome VI, preuves, p. CCX\1.
(3) Ibid Ibid. p* GCXXXII.
(4) Tableau dû devoir des Gardiens, mms. du XVII* siècle.- M. Fériel.
servantes , — ayant pour gages douze louis et huit aulnes de drap pour une robe, et si au bout de dix ans de service, elles voulaient semarier, elles recevaient 25 livres de dot ; — un receveur «personnage notable et bien cautionné, » un boursier qui remettait chaque matin à la maîtresse les objets de consommation de la journée; enfin, deux prêtres à 100 livres de gages, « de bonne vie et suffisants littérateurs. » Le conseil d’administration se composait du bailli, du procureur fiscal, du curé, du doyen du chapitre Saint-Laurent et de deux membres pris parmi ceux de la confrérie de Sainte-Croix (1).
De nombreux domaines étaient affectés à cet hôpital qui fut encore rapidement enrichi par l’adjonction de plusieurs maisons secondaires ; en 1572, on lui réunitles prieurés de Vanaultle-Châtel et de Sainte-Ame, plus deux prébendes du chapitre de Sailly ; en 1 696, les maladreries de la Madeleine et de Bouchéraumont; des lettres-patentes du roi, du mois d’octobre 1710, homologuèrent ces diverses modifications.
L’Hôtel-Dieu de Wassy fut originairement desservi par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem; en 1640, on abandonna ce bâtiment aux capucins irlandais et le conseil de ville choisit un local dans le faubourg du Der; l’année suivante on céda ce dernier aux mêmes pères pour reprendre l’ancien établissement; en 1750, on construisit un nouvel hôpital à la place du cimetière des protestants. L’Hôtel-Dieu de Saint-Dizier doit sa fondation aux sires de Dampierre, mais il ne prit jamais un grand développement.
On sait qu’une des grandes plaies du moyen-âge fut cette maladie affreuse connue sous le nom de lèpre, qui désolait surtout les campagnes ; les réglements les plus sévères défendaient aux malheureux atteints de cet horrible mal de communiquer avec le reste de la population, et des peines terribles punissaient les infractions ; il fallait donc avoir des maisons pour recueillir ces parias, quoiqu’un assez grand nombre demeurassent dans des huttes au milieu des champs, n’ayant pour vivre que la possession d’une parcelle de terre que la charité publique leur attribuait. Châlons avait un hôpital pour les lépreux, la maison
(I) Ordonnances et règlements de l’hôpital Sainte-Croix, etc, in- 12 de 59 pages, Troyes, Noël-Moreau, 1614. — M. Fériel.
22g PREMIÈRE PARTIE.
de Saint-Jacques, hors des murs de la ville, sur la route de Reims, qui fut originairement desservie par les membres de a confrérie de Saint-Jacques de Compostelle assistés d’un certain nombre de converses et sous la direction de l’autorité municipale; cet établissement possédait une assez riche dotation et avait pris un très-grand développement au XIVe siecle ; la lepre disparut en Champagne au siècle suivant, et ce fait était devenu assez notoire pour que le conseil de ville rendît celte conclusion.
« Le lundi, dernier jour de mars 1 421 , que la maison des ladres » de la cour Saint-Jacques, hors Chaalon, soit abattue et de- » molie, parce qu’il n’y a plus nuis ladres, et toutes les emplettes » d’icelles mises dans la cité (1).» Celte maison subsista cependant, sans doute, comme petit hôpital et fut, comme les autres, réunie, en 1616 , à l’Hôtel -Dieu ; la chapelle existait encore
en 1789. . ,,
Les autres villes du diocèse avaient également leurs léproseries • à Wassy, la léproserie ou maladrerie de Sainte-Madeleme jouissait d’un singulier privilège ; les bouchers devaient aux malades la langue de toutes les grosses bêtes abattues par eux, excepté de celles qu’ils tuaient le jour de Noël et les boulangers une michotte chaque samedi; en revanche, la maison devait un denier aux bouchers le mardi de la Pentecôte, et un le 15 novembre aux boulangers ; elle était située sur 1 emplacement actuel du cimetière. Dès la disparution de la maladie, la léproserie perdit de son importance ; la chapelle seule demeura debout, et, ayant été détruite dans les guerres religieuses, elle tut promptement relevée par les soins de l’évêque Cosme Clausse qui promit une indulgence de sept cent soixante-cinq jours a toute personne qui contribuerait à ce travail d’une maniéré quelconque. Le clergé de Wassy venait chanter la messe dans cette chapelle le second jour des Rogations, et, jusqu en 1590, les assistants y dînaient pendant la célébration du saint sacrifice ; à cette époque, on supprima cette coutume inconvenante, et l’on se contenta de distribuer au peuple un tonneau de vin à la sortie. Cette maladrerie fut enfin réunie à l’hôpital de assy en même temps que la léproserie Saint- Lazare de Monlier-
en-Der.
(îj Archives de rHôtel-de— Ville.
La léproserie Sainte- Madeleine de Joinville était située à l’extrémité du faubourg de Lorraine, et ses biens vinrent augmenter, au XYle siècle , les possessions de Sainte-Croix.
Il paraît que dans l’Argonne ce fléau exerça des ravages plus violents, car c’est de ce côté que nous voyons le plus grand nombre d’établissements destinés à recevoir ces malheureux malades. Autour de Sainte-Ménehould, il faut citer, d’abord aux portes de la ville, la maladrerie de la côte Caraut, qui existait au XIIe siècle, et dont les biens vinrent plus tard s’ajouter à ceux de l’hôpital, puis les maladreries de Verrières et de Dampierrele-Château , où l’on rencontre encore des fontaines des Bons- Malades; la léproserie de la Maison-Dieu de Biesme, à qui le mardi après la mi- carême 1264, le comte Thibaut de Champagne donna vingt charretées de bois à prendre chaque année dans les chablis et bois morts de sa forêt de Sainte-Ménehould ; sa réunion fut effectuée à l’hôpital, par lettres-patentes données en 1350 par le roi Jean (1). Une Maison-Dieu existait à Hans, fondée par les seigneurs du lieu, et prit au XIIIe siècle, les proportions d’un hôpital; la léproserie disparut de bonne heure, mais l’hospice demeura jusqu’au 28 juin 1714, que le baron de Hans affecta sa dotation à la chapelle Saint-Jacques de Dampierre-le-Château.
Près de là, encore, se trouvait la léproserie la plus considérable du pays, celle de Royon, située sur le diocèse de Reims, mais qui fut acquise en 1268 par l’abbaye de Moiremont (2); elle existait dès le XIIe siècle, et reçut en 1206 la ferme d’Essères et une part de la dîme de Braux, par le don de Garnier, seigneur de Vienne-le-Château, atteint lui-même de la lèpre ; les seigneurs de Hans firent aussi de fréquentes aumônes à Royon. Cette maison , comme toutes les autres d’ailleurs , était dirigée par un maître et un certain nombre de frères et de sœurs; l’abbaye de Moiremont, après l’annexion, dut continuer à recevoir et entretenir les pauvres malades des deux villages de Vienne-le-Château et de Saint-Thomas, alors en Barrois.
(1) De nombreuses ordonnances de 1419 à 1623 enjoignirent aux maîtres des eaux et forêts, de se conformer aux termes de la donation du comte. La Maison Dieu devint par la suite une ferme qui, brûlée en 15t9, fut rebâtie la même année.
(2) Voyez le cartulaire de cette maison.
Un grand nombre d autres léproseries devaient encore exister dans le diocèse, mais ce n étaient sans doute que des maisons assez restreintes, bâties le long des routes; une chapelle et un cimetière en dépendaient, et un prêtre y résidait avec le nom de maître. C’est ainsi que, dans les archives du chapitre de Châlons, j’ai trouvé une charte du mois de juillet 1235, par laquelle l’évêque concédait le droit d’avoir un cimetière à la léproserie de Brousson.
Quelques villages, en outre, devaient à la générosité de leurs seigneurs de petits hôpitaux ; nous trouvons ainsi une Maison-Dieu à Romicourt, un hospice à Boucheraumont, fondé au confluent de la Marne et du Rognon, près de Donjeux, par Béatrix, dame d’Arzillières, femme de Guy de Joinville, vers 1230, avec une chapelle dédiée à saint Louis ; elle y fut inhumée; cette maison fut ensuite transformée en prieuré, réunie en 1696 à l’hôpital Sainte-Croix de Joinville, et enfin vendue, en 1749, moyennant 16,000 livres au marquis de Lesperoux, seigneur de Donjeux. Les seigneurs d’Arzillières avaient également, dès le commencement du XIIIe siècle , établi un hôpital près de leur château; enfin, ceux de Saint-Chéron , entretenaient, dès les temps les plus anciens , une aumônerie dans leur village avec deux lits pour les pauvres passants.
Comme on le voit, l’hospitalité était largement pratiquée dans le diocèse, et il faut encore ajouter à cette nomenclature, outre les maisons dont le nom même a disparu, les dix-neuf abbayes où les pauvres, les malades, les voyageurs étaient reçus comme des frères, trouvaient de la nourriture, des lits, des soins en cas de maladies; grâce à ces grands jalons qui se succédaient les uns aux autres, les pèlerins du moyen-âge pouvaient
entreprendre les plus longs voyages, surs de rencontrer partout aide et secours au besoin.
Il ne serait pas juste de clore cette partie entièrement consacrée à l’étude des institutions religieuses du diocèse, sans citer rapidement les noms des hommes nés dans sa circonscription et qui ont occupé un rangou joué un rôle dans les affaires de l’église. Je mettrai cependant de côté les premiers ecclésiastiques de la maison de Guise, nés à Joinville, et qui sont assez connus pour ne pas revenir sur leur biographie. Châlons vit naître Etienne, moine à Clairvaux et disciple de saint Bernard; nommé en décembre 1 1 40 évêque de Préneste et cardinal , il mourut le 1 3
février 1142, et sa vie figure parmi celles des saints de l’ordre de saint Benoît. Imare, moine de Saint-Martin-aux-Champs de Paris, puis cardinal et évêque de Tusculum en 1142, mort à Cluny. Louis Lallement , qui fut professeur dans la Compagnie de Jésus en 1605, à Nancy, et devint un des membres distingués de l’ordre ; il mourut à Bourges en 1535. Nicolas Psaume, d abord curé de Saint-Alpin, puis l’un des docteurs du concile de Trente, et enfin évêque de Verdun. Claude Togniel, plus connu sous le nom de Claude d’Epense, village dont sa famille possédait la seigneurie, naquit en 151 1 , et fit des études assez brillantes pour devenir recteur de l’Université deux ans avant d’avoir pris le bonnet de docteur en Sorbonne, s attacha aux cardinaux Jean et Charles de Lorraine, prit part aux travaux du traité de Crespy (1544), et fut l un des douze théologiens réunis à Melun pour préparer les questions qui devaient être soumises au concile de Trente, auquel il se rendit ensuite ; il servit le cardinal Charles de Lorraine à Rome, en 1555, et se fit remarquer du pape Paul I\ qui essaya vainement de le conserver près de lui ; on retrouve ensuite Claude d Epense aux Etats d Orléans en 1560, au colloque de Poissy, où il réfuta Théodore de Bèze; il mourut à Paris le 5 octobre 1571, laissant la réputation d’un des docteurs les plus consommés de son temps.
A Vitry-le-François, naquit le minime Jean Jacquier, en 1701 , qui alla occuper plusieurs chaires des sciences exactes au collège de la Propagande de Rome, où il mourut en 1781. Sainte- Ménehould ne fournit à notre liste que Dom Pierre Pérignon (1715), qui a acquis une certaine réputation locale par le progrès qu’il fit faire à la fabrication du vin de Champagne. A Vertus, M. Lemaître de Paradis (1696-1762), abbé de Toussaints, après avoir été avocat du roi au bailliage de Châlons, doyen du chapitre Saint-Etienne, vicaire-général du diocèse, président du bureau de Bienfaisance et des Hôpitaux-Unis , syndic du clergé, etc.; possesseur d’une grande fortune , M. Lemaître de Paradis la dépensa entièrement en aumônes et en institutions hospitalières; il doit trouver sa place ici à cause du bien qu’il fit à la ville de Chàlons pendant tout le siècle dernier. Dans les villages , nous trouvons d’abord à Baye, Saint-Alpin dont le nom rend les commentaires inutiles. A Chaude-Fontaine, le jésuite Dez (1643-1712), prédicateur distingué, premier recteur de l’Université catholique de Strasbourg qu’il dut organiser,
enfin, confesseur du dauphin qu’il suivit en Allemagne et en Flandres. A Chatonrupt, l’abbé Nicolas Piat (1690-1756), qui occupa avec succès la chaire des Belles-Lettres au collège Saint- Remi, à Paris. A Montier-en-Der, le bénédictin Paul Jussy, mort à l’abbaye en 1692, et duquel dom Calmet fit un grand éloge. Enfin, à Clamanges, Nicolas de Clamange, orateur éminent, secrétaire de l’anti-pape Benoît XIII ; il fut obligé de se cacher ensuite à la Chartreuse de Vallombreuse à cause de ses intrigues contre le roi Charles YI, qui finit cependant par lui accorder des lettres de pardon et le laisser nommer archidiacre de Bagneux, et enfin, proviseur du collège de Navarre , il mourut en U40.