III. - COMTÉ DE DAMPIEH RE-LE-CHATEAU
Le château de Dampierre (3), dont on reconnaît à peine aujourd’hui les fossés, a été le chef-lieu d’un important comté, qui pendant deux siècles du moyen-âge occupa la principale position féodale dans le diocèse ; aux XIIe et XIIIe siècles, les
(1) Mémoires manuscrits sur l’Hist. de Vertus, par M. Culotteau de Velye.
(2) Rég. des concl. de ville de Châlons, 13 août 1418. — Arch. de la ville.
(3) Commune de Darnpierre-le-Chàteau, arrondissement de Sainte-Ménehould.
comtes de Dampierre marchaient au moins de pair avec les barons de Joinville. J’ai pu reconstituer leur généalogie à l’aide de documents certains, mais je ne suis pas encore, ou du moins je n’ose pas encore être aussi sûr de la question d’origine. Les comtes de Dampierre, selon moi, sont des cadets des comtes de Bar; le titre sur lequel je m’appuie me semble positif : en b! 38, le comte Frédéric donna à l’abbaye de Monslier-en- Argonne le lieu dit : Grossus Terminus jusqu’à la rivière de Voire, — sur les frontières du Barrois, remarquons-le, — et le comte Renaud de Bar donne en même temps l’autre côté de la rivière pour la construction d’un moulin ; de cette donation simultanée, de ce titre uniforme, de cette proximité de domaine, je conclus que ces deux comtes étaient probablement frères.
Frédéric, comte de Dampierre, figure donc parmi les donateurs de l’abbaye de Monstier-en-Argonne, ainsi que son fils, Henry (1), comte de Dampierre, qui était mort avant 1161, année où ses deux fils, Renaud Ier, comte de Dampierre, et Henry confirment la donation de leurs père et aïeul (2). Renaud donna aussi aux Templiers le domaine de Noirlieu avec l’avis de sa femme H. . ., vers 1177 (3), et mourut en 1190 ou 1 191 au plus tard (4). Il laissa quatre enfants : Renaud, qui va suivre; Guy, qui se croisa en 1 189 ; Henry et Marie qui vivaient tous deux en 1203 (5). Renaudll, comte de Dampierre, devint, par son mariage avecHeluys, châtelain de Vitry (1198) (6); il se croisa avec Guy, son frère, fut fait prisonnier par les Infidèles et conduit à Alep; il fut racheté par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et put revenir en France en 1203, année où ,il confirma toutes les possessions de l’abbaye de Monstier-en-Argonne et l’indemnisa des dommages qu'il avait pu lui causer (7); il eut lui-même trois fils : Renaud, qui paraît comme fils aîné dans une donation faite par son père en 1191 aux Templiers de la Neuville, mais qui ne figure plus dans celle que le comte souscrivit en faveur de
(1) Cartul. de Monslier-en-Argonne, n° 20.
(2) Ibid.
(3) Rec. des chartes de La Neuville.
(4) Ibid.
(!>) Cartul. de Monstier.
(6) Rec. des chartes de La Neuville.
(7) Voyez aux preuves.
HISTOIRE FÉODALE. 297
l’abbaye de Monstier, en 1203; Anselme et Henry, et une fille qui, en 1178 était mariée à Albert d’Amance (1). Le comte Renaud vivait encore en 1233 (2), mais mourut probablement cette même année, car nous voyons, en 1234, son fils Anselme, seigneur de Dampierre, donner aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem le village d’Aultrecourt en récompense des services qu’ils avaient rendus à son père à l’occasion de sa captivité. Cet Anselme ne paraît pas avoir de postérité et tout me porte à croire que ses biens firent retour à son arrière petit-neveu, Jean.
Henry de Dampierre, hérita de la châtellenie de Vitry et sa femme Cécile de Clermont (3) lui apporta les seigneuries de Ponlhion, de Sommevesle et de nombreux domaines à Tournay et dans le Perthois ; ils étaient déjà mariés en 1198 (4) et vivaient encore en 1218; Henry dut mourir peu après cette année, laissant pour enfants : Hugues qui suit; Anselme de Dampierre qui vivait sans alliance en 1230 (5) et Renarde de Dampierre, alliée avant 1234 à Erard de Marzeio, chevalier (6).
Hugues de Dampierre, était né avant 1191 et paraît comme châtelain de Vitry et seigneur de Sommevesle en 1221 ; marié à Aalis, je n’ai pu retrouver mention que de deux fils, Anserin, évêque de Langres (7) (1238) et Robert de Dampierre (8),
(1) Cartul. de Cheminon.
(2) Rec. des chartes de La Neuville.
(3) De Claro-Monie, Cartul. de Cheminon. J’ai trouvé dans les chartes' de La Neuville et de Cheminon deux personnages qui m’ont sigulièrement embarrassé, mais qui me semblent devoir être nés d’un premier mariage de cette Cécile de Clermont; ce sont deux frères; Renaud et Henry du Bois, tous deux chevaliers et seigneurs de Ponlhion, en 1233, et qui sont dénommés frères consanguins des trois enfants d'Henry de Dampierre. Un fait décisif me semble achever de dissiper tous les doutes à cet égard, c’est .qu’aucun des enfants de Henry n’héritèrent de la terre de Ponthion, qui passa toute entière aux frères Du Bois.
(4) Cartul. de Cheminon.
(5) Ibid. — Rec. des chartes de La Neuville.
(6) Ibid.
(7) Je trouve cependant dans le cartulaire de Cheminon une Renarde qui évidemment appartenait à la famille de Dampierre et vivait en 1279 avec Jean de Joinville, seigneur de Mailly. — La filiation d’Anserin et de Robert est prouvée par la charte de donation à l’abbaye de S. Memmie de la Léproserie de La Mare par Hugues et ses deux fils en avril 1238.
(8) Cart. de Cheminon.
châtelain de Vitry, seigneur de Somrnevesle en 1253 et uni à Jeanne ; de cette alliance étaient nés déjà à cette époque plusieurs enfants, car dans la charte dont il s agit, figure Jean, comme fils aîné ; ce même Jean avait sans doute perdu son père en 1270 et hérité, comme je l’ai dit plus haut, de son arrièregrand-oncle, Anselme, car je le trouve seigneur de Dampierrele-Château dans une charte de la Neuville-au-Temple. C est à celte époque que la Champagne fut réunie à la France et sans doute qu’en même temps, le roi supprima la charge de châtelain de Vitry ou l’enleva à la famille de Dampierre qui perdit bientôt une grande partie de son influence.
Au XIIe siècle surtout les comtes de Dampierre avaient joui d’une puissance souveraine; ils avaient largement contribué à la fondation de l’abbaye de Monstier-en-Argonne et appelé à Noirlieu, tout à côté de leur manoir, les Templiers qui n’avaient pas tardé à établir en ce lieu une maison importante (1 ) : ils possédaient les deux principaux châteaux du pays ; Dampierre situé sur une butte au bord de l’Yèvre, et Maupertuis à peu de distance (2) , avaient une chapelle en titre dans le premier de ces deux manoirs et les chartes de cette époque nous apprennent que les comtes Renaud II et III avaient chapelains, chambellans, écuyers, etc. (3). Leur juridiction féodale s étendait au loin ; ils étaient suzerains des seigneurs de Saint- Mard-sur-le-Mont, Summeure, Noirlieu, du Viel-Dampierre, d Epense, de Bulémont (1161) (4) ; plus tard d autres vassaux nobles leur furent soumis dans le Perthois ; mais à Dampierre même devaient exister plusieurs familles nobles, soumises aux comtes de ce nom et qui lui formaient sans doute comme une puissante clientèle. C’est ainsi que nous trouvons, en 1 1 61 , Raoul et Milon, f rères, chevaliers de Dampierre ; Remy, chevalier de Dampierre, A., sa femme, et Baudris, leur fils ; puis dans divers titres, tous du XIIe siècle '5), Elie, Hébert, Gipuin, Payen, Alliéris,
(1) Bec. de chartes de La Neuville, n° 110.
(2) Cartul. de Monstier; charte donnée en 1242 au château de Maupertuis par Hugues de Dampierre.
(3) Ibid.
(4) Cartul. de Monstier, n° 6 bis.
(5) Je ne confonds pas Dampierre-le-Château ou en Astemus , avec Dampierre-sur-Auve, village voisin ; dans les titres, ces deux localités sont
Barthélemi, Henry frères, chevaliers de Dampierre, sans paraître avoir tous entre eux des liens de parenté (1).
Quoiqu’il en soit, la famille de Dampierre, tout en occupant toujours un rang éminent dans la noblesse du diocèse, n’avait plus sa haute prédominance au XIVe siècle ; en 1 392 « Dampierre-le-Chastel en Astenay » dépendait en partie de la baronnie d’Arzillières, sans doute par mariage ; je ne veux pas répéter ici ce que j’ai dit tout-à-l’heure en parlant de cette dernière seigneurie, Dampierre passa comme Arzillières à la famille de Hangest, puis aux Grandpré-Vonc-Hans; Jacques de Hans, époux de Louise de Hangest, eut deux enfants: Guillaume, qui porta le titre de comte de Dampierre (2), et mourut sans alliance en 1 521 , et Madeleine, qui eut du comte de Linange, une fille, Anne, mariée à Claude de Bossut, seigneur de Longueval, d’où, entr’autres enfants, Nicolas de Bossut, comte de Dampierre, baron de Hans, qui n’eût qu’une fille, Anne, son héritière, laquelle s’allia à Jacques du Val, seigneur de Mondreville, chevalier de 1 ordre du roi, l’un de ses gentilshommes ordinaires, qui se signala parmi les plus ardents ligueurs, comme on a pu le remarquer dans la première partie de ce volume; elle lui apporta en dot la baronnie de Hans et le comté de Dampierre. Jacques du Val était issu d’une riche famille Rouennaise, anoblie par Henry II; il laissa quatre enfants : Etienne, Henry, général des armées impériales, tué au siège de Presbourg, en 1620; Jacques, colonel de cavalerie en France (1618); et Elisabeth ou IsabelleDu Val, dame de Malmy, mariée à Robert de la Salle, lieutenant-général des armées du roi. Etienne II fut substitué par son grand-père maternel au comté de Dampierre et mourut mestre de camp de cavalerie et gentilhomme de la chambre, ayant eu de Marie de Beaufort, qu’il épousa en 1622, un fils unique, Henry du Val, comte de Dampierre, bri-
parfaitement distinctes. Du reste le village de Dampierre-en-Astenois me semble exclusivement désigné par villa de Damna peira, et les autres du meme nom par villa de Dam petro.
(1) Cartul. de Monstier, n° 6 bis, 13, 23, etc. — Elie, frère de Hawn.e, femme de Payen et mère de Pierre ; Hébert, fils d’Elie, Mathilde, sa femme, Barthélemi, leur fils, Hawide et Lombarde, leurs filles. — Gipum, frère de Pierre.
(2) Il n existe aucun titre de l’érection de cette terre en comté.
gadier d’infanterie le 27 mai 1668, marié en 1654 avec une fille du comte de Galéan ; de celte union naquirent un fils et Marie, femme de Philippe Cuissotle, comte de Gizaucourt.
Henry II du Val, comte de Dampierre, etc., fut colonel d’infanterie et eut plusieurs enfants de Louise de Baussancourt (1691). Deux de ses petits-fils ont laissé un nom honorable; l’un, comme évêque de Clermont, l’autre, Elzéar du Val de Dampierre, fut assassiné près d’Orbeval par l’ignoble populace qui escortait l’infortuné Louis XVI à son retour de Varennes, et voulait empêcher l’intrépide royaliste de s’approcher de la portière du roi. Son fils, lieutenant-général, est devenu grand-officier I de la Légion-d’Honneur, et est mort le 24 décembre 1856, laissant un héritier de son nom.
Les anciens comte de Dampierre portaient, d’après les sceaux qui existent encore à quelques-unes des chartes du
fond de l’abbaye de Cheminon (1), de . à trois faces de j
ou burelé de six pièces, on ne peut pas exactement | distinguer. La famille Du Val porte d’or à la tète de licorne de gueules, posée de profil, sur un écusson écartelé aux premier j et quatrième d’argent à trois croisettes d azur mises en face, aux deuxième et troisième d hermine.