XI. — LES COMTES DE VERTUS
Anciennement les comtes de Champagne eurent la seigneurie de Vertus, puis les rois de France, lors de l’annexion de la province : en 1 348, Philippe de Valois vint àVertus et y signa le 7 décembre yne ordonnance de réforme contreles abus qui s’étaient introduits dans l’administration de la ville : peu après, Jean, obligé de faire face aux nombreuses difficultés qui l’accablaient de toutes parts, manquant d’argent, d’hommes, voyant ses ressources épuisées, dut, quand ils’agit de sa rançon, emprunter 300,000 écus d’or à Galéas Visconti, duc de Milan, qui obtint en échange la main de la princesse Isabelle, fille du roi, pour son fils Jean Galéas Visconti, avec les terres de Vertus, Moyraer, Rosnay et Laferté-sur-Aube, érigés en comté sous le nom de Vertus (1er avril 1361). •
Le duc Jean Visconti mourut en 1402, laissaut deux fils et une fille, Valentinede Milan ; celle-ci épousa en 1389 Louis, duc d’Orléans, fils du roi Charles V, et lui porta en dot le comté de Vertus ; Charles VI décida par lettres-patentes du 23 janvier 1393 que son frère tiendrait de lui le comté de Vertus, noblement, nuement et en pairie, avec permission à lui et à ses fils de pouvoir faire tenir par ses conseillers ses grands jours pour ce comté en telle ville qu’il lui plairait en Champagne ou en Brie. On connaît la fin malheureusede l’époux de Valentine; il eut plusieurs enfants: Charles, duc d’Orléans et père du roi Louis XII, Philippe d’Orléans, comte de Vertus, né en 1396; Jean, comte d’Angoulême, aïeul de François Iej ; Marguerite, qui épousa Richard, duc de Bretagne; il eut aussi un batard,
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Jean, comte de Dunois, qui reçut de son frère le domaine de Vertus en 1 4-39, mais le rendit presqu’aussitôt en échange d’autres seigneuries.
Le comte Philippe exerça divers commandements contre les Anglo-Bourguignons dont le règne commençait déjà à faiblir avec les premières années du XVe siècle, mais sa conduite attira les plus grands malheurs sur Vertus qui fut brûlée par les Anglais; il mourut en 1420 ne laissant qu’un fils naturel qui porta le litre de bâtard de Vertus, et, après s’être fait remarquer dans quelques combats, finit par monter sur l’échafaud pour trahison. La comté-pairie retourna , après Philippe, à sa sœur Marguerite à la suite du partage de la riche succession du comte, opérée par elle avec ses deux autres frères. Cette princesse qui porta presque toujours le titre seul de comtesse de*Vertus, laissant de côté celui de duchesse de Bretagne , résida très-souvent dans cette ville et y a laissé de nombreux souvenirs; elle fît restaurer les églises que les dévasta tionsdes ennemis avaientsaccagées, reconstitua lechapitre St-Jean et fit rechercher à Châlons les reliques de sainte Catherine, qui, à cause des guerres, avaient été envoyées en dépôt à l’abbaye de Toussaint (1 450]; elle y vivait encore en1463, quoique de nombreux auteurs l’aient fait mourir treize ans, auparavant.
Son fils François avait succédé au duc Richard depuis 1445 et avait épousé Marguerite de Foix, d’où naquit Anne de Bretagne, deux fois reine de France ; mais il eut aussi un fils naturel de Antoinette de Magnelet, dame de Chollet, mariée* à M. de Villequier et favorite de Charles VII, après la mort d’Agnès Sorel; ce bâtard, qui se nommait François, reçut de son père, en 1480, la baronnie d’Avaugour, puis les comtés de Gaëlo et de Vertus, et fut créé premier baron de Bretagne dans une assemblée de la noblesse à Bennes, dans laquelle il fut légitimé ; il s’unit avec Madeleine des Brosses, fille du comte de Ponthion et en eut deux fils : l’un entra dans les ordres, l’autre, François II, succéda à son père.
Ces princes eurent un rôle bien obscur dans l’histoire et n’ont laissé aucun souvenir dans les annales de Vertus qu’ils ne surent préserver des torches des réformés ni au commencement ni à la fin du XVIe siècle. François II épousa Madeleine d’Astarat qui lui donna plusieurs enfants: François, Odet, 1 abbé de Cadouin, la comtesse de Louvignère, la baronne de
Castelnau. François III, marié depuis 1537 avec Charlotte de Pisseleu, mourut sans postérité et laissa ses domaines à son frère Odet, qui fut fait chevalier de l’ordre du rof et était de son chef baron d’ingrande, vicomte de Saint-Nazaire, seigneur de Clisson, Chantori, Montfaucon, conseiller d’Etat du roi, capitaine de cinquante hommes d’armes, et qui figura avec honneur dans les armées de Henri II et de Charles IX; c’est le premier de cette race bâtarde qui se montra digne de son glorieux nom de Bretagne. Il eut entr’autres enfants de Renée de Coemé, Charles, qui n’accepta que sous bénéfice d’inventaire la succession de son père et se distingua au service de Henri III et de Henri IY ; il fut fait prisonnier à la défaite de Château- Girond', puis il épousa Philippe de Saint-Amadous; il mourut à Clisson en 1608, n’ayant qu’un fils qui lui succéda et une lille, Antoinette, seconde femme de Pierre de- Rohan, prince de Guémenée et successivement remariée à René de Bellay, prince d’Yvetot et à Jacques d’Escoubleau, marquis de Sourdis.
Claude de Bretagne, co-mte de Vertus, fut gouverneur de Rennes et lieutenant du roi dans ce diocèse et dans celui de Saint-Malo; il épousa en 1609 Catherine Fouquet, fille du marquis de la Varennes et mourut à Paris en 1637. En ce moment la ville de Vertus était presque entièrement abandonnée par ses seigneurs qui ne s’occupaient que de leur domaine de Bretagne; nous voyons seulement en 1619 la comtesse Catherine de Vertus obtenir de notre évêque la permission d’enlever en faveur de l’église de Clisson une partie de la main de sainte Catherine, conservée au trésor du chapitre de Saint-Jean.
Claude avait eu deux fils et cinq filles : Louis, comte de Vertus ; Claude, comte de Goëlo ; Marie, unie dès 1628 à Hercule de Rohan, duc de Montbazon, pair et grand-veneur, comte de Rochefort, chevalier des ordres, etc.; Catherine-Françoise, mademoiselle de Vertus, qui acquit une certaine célébrité à Port-Royal, et trois autres non mariées.
Louis succéda à son père, non-seulement comme comte de Vertus, mais encore comme gouverneur de Rennes et de plus fut nommé lieutenant-général du roi dans la Haute-^Bretagne , il se distingua en outre dans la guerre d Allemagne comme colonel du régiment de Navarre. Il mourut en 1669 sans laisser d’enfants ni de Françoise de Daillon de Ludes, ni de Louise de Balzac d’Entragues.
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Claude, comte de Goëlo, hérita alors des biens de son frère et avant épousé Anne Le Lièvre de la Grange, mourut en 1699 laissant deux fils: Armand-François de Bretagne, maréchal de camp, décétlé à Paris sans alliance en 1734; et Henry-François, comte de Vertus après Armand, colonel du régiment de Bretagne, mort également sans hoirs de ses deux femmes : Madeleine d’Aligre et Madeleine de Montebert (1747).
Le comté de Vertus retourna alors à la maison de Rohan, à cause du mariage de Marie de Bretagne avec Hercule, prince de Rohan. Hercule Mériadec, prince de Rohan-Rohan , et le cardinal Antoine de Rohan, furent tous deux comtes de Vertus par indivis; Charles de Rohan, prince de Soubise, maréchal de France, hérita peu après du prince Hercule Mériadec et obtint en 1748 une cession gratuite du cardinal pour sa part.