XII. — DIVERS SEIGNEURS
Je crois devoir indiquer ici quelques-unes des familles qui occupaient, après celles que nous venons d’énumérer, le principal rang dans la noblesse féodale du diocèse :
1. Bayerne. — X. . . était seigneur de Bayerne au XIIe siècle et avait eu trois enfants : Gaucher, Mathilde et Ermengarde, tous vivants en 1193; à cette époque Gaucher était seigneur du fief et de sa femme Comitisse n’avait eu qu’une fille, nommée comme sa mère, qui porta Bayerne à son mari, Albéric de Cortisy, chevalier; elle fut mère de : Milon, écuyer, 1238, mort sans alliance en 1257; Machaire (1238); Mathilde, femme de Jean Barat, chevalier, et Ermengarde, unie à Hugues (1233).
2. Belesme. — La maison de Belesme occupa un certain rang aux XIIe et XIIIe siècle dans les environs de Saint-Dizier et remontait à une haute ancienneté : Lambert de Belesme assista à la fondation de Cheminon, en 1110; après quelques années obscures nous retrouvons en 1175Dodonde Belesme (1), puis trois frères Roger, Robert et Nicolas. — Roger de Belesme (1191), épousa Elisabeth et eut pour enfants, Richer, simplement qualifié écuyer en 1254, et Albert à qui sa femme Helwis (1238) apporta en dot une partie de la seigneurie de Ponthion, et qui était oncle d’un chevalier nommé Gaucher dit Malespine,
(I) Cart. de Glieminon.
par sa sœur Elisabeth (1241) ; ils n’eurent qu’une fille, Philippe (1238), et peut-être eut-elle pour époux Jean dit Mabile, qui en 1 249 figure comme chevalier de Ponthion. — Robert (1 1 69-1 191), eut trois fils qui vivaient tous trois sans alliance en 1200, Albéric (1191), Nicolas et Guillaume,, chevaliers. — Enfin, Nicolas (1171-1181) fut père de Nicolas (1214), de Comitisse (1214) et de Odon (1214-1239), qui donna lui-même le jour à Renier et à Valcher, chevaliers (1219).
3. De Fagnières (de Faisneriis). — Sans pouvoir établir une exacte corrélation, pendant le commencement du XIIe siècle, entre les possesseurs de cette importante seigneurie, on doit cependant citer Raoul de Fagnières (1132), chevalier; Scot et Roger de Fagnières, frères (1151); en 1188 paraissent Huguesle-Bègue et Adam, tous deux chevaliers de Fagnières et qui me semblent devoir être frères; l’un, de sa femme Elisabeth, eut un fils nommé Thomas, chevalier et seigneur de Fagnières qui laissa cinq enfants de sa femme Pentecôte (1235) : Thomas, chevalier; Sébille, mariée à Angenous , chevalier; Jacob; Guyot et Jean, chanoines du chapitre de Saint-Etienne de Châlons (1235). Adam avait épousé Ermengarde le Forceen, dont la sœur était unie à Jean, sénéchal de l’évêché de Châlons, et ils n’eurent pour héritier que Jacob qui, en 1188, était trésorier du chapitre de Châlons i sans doute que Jean, son neveu, lui succéda dans sa prébende.
4. Faveresse. — On trouve dans le chartrier de Cheminon un chevalier Odon qui portait en 1168 et 1172 le titre de vicomte de Faveresse ; puis, son fils probablement, Walon, simplement qualifié chevalier (1181-1201), et qui eut deux fils Manassès et Wermond ; ce dernier se maria deux fois et vivait en 1237 avec sa seconde femme Marie, étant veuf d’Elisabeth et ayant eu un fils du même nom que lui (1223). Après on ne retrouve plus trace de cette famille.
5. Flaex ou Flaaux. — Tel est le nom d’une maison de noblesse chevaleresque, qui me paraît avoir dû habiter un manoir sous la suzeraineté des sires de Possesse et dans la clientèle des comtes de Dampierre, car on voit ses membres paraître dans tous les actes (Je ces puissants barons, et faire leurs principales donations à l’abbaye de Monstiers et à la maison du temple de Noirlieu. N... Faiex, eut deux fils Gautier, vivant en 1155etinort avant 1177, et Roger, tous deux qualifiés chevaliers et domini.
HISTOIRE FÉODALE. 335
Gautier eut un fils nommé Richer qui était majeur vers 1175; Roger, se fit moine en 11 77, laissant un fils mineur nommé Gautier. — Dans les mêmes chartes et toujours comme habitant Possesse sont souvent mentionnés (1147-1177) Odon, Milon et Gautier-Piper, chevaliers, qui me semblent devoir avoir des relations de parenté avec les Flaex (1).
6. Lucémont. — Geoffroy I de Lucémont, chevalier, qui vivait en 1 1 99, était fils de Bertrand et avait pour frères et sœurs Guillaume et Jean de Lucémont, Emmelineet Hodierne, mariée à Hugues de Bussy (1200). Geoffroy était veuf en 1220 de Hodierne et remarié à Hersande ; du premier lit naquirent Geoffroy II, Jean et Ermengarde ; du second, Florence; Geoffroy II, fut père à son tour de Renard, chevalier de Lucémont (1243; et qui donna le jour à Geoffroy de Lucémont, curé de Blesme en 1243. — Jean, frère de Geoffroy Ier, fut seigneur de Tournay (1202), sous la suzeraineté de Geoffroy de Lucémont et n’eut qu’un enfant nalurel , Jean-le-Bâtard , chevalier de Tournay en 1233. Le domaine de Tournay passa ensuite presque tout entier à l’abbaye de Cheminon.
Un sceau de la famille, conservé aux archives de la Marne, donne ainsi leurs armes : semé de besans à la croix ancrée brochant sur le tout.
7. De Porte-Marne (de Porta Materne ). — Il y avait près de Châlons, dans la partie comprise- actuellement entre le canal et la Marne, un important manoir dit de Porte-Marne : il était occupé aux XIIe et XIIIe siècles par une famille qui portait ce nom et qui figure souvent à cette époque dans l’histoire de la ville ; ses membres se distinguèrent particulièrement par de nombreuses donations aux Templiers de la Neuville. En 1151, Nicolas de Porte-Marne, chevalier, était père de Hugues (1184-1219) et probablement de Jean (1188) ; Hugues
; eut pour fils Guvot, également chevalier (1219) et qui laissa : Morel et Jean, chevaliers de la Porte-Marne (1257) ; à la même époque Morel avait un fils, nommé Lambelet et seulement titré écuyer.
8. De Plessis (de Plaiseio). — Ermengarde, veuve du sire du Plessis dont elle avait eu un fils nommé Albert, se remaria
(I) Charles de la Neuville et de Monstiers.
avec Eustache, chevalier, qui avait une fille nommée Ermengarde (1188) ; les deux enfants s’unirent et eurent a leur tour Albert qui suivra et AViter, chanoine du chapitre de Saint- Etienne de Châlons (1213). Albert du Plessis se rendit à la croisade en 1213 et laissa de sa femme Agnès, trois fils: 1° Albert qui fut seigneur de Thiéblemont et n eut pas de postérité de sa femme Pétronille (1213-1248); 2° Walcher qui se croisa en 1220, et 3° Albert, chevalier, seigneur du Plessis, du Petit-Vavrayet deThiéblemont après son frère : il se maria deux fois, ayant pour femmes, en 1236 Marguerite , et Alix en 1242 ; il vivait encore en 1260 ayant deux fils et une fille : Gaucher, chevalier (1262-1259); Albert, seigneur de Vavray (1248); Agnès (1242). .
9 Robert-Espagne (1) et Haussignémont.-— A..., chevalier, eiau
seigneur de Robert-Espagne, én 1156 et 1201 encore qu’il vivait avec sa femme Isabelle, Hugues et Raoul, ses fils, et plusieurs filles; Hugues était mort sans ênfants en 1227, et sa veuve Emmeline était remariée à Witer de Boschun, chevalier, et n’existait plus en 1255; Raoul ou Richer, vivait sans alliance en 1227. A. . ., avait deux frères, Jacques de Robert-Espagne, écuyer, dont sa femme Asceline était veuve en 1213, et Milon, chevalier de Robert-Espagne et seigneur de Haussignémont, probablement par sa femme, que nous ne connaissons pas, mais dont il eut trois enfants ; Nicolas, seigneur de Haussignemont, chevalier, qui se croisa en 1218; Colard de Haussignemont, qui suivit son frère en Palestine, et Floret qui était religieuse à la même époque. L’un des deux frères eut sans doute pour fils Guillaume de Haussignémont qui donna a l abbaye de Trois-Fontaines, où il était moine, sa part dans les dîmes e Belesme. En 1246, Pierre de Robert-Espagne donna la pâture dudit lieu à l’abbaye de Trois-Fontaines avec l’approbation de
son suzerain, Baudouin de Varney. / .
10. Saint-Chéron. — La famille de Saint-Chéron était représentée en 1,1 87 et 1189, par Gautier et Oger de Saint-Cheron, chevaliers (2); un fils de ce dernier et nommé comme lui épousa en 1256 Helwide, dame d’Anglure, et devint pai
(1) Hameau situé près de Beurey (Haute-Marne) : Robertus Hispanice.
(2) Cart. de Monstiers.
HISTOIRE FÉODALE
mariage possesseur de cette importante terre , relevant de l’évêché de Troyes et à laquelle était attaché le titre de première baronnie de Champagne ; un Oger II de Saint-Chéron donna sa part dans les dîmes de Heilz-le-Hutier à l’abbaye de Trois- Fontaines en 1232, et accompagna saint Louis à la croisade en 1256; fait prisonnier par Saladin, il fut relâché sur parole, mais n’ayant pu trouver de quoi paver sa rançon, il revint se constituer prisonnier et le Soudan, charmé de cette rare bonne foi, lui donna immédiatement la liberté, à condition que tous les descendants mâles d’Oger porteraient le nom de Saladin, ce qui fut scrupuleusement exécuté. Tandis qu’un des fils d’Oger relevait le nom d’Anglure, un autre, Anceau, conservait la terre de Saint-Chéron et, étant marié avec Nicole en 1269, ils donnèrent des dîmes d’Heilz à l’abbaye de Trois-Fontaines pour fonder une messe à la chapelle de Saint-Bernard. La famille d’Anglure forma plusieurs branches, acquit le comté d’Etoge par mariage avec la maison de Conflans et fournit de hauts dignitaires à l’armée et à l’église, notamment au XVII siècle; elle s’éteignit peu après.
1 1. Somme-Yèvre. — La seigneurie de Somme-Yèvre, vassale du comté de Dampierre-le-Château, était un des principaux fiefs du pays d’Àrgonne; Hugues était chevalier de Somme-Yèvre en 1175, et Herbert portait le même titre en 1177 ; puis vient Erard de Somme-Yèvre, chevalier (1190), frère delà dame de Favel et père d’Etienne qui, en 1203, donna aux Templiers de Noirlieu l’usage dans ses bois. On lui connaît deux enfants: Raoul de Somme-Yèvre, époux de Vilaine de Pontjou (1217), et Baubêle, femme de Richard (1203). En 1254, Gauthier, dit Ballart, chevalier, figure comme seigneur de Somme-Yèvre.
12. De Yadenay. — Avant de porter le titre de vicomté et d’appartenir à une branche de la maison de Godet, la terre de Yadenay était possédée, dès 1132, par Adam, chevalier, marié à dame Hersende, dite Blanche, qui donna en II 55, aux Templiers de la Neuville, une famille de serfs; cet acte constate qu’Adam avait plusieurs frères à cette époque. Il faut considérer comme un des fils des précédents, évidemment de Adam, Colin de Yadenay, pour le repos de l’âme duquel Marie et son époux, Milon, seigneur de Àrtelliaco, firent une donation aux mêmes religieux. Puis nous retrouvons, en 1237, Etienne et Guillaume de Yadenay, écuyers; en 1256, Guillaume est qualifié messire
et chevalier, et avait un hôtel à Châlons (1) où il habitait avec sa femme Adeline; il vivait encore en 1269 et ne paraît pas avoir eu d’enfants.
Je pourrai encore citer plusieurs familles dont j’ai pu reconstituer quelques fragments de généalogie, comme les sires de Yauclerc, de Norrois, Poilevot de Moncelz,' de Recy, de Vavrav, de Saint-Vrain, de Soulières, de Saint-Hilaire, de Saint-Hilairemont, de Landricourt, de Sainte-Ménehould, de Vitry. On les retrouvera dans le second volume de cet ouvrage au nom de chacune de ces localités.
(t) Chartes de la Neuville-au-Temple.
CM