CHAPITRE Ie
Noblesse féodale. - Hiérarchie. - Droits seigneuriaux. Principaux seigneurs au XII» et XIII» siècles. — Chevaliers croisés. — Transformation de la noblesse à la chute delà féodalité. — Multiplicité des seigneuries. — Avènement de la bourgeoisie aux prérogatives féodales.— Noblesse en Champagne. — Etat des fiefs royaux du diocèse.
L étude de la hiérarchie féodale est une question neuve et des plus malaisées à étudier dans notre pays; il ne nous est pas resté de documents, comme dans certaines provinces, à l’aide desquels on peut reconstituer l’état ancien de la société féodale et classer régulièrement les fiefs , les arrière-fiefs, les tenures, etc. Je vais cependant essayer ce travail à l’aide de nombreuses notes que j’ai pu recueillir, et si je ne puis bâtir un édifice irréprochable, du moins j’ai la certitude de donner sur cette matière plus de notions que mes devanciers , et de préparer une voie sûre à ceuxqui voudront continuer après moi.
Les terres nobles se divisaient en alleux et en fiefs; la propriété des premiers était entière, absolue ; celle des seconds soumise à certaines restrictions. Les terres de franc alleu étaient peu nombreuses dans nos contrées, l’on en trouve très rarement la mention dans les chartes du XIIe au XIVe siècle (1); plus tard elles diminuèrent encore et devinrent de véritables exceptions ; en effet les propriétaires de francs alleux préféraient les transformer en simples fiefs , pour rentrer dans la vaste hiérarchie du centre féodal , au lieu de demeurer en dehors, exposés aux attaques des voisins sans pouvoir invoquer aucun secours. Bientôt aussi, c’est-à-dire à la fin du XIIIe siècle, les
(f) C’est principalement dans le cartulaire de l’abbaye de Monstier-en-Argonne qu’on en rencontre quelques exemples.
9Q0 deuxième partie.
différences entre les alleux et les fiefs étaient devenues presque nominales, la législation royale prenant à tâche de supprimer l’indépendance embarrassante que s’attribuaient les proprietaires allodiaux. Le franc alleu ne différa plus du fief que dans quelques distinctions et juridictions insignifiantes et en ce que les nefs étaient soumis à certaines redevances qui n étaient pas imposables sur les alleux. Le ûef se subdivisait lui-meme en fief direct et arrière-fief, après lesquels venaientles fiefs roturiers, tels que les censures, les lenures; de là les deux grandes catégories d’hommes, les vassaux et les serfs; les uns nobles, c’est-à-dire libres; les autres, esclaves, mais devant tous deux obéissance, fidélité , respect et service au seigneur, relevant de sa juridiction , mais à divers degres et sous di-
verses formes. . ,
Le mot Seigneur n’avait pas proprement , au siée e , même sens qu’il acquit depuis; le seigneur n’était que celui qui avait la directe (1), les autres n’etaient, quoique nobles, que de simples vassaux; mais comme en réalité, les droits judiciaires ont toujours, ou presque toujours ete attaches a la directe, tout justicier à reçu le titre de seigneur. Au moyen âge en effet non seulement le seigneur avait sous son autorité les tenuriers , censiers , métayers , etc ; mais il était leur juge, leur souverain; il exerçait les mêmes pouvoirs que le roi dans 1 elendue de sa seigneurie et les exerçait sans restriction jusqu au jour où les parlements commencèrent à les surveiller et ou Saint-Louis chercha efficacement à les soumettre un peu plus
au contrôle de la royauté. , . , , i. .
Je n’ai pas le projet de refaire ici en abrégé un traite de 1 administration féodale ; tout le monde sait sommairement que le
il 1 1 es différences que les jurisconsultes du droit féodal établissent entre la directe et la justice?sont aLea subtiles pour être difficilement comprises; elles sont même encore aujourd’hui très controversées. Je crois cependa devoir adopte™ conduite.! d’un savant auteur, M Dareste de la Chavanne nnî dans un travail couronné par 1 academie des sciences, defmi ces'deux éléments féodaux ; la directe, la propriété même et 1 ensemble i c oits nui en dérivaient ; la justice, la souveraineté avec ses droits. 0 rprul mi’il v eut presque toujours confusion entre ces deux principes. Le fief Su 'direcl "taftTnl institution privée , une donation faite par le suzerain; la justice, une institution politique et uniforme. (Eludes classes agricoles).
HISTOIRE FÉODALE. 261
seigneur gérait par lui-même , plus souvent par des officiers qui portaient généralement dans notre pays, et suivant le degré de leurs fonctions, les titres de baillis, prévôts, mayeurs, légats; que le seigneur percevait sur ses vassaux certaines redevances en argent ou en nature, avait droit à des services corporels , édictait des lois particulières , avait les droits de banalité , la police des champs, la propriété de la chasse , de la pêche, la haute surveillance du commerce, etc ; originairement les forêts et les eaux appartenaient aux seigneurs qui se départirent rarement de cette propriété et presqu’uniquement à propos de donations religieuses ; ils ne cédèrent aux communautés laïques que des droits d’usage ou de pâturage , qui, dénaturés peu à peu , ont produit dans les derniers siècles de véritables droits de propriété en faveur des villages. La dîme appartenait au clergé et était perçue sur tous les produits du sol, que la seigneurie du lieu dépendît ou non d’un établissement religieux. Il faut le dire aussi pour compléter ce rapide aperçu, la féodalité ecclésiastique occupait une place importante dans la hiérarchie féodale et elle avait sa source non seulement dans la générosité des princes, mais encore dans les avantages que l’église offrait à ceux qui venaient se ranger sous ses lois; un grand nombre de possesseurs de fiefs se donnaient à ces établissements religieux pour devenir les hommes des évêques ou des abbayes ; on se fit clerc , on se fit domestique de l’église pour jouir de ses privilèges et se dérober à la juridiction laïque.
Tel est le résumé des divers services, devoirs, prérogatives que j’ai eu occasion de relever dans les centaines de chartes qui ont dû passer sous mes yeux pour la publication de cet ouvrage. Nulle part — pas plus d’ailleurs dans le dépouillement que j’ai dû faire aux archives de la Marne que dans les autres dépôts où mes études m’ont conduit — je n’ai trouvé trace de ces prétendus droits immoraux dont la fausse érudition du XVIIIe siècle a fait tant de bruit. J’avais craint un moment de rencontrer quelques pièces à l’appui de cette malheureuse assertion en voyant le grand nombre des chartes de Templiers et en songeant aux accusations infâmes, plutôt fausses que vraies, imputées à cet ordre fameux. On pourra se convaincre en parcourant le recueil des chartes de la Neuville que rien de pareil n’existe. J’en suis arrivé maintenant à la conviction que ces droits immoraux sont, en tant que droits, une calomnie
inventée à plaisir contre une époque de foi; je me ferai un devoir de citer ici la raison alléguée en ce sens par un de nos plus jeunes et plus érudits savants, M. Léopold Delisle qui lui aussi a dû consulter des milliers de chartes pour ses beaux livres sur les classes agricoles ; « Si d’ailleurs, dit-il , en parlant des droits » du seigneur, ils eussent été généralement consacrés par l’usage, » l’église aurait-elle gardé le silence et ne verrions-nous pas » dansles canons des conciles, les anathèmes lancés contre des » hommes dépravés dont les désordres eurent à peine trouvé » des précédents au milieu de la corruption païenne? Il s’était » introduit des singularités, des pratiquesbizarres dans les rap- » ports du tenancier avec son seigneur, mais il ne faut pas » perdre de vue que ces mêmes singularités se rencontrent » dans les rapports de seigneur à suzerain» (1). Les bizarreries, qui semblent parfois ridicules aujourd’hui , gravaient profondémentdans la mémoire les droits et les devoirs dus, et évitaient de nombreux procès à l’occasion des limites des fiefs, des tenures. Dans le diocèse de Châlons d’ailleurs , ces singularités même semblaient avoir été moins nombreuses que dans d’autres provinces; j’en ai à peine retrouvé quelques traces, et cependant dans des fonds complets comme ceux des abbayes de Saint- Pierre, de Cheminon, de Monstiers, j’en aurais évidemment trouvé des mentions, si elles avaient été en grand usage. Quelques vassaux nobles devaient une paire d’éperons à leur suzerain, ou bien des paysans devaient des gélines, des lapins, des œufs, toutes choses enfin assez peu dispendieuses; ou bien encore les vassaux du monastère de Saint-Memmie étaient obligés de se faire passer en revue par l’abbé, au premier dimanche de carême; une fois par an les Châlonnois non nobles faisaient le guet en ville avec le prévôt de l’évêque; le prélat prélevait un panier de verjus dans les vignes du territoire urbain. Tels sont les quelques exemples que j’ai pu recueillir; je me suis arrêté peut-être un peu plus longtemps que je ne l’aurais dû sur ce sujet, qui sort du cadre de mon ouvrage, mais cette opinion blâmable est tellement enracinée, que je crois
(i) histoires des classes agricoles en Normandie. — Voir aussi : Histoire de Fiers, par le comte delà Ferrière et le rapport de M. Bergier de Xivrey sur le concours des antiquités de France, à l’Institut, en 1854.
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qu’il est du devoir d’un honnête homme de la combattre toutes les fois qu’il en trouve l’occasion.
Originairement, c’est-à-dire aux XIe, XIIe et XIIIe siècles, dans notre diocèse, deux personnages se partagèrent le pouvoir souverain, plutôt nominal du reste que réel ; l’évêque et le comte de Champagne ; j’ai déjà énuméré les principaux vassaux de l’évêque, mais je vais y revenir en détail ; pour ceux des comtes, il serait malaisé d’en donner une exacte énumération, mais je crois qu’on peut dire que tous ceux qui ne reconnaissaient ni l’évêque, ni d’autres puissances ecclésiastiques, étaient au comte et par conséquent au roi depuis la réunion de la Champagne. Avec le mouvement occasionné par les Croisades, avec l’affaiblissement du pouvoir suzerain, peut-être aussi par des concessions dont les preuves ne sont pas parvenues jusqu’à nous, naquirent des fiels quasi indépendants qui étendirent leur domination sur une assez grande étendue. Les premières par l’importance et l’ancienneté sont la seigneurie de Joinville , de laquelle relevaient plus de vingt-six paroisses , et la baronnie d’Arzillières qui commandait à dix-sept. Toutes deux paraissent avec les premières années du XIIe siècle, et toutes deux ont titre de baronnie; les barons de Joinville et d’Arzillières étaient parfaitement indépendants, et ne devaient à leur suzerain que des droits assez vagues.
Après ces seigneurs figurent, en première ligne, les comtes de Dampierre (1 ) , les sires d’Etrepy (2), du Plessis (3), dAmance (4), de Ponthion (5), de Belesme (6) , cle Sognv (7), de Lucémont iB), de Tournay (9), de Bussy (10), de Yanaut (11), de Norroie (12), d’Aunay (13), du Buisson (14), de Blacy (15), Poilevot de Montcelz (16), d’Ecrienne (17), de Bajerne (18), de Farémont (19), de Vauclerc (20), de Landricourt (21), de Pargny (22), de Mutry (23), de Robert-Espagne (24), de Plichancourt (25),d’Haus-
(1) Dans les notes qui vont suivre, la date indique l’époque la plus reculée pour la mention de ces seigneurs dans les chartes des abbayes. 1150, cartulaire de la Neuville.
(2) 1178, Chartrier de Chemirton. (3) 1188, ld. (4) 1213, ld. (5) 1213, Id. (6) 1168, ld. (7) 1213, ld. (8) 1199, ld. (9) 1200, ld. (10) 1200, ld. fil) 1268, ld. (12) 1242, ld. (13) 1218, ld. (14) 1220, ld. (15) 1245 Id. ( 1 6) 1 184, ld. (17) 1229, ld. (18) 1193, ld. (19) 1218, ld. (20)1219, ld. (21)1220, ld. (22) 1239, ld. (23) 1233, ld. (24) 1218, ld. (25) 1242, ld.
signémont (1), de Saint-Yrain (2), de Heilz (3), de Saint-Lumier (4), de Chappes (5), de Faveresses (6), de Saint-Cheron (7), de Sommesous, de Chatelraoud, qui avec les châtelains de Yitry, (8), constituent la haute noblesse du Perthois; autour de Joinville, ce sont les seigneurs de Bienville, de Curel, de Cousance, de Chevilion, de Donjeux, de Saint-Dizier, de Roche, de Sommevoire. Du côté du pays d’Astenay, nous trouvons une noblesse nombreuse également, mais moins puissante, et qui se groupe autour des châteaux de Dampierre, de Possesse et de celui de Hans, que possédait au XIIe siècle une branche de l’illustre maison des comtes de Grandpré; ce sont les seigneurs des Planches, de Braux, de Vaubéeourl, de la Chapelle, de Felcour, de Bussy (9), de Maupertuis (10), de Dommarlin, d’Argers (11), de Valmy (12), de Bignipont , de Saint-Mard, du Vieil-Dampierre (13), de Givry, de Daucourt, de Elise, de Yillers, de Charmont, d’IIerpont (14), de Dampierre-sur-Auve (15), d’Eclaron, deSomme-Yèvre (16), de Courtémont (17), de Sainl-IIilairemont (18), etc. Autour de Châlons, les châteaux ou plutôt «les maisons for- » tes » ne sont pas plus rares et je citerai les seigneurs de Somme-Vesle (19), branche de la maison de Dampierre, de Recy (20), de Saint-Remy-sur-Bussy , de Bussy-le-Château, de Juvigny (21), de Cheniers, de Vaugency, de Fagnières (22), de Yillers, de Cernon (23), de Courtisols (24), de Cheppy, de Coupeville (25), de Cuperly (26), de Mairy et le manoir de la Porte- Marne (27). Enfin le pays de Vertus renfermait les familles de Mont-Aimé, d’Àunay (28), de Bannes (29), de Chevigny (30), de
(I) 1218, dmrlrier de Cheminon. (2) ! 184. Id. (3) 1230, Id. (4) I 180, Id. (5) ! 240, Id. (6) 1181. LL
(7) 1189, Chap. saint Etienne. — Cette charte existe avec deux ou trois autres aux archives de i’Iiôlel-de-Vil!e de Châlons; il serait à désirer qu’elle fût réunie au fonds conservé au dépôt départemental.
(8) 1150, chart. de Cheminon, de la Neuville, de Monstier. (9) 1181, chart. de Cheminon. (10) Chart. de Monstier. (I I) Id. (12) 1222, Chart de Cheminon. (13) Chart. de Monstier. (14) 1177, LL (15) 1225, Chart. de Moiremont, de Royon. (16) 1 1 54. Chart. de Monstier. (1 7) 1174, Char!, de Moiremont. (18) 1198, I L (19) 1200, Chart. de Cheminon, la Neuville. (20) 1188, Chart. de Vinetz (21) 1264. Id. (22) 1 188, LL (23) 1134, chart. de La Neuville (24) 1134, kl (25) 1134, Id. (26) 1220, Id. (27) chart. de la Charmoye, 1180. (28) 1241, Id. (29). 1209. Id. (30) 1200, Id.
Chaltrait (1), de Congy (2j, de Chaintrix (3), de Germinon (4), de Morains (5), de Rouffy (6), de Soulières (7), de Trecon et puis de là, se louchant presque de la main, mais habitant les diocèse de Troyes ou de Reims , les puissants seigneurs de Broyés, d’Esternay, de Brugny, de Pleurs, etc.
Malgré l’existence d’une féodalité aussi fortement constituée et qui, comme on le voit, rayonnait autour de six châteaux principaux, Dampierre, Arzillières, Joinville, Vitry, Possesse et Vertus, le diocèse n’eut pas à souffrir de ces luttes de seigneurs qui désolèrent si fréquemment quelques-unes de nos provinces au moyen âge ; ces désordres n’éclatèrent qu’aux XIVe et XVe siècles, et ce ne furent pas des causes personnelles qui y donnèrent lieu, mais la guerre des Armagnacs et des Anglo- Bourguignons qui provoquèrent une scission profonde et des rivalités déplorables. Jusques-là les établissements religieux eurent seuls à souffrir quelquefois des violences des seigneurs ; mais à de très-rares exceptions, ces exactions n’étaient que passagères ; au moment de partir pour la croisade, dans de graves maladies, à leur lit de mort, la parole sévère des moines venait tirer ces fiers barons de l’enivrement où les guerres et les courses lointaines avaient jeté leurs esprits, et dans ces moments suprêmes, ils rendaient, au quadruple, aux abbayes ce qu’ils avaient pu leur prendre : souvent aussi les fils réparaient les torts de leurs pères ou les pères ceux de leurs fils ; c’est qu’au moyen âge l’Eglise était assez forte, assez respectée pour que la voix de ses ministres fît courber la tête aux plus puissants seigneurs. On trouvera de nombreuses preuves de ces réparations dans les cartulaires de la Neuville et de Monstier : seul Airard d’Aunay, maréchal de Champagne, s étant emparé de la terre de Saint-Amand sur le chapitre Saint-Etienne de Châlons, persévéra dans l’impénitence finale, mais sa famille racheta de son mieux cette criminelle conduite. Quant à l’attitude des seigneurs à l’égard de la population rurale, des serfs pour employer le mot propre, elle fut toute différente de celle qu’on a remarqué dans le reste de la France. En Champagne, dès le milieu du XIIe siècle, le mouvement
(1) 1260. Chart. d’Andecy. (2) 1275, Id. (3) 1210, Id. (4) 1216, cbart. de la Charmoye (5) 1200, Id. (6) 1248, Id. (7) 1233, Id. '
communal se fit fortement sentir, et moitié de gré, moitié de force, les barons durent se résigner à le suivre : les croisades d’ailleurs, en augmentant les besoins d’argent, ne contribuèrent pas peu à faciliter ces concessions libérales. En outre les comtes de Champagne adoptèrent avec empressement ce système qui, en leur conciliant l’affection des populations rurales, détachait celle-ci des seigneurs. Thibaut-le-Chansonnier, àl instigation de sa mère, compléta cette œuvre, et on peut dire qu au milieu du XIIIe siècle , les villages non dotés de privilèges étaient l’exception dans le diocèse. En contemporain nous apprend d’ailleurs que « le comte de Champagne se fiait bien » davantage à ses communautés de bourgeois qu à ses propres » chevaliers » (1).
La noblesse du diocèse de Châlons paya largement sa part au contingent des croisades; deux de nos évêques , Barthélemi de Senlis et Guy de Joinville moururent à Jérusalem et furent inhumés dans la vallée de Josaphat. Du reste, 1 entraînement auquel cédèrent les barons Champenois s’explique aisément. On sait qu’en 1142, saint Bernard prêcha, en présence delà cour, la croisade au milieu du Jard; il dut y avoir à ce moment un grand nombre de seigneurs qui se rendirent à cet appel ; malheureusement de ceux-là aucuns noms ne sont parvenus jusqu’à nous. Ceux que je vais donner ne constituent qu’une liste très-incomplète, et sont ceux que j’ai découverts dans les chartriers des abbayes, mais du moins ils constateront que la noblesse champenoise a été mieux représentée en Terre- Sainte qu’on ne pourrait le croire, en n’ayant à remarquer dans les salles de Versailles que cinq ou six blasons appartenant a cette province. L’illustre historien de saint Louis, Jean de Joinville qui avait quitté avec tant de regret le château de ses pères, nous apprend que trente-cinq chevaliers bannerets Champenois avaient péri autour du roi. Malheureusement il ne donna pas encore leurs noms. Je citerai Witer de Moeslain (1100), Guy de Dampierre (2) (1189), deux Renard, comtes de Dampierre (3)
(î) Cornes campaniensis communias Burgensiurn fecit et rusticorum in quibus magis confitebal quam in militibus suis. (C hron. cl Alberto).
(2) De la famille des seigneurs de Saint-Dizier.
(3) De Dampierre -Sommesvesle-Ponthion.
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(1187 et 1203), Raoul Poilevot de Montceltz (1202), Nicolas de Haussignémont et Colard, son frère (1218), Ulrich de Barrois, père du seigneur de Faréinont (1218), Milon de Robert-Espagne, Gauthier d’Arzillières (1220),Baudoin-Taillefer d’Amance (1221), Simon Colliet, châlonnais (1239), Gilbert Paganus de Garlande, Dreux de Nettancourt, Gilles de Ragecourt, Philippe et Eustache de Conflans, Jean de Joinville, Bertrand de Sainte-Ménehould et Audemer, son frère; des membres des familles d’Etrepy, de Grandpré, de Bussy, d’Elise, de Montmort, de Possesse et bien d’autres encore allèrent grossir l’armée delà foi. Mais, pour ceux-là, je ne puis fournir que des données insuffisantes. Par exemple, la croisade contre les Albigeois paraît avoir eu peu d’écho en Champagne, et je n’en ai trouvé qu’une mention pour le diocèse de Châlons; c’est Gauthier d’Arzillières qui se rendit à l’appel du roi (1226).
Les croisades ont laissé plus d’un souvenir dans notre pays; on rencontre dans les actes de donations bien des noms qui remontent à un origine orientale, desSarrazin, desSaladin ; plusieurs lieux aussi portent la trace de ces expéditions lointaines, comme la Fontaine-des-Sarrazins, à Sermaise; l’accueil qu’on fit aux Templiers et aux Hospitaliers d’ailleurs prouve que tous ces seigneurs qui leur aumonèrent dès le début de si riches concessions, avaient vu à l’œuvre ces intrépides défenseurs de la religion.
On sait qu il existait en Champagne une disposition toute particulière pour la transmission de la noblesse, c’est-à-dire que la noblesse utérine y était reconnue. Les auteurs sont très en désaccord au sujet delà cause qui motiva cette remarquable exception. Les uns, — Bodin, Gotissel, Sallignv — veulent que la noblesse champenoise ait perdu à la bataille de Fontenay, en 841, un assez grand nombre de ses membres pour rendre cette mesure nécessaire ; celte opinion n’est pas même discutable. Pithou, dans ses commentaires de la coutume de Troyes, dit « qu on rapporte qu’après une grande délfaite des nobles de » Champagne au tosses de Jaulnes, près Bray, il fut permis aux » femmes nobles de se marier à roturiers avec ce privilège au » ventre d’anoblir. » Une autre version attribue au comte Henn Ier de Champagne l’établissement de cette concession, et en fixe la date au mois de septembre 1 178 : la cause aurait été que ce prince emmenait avec lui une grande quantité de gen-
ggg DEUXIÈME PARTIE.
tilshommes quand il se recroisa en 1179 ; et en effet, il tomba dans une embuscade dressée par les Infidèles , et fut garde pendant quelques mois en captivité tandis que tous les gens e sa suite étaient massacrés. Je crois qu’aucune de ces explications ne peut être raisonnablement admise, car il résulte de l’examen que j’ai été à même de faire de tous les donateurs des établissements religieux de diocèse que, durant les XIIe 'et XIIIe siècles, les gentilshommes furent constamment en nombre bien suffisant pour ne donner nulle inquiétude sur la disparition possible de la noblesse en Champagne. Pourquoi alors cette concession? l'histoire étant muette à cet égard, les documents faisant défaut, il faut renoncer à s'expliquer ce mystère. Quoiqu’il en soit, Thibaut IV fit dresser les droits et coutumes de son comté de Champagne en 1224, et on y lit, article 20 : « il » est de coustume, en Champaigne que se enfant noble de- » meure de père et de mère, soient noble, ou de pere ou de „ mère, se il y a hoir aisné , il doit avoir l'avouene de ceaulx ,, qui sont soubs aagies ». Et, en 1557, la coutume de Chalons établissait , article 2, « que le ventre anob ht pour jouir de la » coutume, mais non en ce qui concerne les droi s du roi, » c'est-à-dire qu'en vertu de ce privilège coutumier, le noble maternel se qualifiait noble, partageait comme tel la succession , avait la garde-noble, netait justiciable en première instance que des baillis royaux, était exempt des droits de jures, etc. enfin prenait le nom et les armes de la mere noble, mais devait payer au roi les impositions, tailles et aides, depuis 1 edit Henry IV, rendu en 1600, et qui exigeait, que pour etre franc de ces taxes, on soit né de père et mère nobles.
Les exemples de ces anoblissements sont assez rares; au mois de juillet 1346, Philippe de Valois anoblit à ce titre Gaspard de Chastelvilain, bailly de Vilry, comme issu de Sebilletle gentilfpmme- l’édit de 1600 d’ailleurs ne contribua pas peu a discrediter ce genre d'aristocratie qui demeurait forcément dans une situation très inférieure à celle qui n'éprouvait aucune restriction dans ses privilèges. Quand Louis XIV ordonna la recherche des usurpateurs de la noblesse (1661), les préposés a cette op ration signalèrent en Champagne, et notamment dans notre diocèse tous ces demi-nobles, prenant le titre d écuyer et paya la taille mais cette dénonciation souleva une telle émotion, qu'après’ délibération du conseil du roi , il fut ordonné « de ue
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» point juger la question à cause de son importance, et d’im- » poser silence aux préposés à cette recherche, en leur défen- » dant de continuer leurs poursuites contre les nobles du côté » maternel. » La question demeura donc alors pendante et ne fut jamais tranchée depuis.
Avec le XIVe siècle , je perds la trace d’un assez grand nombre de principales familles que je viens d’avoir l’occasion de citer, comme les Dampierre, les Ponthion, les du Plessis, les d’Amance; les Conflans, les d’Etrepy, les Garlande, les Saint- Dizier subsistent et grandissent au contraire. En même temps une nouvelle noblesse allait marcher de pair à côté de la noblesse chevaleresque, je veux parler de celle provenant des lettres patentes du souverain, de l’exercice des charges municipales dans les villes, comme à Châlons et à Vitry, ou de charges de magistrature. Ces trois modes de parvenir à la noblesse datent du XIVe siècle; les rois en multiplièrent l’application pour affaiblir la féodalité encore toute puissante ; c’était une mesure essentiellement démocratique, quoiqu’au premier abord cette expression puisse paraître paradoxale , mais elle tendait en effet à diminuer les prérogatives de la caste privilégiée jusqu’alors, en y appelant le tiers état; quand la bourgeoisie, qui siégeait déjà sur les fleurs de lys, fut appelée à s’asseoir à côté des gentilshommes, une grande révolution s’opéra. Les seigneuries se démembrèrent, les fiefs se multiplièrent par le désir que les nouveaux venus avaient de pouvoir à leur tour exercer les droits seigneuriaux. La guerre empêcha d’abord cette transformation de s’opérer bien nettement; pendant un siècle encore la domination appartint à l’homme de guerre, au gentilhomme de race, mais dès que la paix eût rendu un peu de calme et de prospérité au pays, ce changement s’effectua. C’est pour établir la différence qui se produit entre le XIVe et le XVe siècle, que je publie la liste des vassaux nobles ayant fait au XIVe siècle leurs actes de foi et hommage à l’évêque comme comte et pair de Châlons; des gentilshommes d’extraction seuls y figurent (1). Désormais la bourgeoisie anoblie va envahir les fiefs nobles et quelquefois même des fiefs seront détenus par des roturiers, comme on l’a vu précédemment au sujet du vidamé.
(I) Cartulaire de l’évêché ( Arch . de la préfecture de la Marne).
Messire Jehan de Chastelvillain doit l’hommaige de Somrnevesle pairie de l’évesché de Chaalons, 1 an 1307
Guios de Fagnières fait l’hommaige de la ville de Fagnières à messire Pierre de Latilli, évesque, le lundi après le jour de S. Nieolas, 1313.
Messire Hues de Conflans, de la ville de Conflans.
Henris de Nicey, des terres de Thibaut au Mesnil, d’une mine d’avoine surchaque chef d’hostel a Chaipi-de-lez-Saint-Geimain, des terres de quartier à Sarry.
Messire Pierre de S. Mange, de xvm faulchées de prez qu’on clame la Concye au finage de Juvigny.
Guillemin le Boutillers le quart de la bouleillerie et le quart son franc estai.
Jehan Verance ou de Rance, des ialoignies dou truict à Châlons.
Jehan de Couci, un aultre quart dou franc estai au marché de Châlons.
Madame Jehanne de la Motte, Faulx et Cheppes.
Messire Eumeles de Valais, la moitié du quart dou minaige de Châlons.
Bertrand de Valais, xvm septiers de blé sur le quart du minaige, du vendredy avant la S. Lorenz, 1315.
Humbert li Fruictiers, la maison du Bois, les moulins à blé et les bois devant les moulins, les moulins Batterans, les leirages, le gaignage, environ le journel de terre, 3 arpents de vigne, environ xvm laulchées de prés, le quart en lozeroi, la maiiie de leur justice. C’est assavoir cens, coustumes, les ventes, amendes, justice, liaulte, basse, et si à une coustume qu’on appelle minettes, environ 32 muis de vins de vinages, le tiers des dixrnes des vins de Vésigneul, les jardins et tous les bois appartenant à ladite maison. Item, une maison séante à Vésigneul, et deux chenevières de lez ladite maison, la moitié du péage de Méri et un sixième sur le tout, et le redouble doupéage, c est à savoir ce qu’on en prend ès moulins entre la Penthecote et la S. Remi; les corvées des chevaux de Vésigneul, de S. Germain, de Chepy. Item deux, ..... qu’on tient dudit Humbert, environ ll livres de terre : les hommes et femmes de corps.
Guios de Monciaulx, son manoir, son droit dou ban et de la justice, et est souverain de tous les compaignons. Item le moulina bief.
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Jehan de Melette, le tiers des dixmes de bief de Vésigneul, la maison d’Ales-le-Moustier, le jardin devant la porte.
Jehan d’Olisy, le four de S. Germain-la-ville.
Damoiselle Faugue de Monciaulx de xv journels de terre en fïnaige de Monciaulx, quatre faulchées de prés, le vne aux
terrages . la moitié de la noue de la cour devers l’eau,
2 muids de vins en la dixme de la ville. Item, le mez arrière la maison Coquet. Item, sa part de la rivière, dou ban, justice, cens et coustumes.
Ludiette fille de Jehan Noël et Henry de Clacy, xvi faulchées de pré, de lez Matongues.
Laditte Ludiette, vm septiers d’avoine à S. Pierre de lez Villers, et doibt pour ce service un cheval de 60 sols.
Damoiselle Aalix femme de Claein de Juvigny, tient xiv septiers de bief, xm oelines, en quoi tient vu septiers ni mines.
Poincines de Juvigny.
Cardin de Hangest faithomaige de Villevenard à M. l’évesque, l’an 1325.
Pienaus d’Escury, une maison séante à Chaalons qu’on dict en Vaulx.
Damoiselle Isabeau de S. Germain, xxv sols en hommes.
Guillaume de S. Florentin, tient à S. Germain, les terrages du Bourg et la mairie et un chevage.
Jacquesson Tardiaus, xvi quartiers de coustumes, les quartiers, la Pichette, Raoul, Hugier, Morel, Mone, Pruleart, le Hegeour, sire Pierre, la Planche, Parre, Fauquin, Guillaume dou Moutier, Bauduin; Allard, Tribouard; les 1/2 quartiers Thevenard, Petillon; le quartier a .
Guiars de Vauchaus tient à Pois environ un muy de bled, en la dixme, un muy en terraige ; xm septiers bief ou avoine à coustumes de la taille d’Agnès Renoyes, environ 7 sols 6 deniers en argent à la S. Remy : huit moutons à Pasques, 22 gelines et 15 œufs à chacune géline.
Rogiers de Mirouau, 100 sols par an qu’il prend en la bourse de M. l’évesque, le jour de la S. Remy.
Guillemette d’Escury, îv faulchées de pré dessous Songny et 8 septiers de bief des terrages de Glacourt.
Jehan du Frayne tient tous les rivages de S. Germain et 10 masures d’hommes.
Messire Guillaume de Breutières tient v taulchées de pré entre S. Martin et Songy en la terre de Glacourt.
Jacques Cartula fait homaige de Fontaine ioval, 1 an 1321 . Madame Jeanne de Champlot tient Coupel et toute la justice
du lieu.
Messire Henris d’Olisi, tient la rivière de Vésigneul. Item la moitié des corvées des chevaulxde Yésigneul, de S. Germain et de Chepy, pour cause des pasturages et des aisances desdites
villes.
Poincines de Juvigni tient, dudit messire Henris, le quart du peaige de Merri, excepté un sixième que tiennent li hoir le fruitier deVésigneul, et 3 muids de vin sur la dixme de Melette.
Messire Hues de Conflans tient la taille de Bussy, et toute la justice et appartenances.
Pierre de Courtisoul fait l’hommaige de Sommevesle, 1 an
Messire Eustache de Vaudenay lait l’hommaige a Messire
Charles de Poitiers évesque de ce qu’il tenait en la ville de Ialus et celles de Villevenard, Bannel, Fromentières et Bayes,
l’an 1390. i nl . ,
Colars de Saulx fait l’homaige à messire de Chaalons ues
louaiges de Vésigneul qu’on dit de Maidei, de la moitié des vinaiges, du tiers de la dixme des vins, de la rivière de Vésigneul, de la moictié des corvées de S. Germain, Vésigneul et
Chepey. ,
Item de la ville de Coupel, justices et appartenances ; les hommes de Cernon; xxiv septiers de blé, la justice dudit Cer-
Madame Jehanne de Vaudenai fait hommage a messire Archambauld, évesque, le 3 mai 1382, du fief de Fromentieres et de Bannel, de la rivière de Courfélix, de Fontaine-Aubron, de la ville de Bayes, Ialus, Villevenard et la paroisse.
Antoine Dauchy fait homaige audit sieur Archambaud , le 21 apvril 1382, de ville de Joches et de partie des Bouleaux.
Jehan de Nelles fait homaige à messire Charles de Poictiers de la part qu’il tenait à cause de damoiselle Marguerite de Vaudenay sa femme, ès ville de Fromentières, Jalus, Bayes et
Bannel, le 8 août 1391. f
Le chapitre de Chaalons tient plusieurs terres et villes du liet
du Conte.
HISTOIRE FÉODALE 273
L’abbaye de Saint-Pierre-aux-Monts y en tient aussi plusieurs.
L’abbaye de Saint-Mange, ibid.
L’abbaye de Toussaints, ibid.
Le prieur de Saint-Gond baille son dénombrement de Chempaubert, la veille de Saint-Jehan-Baptiste 1340.
L abbesse de Andecis tient Andecis amorty de messire Lévesque.
Le prieur de Vanaulx-les-Dames tient ledit Vanaulx admorty de messire 1 évesque, à cause de Helz-l’Evesque.
La prieure de Yignels tient son prieuré admorty comme est Vignels et Saint-Martin admortis.
Messire Robert de Bethunes bailla son dénombrement et adveu de Baye des fiefs de Bayes, Fromentières, Jalus, Villevenard, Joches etBannel, l’an 1458. »
Au XVe siècle, au contraire, la vieille noblesse de race cède le pas à la nouvelle; c’est à peine si, parmi les nouveaux venus, 1 on compte une douzaine de familles de vieille extraction, les familles de Bar, de Braux, toutes deux illustrées dans les armes, les Boucherat, dont un membre devint chancelier de France, de Godet qui au siècle suivant allaientposséder plus de trente seigneuries, de Flavigny, Le Goix, Le Gorlier, Lignage, Deu, de Thuisy . En ce moment les dernières des vieilles maison s des siècles précédents s éteignaient; Hans, Dampierre, Arzillières, Conflans, Saint-Dizier, Possesse, n’appartenaient plus à leurs antiques possesseurs; les fiefs seigneuriaux passent alors de mains en mains de manière à rendre presque impossible la recherche de leur filiation. Au XVIe siècle ce mouvement est complet; il y eut des seigneuries divisées en dix, douze, dix-huit parts, comme Fagnières, Marson, Saint-Martin-sur-le-Pré ; dans létat des gentilshommes du bailliage de Yitry dressé en 1597, on voit un Nicolas Gabet, seigneur des dîmes de Bussy-le-Château, pour un vingt-quatrième (1). Désormais, tandis que la noblesse chevaleresque se faisait tuer sur les champs de bataille ou allait se ruiner dans les luttes insensées des Importants et de a Fronde, les familles issues de cette bourgeoisie qui, avec 1 importance donnée à la magistrature qu’elle composait presqu à elle seule, et le progrès des idées, devenait une véritable
(1) Archives de l’hôtel-de- ville de Châlons.
puissance dans l’état, cette bourgeoisie, dis-je, s’emparait d’une influence territoriale immense en acquérant un grand nombre de seigneuries rurales. Ce furent alors les Bail let et les Beaugier simultanémentqui dominèrent du côté de Sainte-Ménehould avec les du Val de Dampierre-Hans, les Braux et les Deu; autour de Châlons, j’enregistrerai les de Bar, Morel, Billet, de Closier, Clément, de Loisson, Mathé ; près de Vertus, ce son t les Aubelin et les Lignage; dans le Perthois, les divisions seigneuriales était portées à l’extrême et je ne trouve que quatre ou cinq familles principales, les Chiéza, Papillon, Leblanc, Lallemand et Billet. J’ajouterai maintenant cette maison de Godet qui, formant une douzaine
de branches, possédait cinq vicomtés, deux ou trois baronnies et plus de vingt-deux seigneuries ou fiefs. Joinville était toujours aux princes Lorrains et Vertus aux ducs d’Orléans.
C’est aussi vers le XVIe siècle que disparut la hiérarchie féodale ou du moins quelle n’eut plus qu’une importance nominale; les vassaux rendaient leurs hommages et dénombrements à leurs suzerains, mais ce n’était plus qu une formalité qui dégénéra de plus en plus jusqu’au XVIIIe siècle que les seigneuries changèrent si souvent de main qu il ny a plus moyen de suivre ces diverses transmissions. Les princes de Joinville, les comtes de Vertus, l’évêque de Châlons conservèrent des seigneuries inférieures en assez grand nombre; les seigneurs de Hans, de Givry, d’Etoges, d’Arzillières furent à peu près les seuls qui conservèrent quelques débris de leur ancienne supériorité féodale. Tous les autres fiefs relevaient directement du roi et étaient divisés entre les quatre châtellenies royales de Vitry, de Sainte-Ménehould, de Saint-Dizier et de Wassy ; quatorze seigneuries étaient sous la directe du souverain. J’extrais les nomenclatures qui suivent d’un cahier composé de quatre pages, imprimé en 1676 et intitulé (1) : « Estât de tous les fiefs mouvans du roy, tant à cause « de sa tour du Louvre que de son comté de Champagne. »
« Les fiefs cy-après sont mouvans du Roy à cause de son château de Vitry :
Arzillières. Berianeourt.
Àmblancourt. Brouvilliers.
(1) Ce collier est en ma possession.
HISTOIRE FÉODALE
Bignicourt-sur-Saulx.
Bosch et-en-Perthois.
Bassu.
Bassuet.
Blacy.
Buisson-sur-Saulx.
Charmontois-le-Roi.
Couvrot.
Coulmiers,
Cureville.
Changy.
Darapierre-le-Château.
Etrepy.
Le Fresne-en-Perthois.
Frignicourl.
Givry.
Bois de Givry et la Neuville.
Herpont et Herpine.
Haussignemont.
Heilz-le-Maurupt.
Jussecourt.
La Folie.
La Chaussée et Mutigny.
Le fief de la Rivière.
Le Châtelet.
Les Maizières-en-Blesme.
Les Rivières.
Pont-le-Gard.
Minecourt.
Maurupt.
Moivre et Mouy.
Mairv.
Marne, Les Maisons.
Naurois.
Nettancourt.
Orcomte.
Le Plessis-en-Orcomte.
Pargny.
Pringy.
Sommyère et Vienne.
S. Vrain.
Sommevesle.
Soulange.
Saint-Martin-aux-Champs.
Fief de Touloniers à Cloyes.
Vasseumois.
Vertus.
Vroil.
Vitry-la-Ville.
Varimont.
Vanault-Chatel.
Vauvray-le-Grand.
Vauvray-le-Petit.
Villiers-le-Sec.
Villiers-sur-Marne.
« 2° Les fiefs cy-après sont mouvants du roi à cause de son chateau et comté de Sainte-Menehould.
Àulves et dîmes.
Argers.
Ante.
Bussy.
Ban de Bussy à Courtisols.
La Cheppe.
Cuperly.
Braux-Ste-Cohière.
Fief Saint-Coltin à Cohière.
Fief des Souveneux à Cohière.
Bignipont.
Boncourt.
Brieulle-sur-Meuse.
Le Grange-au-Bois et Cierges.
Dommartin-la-Planchette.
Dampierre-sur-Auve.
Dîmes de Sainte-Ménehould.
Epense.le château et le moulin.
Elize.
Grand-Rup.
Florent.
Gizaucourt.
Haucourt et Malancourt.
Jussecourt.
Fief Saget à Sainte-Ménehould.
Fief Gergeaux à id.
Moulin Anty à id.
La Grange-aux-Bois.
La Grangette-aux-Bois.
« 3° Les fiefs cy-après sont teau de Saint-Dizier.
Cense des Gorgnes.
Fief Jardinet àValmy.
Maupertuy. * Saint-Remy-sur-Bussy.
Sivry-les-Ante.
Saint-Mard-sur-Auve.
Vaux à Sainte-Ménehould.
Le Vieil Dampierre.
Le Vieil Corbon.
Fief Saulcreux à Valmy.
mouvants du roi à cause du châ-
Bienville.
Blaise-sur-Hauteville.
Buisson-sur-Blaise.
Forges du Buisson.
Changerbaut.
Preys à Allichamp.
Frampas.
Frécul.
Haute ville.
Fief Haut-Arbre, à id. - Fief Morambert, à id.
Fief Estainville, à id.
« 4° Les fiefs cy-après sont château de Wassy.
Brousseval.
Cirey.
Flamercour.
La tour à Flamercour.
Joinville.
« 5° Les fiefs cy-après château de Monteclaire.
Halignicourt.
La Feuille à Saint-Vrain.
La Mothe à Hambercourt.
La Cave, à id.
Fief Montarlot, à id.
Maison Vigny.
Mitimerlin, à id.
Marthes.
Possesse.
Saint-Lumier.
La Ville, àid.
La Mothe à Valcour.
mouvants du roi, à cause de son Brachay.
Le Grand-Gagnage à Vallery.
Le Cio s-Mas s ey, à id.
La Mothe à Attancourt.
sont mouvants du roi, à cause de son
Donjeux. Dompremy.
« 6° Fiefs où le roi a censive et directe avec les seigneurs .
Bettancour.
Charmontois-l’Abbé.
Passavant.
Vroil.
HISTOIRE FÉODALE
La Côte-à-Vignes, à id.
Villers-en-Argonne.
Eurville.
Changey.
Dampierre, à Changey. »
Charmontel.
Charmont.
Bouru.
Braux-Ste-Cohière.
Chaude-Fontaine.
La Neuville-au-Pont.
En 1693 , le roi fit dresser un état général des fiefs par bailliage pour établir leur taxe. J’ai pu retrouver celui du bailliage de Châlons , conservé aux archives du tribunal de cette ville, et je le reproduis ici en supprimant seulement les paroisses étrangères à notre diocèse.
« 4. Aunay-le-Chastel, seigneur, M. de Joybert.
— le chapitre S. -Etienne de Châlons.