L'AMANDIER
Les amandiers d'en bas ont les fleurs toutes blanches ; Et si je te choisis à ce faite rocheux, C'est parce qu'à la neige éparse sur tes branches S'unissent des flocons vineux.
Je te choisis aussi pour la tige élégante Qui, par sa robustesse et sa gracilité, Figure en ce printemps la jeunesse attachante J)u dieu de la fertilité.
Sur la brèche calcaire où tes racines rousses Vont courageusement puiser le suc vital, Un nonchalant lézard aspire entre les mousses L'ardeur du soleil matinal.
Et, sans effaroucher le paresseux reptile, C'est là qu'en juste hommage à l'orgiaque roi J'épanche la liqueur d'une amphore d'argile. Douce pour lui, douce pour toi.
VKNDANGE
De larmes pourquoi mouilles-tu ces fleurs ?
Parce que Myrrhine à toi se refuse?
Vieil homme, viens boire, et sèche tes pleurs.
Les chagrins lascifs n'ont aucune excuse Lorsque dans sa coupe on peut tour à tour Verser du corinthe et du syracuse.
Tu n'es pas le seul qu'ait blessé l'amour : Phryna m'a jadis chassé de chez elle.
Mon beau désespoir n'a duré qu'un jour.
Dès que l'Aphrodite est pour nous cruelle,
A Dionysos hâtons- nous d'offrir
Ce que nous avons de force et de zèle.
Certes, tel baiser fut doux à cueillir ; Mais, selon le temps, la cueillette change. Change de désir ; change de plaisir ;
Viens : l'automne arrive, et c'est la vendange.