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VII. - LES SEIGNEURS DE JOINVILLE

Au XIe siècle Eustache de Broyés, sire de Boulogne, construisit le château de Joinville, ou le répara, si l’on veut admettre 1 existence d un château romain à Joinville, Jovis, Junonis ou Jovini villa, au gré des commentateurs. Eustache épousa Ida Struma (I) qui lui donna Godefroy de Boulogne, Eustache, comte de Boulogne et Guillaume, auteur de la maison de Joinville. Le fils de Guillaume, Etienne de Joinville, épousa Marie, comtesse de Joigny, qui mit au monde Godefroy 1er, comte de Joigny, baron de Joinville, seigneur de Vaucouleurs, fondateur du prieuré de Joigny en 1060 et ihorl le 25 janvier 1081. Son fils Geoffroy II, moffrul en 1 1 00 ;• Roger de Joinville lui survécut trente ans et son fils unique Geoffroy III, hérita de ses iiches domaines avec le titre de sénéchal de Champagne. Geoffroy III laissa de nombreux monuments de sa piété, le prieuré du àaldône, celui des Hermites de Wassy, les abbayes de Janvilliers et dEscurey, et la collégiale de Saint-Laurent de Joinville, établie dans le château et composée d’un doyen et de huit chanoines; il épousa Félicité de Brienne. Son fils Geoffroy IV, baron de Joinville, sénéchal de Champagne, succéda à son père en 1132, et alla à Saint-Jean-d’Àcre; il laissa une nombreuse postérité, entr’autres quatre fils : 1° Geoffroy Ier, dit Trouillard, mort en Palestine en i 204 ; 2° Guy, sire de Sailly ; 3° Guillaume, évêque de Langres, puis archevêque de Reims, et 4° Simon qui alla à Damiette et fut le père de Jean de Joinville, l’immortel historien de Saint-Louis (2).

Ce Geoffroy Trouillard, mérita par son courage que le blason de sa famille subît un glorieux changement; jusque-là les armes des barons de Joinville avaient été les mêmes que celles de la branche de Broyés, d’azur à trois broyés d’or ; sous Geoffroy fut ajouté le chef d’argent au lion issant de gueules; voici

(1) Beaugier, Mém. hist., t. l,p. 336.

(2) Ces détails sont dans un cahier manuscrit du XVIIe siècle, inséré dans un recueil de pièces coté n1 1034 suppl français, bib. impér., donnant copie de 1 épitaphe que Jean de Joinville fit poser à son retour de la croisade sur les tombeaux de ses ancêtres enterrés à Clairvaux. Celle épitaphe tort longue, était en français.

l’origine de cette modification telle que la raconte l’auteur de l’histoire manuscrite de la maison de Joinville : « Du vivant de » son père, Simon entreprit avec Geoffroy, son frère, le voyage » de Terre Sainte l’an 1 1 91 , à la suite de nostre roi Philippe Au- » guste et de son embarquement à Gênes. La tempête 1 ayant » jeté dans l’isle de Sardaigne, ils y combattirent les infidèles » à outrance et par le moyen de leurs victoires y gagnèrent » terres, villes et châteaux. Où depuis s’estant embarqué sous » une bonace plus sûre, à force de voguer, ils rencontrèrent le » roi Philippe à Messine, en Sicile, auquel se joignit Richard,

» roi d’Angleterre, lequel par épreuves journalières des beaux » exploits qu’ils firent devant la ville d’Acre, assiégée par les » chrétiens, les prit en telle affection que pour leur en donner » témoignage asseuré, il leur escartela et donna partie de ses » armes royales d’Angleterre, qui est moitié d'un lion saillant,

» lequel il voulut estre posé à l’écusson de ceux de Joinville,

» et ce blason s’est trouvé dans ces vers fait à l’antique :

% Six ans durant en cette sainte terre,

» Y demeurèrent gagnant villes et chasteaux » Pour lors estoif Richard, roi d’Angleterre,

» Qui fit honneur aux deux frères loyaux,

» Car il partit de ces armes royaux,

» L’escu des frères pour estre en partie leur ;

» Lequel escu par aucun leur féaux,

» Yint à Joinville au monstier Saint-Laurent.»

Curne de Saint-Palaye et le Père Menétrier approuvent cette version ; Du Gange la repousse et voit dans le lion issant de l’écusson un signe adopté par la maison de Joinville comme cadette du comte de Joigny. C’est une question destinée probablement à demeurer incertaine et, dans le doute, je préfère adopter la version si honorable pour nos vieux barons Champenois (1).

Simon devint baron de Joinville a la mort de son freie aine Geoffroy, qui s’était croisé pour la seconde fois en 1201, et en 1212 il donna toute sa forêt du Pavillon, pour apaiser les moines de Saint-Urbain qui avaient vu un de leurs frères massacré par les officiers du sire de Joinville. Il fit ensuite en

(I) M. Fcriel, Notez sur 1 histoire de Joinville, broch. in-8J, 1856. — Mms de 1632 à la lib imp. suppl. français, n° 1 054.

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faveur de l’abbaye de Clairvaux l’abandon du droit de pêche, excepté dans les étangs, pendant les trois jours et trois nuits qui précédaient l’assemblée du chapitre de l’ordre (1216). Avant eu quelques démêlés avec le comte de Champagne, Simon alla s arranger avec lui à Troyes et l’accompagna en Terre Sainte, ils revinrent ensemble après la prise de Damiette et à cette occasion le comte Thibaut lui accorda l’hérédité de sa charge de sénéchal de Champagne (1); Simon seconda Thibaut dans sa lutte contre ses ennemis en 1232 et se retira à Joinville, où -il mourut en 1234, ayant épousé 1° en 1206 Esmengarde de Mauclerc (du diocèse de Trêves), qui lui donna Geoffroy, depuis seigneur de Vaucouleurs; Isabelle et Béatrix, mentionnées dans la charte précitée de 1216; 2° en 1222 Béatrix de Bourgogne, de laquelle naquit en 1224 Jean de Joinville, qui fut marié dès l’âge de quatorze ans avec Alix, fille du comte Henry de Grandpré.

Jean s appliqua à améliorer la position de ses vassaux en affranchissant de nombreux villages; nous savons qu’avant 1292, il accorda une charte de commune à la ville de Joinville (2). En 1248 il prit la croix et le roi Louis IX fut tellement content de ses services qu’il lui donna au camp devant Joppé, en 1252, une rente de 200 livres à prendre à la Toussaint, sur ses coffres (3) ; plus lard, en mars 1257, le roi de Castille lui fit un don de

(1) Jusque-là le comte de Champagne lui avait contesté ce droit héréditaire :

Ego Theobaldus, Campanie et Brie, comes palatinus notum facio universis tam presentihus quam futuris, quod ego donavi dilecto filio meo Simoni, domino Joinville, Senescallo Campanie et heredibus suis, in augmentalionern feodorum, que de me tenet, senescalliam Campanie possidendam in perpetuum et habendam, tali videlicet conditioni quod unus heredum domini Simonis qui tenebit Joinvillam et erit dominus ejusdem ville tenebit dictam senescalliam. et ex inde scilicet .de Joinvilla et enescallia , faciat mihi ligium hommagium contra omnes homines qui possent \i\ere aut mori, et heredi meo qui tenebit Campani comitatum. Ego si quidem de omnibus supradiclis recepi in hominem ligium Simonem superius nominatum; quod ut notum permaneat et firmum habeatur literis annotatum sigilli mei munimine roborari. Datum anno gralie CC°. XX. VI. die martis post festam sancti Jacobi apostoli.

(2) Une charte de l’année 1292, septembre, cite Joibert, maveur de la commune de Joinville.

(3) Cette charte est insérée dans l’ampliss. collect. de D. Marlène tome I colonne 1314.

mille marcs d’argent en présence de l’archidiacre de Maroc; on connaît assez le rôle que cet illustre seigneur joua dans les malheurs de saint Louis. Après la mort de son maître, il se retira à Joinville où il écrivit aussitôt, croit-on, la vie du pieux monarque. Après le mariage de Jeanne de Champagne avec Philippe-le-Bel, Jean de Joinville fut choisi pour administrer lecomté(l); il mourut à Joinville le 11 juillet 1319 et fut inhumé dans l’église du château.

Jean de Joinville n’eut qu’un fils de sa seconde femme Alix de Risnel, Anselme, mort en 1343, il fut baron de Joinville et seigneur de Risnel, sénéchal de Champagne, et devint comte de Vaudémont en épousant Marguerite de Vaudémont. Leur fils unique, Henry, qui avait sept pieds de taille et abattait, dit-on, d’un coup le sabre la tête d’un bœuf, mourut en 1386, n’ayant eu lui-même de Marie de Luxembourg qu’une fille, Marguerite de Joinville qui, veuve sans enfants de Jean de Bourgogne, seigneur de Montaigu et de Pierre, comte de Genève, porta enfin ses riches domaines à son troisième mari, Ferry de Lorraine, dit l’Audacieux, seigneur de Rumigny et frère cadet de Charles II, duc de Lorraine, tous deux fils du duc Jean Ier qui avait guerroyé pendant quelques mois contre Henry de Joinville (1366). Ce mariage ramenait dans la famille de Lorraine le comté de Vaudémont, qui était déjà arrivé aux sires de Joinville par l’extinction d’une des branches de la descendance de Gérard d’Alsace, auteur, comme on sait, de la maison des princes lorrains.

Leur fils Antoine qui, par son mariage avec Marie de Harcourt, était devenu possesseur des domaines d’Aumale, dElbeuf, de Mayenne, de Lillebonne et de Brionne, terres dont les noms allaient bientôt acquérir une brillante illustration, Antoine, dis-je, à la mort de son oncle Charles II, décédé le 25 janvier 1431 sans enfants mâles, disputa les armes à la main la possession de la Lorraine à sa cousine germaine Isabelle,

1 (1) Les jugements rendus à cette époque (ans 1283, 1284), portent: « Ce fut jugié par nous segnor Jean de Joinville, qui lors gnrdoit Chain -

» paigne. » . T ,

Quand en 1311, Philippe-le-Bel vint à Beaumont en-Argonne, Jean le servit* à table en vertu de ses fonctions de sénéchal qui « es toit d’avoir les » escueilles des festins solennels. »

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fille aînée du feu duc et femme du bon roi René d’Anjou-Sicile ; la lutte fut sérieuse et René, vaincu malgré l’appui du roi de France, à la bataille de Bulgnéville, légèrement blessé, fut emmené prisonnier à Dijon. Le différend s’arrangea peu après à prix d’argent et plus tard Yolande, fille de René et d’Isabelle, épousa Ferry, fils du seigneur de Joinville, ménageant ainsi pour un petit-fils d’Antoine l’éventualité de rentrer ainsi du moins en possession de l’héritage de ses pères; c’est ce qui arriva en effet par la mort du duc Nicolas de Lorraine, petit-fils du roi René, arrivée le 12 août 1473. Yolande, veuve à cette époque, se hâta de remettre le gouvernement à son fils René II, ne se réservant que des revenus viagers. Ce jeune prince était encore à Joinville quand le duc de Bourgogne trouva moyen de se saisir de sa personne par l’intermédiaire d’un capitaine allemand, mais Louis XI ayant fait par représailles arrêter à Paris un neveu de l’empereur, cette tentative n’eut pas de conséquence et un échange eut lieu immédiatement. C’est à la suite de cette affaire que René II déclara la guerre à la Bourgogne et gagna la bataille de Morat, et celle de Nancy, où périt enfin son rival Charles-le-Téméraire (5 janvier 1 477). René guerroya toute sa vie et malgré ses courses lointaines, s’occupa beaucoup des états qui lui étaient soumis; il mourut à Bar le 10 décembre 1508, ayant été marié deux fois : 1° à Jeanne de Harcourt-Tancarville, qu’il répudia; 2° à Philippe, fille du duc Adolphe d’Egmont-Gueldres et de Catherine de Bourbon-Beaujeu; elle lui donna douze enfants : les deux aînés moururent jeunes, ainsi que les quatre filles; Antoine devint duc de Lorraine; Claude fut le premier des Guises; Louis périt à la bataille de Marignan ; François resta, à dix-huit ajis, sous les murs de Paris; Louis, comte de Vaudémont, succomba à la peste au siège de Naples en 1528 ; Jean mourut cardinal.

« Courageux, entreprenant, éclairé, généreux, équitable, plein de droiture dans ses actions, de fidélité dans ses alliances, de noble bonhomie dans ses paroles, tel fut ce brillant et aventureux René II, duc de Lorraine, résumé des vertus qui avaient signalé plusieurs de ses ancêtres, souche respectable d’où jaillit, pleine de sève, cette branche hardie et vigoureuse des Guises (1). » Sa veuve avait un riche douaire établi principale-

(1) Histoire de' ducs de Guise, par le comte de Bouille, tome I, page 10.

ment sur les terres de Joinville, Eclaron, Rouvroy, et Halignicourt, mais elle renonça au bout de peu d’années aux joies du monde et entra en 1516 aux Claristes de Pont-à-Mousson, où elle mourut le 26 février 1547.

René II avait soigneusement divisé par son testament ses vastes domaines entre ses fds : Claude eut Mayenne, Joinville, Elbeuf, Harcourt, etc. (1), mais mécontent de ne posséder que « des terres de mouvance, tandis que son aîné avait toutes » les souverainetés (2), » il inquiéta un instant le duc Antoine de ses récriminations ; le bon accord cependant ne fut pas rompu et après la mort des deux jeunes aînés, un traité intervint entre les deux frères qui attribua définitivement à Claude « les duché de Guise, comté d’Aumale, baronnies de Joinville, » Sablé, Mayne, la Ferté-Bernard, Elbeuf et autres terres et » seigneuries estant situées tant en France, Normandye, Pi- » cardie, Flandres, Haynault et ailleurs; et en ou'ltre les chast> tel, terre, seigneurie et prévôté d’Ancerville etdeppendances, » sauf réservé tant seullement les droits de souveraineté à An- » thoine tels qu’il avoit accoutumé les avoir en son duché de » Bar. » Æn outre, il recevait quatre seigneuries, entr’autres Lambesc en Provence pour lui tenir lieu de l’acquit du sel « qu’il disoit avoir droit de prendre ès-salines de Lorraine pour » la fourniture de ses greniers de Joinville » (27 octobre 1530) (3).

Depuis longtemps déjà Claude de Guise était marié à cette princesse bienfaisante qui a laissé tant de traces de sa générosité dans le diocèse de Châlons; ayant accompagné un jour le comte d’Angoulème chez madame Claude de France, il y rencontra Antoinette de Bourbon, fille du comte de Vendôme et de Marie de Luxembourg-Saint-Pol ; afin de laisser les deux illustres visiteurs causer librement, Antoinette et le comte de Guise se retirèrent à l’écart. De cette conversation intime, telle

(1) Claude avait été naturalisé français à l’âge de 10 ans, par lettrespatentes du mois de mars 1506 (P. Anselme, III, page 485); le duc René II n’avait pas eu besoin de cette formalité, étant français de naissance, comme fils du seigneur de Joinville (Invent., de Joinville, tome II, f» 405). René tenait beaucoup à ce qu’un de ses enfants redevint Français.

(2) Cartul. de Joinville, bibl. imp. supplém. franç. n° 1054.

(3) Ibid.

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que rarement il pouvait s’en établir entre hommes et femmes à cette époque, naquit un sentiment réciproque assez vif pour que Claude de Lorraine, âgé de seize ans seulement, fit demander la main d’Antoinette, et l’épousa en juin 1513 (1). Après des fêtes splendides qui plaisaient médiocrement à la comtesse de Guise, « celle-ci, vrai sacraire de bonté et d’hon- » neur, fixa son habituelle demeurance dans le beau chatel de » Joinville (2). » Son mari devait aussi résider dans cet antique manoir tout le temps que les guerres le lui permettraient, et ils allaient tous deux doter plusieurs couvents, fonder un hôpital, augmenter les franchises des habitants et continuer ainsi la suite des bonnes œuvres commencées par leurs devanciers, les Ferry, les Yolande et leurs successeurs.

Je ne suivrai pas Claude de Guise dans sa carrière ; ce fut l’un des plus vaillants capitaines de son siècle et, pour tracer sa biographie, il me faudrait esquisser un des plus brillants chapitres de l’histoire de France. En 1 527, le roi érigea le comté de Guise en duché-pairie; déjà le 10 juillet 1525, la seigneurie de Saint-Dizier lui avait été donnée. Il eut l’honneur de recevoir, dans son château de Joinville, François Ier, qui vint y passer les fêtes de la Toussaint en 1546; on peut dire qu’il était comblé d’honneurs et avait vu tous les événements tourner pour lui avantageusement quand une maladie subite et que la malveillance ne manqua de noircir, le saisit à Fontainebleau le 10 février 1550; il se fit conduire le 17 mars à Joinville et y mourut à cinquante-trois ans, le 12 avril; sur le point d’expirer, le duc sortit de son lit pour recevoir plus respectueusement le saint viatique que lui apportait le doyen de Saint- Laurent et, s’étant recouché, il s’écria: « s’il plaît à Dieu, je « pars pour aller le rejoindre ainsy que ses saints. » Au moment de sa mort, Claude de Guise était pair et grand veneur de France, comte d’Aumale, marquis de Mayenne et d’Elbeuf, baron de Joinville, chevalier de l’ordre du roi, capitaine d’une compagnie de cent hommes d’armes, sénéchal héréditaire de Champagne, gouverneur de Bourgogne et de Brie , et il quittait la vie comme il voyait ses fils jouissant d’une puissante consi-

(1) Hist. des ducs de Guise: loc. citât. •

(i) Grand ei loyal devoir de messieurs de Paris, par Regnier de la Planche, 1565, page 30.

clération et en état de soutenir dignement l’héritage politique qu’il leur laissait. Le 2 mars 1550, en s’acheminant malade sur Joinville, il avait fait son testament : François, son fils aîné, eut le duché de Guise, les baronnies de Martigny, Rumigny, Joinville, Eclaron, Ancerville, Montier-sur-Saux , etc.; Claude devint duc d’Aumale ; Réné reçut le marquisat d’Elbeuf et le surplus de la succession ; cinq autres fils et quatre filles étaient nés du mariage de Claude et d’Antoinette de Bourbon; deux fils moururent jeunes; Charles, fut cardinal et archevêque de Reims; Louis, cardinal et archevêque de Sens (1552); François, grand prieur de Malte et général des galères du roi (1557); Marie, épousa le duc d’Orléans-Longueville, puis Jacques V, roi d’Ecosse (1538); Reine, fut abbesse de Saint-Pierre de Reims, et 'Antoinette, de Faremoustier ; Louise, mariée au prince d’Orange, puis au prince de Croy-Chimay, était morte depuis 1542. La bonne duchesse Antoinette vécut jusqu’au 22 janvier 1583 «miroir de perfection, princesse d’une rare vertu, de » manière que le bruit commun a duré jusqu’à présent que » c’est une sainte (1). »

Claude de Guise avait fondé la souche d’une famille puissamment douée de qualités diverses; c’est surtout avec son fils que je me vois obligé de ne rapporter ici que quelques traits de cette grande existence pour ne pas me laisser entraîner dans l’histoire générale. «Les Guises dorénavant ne prendront plus simplement une part importante aux événements ; ils en deviennent inséparables; ils vont presqu’en former le centre, les faire rayonner autour d’eux; ils les dirigèrent, ils les produisirent, pour ainsi dire. Superbes tuteurs de roi; taillés par la nature en proportion de ce rôle dangereux et indéterminé, appelés à le jouer par l’incomparable persévérance de leur ambition, non moins que par le caractère orageux des circonstances, ils ne s’en contenteront bientôt plus, et leur main audacieuse et ferme, habituée à tenir le gouvernail, voudra par un

instinct de race, se porter aussi sur le sceptre . Et parmi

tous les Guises domine ce François « auquel on connaît bien peu d’égaux dans tous les pays pour ce qui est du conseil, de

(1) Oraison funèbre du duc de Mayenne, par le P. Gontery.

la conduite et de la valeur militaire (1) », si justement consacré par le titre de grand, si habile à marquer glorieusement chacun de ses pas dans la carrière abrégée pour lui par un crime auquel, en succombant avec magnanimité, il fut peutêtre redevable de n’èlre point arrivé jusqua la tentation de se rendre coupable lui-meme et de n’avoir laissé sa mémoire et ses desseins exposés qu’à la calomnie ou, tout au plus, aux conjectures (2). »

, Le duc de Guise quitta Joinville pende jours après la mort de son père pour suivre le roi à Boulogne et n’y revint plus qu à de rares intervalles. Mais comme la duchesse douairière demeurait au château, souvent elle avait près d’elle quelquesuns de ses nombreux enfants; c’est ainsi qu’en février 1545, Charles de Lorraine vint recevoir la consécration d archevêque de Reims dans la chapelle seigneuriale des mains du cardinal de Givry, évêque d’Amiens. Quand Henry II vint rejoindre l’armée destinée à repousser les impériaux, etqui était rassemblée dans le Perthois, il séjourna à Joinville et pour en perpétuer le souvenir, il érigea la baronnie en principauté (avril 1552) ; peu après Guise allait illustrer son nom en défendant Metz contre les cent mille hommes de l’armée de Charles-Quint.

Pendant l’hiver qui précéda son départ pour l’Ecosse, Marie Stuart, qui cherchait à reculer le plus possible l’époque où elle quitterait la France, se rendit à Reims, puis à Châlons, puis elle s’arrêta à Joinville où elle reçut des ambassadeurs Ecossais qui la suppliaient de rentrer dans ses états d’outre-mer; elle se rendit avec eux à Saint-Dizier qui lui appartenait et de là passa

: en Lorraine ; au retour, elle traversa seulement la Champagne, et au mois d’août elle disait adieu à cette terre chérie de France, dans les termes poétiques que trois siècles n’ont pu faire oublier.

i En mars 1567, François de Guise vint à Joinville avec sa femme, Anne d’Est, et l’on sait que ce voyage donna lieu au Massacre de Wassy, dont j’ai déjà parlé en traitant de la religion prétendue réformée dans le diocèse et auquel je reviendrai en m’occupant de l’histoire de cette ville. Un an après, presque

(1) Relation des ambassadeurs vénitiens, tomé I, paçe 13, eclion des documents inédits de l’Histoire de France.

(2) Hist. des ducs de Guise, tome I, p. 236.

dans la col-

jour pour jour, le duc succombait sous les balles de Poltrol; il laissait quatre fils et une fille : Henry, prince de Joinville, né en 1560 ; Charles, marquis, puis duc de Mayenne ; le cardinal Louis de Guise ; François, mort jeune, et Catherine, mariée en 1570 à Louis de Bourbon, duc de Montpensier. Le corps du défunt fut amené à Joinville.

Le nouveau prince de Joinville ne devait pas marquer moins que son père; la veille du tournoi où il devait être blessé mortellement, Henri II, ayant dans son appartement le jeune prince et le marquis de Beaupréau (fils du prince de La Roche-sur- Yon), demanda à Marguerite, sa fille, depuis femme de Henri IV, lequel des deux elle aimerait le mieux : « Je préférerais le » marquis, répondit-elle, il paraît posé et plus sage. » « Oui,

» dit le roi, mais Joinville est plus beau ; il est blond et blanc, » tandis que le marquis est brun. » — « Oh ! répliqua Margue- » rite, il fait toujours le mal et veutêtrele maître partout (1).» Joinville n’avait que neuf ans, et, à sept, Marguerite avait deviné le caractère de cet homme qui devait bouleverser le royaume. Henry fut élevé pendant toute sa jeunesse à Joinville sous les yeux de sa pieuse aïeule, mais il passa ensuite au collège de Navarre, et à dater de 1 558, son historien, M. le comte de Bouillé, nous apprend qu’il suivit presque toujours son père qui le formait au métier des armes (2).

Henry de Guise, dit le balafré depuis la terrible blessure qu’il avait reçue et qu’Ambroise Paré avait crue incurable un moment, malgré toute sa science, fut, chacun le sait, assassiné avec son frère le cardinal, à Blois, au moment où il allait peutêtre réussir dans ses audacieux projets (1588) (3) ; de son ma-

(1) Mémoires de Marguerite de Valois.

(2) Je donne ces renseignements sous toute réserve et en faisant observer qu’en 1558, Henry de Guise n’avait que huit ans à peine, étant né le 31 décembre 1550, comme il nous l’apprend lui-même, et que le nrince était bien jeune pour apprendre le métier des armes et avoir déjà l étudié pendant quelque temps » dans un collège. (Histoire des ducs de Guise, tome II, page 306 )

Je crois curieux de publier ici un document entièrement inédit que i’ai découvert aux archives municipales de Châlons; c’est la lettre auiopraphe que Charles de Lorraine écrivit à M. de Rosne, son gouverneur a Cha-

lons, le lendemain du meurtre des Guises :

4 Mons. de Rosne, je vous escrrns hier au soir le doubte que nous

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riage avec Catherine de Clèves, il laissait trois fils, Charles, né le 20 avril 1571 ; Claude, né en 1578, duc de Chevreuse, marié à Marie de Rohan, veuve du connétable de Lujnes et l’héroïne de la Fronde ; et le chevalier de Guise, né posthume ; trois filles, la princesse de Bourbon-Conti, les abbesses de Saint- Pierre de Reims et de Jouarre. Sa veuve se retira à Joinville et sut entretenir en Champagne une vive agitation : son fils aîné, retenu d’abord captif, parvint à s’échapper au bout de peu de jours et vint la rejoindre, tandis que les ducs de Mayenne, de Lorraine, d’Aumale, deMercœur, de Nemours, le chevalier d’Aumale et le duc de Montpensier, préparaient dans ce parti vaste et ardent, dans cette famille nombreuse et puissante, irritée par l’elfusion de ce sang cher et précieux, les transports bouillonnants d’une vengeance terrible (1). Catherine faisait d’abord retentir des plaintes et invoquait une expiation solennelle : mais en Champagne elle conservait une toute autre attitude, et, comme preuve, je citerai une lettre qu’elle écrivait le 26 avril 1589 aux gens du conseil de Châlons pour réclamer un buffet d’argent, qui lui appartenait et que M. de Dinteville voulait faire fondre au profit du roi ; elle les menaçait des reîtres de M. de Bassompierre qui approchaient de la ville, et ajoutait ce post-scriptum entièrement de sa main et dont je conserve la curieuse orthographe : « Messieurs, l’amytié que ie vous ai tousiours portée » me convin à vous prier de bien considérer ce que vous faite

avions de la perte de la personne de M. le duc de Guise. Présentement, nous en avons esté asseurés et que c’est par la plus malheureuse trahison qui fuel oneques inventée, exécutée au cabinet du roy avec hallebardes et dagues. MM. les princes de Joinville, cardinal de Guise, de Nemours, d’Elbeuf prisonniers, comme aussy le prévôt des marchands de ceste ville, le président de Nully et autres principaux députés des Estais auxquels on faict faire le procès M. le cardinal de Bourbon a sa chambre pour prison avec deffense d’en sortir sous peine de vye. Je n’ay voulu faillyr de vous en advertir par cet autre courrier affin que vous vous asseuriez de la ville de Chaalons et de toutes les autres villes du gouvernement de Champagne. ensemble de tous ceulx qui seront ès mains des officiers. Je vous adverliray de jour à autre de tout ce que je sçaurai. Je prie Dieu qu’il nous console tous. De Paris, ce jour de Noüel, au matin. Vostre bien affectionné et bon amy, Charles de Lorraine. »

Il est à remarquer que le duc ne connaissait pas encore quand il écrivait celte leltre ie meurlre du cardinal qui ne fut massacré que le lendemain de l’assassinat de son frère, c’est-à-dire le 24 décembre 1588.

(lj Histoire des ducs de Guise, par le comte de Bouillé, tome I IL

» en mofansant comme vous feré si vous permete o sieur de » Dîteviîle de toucher à nostre beiefait o donneu ma querelle à » monsieur de Bassompierre qui vient passer à vos portes pour » en tirer la reson et vous punir de vos ingratitudes de qoit ie )> ne mesmeut an core jousque à set eure, a vises donc sy vous » m’en voulle donner occasion ou bien de vous demeurer se » que ié vous este toute ma vie, votre meilleure amye. Katerine » de Clèves (1j. » Désormais cependant toute l’autorité des Guises allait être accaparée par les Mayenne, les d’Aumale, les Mercœur ; le duc allait demeurer en quelque sorte à l’écart ; il fut, du reste, longtemps retenu en captivité et ne put s’évader du château de Tours que sur la fin.de 1591 : il fut cependant un moment le roi de cette terrible coterie des Seize, puis porta ses espérances sur le roi d’Espagne et enfin fit la paix, comme tous les autres, après l’entrée du Béarnais à Paris.

Le duc de Guise, redevenu un des puissants seigneurs de la cour, épousa le 6 janvier 1611 , Henriette-Catherine, duchesse de Joyeuse, veuve du duc de Montpensier et mère de la femme de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII. Après une vie des plus agitée, le duc de Guise mourut obscurément au bourg de Cuna, près de Sienne, le 30 septembre 1640 ; tandis que le comte d’Harcourt remportait les plus brillantes victoires contre les Espagnols, son malheureux parent finissait ainsi dans la disgrâce et l’infortune une existence commencée dans la captivité et écoulée avec une certaine distinction , qui ne put se faire voir autant qu’elle le méritait, accablée sous le poids des événements. Deux fils de Charles de Lorraine étaient morts avant lui, François, prince de Joinville (1612-1639), et Charles, duc de Joyeuse (1618-1687) ; tous trois furent inhumés dans la collégiale de Saint-Laurent; trois autres enfants périrent jeunes; la duchesse de Guise en comptait cependant encore cinq autour d’elle: Henry, né en 1 61 4, duc de Guise ; Louis, duc de Joyeuse; Roger, chevalier de Malte ; Marie, née en 1615, depuis duchesse de Guise, et l’abbesse de Montmartre.

Le nouveau duc avait d’abord été destiné à la carrière ecclésiastique, et, quand son frère aîné mourut, il était pourvu de l’archevêché de Reims , depuis 1629 et de onze abbayes, en-

(I) Àrchiv. municipales de Châlons. — Lettre inédite.

HISTOIRE FEODALE.

tr’autres celle de Montier-en-Der : ses goûts semblaient peu ascétiques, si l’on en juge par ce billet autographe qu’il adressa à Anne de Gonzague, sœur de l’abbesse d’Avenay et qui résidait habituellement dans ce monastère, où Tardent prélat venait souvent la visiter : « Moy soussigné Henry de Lorraine, dans l’ex- » trème passion que j’ai d’honorer et servir très-généreuse et » très-vertueuse princesse madame Anne de Gonzague, jure et » proteste de n’aimer ni épouser jamais autre personne qu’elle. » Et pour plus grande seureté de la foi de mariage que je lui ai » promis, je lui ai envoyé la présente promesse écrite et signée » de mon sang. Fait à Reims en 29 juin 1636. — Henry de » Lorraine. — A l’incomparable et adorable princesse Orante (1).» Il faut ajouter que Henry éludait de son mieux l’engagement dans les ordres auquel on le poussait sans cesse, et les événements vinrent fort heureusement le délivrer de cette vocation forcée. Le mariage se fit dès 1638 en secret.

C est vers celte époque que le duc de Guise abandonna à sa mère la principauté de Joinville et ses dépendances, en paiement des sommes qu’elle réclamait sur la succession de son mari avec lequel elle n’était pas commune de biens (17 août 1646), et la duchesse revendit ce riche domaine à son fils cadet, le duc de Joyeuse, pour une somme de 500,000 livres tournois; dans cette vente étaient compris « les château, ville et » principauté de Joinville, avec le titre de sénéchal héréditaire » de Champagne, moins les baronnies d’Eclaron', de Roches, et » les moulins, foulons et banaux de Joinville. (Premier juillet » 1654.) (2).»

Je n’ai donc plus à suivre le duc de Guise dans ses nombreux mariages, ses intrigues et enfin sa folle mais brillante expédition de Naples; Joinville appartenait alors au duc de Joyeuse, qui, tandis que ses frères tenaient pour la Fronde, était demeuré loyalement au roi ; il fut blessé mortellement en chargeant un parti ennemi, près d’Arras, le 22 août 1654, et en mourut à Paris le 27 septembre suivant. De son mariage avec Françoise-Marie de Valois, fille unique et héritière de Louis- Emmanuel, duc d’Angoulême, bâtard de Charles IX et de Marie

(1) Nmré succinct de l’Histoire du mariage de Henri duc de Guise.

i culuircj n Joinville, volume II, P 392 , Archiv de la maison

u Uncans.

3 î 8 DEUXIÈME PARTIE.

Touchet, il ne laissait qu’un fils, Louis-Joseph de Lorraine, duc de Joyeuse et d’Angoulême, comte de Ponthieu, né en 1651, et une fille, Marie de Lorraine, que nous allons retrouver. Après bien des vicissitudes et des inconséquences, le petit-fils du Balafré, le duc Henry de Guise, s’éteignit sans gloire en 1664, laissant tous ses titres à cet enfant. Louis-Joseph, confié à la tutelle de sa tante. Mademoiselle de Guise, ne marqua sa courte carrière que par un voyage de prise de possession a Joinville, son mariage avec la duchesse d Alençon, fille de Gaston, duc d’Orléans, et de Marguerite de Lorraine (1667), et la preuve d’intérêt intelligent qu’il prodigua à ses vassaux du duché de Guise: il succomba à la petite vérole, à Paris, le 30 juillet 1671 , laissant un fils, François-Joseph, né le 28 août 1670, titré duc de Guise, de Joyeuse, d’Angoulême, d Alençon, prince de Joinville, comte d’Eu et de Ponthieu, qui mourut delà même maladie que son père, le 16 mars 1675, et fut inhumé à l’abbaye de Montmartre ; sa tante, Marie de Lorraine, hérita de la principauté de Joinville, tandis que lés autres domaines se partageaient entre le prince et la princesse de Condé et la palatine Bénédicte de Bavière. Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, mourut sans alliance en 1688, léguant ses biens à Mademoiselle d’Orléans, qui les laissa a Philippe de France duc d’Orléans, frère du roi. Ce prince mourut le 6 juin 1701, et la principauté de Joinville demeura a son fils ; elle resta, jusqu’à la révolution, dans cette branche de la maison de Bourbon.

La terre de Joinville était une des principales seigneuries de Champagne et la première, comme importance, du diocèse de Châlons ; dès les temps les plus anciens, elle portait le titre de baronnie et j’ai dit en commençant que la charge de sénéchal héréditaire de Champagne y avait été jointe par le comte Thibaut en 1 226. J’ai dit également qu’étant à Joinville en 1 551 , le roi Henry II érigea cette terre en principauté en faveur de « François de Lorraine, duc de Guyse, pair et grand chambel- » lan de France, marquis de Mayenne, seigneur et baron de » Joinville, Eclaron, Roches, Doulevant-le-Chatel et S'ailly, » sénéchal héréditaire de Champaigne, gouverneur et lieute- » nant-général en Dauphiné, Savoie et pays de Saluces. » Sans reproduire in extenso l’édit d’érection daté du mois d avril 1551 avant Pâques,- et que M. Fériel, l’excellent historien de

HISTOIRE FÉODALE. 319

Joinville, vient de publier d’ailleurs (1), je vais en mentionner les principales dispositions : « Dûment avertis que ladite ba- » ronnie, terre et seigneurie de Joinville, située et assise en » notre pays de Champagne est de très-bon, grand et satisfai- » sant revenu pour obtenir et soutenir le nom, titre et qualité » de principauté avec les adjonctions et annexes qu’on peut y » faire d’autres terres prochaines appartenant à notre dit cou- » sin ; joint aussi que de la dite baronnie dépend grand nom- » bre de fiefs, arrière-fiefs et vassaux; et y a ville et maison de » grande et ancienne marque où par ci-devant feu notre cousin » le duc de Guyse, son père, de très-recommandable mémoire, » a fait ordinairement sa principale demeure comme faist en- » core aujourd’hui notre dict cousin son fils. ....

« Pour ces causes. . . . ladite baronnie, terre et seigneurie » de Joinville, avons par ces présentes, créé et érigé, créons » et érigeons de nos certaine science, pleine puissance et au- » thorité royale en titre, nom et qualité de Joinville, desquels » nous le décorons avec le titre et nom ancien de sénéchal

» hérédital de Champagne . Et pour amplifier et augmen-

» ter le revenu d’icelle, nous avons joint et uni, joignons et » unissons à icelle perpétuellement et inséparablement par » les présentes les terres et seigneuries d’Eclaron, Roches, » Doulevant-le-Chatel, Sailly, et celles de Rupt, Vecqueville, » Chatonrupt, Breuil, Ragecourt, Gourzon, La Neuville-à-Bayard, » Sommeville, Ruetz, Chevillon, Bayard, Magneux, Vrainvilie,

» Guindrecourt-aux-Ormes , Sommermont , Bailly-aux-Forges,

» Morancourt, Mathons, Nomécourt, Mussey, Ferrière, Rouvroy'

» Osne, le Yal-Osne, Effincourt, Pancey, Bures, Saudron, Rî- » baucourt, Vaudeville, Damblin, Villiers-aux-Chênes, Moi’ton- » val, Montaut-le-Haut, Charmes-la-Grande, en l’Angle et la » Chapelle, Baudrecourt-la-Petite, Dompmartin-le-Franc, Cour- » celles, Bétoncourt, Ambrières, Moëiains, Allichamp, le Cha- » telier, la Neuville-au-Pont, Humbécourt, Eurville, lés Côtes,

(j) ^o^es Pour servir à P Histoire de Joinville, brochure in 8° '1856 cle M. Fériel. M. Fériel seul a fait connaître à fond l’histoire du pavs de Joinville et a donné, il y a déjà longtemps, aiors que Ses études provinciales, étaient peu en honneur, une très bonne étude sur celte ville. Je dois à cet ! llonorabIe magistrat des remercîments pour la manière dont il a facilité mes travaux par ses recherches antérieures.

» Hallecourt, Attancourt, Vallerest, Villers-au-Bois, Braucourt » et Trois-Fontaines-la-Ville. Toutes lesdites terres tenues de » nous, à cause de nos chasteaux de Vuassy et de Montesclère,

» situées et assises ès prévôtés dudit Vuassy et d’Andelot, et » notre bailliage de Chaumont et comté de Champagne. » Le roi permettait au prince d’exercer la justice et d’instituer des officiers pour son exercice, il décidait que les vassaux de la principauté étaient justiciables de ces officiers en première instance, « sçavoir : par devant les prévôts en toutes causes crimi- » nelles ét encore ès-civiles excédant soixante sols tournois, et » des autres non excédant lesdits soixante sols par devant les » mayeurs, » sans que lesdits vassaux puissent etre cites devant’ les tribunaux royaux « fors ès-cas royaux et privilégiés seule- » ment dont la connaissance appartiendra à nostre bailly de » Chaumont. Voulons en oultre et nous plait que les appella- » tions des juges, mayeurs, prevost, gruiers, leurs lieutenants » et sergents desdites terres de Joinville, Esclaron, Roches, » Doulevant-le-Chatel, Sailly et autres, ci-dessus déclarées, » ressortissent nuement et sans mayeur par devant le bailly » dudit Joinville audit lieu » sans que le bailly de Chaumont puisse en rien revendiquer, mais c était devant ce fonctionnaire que venaient les appels des dépisions du bailli. Le roi défendait à ses juges des eaux et forêts de se mêler d’aucune des affaires relatives aux bois de la principauté. « Et tien- » dront nosdits cousins et ses dits successeurs ladite princi- » pauté avec lesdites terres et seigneuries d’Eclaron; Roches, » Doulevant, Sailly et autres dessus déclarées, incorporées et » unies à icelle comme dit est à une seule foy et hommage de » nous à cause de nostre comté de Champagne ; et seront les » vassaux, subjects et autres de quelque état, qualité et condi- » lion qu’ils soient tenant noblement ou roturièrement de » ladite principauté et terres unies à icelle en faisant les hoin- » mages et baillant les dénombrements, aveux et reconnais- » sances et tous actes généralement tenus et astrains dores- » navant nommer, avouer et reconnoistre nostredit cousin, » ses hoirs étayant cause prince dudit Joinville; et répon- » dront d’eux lesdits fiefs à cause du chatel et principauté » dudit Joinville. » L’édit règle aussi les successions en préférant toujours les mâles aux femmes. .

Quand le nouveau prince demanda au Parlement de Paris

] entérinement de l’édit d’érection, la Cour rendit un arrêt ordonnant que les terres de Domblain , Dompmar'tin-le- Franc , Altancourt , Vallerest, A\assy et Courcelles seraient distraites de la principauté « et à cette fin seront lesdites » lettres de ladite érection corrigées et réformées. Et de- » meureront ès-dites terres les terres de Mussey, Mallions, » Morancourf, Chatonrupt, Breuil, Ragecourt, Sommeville, Hum- » bécourt, Pensev, Chevillon, Nomécourt, Osne, Ruelz, Bayard, » Rouvroy, Moelains et Charmes-en-l’Angle pour le regard et » portion que ledit seigneur duc de Guyse et en icelle seule- » ment. Et quant à la part des autres seigneurs ès-dites terres, » elle ne sera comprise ès-dite érection, ainsi en jouyront » lesdits coseigneurs et habitants desdits villages par divis » et séparément; et seront aussy pour ce regard lesdites let- » très réformées. Et en tant que toutes les terres et seigneu- » ries de Charmes-la-Grande et Magneulx, ladite cour a or- » donné quelles demeureront en ladite érection sans en iceulx » comprendre les droits du roy acquis par le feu duc de Guyse » desdites lettres à rachapt perpétuel. Et quant aux terres de » Bailly-aux-Forges, Eclaron, Doulevant et autres portées par » lesdites lettres d’érection, la cour a ordonné quelles demeu- » reront ès-dites lettres; » l’arrêt se terminait en laissant indécise la question de savoir si les villages de la principauté devaient la garde au château de Montéclair et en fixant à 132 livresparisis la somme due annuellement par le nouveau prince pour la diminution des droits judiciaires causés par la séparation delà principauté aux bailliage et prévôté de Chaumont, Wassy et Andelot (7 septembre 1558). Cet édit avait été rendu sur les plaintes du bailli de Chaumont.

Quand la principauté passa au duc d’Orléans, Louis XIV lui délivra à Marly, au mois de mai 1714, des lettres de nouvelle érection pour la terre en la déchargeant de l’obligation imposée par ledit de 1551 aux propriétaires de la principauté de porter les armes de Lorraine « dérogeant auxdites lettres du mois d’avril » 1551 pour ce regard seulement et sans tirer à conséquence » mais fl maintenait le titre de sénéchal héréditaire de Champagne I). Ce n’était plus qu’un titre pur et simple auquel on

(I) M. Fériel, loc. cit.

tenait à cause de son antiquité, mais anciennement certains privilèges y étaient attachés; toutes les fois que le sénéchal de Champagne était près du roi, en quelque lieu que ce fût, il recevait chaque jour 20 sols tournois, une livre de cire et un septier de bon vin; s’il se trouvait avec le souverain à l’une des grandes fêtes annuelles, il avait 40 sols, 2 livres de cire, 2 septiers de vin, 100 sols pour son manteau, 12 poulets et GO pains; au XIVe siècle, le baron de Joinville avait voulu, en outre, s’arroger le droit de servir le roi à table en cotte et manteau toutes les fois que le prince serait en Champagne, mais il fut débouté de ses prétentions : un semblable privilège lui aurait attribué s’il avait eu à remplir son devoir à l’une des quatre grandes fêtes, la propriété de toute la vaisselle d argent, moyennant qu’il aurait donné son manteau au maître-queux (1).

Les barons de Joinville, en dépit des efforts des moines de Saint-Urbain , demeurèrent propriétaires du cours de la Marne et conservèrent jusqu’aux dernières années cette possession (2). Du reste, l’importance pécuniaire de ce domaine était grande; le compte de recette de Joinville, pour 1559, arrêté le 2 janvier 1 560, par Antoinette de Bourbon, donne une somme de 11,580 livres 19 sols 8 deniers. L’arpentage du 15 septembre 1583 établit une étendue de 7680 arpents et 61 cordes de forêt. Enfin, le bail général de la principauté, des baronnies d'Eclaron , de Roches, d’Ancerville, des domaines du roi, de Saint- Dizier, Chaumont et Wassy fut adjugé, le 20 mars 1705 (3), au sieur Audevard , pour six ans, moyennant 63,000 livres par an .

(J) Archiv. de la maison d’Orléans, invent, de Joinville, vol. 1, D 97

(2) Ibid. f° 717.

(3) Archiv. de la maison d’Orléans, cartons 97, 110, liasse 44. —

Cartons de Joinville, 14, liasse 272. .

J’ai en outre trouvé à la bibliothèque impériale, supplément français, n° 2568, 6e cahier, le compte de recettes dressé en 1541-1542 par Jean Belavoyne, écuyer, sieur de Courecelles,; trésorier-général des finances du ducdeGuyse; j’en extrais les passages relatifs à la principauté «de Joinville :

Du receveur de Joinville . 125 livres, 8 sols, » deniers.

Du gruyer de Joinville . 546 1 4

Du "grenelier de Joinville (sel) - néant, droit aboly.

Du receveurd’Esclaronet de Roche 516 9 . »

Du gruyer d’Esclaron . 4125 15 4

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