II. — SEIGNEURS DE CONFLANS
Le château de Conflans, nom souvent altéré et écrit Coulans dans les titres anciens (1), prenait son nom de sa position au confluent de deux petites rivières, de la Saux et de la Sallie, dans la paroisse de Villeseneux. Cette famille, après avoir fourni
(t) Voyez Recueil des chartes de la Neuville-au-Temple.
2t)2 DEUXIÈME PARTIE.
plusieurs hommes vraiment éminenis au moyen-âge, grandit encore depuis, et, dans les branches d’Ennaneourt, d’Armentières et de Saint-Rémy, toutes trois revêtues du litre de marquisat, donnèrent des membres distingués à l’armée et à l’église dans les siècles suivants. Engilbert de Brienne, ti oisième fils de Gauthier Ier, comte de Brienne et de Eustachie, comtesse de Bar-sur-Seine, forma la branche de Conflans et vivait en 1 1 12 et 11 38, d’après des actes de donation qu’il fit en laveur de l’abbaye de Molesme; il eut d’Adeline, Hugues, sire de Conflans (1150), dont la fille épousa Guy de "Nillehaidouin, croisé en 1198, et le fils, Eustache, réunit les seigneuries de Conflans, d’Etoges et de Mareuil et se trouve dans la charte qualifié de cousin par Geoffroy Y de Joinville; il accompagne Gautier III, comte de Brienne à la conquête de Naples en 1201.
Il partit ensuite pour la quatrième croisade avec Renaud de Montmirail, son voisin, et, selon le récit de \illehardouin, parvint à délivrer 20,000 chrétiens faits prisonniers par les Bulgares, en 1206; il mourut l’année suivante; il était probablement frère de Théodoric de Conflans, que nous voyons en 1 1 77 chevalier du Temple (1) ; il laissa quatre entants ue sa femme Marie, dame de Plaïostro, Montmort et Oger, fille de Hugues (2) . Eustache, Marie, Catherine et Elisabeth, qui possédaient encoinmun les seigneuries de Conflans et de Cheniers en 1 226. Eustache, titré maréchal héréditaire de Champagne (3), par son mariage avec Helwide Thorote, fille de Jean, châtelain de Noyon et d’Odette de Dampierre, acheta au chapitre Saint- Etienne de Troyes le domaine de Vert, près Vertus, en 1263, et treize ans après, il figure dans les actes publics avec sa seconde femme Jeanne, comme seigneur de Congv; il eut pour enfants (4) : Hugues qui suit; Eustache, qui forma la branche des seigneurs de Mareuil, éteinte en la personne de Eustache IV de Conflans, mort sans hoirs en 1372; Helwide,
(1) Rec. des chartes de la Neuville-au-Temple.
(2) Fond du chapitre S. -Etienne de Châlons, Arch. de la Marne. En 4218, Marie, dame de Conflans, cède au chapitre, du consentement d’Eustache, son fils, les dîmes de Bntsse/o.
(3) Bec. des chartes de la Neuville-au-Temple.
(4) Dans le chartrier de Cheminon, j’ai trouvé, en 1265,- une Béalnx d’Etrepy, mariée a Jean de Conflans, chevalier.
HISTOIRE FEODALE.
unie à Raoul Flamenc, maréchal de France ; Isabelle, mariée à Philippe de Sommevonne, châtelain de Bar, et dame de Gourgançon ; Pierre, sire de Toulon (1317). Hugues II, chevalier, seigneur de Conflans, Etoges, Congis, maréchal de Champagne, après son père, fut également un des bienfaiteurs de fabbaye de la Charmoye. De Marie de Brienne, sa première femme, il eut Hugues, qui suivra, et de Ida, fille de l’avoué de Thérouenne, un autre Hugues, auteur du rameau de Gizencourt, éteint à la quatrième génération en la personne de Robine, qui porta la terre de Conflans et le maréchalat héréditaire de Champagne à Gauthier VI de Thorote.
Hugues III, seigneur d’Etoges , maréchal de Champagne, vivait encore en 1293, ayant épousé successivement une fille de l’avoué de Thérouenne et la fille unique de Jean, vidame de Châlons et de N. de Bazoches. Du premier lit, il eut Eustache, seigneur d’Etoges, avoué de Thérouenne (1357); deux fils de ce dernier moururent sans hoirs, une fille épousa Jean de Saint-Vrain et une autre, Marguerite, porta Etoges à Oger d’Anglure ,1399). Du second lit naquit Jean de Conflans, auteur du rameau des seigneurs de Verzillÿ et de Viel-Maison et qui, ayant épousé la fille unique de Hugues III de Bazoches, devint vidame de Châlons et fut tué à la bataille de Courtrai en 1302, ne laissant qu’un fils qui suit : Hugues de Conflans, chevalier, seigneur dudit lieu, Vauserée, Colonges, etc., vidame de Châlons, maréchal de Champagne, fut tué, ainsi que je l’ai dit, au siège d’Aubenton avec deux de ses fils en 1340 (1); il en avait eu un troisième de sa femme Alix de Baillen, Jean de Conflans, qui fut -député pour la ville de Châlons aux Etats-Généraux réunis à Paris en 1356 et encore en 1358; cette fois, il fut assassiné avec Henry de Bar, capitaine de Châlons et d autres gentilshommes sous les yeux du Dauphin-Régent, par les sicaires de Marcel, le prévôt des marchands. De son union avec Jeanne de Pommalin, il laissa trois enfants: 1° Jean III de Conflans-Bazoches, vidame, qui, n’ayant pas de postérité de Béatrix de Roye, vendit son vidamé en 1395 au duc d’Orléans ; 2° Eustache, qui va suivre, et Marie, femme de Raoul de Loupy (1371).
(1) Froissard, liv. I. chap. 45, 46.
Eustache de Conflans, maréchal de Champagne, demeura comme toute sa famille fortement attaché au roi. L’état des dépenses de la ville de Châlons pour 1 375-^1 376, nous apprend qu’en cette année les échevins lui payèrent une somme de 58 livres 12 sols pour la peine qu’il s’était donnée à la garde de cette place. Son fils, Eustache de Conflans, seigneur du Mont-Aimé ou Moymer, joua un rôle important dans le Châlonnois, au milieu des luttes du XVe siècle ; inviolablement dévoué au parti des Armagnacs, qui au moins alors ne songeaient pas comme les Bourguignons à livrer la France aux étrangers, il prit une forte attitude et vit le nombre de ses partisans s’accroître ; tout le pays de Vertus lui demeura soumis, grâce à ses forteresses de Conflans, de Cheniers et de Moymer. Pendant un moment de trêve, en 1416, Eustache fut nommé capitaine royal à Châlons, mais sitôt que la lutte recommença, il en fut expulsé et traité en ennemi, malgré les tentatives réitérées qu’il fit pour en amener les habitants à son parti. Jeanne Darc seule put rétablir l’ordre, et nous retrouvons aussitôt M. de Conflans parmi les chevaliers qui repoussèrent l’attaque dirigée contre Châlons par les Anglo-Bourguignons, le 12 août 1429; trois ans plus tard, le titre de capitaine royal lui était rendu, après qu’il se fût distingué de la manière la plus brillante au combat de la Croisette (1430) . La postérité d’Eustache de Conflans s’éteignit en Antoine de Conflans, mort sans enfants en 1570.
Quelques mots suffisent pour donner une idée des diverses branches qui composèrent cette maison :
Le rameau d’Armenlières, formé par Antoine de Conflans, fils de Jean, seigneur de Vieilmaison et de Marguerite de Bournonville (1500), posséda les seigneuries de Rozoy, Vézilly, Saint- Remy, Armentières, la baronnie de Sommevesle, le vicomté d’Qulchy. Eustache était maréchal général de camp à la bataille de Saint-Denis (1567), et capitaine des gardes de Charles IX; Eustache, son fils, devint lieutenant-général, chevalier des ordres (1597), vendit Sommevesle et mourut en 1628; le rameau finit en Eustache III, marquis de Louvois, mort en 1690, dont la sœur, mademoiselle d’Armentières , légua tous ses biens à son cousin Michel de Conflans.
Le rameau de Saint-Remy, formé par Antoine, fils d’Antoine,
HISTOIRE FÉODALE
vicomte d’Oulchy et de Barbe de Roucy, fut seigneur de Vitryla-Ville (1550) ; Michel, son petit-fils, fut créé marquis de Saint- Remy (1635), et son petit-fils, Michel, devint marquis d’Àrmentières. Le dernier membre de cette branche fut créé maréchal de France par Louis XVI, et sa veuve périt sur l’échafaud révolutionnaire.
Le rameau de Vézilly ne subsista que de 1570 à 1663.
Le rameau de Fay-le-Sec , commencé en 1630, finit en Hubert IV, de Conflans, vice-amiral, maréchal de France, viceroi de Saint-Domingue (1758).
Le rameau de Dampierre, formé par Eustache, fils cadet de Hugues IV, de Conflans-Gizencourt, s’éteignit au second degré.
Au siècle dernier on distinguait encore très-bien le château de Conflans, vaste construction féodale flanquée de cinq tours; la chapelle était assez bien conservée et renfermait quelques fragments de mausolées (1), entr’autres celui de Jean de Thorotle que je viens de citer et d’une dame de Rainville, qualifiée également dame de Conflans. Le château avait été incendié une première fois par les Anglais, en 1359; en 1418, M. de Neufchatel, capitaine de Châlons pour le duc de Bourgogne, écrivit à Eustache de Conflans afin de prévenir qu’il avait fait mettre le feu à Conflans et à Cheniers, en représailles de l’incendie de Recy allumé par les gens du maréchal de Champagne (2).
Eustache de Contlans (1206), figure dans la salle des croisades de Versailles; son écusson porte d’azur, semé de billettes d’or, au lion de même, qui est de Brienne ; Eustache, comme cadet, brisait d’un bâton de gueules.