‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 21 sur 38 · EPSOM-RACES · texte numérisé non relu

EPSOM-RACES

Juvat. Ho&AT.

QttVfitH^ qne c^edt qii^ua homme riche qpi n'a pas^ le g&ài ée la campagne ? Qu'est-^ce que c'est qu'un; homme, haut ^e six pieds , qui ne marche pas mieux qu'une petite maîtresse ? Qu'est-ce que c'est , en un mot , q^e votre ami le baron de F^n !

Je vais l'éveiller à cinq heures du majtin, afin de lui faire éviter la poussière ; il a toutes les peines du monde à s'an^aober du Ut ! le ras$ure qu'Bpsom h'estqu'à une portée de eanon de Londres ; il prétend que je l'aï trompé; il le plaint qu'il meurt de faim et de fatigue , parce qu'après avoir marché quatre petites heures de mon peiii pas , nous ne sommes pas encore arrivés an but de notre promenade.

Je crok , Dieu me pardonne , que j'aurais été obligé de Fs^ndoaner sur une borne ou dans un Yossé , si le mouvement , qpà devenait de plus en plus actif sur ia route , ne lui eàt rendu la vigueur et le caractère digne d'un hemme qui a eu l'avantage d'être élevé loin de l'air empesté des villes ! De flan oublia la faip et la fatigue ^,

Bl3 . BIOBASIÀ

en voyant les équipages qui arrivaient }k la file » et loi donnaient un avant-goût du magnifique spectacle qui nous attendait.

^enrageais en arrivant à Epsom. Des moscadios, qui étaient partis de Londres beaucoup plus tard que nous y nous avaient pourtant nlevancés ! A la vérité , ib avaient fait la route ea iilbUry^ en voiture à quatre oa à six chevaux.

J^enrageai bien autrement, quand je vis le triste 4é}euner ;qoVn nous. servit, et que je laissai dévoter presqu entièrement ,au baron. Le beurre était rance , les itiofiines moi&ies , le café détestable. Le sabbat, aa ipailiçu duqpel uqu» prîmes notre repas , était encore pire. Cinquante voix hurlaient , braillaient , juraient ]^ur deiïiander la même chose. .

Les fenêtres ouvertes du. taudis nous exposaient en plein à la risée des passans qui encombraient la route. L^un nous faisait une grimace , Tautre nom souhaitait bon appétit ; les dames , qui passaient fl^ calèche , nous envoyaient des regards méprisans ; leurs cochers , plus imp^rtinens encore , péchaient ^ la ligne avec leur fouet dans les bols qui contenaient notre café.

Outré d^une pareille insulte, je jetai. ma tasse. an nez du faqifin qui se Tétait permise ; et comme de raison , la liqpeur fit une carte géographùjue sur sa livrée blanche. Cela fera yendi*e quelques années de drap de plus, et j'aurai avalé de moins une tassé de. mauvais ^é : ail for the best !

DE lOMDKiS/ 3i3

Le baron s^apprétait à se fâcher encore , lors<}uHl Vaperçut que nous avions à marcher quelques milles de plus , pour arriver à Tendroit où la coursé devait avoir Ueu.Sans m^nquiëter de ses doléances, je courus plus mit que les allumeurs de lanternes, qui heurtent queU quefioîs les épaules des passans avec leurs échelles, et il fallut bien qu^il me Suivît. Il était temps d^arriver; il était près de midi : quelques minutes plus tard , la iBoni^se allait commencer sans nous !

L'hjpodrome d^Epsom est situé près de la grande route de Londres à Portsmouth ; c^est «une grande plaine , légèrement bombée vers le milieu: Le coupil^ceil qu^elle offrit , quand nous y arrivâmes , dut être enchanteur pour Tœil du baron. Assurément il n^avait jamais vu , en France , une pareille collection de beaux équipages et de beaux chevaux. Les hommes et les femmes , dans les plus élégantes toilettes de H^atin, étaient réunis au nombre de phis de cinquante mille;

A Tendroit d^où les chevaux devaient s^élancer dans la lire, on avait disposé deux rangées de tentes , riche^ ment décorées et pavoisées de drapeaux de mille couleurs , ainsi qu^on le fait toujours dans les fêtes anfflaises*

Nous nous postâmes sur Féminence dont j^ai déjà parlé, et d^ou nous pouvions tout voir autour de nous, comme dans un panoraYna.

De r Flan cherchait en vain cette gravité et ce flegme

3i4 BIQIIAVA '

qu'oo regarde ptrt^ut connoé lie csnclère; «Bsentîel de Dotre natioQ* Si ceux qui nom root prêté, ont préteiidu &ire , jfs^Aàt y YéUg^ de notre bonsens , ils nou$ oat &it trop d^bono^ur ; sUU ont voulu insinuer que nous ne goûtions jamni^ les plaisirs dont nous sommes pourtant si avides , ils nous ont calomnies. Que h$ ëtraogers qui se trompepi; ainsi, ou qui cherchent à égarer ropinion publiqi^ sur notre conipte , aittest voir, un dimanche, les. troupes dk fous et de follet qui dégringolent la colline de Kensiugtm-CranienSj en déchirant les .basques des habits et les pans dei robes ; ou plutôt , qu^ils vieimeM assister aux coiûrses àiEpsom !

Le luouvementle plus aetif, làgaîlëkpInsbxiijaBte régnaient autour de nous. Des groupes de cai^iersfai^ i^ûeust des évolutions dans tous les sens ; quelquesrum ^^ëtaient serrés auprès de la place que nous occupions, et paraissaient prendre un intérêt trèsr-vif au spectade qui allait commencer. Je fis remarquer au baron que c^étaient les parieurs les plus renommés de Londres qui étaient venus pour se livrer à leur goût favori.

Presqne tous avaient à côté d^eux des jokeis q^Asa -palefreniet^ qui , par leur longue habitude des courses et du maniement des chevaux , pouvaient les conseilicy: avantageusement pour les chances des pans.

A r instant où la première course commença , toute la plaine parut agitée par l'élati d^une vive allégresse : \tài hoaunes éleviiient en Fair leurs chapeaux ; les

DE LONDRES. 3lJ

ddmes agitaient leurs schals ou leurs mouchoirs ; estaient des cris de joie , des murmures de curiosité ! Les cavar^ liers qui avaient fait des paris s^empressaient de tourner autour de réminence , afin de suivre de Toeil les progrès des chevaux qu^on avait lancés dans la lice. Les rubans, lés étoffes de diverses couleurs et les autres omemens qui composaient la toilette des dames , faisaient ressembler toutes les voitures à d^mmenses vases àt fleurs légèrement agitées par le vent,

iLe baron admira avec quelle adresse on gouverne les chevaux qui disputent les prix. Au lieu de les fatiguer de prime abord , en les laissant courir de toutes leurs forces, on les retient, et on ne les abandonne enfin à leur ardeur que lorsquMls sont à plus de , la moitié du chemin qu^ils ont à parcourir. L'espace total peut avoir une longueur de deux milks; ce fut à la dernière moitié du second , que les jokeis mirent en œuvre tous les secrets de leur art , pour tirer le plus grand parti possible de la vigueur des coursiers qu'ils monr taient. Comment Thomme et k bête peuvent-ils respirer ? C'est ce que j'ai peine à comprendre ! Certes , les vents sont des rosses pour la vitesse, en comparaison des chevaux anglais ! Que dirais-je , si j'avais à les mettre en jpàrallèle avec Içs chevaux des autres pays ?

Non-seulement ils sont impétueux , mais encore ils sont dociles et s'arrêtent aussitôt que le cavalier le juge

3i6 BIORAMA

convenable. Une fob le bot atteint /ils se lajssint

enfermer sans opposer la moindre résistance.

Il ne faut pas moins que. cette extrême habileté des jokeis pour éviter les accidens au milieu d^une foule si compacte et si nombreuse ! La lice n^étant pas bordée de barrières , tous les spectateurs Fencombrent, et né pensent à se ranger , que quand les chevaux arrivent près d^eux. La meilleure police ne parviendrait pas ^ changer cette habitude : le peuple souverain ain^e la liberté jusqu^à la licence.

J'avais entendu parler souvent de Thabileté des filons d^Ângleterre. En rentrant chez moi , je m'étais aperça quelquefois que mes poches avaient été débarrassées d'un mouchoir ou d'une paire de .gants ; j'avais mieux aimé accuser le hasard q«e de soupçonner en masse mes compatriotes. Loin de prendre garde à mes autres objets , je me disais , comme Nelson : A la garde de Dieu ! et je laissais mes goussets ouverts, et j'avais un ruban de montre long d'une demi-aune , qui me battait sur la cuisse. «

Je voulus jouer avec le ruban , après avoir fait quelques tours dans la foule , et ma main ne rencontra plus lîen. à la place qu'il occupait. Si j^avais été en la compagnie des femmes, jç concevrais qu'une d'elles se fut amourachée de mon ruban;. mais il n'y avait que des hommes partout où je suis passé : il est vrai qu# celui qui en a eu fantaisie , a pris en même tempis la montre à laquelle il était attaché.

DE LONDltES. 3if

Il fâtidra donc demander Theure au baron ! il n\ pas perdu sa montre /lui ; et si nous revenons à Londres à pied^ il ne manquera pas de la tirer vingt fois pour me dire : II j a quatre heures que nous mar^ chons, quand arriverons -nous? Il n^a pas perdu sa montre , le bourreau ! car elle est suspendue par une chaîne de sûreté\ et il avait pris la précaution de n^ea pas laisser sortir le ruban. Ces Français aiment mieux soupçonner tous leurs voisins indistinctement que de faille à Toptimisme le plus léger sacrifice ! Que deviens draijRit pourtant les filous , si , dans un pays où on les laisse libres , les bourses et tous les bijoux se trouvaient enchaînes?

Je me consolai de ma perte, en reportant mes re*> gards vers Tarène oii de nouvelles courses avaient lieu dans ce moment. Un cheval, appartenant au duc d'York, avait déjà fait gagner à son 'maître une vingtaine de mille livres sterling ; le prince en gagna presque autant, ou le même jour, ouïes jours suivans, en faisant de nouveaux paris. Quand on eut cesse de faire courir de$ chevaux, on termina la fête , comme cela se pratique presque toujours , en faisant lutter des boxeurs.

•Ce n^étaient pas des boxeurs de la première force; ceux-là sont réservés pour de plus grandes occasions ; des hommes*qui ont une grande célébrité ne consentiraient pas à être employés comme accessoires dans une fcte. Lorsqu'un combat doit avoir lieu entre deux athlètes vraiment supérieurs ^ on dresse une arène tout ex^

3i8 DIORAMÀ

près pour eux ; et la foule s'y porte en aussi grande abondance , et les paris s'y font à des taux aussi élt^k qu'aux courses ^Epsom et de NewmatkeU .

ÎDîeu merci, l'on n^accusera pas notre nation d'être inférieure aux Romaiûs ! Ceux-ci faisaient autant de c^s d'un gladiateur que d'un ours ou d'un tigre : non^', nous estimoits les boxeurs à l'égal des meilleurs cheyaux!

Le chemin était si poudreux, quand nous voulûmes partir, que je fus obligé de consentir à monter surnh des premiers stages que nous rencontrâmes; lâais comme j'aime encore plus l'air que je ne crains la poussière, je me plaçai outside , et je fis asseoir le baron à côté de moi. Je croîs que la route eût été un peu périlleuse pont des piétons. Les voitures y roulaient en si grand nombre, et avec une telle vitesse, qu'on était exposé à être écrasé avant d'avoir entendu le gare.

De Flan ne pouvait comprendre comment tous ces équipages pouvaient voyager sans encombre ; il en passait quelquefois trois de front sur une route fort étroite, et cependant aucun n'était accroché. Mais les cochers anglais sont si habiles, qu'ils connaissent, à l'épaisseur d'un cheveu près , comme ils le disent , la portée de leur essieu.

Bien que toutes les voitures eussent la même apparence, à cause de la manière élégante dont elles sont construites et attelées, le baron, qui paraît se connaître , en armoiries , observait soigneusement les écussons , et distinguait ainsi les équipages de louage, de ceux de

:D1# tONDRES. 3l9

là ûobltsste OU des princes. Sans cette précaution dti durait commis les plus étranges méprises. Un membre àt lai famille rôyak n'avait qu'une voiture à deux chevaux ; un duc d'une famille française avait un équipage à quatre ; tt un danseur de Topera se pavanait dans un iandau élégant traîné par six superbes chevaux.

La poussière du grand chemin eut bientôt nivelé toutes ces inégalités : les voitures, les chevaux , les houpr mes et les dames , tout fut recouvert d'une couche grise uniforme V 8ou$ laquelle disparurent toutes les différenceade condition; et quand, en approchant de Londres , nous traversâmes quelques villages, les gens qui se mettaient aux fenêtres pour nous voir passer , regardaient avec autant d^ntérêt les honnêtes gens qui remplissaient les stages , que les grands seigneurs ou les histrions qui passaient en équipages plus somptueux.

Chaque comté en Angleterre a ses courses de chevaux ; mais celles d^Epsom , de Newmarket , iHAscot , dUEgham^ de Doncasiery à^York^ et de quelques autres pays , sont regardées comme les plus célèbres , tant à cause des chevaux qu'on y voit lutter, que par rapport à la fojale de gens a la mode qu'elles attirent.

Quant aux chevaux , excepté deux ou trois qui sont d'une vitesse sans pareille , tous les autres peuvent être regardés comme d'une égale vigueur. Tous courent bien et longtemps ; tous sont dignes de leur réputation.

Après avoir secoué la poussière que nous avions ramassée durant notre «ipursion , et avoir pris un repas

32p bioràmA

capable de réparer la mauvaise chère d'Ëpsom, je menai le baron faire un tour dans Oxford et BondSireet: un peu d'exercice fait mieux dormir i quand on le . prend .ayant d'aller au lit.

En passant dans Sainte James '^ Street^ je reconnus devant Saini'JameS'Coffee'house y plusieurs des équipages que nous avions vus à Epsom : leurs maîtres allaient poursuivre à un autre jeu les chances heureuses qu'ils avaient eues dans les paris , ou bien allaient es^ sajer de réparer les pertes qu'ils y avaient faites^

DE LOMDAES; 32 K

m0»0 vv *ivutMtmnn M MtnMy*nMvymM¥i0yymitmMyymM»i¥kit0¥m/y¥¥yymMy^

Page 1