‹ Dionysos et les nymphesChapitre 14 sur 29 · VI IT · texte numérisé non relu

VI IT

La foulque grise et la sarcelle Reposent parmi les roseaux.

La clarté lunaire ruisselle Sur les rochers et sur les eaux.

Heure tiède, infiniment douer.

Les volubilis sont fermés.

Dans les frisures de la mousse Luisent des insectes pâmés.

Le large chêne se recueille, Et le long cyprès semble mort.

Nul soulïle n'agite une feuille Près de l'oiseleuse qui dort.

Tout est muet. Mais on devine Qu'au milieu de la nuit d'été Va chanter la llûte divine Qui conseille la volupté.

Kr.LOGUE

Beau pâtre, mon ami, viens sur ce monticule Où deux pastoures de seize ans

Nous attendent depuis que le gris crépuscule Est tombé des cieux bienfaisants.

Xe crains rien : tes agneaux reposent dans l'enclave ;

Et si l'ennemi se montrait, .le pense que ton chien, intelligent et brave,

Par ses abois t'avertirait.

Du reste, le bocage est tellement tranquille, L'air d'automne est tellement doux

Que sur la feuille morte et même sur l'argile On entendrait marcher les loups.

Ecoute : cette nuit le silence est si vaste, Si subtil et si fort qu'il peut

Porter du val prodigue à la colline chaste Le gazouillis du ruisseau bleu.

LA IJKKMRE

Klle n'a pas l'air vif, le geste chaleureux, Le rire provocant des femmes de ce dème. Dans ses yeux sest fixée une douceur suprême Où semble se mourir un rêve malheureux.

Elle paît des brebis avec un bouc fiévreux, Par la lande où fleurit une herbe courte et blême On croit qu'elle arriva de nuit en ce lieu même Sur une nef que gouvernait son amoureux.

Ce nocher venait-il d'Asie ou d'Argolide ? A-t-il une maison rouge au milieu des champs ? Sillonne- t-il encor la mer glauque et perfide ?

La bergère répond : « Les destins sont méchants. » Et d'elle, hors ce triste et naïf témoignage, Nous ne sûmes jamais que quatre petits chants

Qu'elle harmonise au bruit des Ilots sur le rivage.

PKKMIÈRK CHANSON DE LA UEKGÈKE

Depuis le début du printemps,

Celui que j'aime, je l'attends

A l'ombre des rameaux chantants.

On dit (jue toujours il voyage Et que parfois en ce bocage Luit son œil oblique et sauvage.

Aux étreintes accoutumé,

De Heurs lascives parfumé, Il doit ui'aimer mon bien-aimé

DIONYSOS ET l.KS NYMPHES

Et si, près de l'orme ou du hêtre,

•Je n'ai pas encor vu paraître

Ses deux cornes, c'est que, peut-être,

Tantôt là-haut, tantôt là-bas, Portant la fourche de ses pas, Il me cherche où je ne suis pas.

DEl'XIÈMK CHANSON

Il est une époque où l'abeille essaime : Il faudra qu'un jour je change de loi. Quand je dis le nom de celui que j'aime. Les gens du pays se moquent de moi.

Du taillis l'odeur vers le ciel s'élève. J'espère quitter bientôt ces ravins:

Jamais je n'ai vu mon amant qu'en rêve Mais je sais qu'il a des regards divins.

Dans l'onde qui court à la mer lointaine, Des dieux ont le soir miré leur beauté : Et je veux m'enfuir comme la fontaine Où tantôt peut- être il s'est reflété.

TROISIEME CHANSOX

Souvent, par les midis d'été, .le m'endors au creux d'une roche.

Le chèvre- pied de moi s'approche.

Il se penche axer volupté.

Sur mes yeux clos, ma bouche close.

Errent ses regards caressants ; Kl son haleine, je la sens Passer sur moi comme une rose.

Il me parle. La voix qu'il a Semble un murmure de feuillage.

Je crois qu'à le suivre il m'engage ; Et je m'éveille : il n'est plus là.

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