‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 24 sur 38 · DES BEAUX ARTS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DES BEAUX ARTS EN ANGLETERRE

Le beau est ce qui nous parait tel : rictf kVét Iplus arbitraire ; une beauté niiiver* ielle, incontestable, c*cst ce qui nVxûre pas sur le globe..... Je ne puis prononcer •or la question.

SpiSTib.

Si Tagrëabls s^aquîerl d^autant plu» aîsement, spt Inutile est plps complètemeDt. établi ; si le besoin du superflu se fait sentir , et se satisfait proaiptement partout où le nécessaire est assure ; autrement dit , si le luxe appelle lesbeaux^arts^ et sMIs s^établissent d'autant plutôt et d'autant mieux là où les arts industriels sont plus anciennement et plus parfaitement exercés , il n'y a pas de pays au monde où les beàux-arts doivent être plus florissans qu^en Angleten*e.

Il s^eu faut pourtant de beaucoup que * le domaine ' des artistes anglais soit aussi étendu que celui des in-* dustriels de la méore nation. Les riches marchands et les nobles ont pu acheter les productions de beaucoup d'artistes étrangers , les appeler eux-mêmes et les fixer dans Londres; ils n'ont encore Réussi à former qu^un bien petit nombre d'artistes nationaux.

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jyon vient celte contradiction entre lés effets et les tcanses? Comment se fait-il , se demande-t-on depuis plusieurs années, que TAngleterre, placée dans des côn-^ Imitions si favorables an dëvelopement des beaùx-arts^ soit encore, sous ce rapport, tributaire de plusieurs nal ions étrangères ?

Montesquieu a osé résoudre là question eii déclarant i]ue les Anglais ne pourraient jamais être artistes. Alta^chant trop d'importance k rinflj^nce du climat, et ne considérant pas assez celle des habitudes, autrement dit, des lois, qu'il était pourtant mieux que tout autre capable de bien apprécier, il a cru que le génie avait besoin, pour se développer, de certaines conditions de climat , dont il a cru que T Angleterre était complète-ineot dépourvue.

On ne voit guère étudier de nouveau des question^ jugées par des hommes de la trempe de Montesquieu; Depuis qu'il a prononcé son anathème contre lés artistes anglais , on ne s'occupe plus de savoir s'il y a en Angleterre des hommefe de génie ou non; on cherche les raisons pour lesquelles il ne peut y en avoir.

La première de toutes qui se présente.^ est celle qui décida , selon toute apparence , Tauteur de Y Esprit des Lois. ^ Il faut un ciel serein pour développer le génie ; celui de la Grèce et de l'Italie en est la preuve : les hommes de génie ont abondé dans ces deux contrées, l'Angleterre est couverte de brouillards. Cela est ca*» pable de gâter l'aspect du sol le plus pittoresque , et de

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substituer des idées sombres et sistaltîques, aux penséa riantes, ou bien à rexaltation qui féconde le génie. » Sans doute un beau pays inspirera un artiste : nuis qu^entend-on par cette vague expression de beau ? N'y a-t'il qu^un certain genre de beauté qui soit capable de parler à Tame et d^inspirer Timagination ? Non sans doute; car les artistes ne se forment pas moins en visitant la Grèce et Tltalie qu^en visitant la Suisse. £h bien! les Anglais trouvent ^^s leur pays presque toutes les scènes qu^offrent les Alpes. Est -ce que les détracteurs du climat de l^Angleterre n^ont j^imaîs enteudn parler des montagnes du pays de Galles , des rivières y des cascades et des lacs des comtés du Nord , et surtout des montagnes de la romantique Ecosse !

Il y a des brouillards sur tous ces beaux sites; mais ces brouillards se dissipent quelquefois ; et d^ailleurs le brouillard , les forets , les orages et toutes les scènes des pays septentrionaux fournissent des inspirations aussi fécondes peut être que celles d^un 4:iel bleu et d*nn sol desséché.

Les chercheurs d^explications, qui citent Tltalie et la Grèce 9 ne font pas attention que beaucoup d^autres pays, assurément moins beaux et moins inspirateurs qne ces deux-là, possèdent aujourd'hui nn nombre infini 4' artistes, Y a-t-il rien de plus triste que les plaines de l'Allemagne du nord? rien de plus prosaïque que la partie septentrionale de la France ? C'est bien plus, c'est que le nombre des artistes ^ et la perfection de beaux-

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àrtd s^àccrbissent chaque jour dans ces pajs-Ià , tandis que la Grèce n*en fournît plus , et que ceux de lltalie dégénèrent.

Il faut donc reconnaître des influences beaucoup plus àctiTes que celles du elimat. A un certain degré de civilisation, Thomme est indépendant du pays quHl habite ; son industrie change de mille façons et neutralise presque, les circohstances locales qui tendent à le mo-» dîfier.

« Nous reconnaissons ces influences, dit une autre classe de raisonneurs , et nous plaçons parmi celles qui agissent de la manière la plus active sur les beaux-arts ; les traditions et la vue journalière des beaux modèles.

Les Grecs et les Romains (car c^est toujours eux que Ton veut citer), étaient entourés des œuvres du génie! où quMls se trouvassent ; de quelque côté qu'ils portassent leurs pas , leurs oreilles entendaient les vers d^Hbmère, de Sophocle et d'Euripide ; leurs yeux contemplaient les monumens les plus majestueux , ornés des œuvres des Praxitèles, des Zeuxis et des Phidias. » £t, s'il vous plaît,* par la vue de quels modèles avaient été inspirés les auteurs de tous ces beaux ouvrages ? ce n'était pas assurément par la vue de ce qui n'existait pas encore. Il faut se rejeter sur l'influence du climat. On vient de voir à quoi elle se réduit , ou bien que telle quelle est, elle agît partout. Il faut mentionner la beauté tant vantée de ces peuples anciens ; mais si la beauté inspire réellement , les inspirations peuvent être

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aussi actives en Angleterre que partoot ailleurs ; car jt 4oute qu^il y ait ua pays au monde où le 3ang soit plu beau chez les deux sexes que dans les lies Britanniques.

D''ailleui'Sf encore une fois, cqoiinent expliqueraîl-oa par là, les dispositions musicale^ des Ailemands ei desHJtaliens? Les anciensn'ont riep laisse qui poisse former 4es musiciens ; et pour la peinture, la sculpture et Tar^ chitecture , les Allemands ne jouissent pas plus que les Anglais de la vue des monumens de Fantiquité. Tout au contraire, TAngleterre à elle seule fournit annuellement à la Grèce et à F Italie un plus grpnd sioinbrede visiteurs que tous les autres états européens jf^éuqis.

« Je vous entends , me diront quelques raisonnefin, qui aiment à mêler lapolitique partout : vous peMes ^ne le;s*lois font les hommes; c^est à dles que Vojos atlri* buez les plus grandes iuQuences sur toutes Jes bébitttdes du cœur et sui* la lomTiure des esiprîti» ; en un^Aipt , ce sort les lois qui forment les mœurs..£h bi^n Ide goRveme? ment de TAngleterre, .si favorable à Fessior dû tooH merce , n'est point du tout favorable à Te^sor des beaniarts» Ceux-^ci forment une république, à. la vérUé; ix|ais à Texemple de beaucoup d^ autres républiques , ils '<^nt besoin d^étre protégés par un monarque pïiisswt et alh solu.

La chose est impossible d^ns )e Royaume Uni. Là où le peuple a tant de pouvoir, le souverain joue u|i rôle passif. Si le hasard place sur le trône un bomwe qui nit le goût des beaux-arts, il ne pour^suivra ce goût

que dahs sa TÎe prîtëe ! Quel roi auraft'aàscz'peir d'à- * monr^propre pour fdnâer des établissemens publics,^ qui peuvent être aiftëinent surpasses par ceux de milfe^ corporations! Quel roi voudrait offKrdesencouragemens^ aux artistes quand ses sujets peuVeift leur en offrir de

plus solides et de plus briHans l »

Ces considérations peuvent être de quelque poids ; elles ont agi peut-être il 7 a quelques années; Les exjpo-* si tions publiques , les galeries royales , les prix d'en-* côiu^ag'èment sont d^une institution très-modertie. Lei mopuniens pul^lics sont fort rares en Angleterre , et la plii{râirt dé" ceài qiii tiisteiit ont ëtë élèves afux frais de^ particuliers. ,

Elles ne soht plus de mise iujoùrd^hai : loîti d^être gène par le patrotoiàge de r^ristbcrafle , le pktironaglè royal y puîse'iin'éfément'permîaiétft dé tèle efd'actîvîlé. Lkin tt Pautrc s*cxercent afu}ourd%nî enÀn^eterré tout àiissi bitn que dans lès monarchies despotiques otl témjpérécs. ' •

Mais f èti reviendrai étethclfement à mes sferopules ; le pàttronage £atit prospéi^rles artistes, les académies les enrégiment eut; cequâlejdF^t artistes existait avant le patrd* tiageet avant les aèi9émîes.'T^f un ni les autres ne créent' le géiwe; et en supposant que le génie des beaux- -9vts manque réellement aux Anglais , les raisons de ce 'dîéfaiit sont eiicore à trouver.

Mais les chercheurs de ces raisons n^iuratent-ils pas feîl comme les physiciens qui entreprirent d^expli-

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quer comment un enfaiit pouvait naître avec une dent d^or? Ils se sont morfondus à commenter Montesquieu , tandis qu^il était tout simple de prendre 1^ paquebot, et d'aller voir si réellement il n^y avait point de grands artistes à Londres ! .

Animaux d^habitudfc , comme je me tue de le répé^ ter, nous prenons pour àts idées inné^, des idées qui ne sont qu'acqubes. Gomme les habitudes ne changent que lentement , nous ne nous appercevons pas quMles changent, et ce n^est qu^en étufliant par comparaison à notre siècle , des époques qui. en sont up peu éloignées, que nous reconnaissons jusqu^à quel point ces changemens peuvent aller.

. L'éducation artiste des peuples se forme par les mêmes moyens que leur éàncaûoxk politique ^ par Yhr ibitude. Il fut un temps peut-être où les It^iensibrmaient une nation guerrière et redoutable, et où leur aptitude à la musique était nulle. Plusieurs de nos con: temporains se souviennent encore du temps où la France n'avait pom* toute musique que des airs de pont-nenf , et où les Italiens disaient qu'ils ne cponaisssûent pas d'o-r reilles plus dures que celles des Français.

Les beaux-arts gagnent du termn de proche en proche comme la liberté. Une fois qu'un peuple en a pris l'habitude , les génies ne lui manquent p2|s , parce que la nature les a répandus partout d'une main uniforme quoique avare.

Les Français sont devenus musiciens ; les Anglais le

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deviendront peut-être. Pour ceilains antres beaux - arts plus importans que la musique , et qui se rattachent plus directement aux progi*ès de la civilisation , ils prétendent être au moins «u niveau des premières nations de FEurope. Qui sait si cette prétention ne pourra pas un jour être fondée pour tous ! Ils ont déjà trouvé la bonne voie d^études: Dieu sait où Ton peut arriver avec les immenses ressources quHls ont à leur disposition !

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