‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 22 sur 38 · ANECDOTES, OU CHAPITRE DES ON DIT · texte numérisé non relu

ANECDOTES, OU CHAPITRE DES ON DIT

On rit, on jase, on mëdîtdu prochaine

I^VOLTAIWïé

3e reçus la visite an lieutenant Goodiandrough ; quelques jours après qu'il m'eût envoyé sa relatiou des coursés d'Epsorii î « Eh bien ! me dît-îl , en arpentant ma chambre à grands paâ , j'espère que si le chapitre que j'ai fait pour Votre livre n'en est pas le meilleur, il ca sera au moins le plus impartial ^ et celui de tous qui sera fait le plus en connaissance de cause. Comment l'avcz-vous trouvé ? — 11 est horriblement barbouillé^ — Vous parlez sans doute de l'écriture ! — Sûrement; ^t c'est Cause que je me suis crevé les yeilx sans réussir à le déchiffrer. ^— Je vous conseille de médire des écritures anglaises, vous qui noircissez toujours le papier avec des pattes de mouches ; à la vérité mal peindre est aujourd'hui un défaut de bon toii. • . Toutefois , ce n'est pas pour cela que J'ai griffonné. Je compose vite et; dans le feu de ma composition , ma plume ne peut pas

s» blOBAMÂ

tracer régulièrement tous les caractères; maïs enfin tons êtes parvenu à me lire ; que pensez-vous de mon chapitre?

— Ce que j'en pense, c'est qu'il est trop long et trop court; il y a trop de détails oiseux ^ et pas assez de ceux qui auraient plu davantage au lecteur. — Que ditesvous là? s'écria le lieutenant en s'arrètant brusquement, et reconimen(;ant un moment après à marcher plus vile que jamais. Vous êtes donc allé à Conseil. — Pas du too! : je croîs que je pouvais prendre sur moi do m'en former une opinion. — ^ A la bonne heure, je craignais que quelque homme de poids, le colonel , par exemple, ne fût venu vous influencer pour déprécier mon ouvrage! Quant à voire opinion, je m'y attendais d'avance. Les Français ne trouvent rien -de bon parmi les œuvres des Anglais; j'aime à croire que c'est par espnit national , mais qu'au fond vous vous y connaissez. — Je ne sais; en tout cas, voici ce qu'il me • semble qu^îl aurait fallu poqr faire un bon chapitre sur les courses des chevaux : des considérations générales sur l'éducation de ces animaux en Angleterre, sqr le goût que les Anglais ont pour eux, sur l'utilité des primes accordées aux propriétaires des meilleurs chevaux, etc. Il fallait aussi rattacher au récit d'une course., les faits curieux qui se rattachent aux courses en général. »

-r-(( Bah ! bah ! ie hais les dissertations ; toutes les fois qu'on ne raconte pas, le lecteur s'ennuie à la mort.

— Eh bien moi , j'avais besoin d'une dissertation. — Est-ce que vous n'insérez pas mon chapitre?— Si, certes;

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maïs je serai obligé d'ajouter ce que yoûs avez oublié. •— Tant pig pour mon chapitre. -— Et ce sera tomme de raison t plus mauvais que si vous T aviez fait — Je n'ai pas de peine à le croire. — puisque ma médlbii^ tsi moins omëe d'anecdotes , de faits et d^obsérvàtions relativement aux courses de chevaux. — Tant pis pour voire lecteur Au demeurant, ayc» la 'bonté ^e séparer votre addition du texte que je. vous fournis; -ceô deux choses-là se gâteraient motuelletnènt ; ^i vbtis voulez faire autrement , rendez-moi mon lihapitré^ et jt me lave les mains du sort de votre livre. A ' ' '

Il fallut que je promisse au lieutenant de faire exàc^ -teinent comme il entendait , car ït était optimiste pour ses œuvres, au moins autant que pour celles du créàttur; Les explications que nous avions eues ensemble, rnirent en verve la mauvaise humeur de Goodaiidt'ough ."Comme il ne pouvait Tejtercer sut moi, puisque^ je lui laissais gain de cause , il commença des déclamations contré léis vices du siècle , texte qui , malgré sou optimisme, lui à fourni plus d'une fois Focçasibn de maudire et de médif e. Je n'avais pas tort dit-il , en se décidant à s'asseoir sûr tine chaise , de concevoir des allannes sur le sort de Tes sommes immenses, ^ui ont été gagnées kEpsdm pai^ trettains grands petsonnages.' Qui sait par'cbmbieii de tnains, elles sont passées défà! Qui sait a eombieti dfe foliés dépenses elles oiit poussé les extravagants qui léï :ivaient gagnées! » \

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Lexafë cle Urae Saint- James a englouti dans qa^ qoes heures des sommes avec lesquelles on aurait pa soulager la daisère 4e tous les Irlandais qui meurent de faim.

La police est bien prompte à faire fermer les mai' sons de jeu tenues par des misérables , et où. se réunissçmt les /savetiers et les autres habitués des cabarets à bière. £Ilt respecte celles où vont se ruiner, tous les soirs, Télite de Tarmée, de la marine , de la paine,et même des personnages encore plus élevés. Un noble duc , dont le cheval gagna trente mille livres sterlin; aux courses d^£psom , a déjà perdu au jeu le double de cette somme ; sUl ne prend bientôt Sa revanche , on veira peut-être se renouveler, Tannée prochaine , le scandale d'uQe, voiture saisie par les huissiers devant la porte et Buckingham-house^ Je ne m^étonne pas que la malignité publique ait pensi que les revenus légitimes du perspnnage n^étaient pas suffîsans pour alimenter des goûts ai9s.9i dispendieux > et que lorsqu'un procès malheureoffÇfnexU célèbre a été intenté à une femme avec laquelle il avait des relations intimes, par quelques individus impatientés de n'être pas revécus dé certains ^ades, .dont la distribution était dans les attributions du noble duc,, le public ait un moment partagé Topinion des ^2|iguans., Toutefois il se hâtait trop de conclure : il 4ie réfléchissait pas assez que lorsque les maîtresses des ministres s^avisent de trafiquer des grâces de leurs amans , elles doivent toujours le faire à leur insu ^ de

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pcar d'être renvoyées, ou, qui pis est, obUgëes de rendre gorge.

Les débats du procès démontrèi^ent jus(|a'à révîdeneé, que tel avait été le cas dans les trafics de M.'* Clarke. L^honneur du ministre sortit de Tépreuve plus blanc que neige ; sa réputation littéraire fut la seule qui souf^^ frit un peu. Un grand nombre de lettres autographes , qui furent commentées par tous les journaux , après avoir servi de pièces au procès , prouvèrent que , malgré une haute naissance, une éducation très-soignée, et , qui plus est , malgré Texercice de fonctions qui supposent ordinairement la science infuse , on peut n^être pas capable de rédiger passablement un billet doux , et , ce qui est plus extraordinaire , pécher contre les règles de la langue et du sens commun , en écrivant des lettres d'affaires.

Il paraît que ce procès n^a pas complètem^iit guéri le personnage en question de la manie de frayer avec d^s femmes au-dessous de son rang. S'il £siut en croire l'opinion publique lorsqu'elle s'exprime par les caricatures , il est dans ce moment-ci occupé à négocier une alliance avec la veuve d'un riche banquier. Mais cela ne peut être vrai ; malgré son ancienne profession de comédienne, la veuve est^age, et ne laissera jamais arri<ver à son lit qu'en passant par l'église , comme le disait une des princesses de la cour de vôtre Henri IV,

H faudrait donc épouser , pour avoir Targent de la^ veuve ; et il y a une loi qui défend très-positivement

lea mariages cnbe dertams personnages et les sujets op dinaîres du roi.

Sa ii is , i0 be sure , dit le docteur Dablason qui yenait d^entrei^ avec Amirati ; les mariages publics sont défendus dans Tespèce en question ; mais ce n^est pcobablement pas de ceux-là qu^il se serait agi. Que deviendraient \isi grands seigneurs s^ik n-^avaient pas la ressource dû mariage clandestin pour remonter leur fortune? Cominent feraient les princesses pour concilier les scrupules de leur conscience avec les seiitimens dé leur cœur ?

Certainement, continua-t-il , ce serait un despotisme ^ peine digne des sérails de TOrient , que de condamner \ la solitude les princes et les princesses pour qui Ton ne peut trouver des partis sortables : autant vaudrait les faire moines, ou religieuses , que de les priver des plai-. sirs et des habitudes domestiques! On Ta fort bien senti en Angleterre ; et s'il existe des lois sévères sûr ce sujet , elles sont tanquam gladium în vaginâ inrlusum.

Vous avez raison ,. reprit Goodandrough , en se levant de sa chaise pour dérouiller un peu ses jambes. Georges lîl , sous le règne duquel cette loi a été passée au parlement , sut concilier les devoirs de roi avec la tendresse paternelle.

fie temps immémorial, on a dit qu^en Angleterre les cadets de la famille royale étaient tous destinés h former de vieux garçons, et les princesses de vieilles filles. Les maisons de première classe sont toutes catholiques ; et r Angleterre est trop au-dessus des petits^^étata luthé*

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riens de rAUeinagne , pour 'donner souvent des femmes à leurs princes ou en. receyoir d'eux pour les siens.

Ce qui fut vrai sous les règnes précédens^ Tétait à plus forte raison sous celui dç Georges III. Toute là confédération germanique aurait eu peine à lui fournir un nombre suiïisant de gendres et de brus; il eût été . tout naturel que ^ malgré la loi promulguée en son noiUt il laissât jouer dans le palais de ses tnhnsj il mairimonio

Not only k çvas rational , but ihey say it has been so , ajouta Dublason avec un son de voix confidentiel. Il regarda tout autour de lui comme pour s^assurer qu^au-r çùn étranger suspect ne Técoutait ; Goodandrough , airléché par le mystère, se rassit. Nous approchâmes nos cbaises contre celle du docteur, comme on le fait an moment où Ton se prépare à écouter on conte de rêve* nans ; et le conteur, flatté de Tattention que nous paraissions lui prêter, poursuivit en ces termes Texposë de ses on dit.

Vous avez entendu assigner mille causes différentes a ralienation mentale o/" /A^ lateking-, ce n'est que depuis peu que Ton connaît celle qui a véritablement décidé le premier accès da sa maladie....

Une des filles du roi, appelée la princesse Emilie, mourut à la fleur de son âge. Pendant les derniers jours de k maladie à laquelle elle succomba , elle paraissait oppressée par un secret qu'elle avait jusqu'alors caché à son père. Elle avait contracté un mariage privé ;

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elle se sentait pressée de loi faire la confidence de cette faute, afin d^en obtenir le pardon. Ge<Mrges était bon; il aimait sa fille tendrement; il lui aurait pardonne de bon cœur, quand même le secret loi eût été révélé à un moment moins critique. Sur le point de perdre sa fille, sa sollicitude sVtendait sur Thomme en faveur de qni elle avait ainsi oublié son rang. U désira connaître son nom : en Tentendant prononcer, il demeura interdit, et comme frappé de la foudre. Lorsqu^il recommença i parler, on s'aperçut de la funeste révolution qui s'était opérée dans son esprit.

On dit que Georges avait eu , ^vant son mariage , deux fils naturels qui n'ont jamais été reconnus, quoiqu'ils aient été poussés assez haut dans la carrière militaire. L'un d'eux portait un nom qui ressemblait un peu à celui de la personne désignée pai' la princesse agonisante:

L'ame religieuse du roi fut bouleversée en s'imaginant que , par un de ces événemens plus fréquens dans les romans que dans la société , il y avait dans sa famille une de ces unions maudites sans doute par le ciel , puisqu'elles sont défendues par toutes les religions et par les lois de 'tous les pays.

Que diable! s'écria Goodandrougb en se levant brusquement : Est-ce là ce que vous nous donnez pour du neuf ? Il y a plus de qi^inze ans que j^entends raconter cette histoire. La circonstance du mariage persan (car, quoique vous en disiez , les lois de la Perse ont à une certaine époque autorisé l'union entre &ère et sœur)

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n^est rien moins que certaine. Quant au mariage privé, le roi Georges III aurait été plus que bon de devenir fou pour cela. C'est une chose si ordinaire parmi nos princesses, que Ton pourrait assurer hardiment aujourd'hui que les enfansde tel prince de la confédération ger* mauique, qui aurait épousé une jeune princesse à peine âgée de trente* cinq ou quarante ans (en Angleterre on se marie tard ), que ses enfans, dis-je, n'auraient été que les cadets de la famille de certains chevaliers, lords ou baronets, qui étaient maris secrets de T altesse royale, en portant le titre ostensible de premiers officiers de sa maison.

Que veut dire plus que bon , dit Amirau en s'adressant au lieutenant qui venait de parler ? Je crois que votre roi était un peu ce que cette expression signifie ; et , comme tel , il pouvait bien perdre l'esprit pour une petite intrigue d'amour. N'avez-vous pas lu les œuvres du docteur Welcott qu'on a publiées dernièrement ? Il y a sur le compte du roi Georges III plusieurs anecdotes qui pourraient prouver ce que j'avance. Que diriez-vous, par exemple , d'un homme qui, après avoir coupé par le milieu un duinpUn (pâtisserie compo ée d'une couche de pâte recouvrant une pomme ou une poire ) , s'extasie un quart-d'heurc en regardant attentivement les deux moitiés, et^finit par déclarer qu'il pe comprend pas comment le fruit a pu éfre introduit dans la pâte sans la briser ?

Une autre anecdote , également rapportée par "Wel-

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cott y prouTe que si Georges III était bon pour les ia-^ ▼oris de ses filles , il était plus sévère pour des parasitei d^une autre espèce.

Ayant trouvé un jour un pou sur la nappe^an mh ment où il allait se mettre à table , il ordonna que Toii rasât tous ses cuisiniers ; on assure même qn^il fit moiH ter un piquet de grenadiers , et qu'il leur donna Tordre dVmporter la table toute servie et de la cribler à coups ie fusils pour anéantir Taudacieux insecte.

Je parie, dit Goodandrough , quie le cuisinier auquel îl avait appartenu était un Ecossais. En Angleterre, tout le monde est propre ; mais en Ecosse on ne' se peigne jamais , et Ton se lave rarement la figure. Si on voulait seulement s'exposer h la pluie chaque fois qu'il en tombe , on pourrait encore se tenir assez propre ; car il pleut souvent et en abondance : vous savez que ce qu'on appelle un brouillard écossais , est une pluie d'averse.

Loin de profiter de cet avantage, ils se complaisent dans leur malpropreté. Il est certaines familles dans lesquelles certaine affection est héréditaire aussi bien que l'orgueil et le nom de Mac ; aussi les habitans des montagnes et des clarté plus septentrionaux, où les arbres sont très - clair semés , bénissent le duc d'Argyle qui a fait planter , de distance en dislance , des poteaux contre lesquels on peut*se gratter a son aise. Demande! plutôt à certain lord de l'amirauté, dont nous avons vu l'histoire chez le n^archand de caricatures de JP/V-

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€aiiUy; les diverses périodes de sa fortune sont scrupuleusement retracées, depuis le moment où, se frottant l'échiné contre les poteaux du duc d' Argyle , il se prépare à partir pour Londres /jusqu'à Tépoque où se grattant contre le dossier d'un fauteuil, il prend des airs arrogans , et siège à la chambre des pairs , avec la couronne de vicomte sur la tête i

Voas m'avez chicané sur mes on dît, s'écria le docteur DubLason , il faut que je vous chicane sur les vôtres ! Comment espérez-* vous me persuader qu'un pair, qu'un vicomte vive avec une maladie de peau qu'il est si aisé de guérir ? — — « Pas si aisé, répliqua le lieutenant, car j'ai entendu dire en France , qu'un persontiage qui était lieutenant comme moi , quand il contracta cette maladie, la conserva pendant qu'il passait par tous les gi^ades supérieurs, et qu'il l'avait encore après être devenu maître de la France et de l'Europe entière. ))

Si j'avais été son médecin, dit le docteur en hochant la tête...» Quoique je n'aie pas été celui du lord de l'amirauté, je persiste h prendre pour un on dit sans fondement , ce que vous nous avez raconté touchant les cirons de sa sei^eurie. Je n'ajoute pas plus de foi à ce que vous me c'ontiez l'autre jour au sujet de la marquise de ***. Comment voulez-vous qu'un souverain, et surtout un souverain constitutionnel , connaisse assez peu les lois de l'état , pour vouloir donner à sa maîtresse des diamans qui appartiennent à la couronne ?

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' II y a des preaTed officielles à Tappuî ie mon asser* tion y répondit Goodandrough* Une ordonnance royale qui a paru depuis quelques jours , nomme sir Benjamin Bioomfield à Tambassade de Danemarck , et met à sa place, dans la secrëtairerie du cabinet, le jeune Coningham. Les rois n^aiment pas la présence des personnes qui ont eu une fois Id droit de leur refuser quelque chose. Tout Benjamin qu'il e'taît , le sccre'taire osa représenter à Sa Majesté qu'il fallait un ordre signe d'un ministre , pour livrer la moindre pierre précieuse ap^ partenant à la couronne.

Une favorite ne se paye pas des bonnes intentions de son protecteur. La marquise peut être exigeante , parce qu^elle possède les trois qualités que le roi rechercluf dans les femmes. Elle est grasse , blonde et âgée de qnacante ans : cVst ce que nous appelons ici être xnarquise de trois F : Fat y f air andforty.

La place qu^on ôtait à sir Benjamin offrait le moyen de la dédommager promptement des joyaux dont on la frustrait. Au lieu d'obtenir une parure en diamans pour elle-même , elle *a eu une bague au doigt pour son fils. Si elle a été contente de ce désappointement , tout Ta le mieux du moode , dans le meilleur des mondes possibles. Une femme aura exploité, au 'profit de Tamour maternel , les caprices d'un amant couronné !

Le licencié , qui n'avait fourni qu'u^ contingent de peu d'importance à la chronique scandaleuse dont ses deux amis venaient de se constituer les trompettes,

Z)% LOMDRlÇf. 333

Voulut j ajouter un morceau digne du plaisir qu^il avaH pris à écouter les autres. Par une tactique familière aux gens de sa profession , ce fut encore d^un livre qu^il la tira. Il avait peu écoute aux portes , avait rarement caqueté avec les commères de Londres ; mais, en revan** che , il lisait beaucoup et profitait de ses lectures.

Connaissez-vous Fouvrage à*Eustace , intitulé : daS" ^«Ttf/Jof/r, (Voyage classique.) Ce livre offre cela de curieux , que des déclamations contre ](^àpoléon et les idées révolutionnaires , servent à chaque page de commentaire aux descriptions des antiquités de Tltalie. L^ auteur qui est, comme de raison, un grand partisan de la légitimité anglaise, est, on ne peut pas plus attaché à la dynastie régnante en Angleterre.

En vertu du même principe , lorsqu^à Home, il rencontre le cardinal' d'York , il va lui^présentei^ ses hommages, et en parle dans son livre avec tout Tattendrissement que doit lui inspirer le descendant des Stuart.

Son embarras aurait été grand , si un des princes de la famille royale actuelle ne lui eût fourni un expédiient dont il a tiré grand parti : aimer , honorer concurremment la légitimité de fait et celle de droit ne peut être un mal , se dit notre habile casuiste : les Brunswick et les Stuart qui , sans doute , commencent par s'aimer eux-mêmes , s'aiment mutuellement et se visitent; il est peroiiiSLà tou( l;^on Anglais d'imiter leur façon de penser:

et là-dessus , il raconte eu détail là visite &ite au cardinal dTork, parle duc de Sussex.

Le duc de Sussex, est bon , skoqple et franc ; il a sa toujours se faire aimer et respecter comme un priace, quôiqu^il vécût absolument comme un simple particalîer. En matière d^ opinion politique, il est on ne peot pas plus accommodant : par instinct , il est ami d^on certain parti , et dit , en parlant en public , mon tuAk ami^ le duc de Bedford; mais iln^est pas en oppositic» régulière avec celui qui appelle le même duc de Bedford, le chef des radicaux. A Rome, il apprend qu'il existe un petit-fils de Jacques IL Cest un de mes cousins, se dit-il , et il forme le projet d'aller le visiter. On lui apprend qu'il se fait appeler Altesse Royale : titre qui proteste implicitement contre l'occupation du trône d'Angleterre par les Brunswick. Que lui. importent les litres et les protestations implicites? le cardinal est vieux , il a le droit d'avoir des faiblesses; c'est une des curiosités de Rome , il ne faut pas partir sans la voir. Il y va en effet , salue le cardinal des titres qu'il afifectionne tant, et les lui prodigue à chaque phrase delà conversation. De son côté, son éminence ne demeure pas en reste de politesse , et les qualifications d^tesse royale sont données et reçues sans s'inqueter de leur signification véritable.

Cette signification , la voici : de la part du cardinal, elle équivaut à cette proposition : si mon père était tombé entre les mains du duc de Cuimberland , on au-

DE lONfiRtS. 335

rah eu le droit de lui couper la tête sur un léchâffaud; attendu qu'il s'e'tait constitué usurpateur. De la part da duc de Sussex, elle voulait dire: si la bataille de là Hogue n'^ût pas été perdue, Jacques II aurait eu lé droit de faire couper la tête h Guillaume lfl:*sî la bataille de Culloden avait tourné différemment, mon très^honoré oncle, et mon très-lionoré grand -père auraient été légitimement décapités comme détenteurs d'un trône h eux non appartenant , et comme rebelles contre l'autorité du prétendant.

11 est fâcheux que le duc de Sussex, qui est phîlosopbe, en même temps que prince, n'ait pas trouvé na partenaire digne de lai. Si , par exemple , le cardinal d'York avait eu l'esprit de Ganganelii ou de Frédéric II, il eût été curieux de voir le rire que ces deux augures n'auraient pas manqué de laisser éclater, en se regardant ; plus curieux encore d'entendre la dissertation qu'ils auraient composée sur une question qui a fait répandre des flots d'encre, des torrens de larmes et des fleuves de sang.

Par ma foi, Messieurs, m'écriai -je alors en me levant pour congédier l'assemblée , votre conversation devient tout-à-fatt séditieuse ! Vous avez bavardé comme des femmes, vous avez médit , calomnié peut-être , quel en sera le résultat ? Le résultat, dit le docteur, c'est que je connais maintenant beaucoup de titres de noblesse que j^avais ignorés jusqu'ici ; j'étudierai d^une

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manière particulière Tëcasson xles familles qui ont fourni des maîtresses à des rois. Le résultat, dit Amirau, c^est que nous nous sommes amusés. Ainsi, mon refrain est de mise , ajouta Goodandrough , tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Dï: loNùHEs; 337,

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