‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 69 sur 128 · VIII. — SEIGNEURS DE MONTMORT · texte numérisé non relu

VIII. — SEIGNEURS DE MONTMORT

Le château de Montmort paraît avoir été l’un des plus anciens de notre pays ; la tradition assure qu’il a été élevé à la place d une antique forteresse qui se serait appelée Croizard et qui remonterait aux premières années de l’ère chrétienne. Quoiqu'il en soit, c’était un important manoir à eh juger par la terrasse sur laquelle s’élève le donjon actuel, et qui remonte au moins au XIP siècle et probablement au XIe. On trouve dans les chartes de l’abbaye de la Charmoye, en 1192, un Letier de Montmort, chevalier; Guy, chevalier de Montmort en 1215 et 1223; Simon Mater, chevalier de Montmort en 1250; en 1262, Anselme, chevalier de Montmort, fils de Pétronille, et enfin en 1292, Payen, seigneur de Montmort. Je perds ensuite pendant quelques années la suite des possesseurs de ce riche domaine qui ne comptait pas moins de cinq fiefs nobles sur le terroir même de Montmort, et on le trouve au XVe siècle dans la famille des Noyers: en 1361, Jean d’Augenicourt, fit hommage au comte de Vertus pour son chastel de Montmort qu’il tenait de sa femme ; ils n eurent probablement pas d’enfants, car la seigneurie était en 1389, entre les mains de Jeanne de Noyers, sœur sans doute de

duc de Guise

Du gruyer de Monstier-sur-Saulx. . 527

Du receveur d’Ancerville . . . 112

Du gruyer d’Ancerville . 1929

Du receveur de SaintDizier . 2181

Ce compte établit que la recette totale du duc de Guise se monta en cette annee à i>4,723 livres et la dépense a 74,662 ; il donne de curieux renseignements sur la composition de la maison et le train de vie de ces rivaux de nos rois. Le duc avait en 155!, un trésorier général, cinq maîtres d’hôtel, une quinzaine d’écuyers, un maréchal-des-logis, quatreécuyers d’écurie, un aumônier, un argentier, quatre secrétaires, deux médecins, deux contrôleurs d’office, un écuyer de cuisine, quatre valets de chambre, un barbier, un apothicaire; un huissier de chambre, un fifre, quatre valets de garde-robe, deux arquebusiers, un maître de chapelle, quatre chantres, un prêtre, un espinetie, deux trompeltes, un tailleur, deux officiers de panneterie, deux d échansonnerie, deux queux, un pâtissier, deux sauciers, deux fourriers, un valet de pages, quinze domestiques d’écurie, un armurier, un grainetier, deux jardiniers, cinq divers’.

Un autre manuscrit compris sous la même rubrique, 2e cahier, nous apprend que » les comtes de Guise, d’Aumalle, mesdames et messieurs les > enffanls » étant à Joinville en novembre 1527, la dépense totale du mois monta à 1439 livres, 10 sols, 7 deniers.

Sébille et fille de Milon, seigneur de Noyers et de Vandeuvre, grand bouteiller, puis maréchal de France, qui porta 1 oriflamme à la bataille de Montcassel et mourut en 1350; cette famille des Noyers, était une des plus grandes maisons de Bourgogne, alliée aux Brienne, aux Courtenay, aux Cliastillon et qui donna le jour aux sires de Joigny, de Bimaucourt et de Montcornet. XJq mariage fit passer Montmort aux de Hangest , en 1491 on voit un Mathieu de Hangest, chevalier, seigneur de Genlis , de Maigny et de Montmort-en-Brie ; un compte de dépense de l’année 1492, conservé au château, nous apprend qu’il avait été détruit — le donjon du moins — à la fin du XIV siècle et était encore en ruine à cette dernière époque, quoiqu’il y eût alors un receveur nommé Bèthe,'aux gages annuels de 100 sols tournois.

Louis de Hangest, dernier fils de Jean et de Marie d’Amboise, fut seigneur de Genlis et de Montmort, conseiller et chambellan du roi, gouverneur de Mouzon et grand écuyer de la reine Anne de Bretagne; il épousa en 1499 Marie Dufay d’Athies d’où naquirent : Joachim; Yves, seigneur d’Yvoy, tué à la prise du château de Saint-Pol en 1537; Philippine qui s’unit en 1521 à Jean d’Apremont, seigneur de Busancy. Louis eUIane moururent le même jour dans le même lit ainsi qu on 1 apprend par leur épitaphe placés au-dessus de la porte de la sacristie de

l’église.

Joachim de Hangest, seigneur de Montmort, Moyencourt et Challerange, capitaine de cinquante hommes d’armes, périt avec son frère au siège de Saint-Pol ; il avait été marié trois fois; sans enfants de Françoise de la Marck et d’Isabelle de , Montmorency, il n’eut qu’une fille de Louise de Moy d Offémont, Jeanne de Hangest, qui porta sa riche succession à son mari Philippe de Maillé-Brézé, capitaine des gardes du roi; veuve sans postérité, elle se remaria en 1556 avec Claude Daguerre, baron de Vienne-le-Château. Je dois m’arrêter un moment sur ce dernier personnage qui donna lieu à une des scènes les plus émouvantes du XYP siècle. Ayant eu une querelle avec Jacques de Fontaine-Fendilles, Claude Daguerre demanda au roi la permission de terminer leur différend en champ clos et obtint que le combat se ferait à Sedan, sous la présidence de Robert de la Marck. Le combat eut lieu le 28 août 1549 sur la place des Lisses. Le sire de Montmort avait pour parrain le duc

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de Nevers et était suivi de plus de deux cents gentilshommes ; François de Vendôme, vidame de Chartres, répondait de M. de Fendilles qui n’avait pas plus de trente chevaliers autour de lui. Au soleil levant Daguerre, vêtu de blanc et d’incarnat, parut en grand équipage; Fendilles, habillé de vert et de blanc arriva après lui, et le héros proclama selon l’usage les noms des combattants, les règles du duel et l’autorisation royale; puis il lut à Daguerre les accusations de Fendilles ; le sire de Monlmort jura sur les saints évangiles que tous ces reproches étaient des mensonges; Fendilles se conduisit de même; on essaya alors les armes et le cri : « laissez-les aller, les bons combattants » fut proclamé. Après de longs assauts, Daguerre parvint à renverser Fendilles et à le saisir, mais sans le pouvoir jeter hors de la barrière, comme il le voulait ; la lutte devint alors corps à corps ; le casque de Fendilles se détacha, sa tête ne fut bientôt plus qu’une plaie; renversé sur le dos, aveuglé par le sang, étranglé par la poussière, il était vaincu : « rends-moi mon » honneur, rends-moi mon honneur, » lui cria Daguerre — « Ah! Dieu, Ah! Dieu, » est tout ce que peut répondre Fendilles. — « Rends-moi mon honneur, ne me tiens-tu pas pour » homme de bien? » — « Oui, oui, je te le rends de bon cœur » et te tiens pour homme de bien, tel que tu es. » — Le combat finit aussitôt; tandis que M. de Fendilles était emmené honteusement, on portait le baron de Vienne-le-Château en triomphe et bientôt après il recevait des lettres patentes, déclarant son adversaire faux et calomniateur. Il mourut en 1562, ne laissant qu’une fille, Christine, mariée à Louis de Créquy d’Agoult, comte de Sault; leur fils occupa un rang éminent dans l’histoire de France; ce fut Charles de Créquy d’Agoult, prince de Poix, duc de Lesdiguières par substitution, maréchal de France, emporté par un boulet de canon au siège de Séganez, le 17 mars

Depuis 1622, cet illustre guerrier avait cédé Montmort à sa fille Françoise, femme du duc de Sully; ce domaine appartenait en 1657 à Louise de Béthune, princesse d’Henrichemont, dame de Congy qui le légua à son petit neveu, Maximilien de Béthune Sully; il le vendit en 1700 à Pierre Raymond, écuyer, seigneur de Bréviande , savant distingué , associé libre de l’académie des sciences; il mourut en 1716, laissant une fille mariée au comte d’Hacqueville, et un fils qui fournit une très

brillante carrière militaire et devint lieutenant-général des armées du roi, commandeur de Saint-Louis, major général de la maison du roi, gouverneur de Givet et Charlemont; Louis XV érigea en sa faveur la terre de Montmort comprenant les seigneuries et marquisat (1767). Cette terre est demeurée dans cette famille, et est possédée aujourd’hui par l’arrière petit-fils du premier marquis de Montmort.

Montmort dépendait de la comté de Vertus, mais relevait de fa terre de Pleurs (1366) en vassorerie du roi.

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