DE L'ARCHITECTURE
Vm h mn gto m de Paris A tri**s^fîeii* •ementàun Anglais] : «Qu'est-ce que votrt roi ? il est si mal logéf cela fait pitié. Yojci le nAtrc : il Iiabite Yersailles... Est-ce là «» château snpeiibe ? £ii aTez— vous na pareil à citer f»
MX&CIKR.
Commodité ^ netteté, solidité , telle est la devise que semblent aToîr prise la. plupart des architectes Anglais. Cette devise a bien son mérite lorsqu^il ne s'ag^it que de bâtir et d^appartenaneer des maisons particulières. Mais
on est convenu d^exiger davantage quand il s^agit d'oa édifice monumental. Les artistes de la Grande-Bretagne seraient en fonds pour répondre à cette demande ; le génie leur manque moins que Toceasion de le développer convenablement. Jusqu^au commencement du XV^ siècle , Londres n'avait eu de grands édifices re* marquables que Téglise gothique de ff^esiminster. Depuis la construction de Saint'-Paui et de SoHwiersei^ House yon n^a vu s'élever aucun autre monument digne de, Topulence de la capitale de TAng^eterre ^ tandis que
4ana tous les autres pajs, c^s belles inutilités se taulr tipjient à rinfini autour de la demeure des rois.
— <( ImUiUié^ est bien le niol propre » , nie dit Goodanrougb) qui vi^iiait d^eptrer chez moi, et qui s^étant avance sans façon , avait lu. par-dessus mon épaule l'alinéa quç je viens de finir. Excepté pour les églisÊS, continua-t-il» le luxe de Tarchitecture est un véritable noa-seos. Je voudrais bien savoir quel avantag^^ retirera le peuple d'un immense et beau palais qu'il aura coustruit pout 6on roi. Sera-t*il mieux gouverné après lui avoir donQ^ pn logement si. somptueux ? £st-i?e.4|ue lês aiïaire^ de Paris ne se font pas aussi bien dans le hangard |p)i^oviir soire où la bqurse se tient maiiatenaot ^ <jii'ejies se feront plus tard dans le magnifique, /Ai^/7/«r^<}iàe ïoa^ construit à grands frais ? . :
Tout ce qui n'est pas d'tii^e utilité .téiita^le et directe, doit être regar<lé comme dang^r^tii^ 4aiiâr Hb él^at i^ons^ titiitipnel ! Beau est une ca^acbr^e de boa ; r^xiéasioa qu'on donne Bujourd^ul à ce mot est un pçu^trbp Ibfr cée; il faut le ramener à sa significatipu véritable. Quâii4 notre ministre de Tintérieur viendra dem^^er. de l 'wr gent popr faire des fardes. disperidieuses:, pour bâtir des palais comme les vôtres y dans lesquels il y ,aui1ait du local pour caserner tout une armée , les chambres refu* seront de l'argent et auront parfaitement raison. . , .
Mais quand il s'agira véritablement de l'utilièé p»r ^ blîque , l'argent du gouvernement , l'ai^i^ent des-parr ticuliers , tout sera versé à l'envi entre: les Qiaitis àt ^
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rarcbîlcctc patriote dont l'œuvre doit contribuer \ h prospérité de son pays.
— Mon cher lieutenant , comment osez vous ainsi blasphémer ? Ignores-vous que la parcimonie coupe les ailes du géniePComment voulez-vous qu'un artiste exécute une grande composition , si on ne lui alloue que la centième partie de la somme qui lui serait nécessaire ?
— Mieux vaut couper les ailes au génie , que couper les vivres au peuple. Il paraît qu'en France et en Italie, la canaille dîne en regardant les beaux palais. £a Angleterre, on aime à se nourrir avec des mets plus subs« tantiels.
Les monnmens publics sont faits pour s^en servir.' Du moment qu'ils ne sont bons qu'à être regardés , Ils lont inutiles.
"^ Mais n'est-il pas possible de mêler Tagréable k Futile, et de rendre beau un monument qui est bon? «**— Si certainement ; et je crois qu'«n ce genre là \ri Anglais sent les maîtres de tous les peuples modernes, voire même des anciens. Voyez nos ponts , nos canaai, nos ports i nos routes , nos jetées ! Les Tyriens y les Grecs, les Romains, ont ils jamais rien fait de plus g^and, de plus beau et de plus utile ? »
Selon sa louable coutume, Goodandrough se prome* nait à grands pas , en me tenant ces distours ; il modéra ^a fougue , s'assit et continua avec plus de calme :
I^^allez pas mal interpréter une concession que je voos f&isais tout à l'heure à propos du rigorisme obligé dà
notre parlement. Ne voqs hâtez ps de prendre pour des vandales , des hommes , qui , pour la plupart , dépensent annuellement de forte^ sommes pour Tencouragement des-beaux arts. Si les ailes du génie sont menacées par les ciseaux des députés et des pairs , elles peuvent en revanche sVtendre et prendre le vol le plus élevé ftons la protection de ces mêmes hommes redevenus simples particuliers.
Dans votre pays , tousles beaux monumens i\^ont*pas été élevés par les rois : quelques particuliers ont bâti des châteaux ou des habitations de ville , qui peuvent rivaliser de luxe avec les résidences royales. La même chose peut avoir lieu en Angleterre , d^autant mieux que nos patriciens sont de beaucoup plus riches que les vôtres. Un grand nombre d'églises ont été élevées aux frais de simples particuliers! ; il en est de même de Buckinghamhouse, de Marlberoug-hûuse et même Carllon-kouse, qui servent aujourd'hui de résidences royales.
Les rois eux-mêmes ont bâti , soit dans les villes , soit dans les campagnes, des palais qui ne sont pas indignes de leur destination.
Est-il , après tout , nécessaire qu'un architecte ait h, bâtir un Louvre, ou un château de Versailles, pour déployer toutes les ressources de son g'énîe ? Se^ plans ne peuvent ils pas être aussi beaux , quoi qu'ils doivent être exécutés sur une échelle moins grande ? Même en travaillant sur de petites dimensions , un homme vraiment habile^ sait faire des chefs-d'œuvre. — Oui, des chefe-
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d^œnvre àt clîfficaUé vaincue , répondis-je du lieate^ nant ; pour des chefâ-d'œuvre véritables , cesl ce ip^il n^est pas permis de croire d^apj^s 1 ÎDspection des édifr ces que votre capitale renferme. Je né parle pas de ceai qui sont de pure utilité, tels que; les ponts ; j^en ai dit mou opinion autre part ; à cela près , Smni-PBul et Sm^ mcrsei'house y sont les deux seuls monumens qui aient réveillé en moi ces idées imposantes de gprandeur et de beauté , que j^ai ressenties en présence de plusieurs rnonumens des autres capitales.
Vos rois font bâtir, mais comme des particuliers riches, parce qu^en Angleterre i]s ne sont que cela. Us ne pensent jamais k élever des palais réellement dignes de ce nom, parce que les rois constitutionnels n^ont pas assez d^argent pour en faire marcher rapidement la cons^ truction. Les rois sont comme les autres honuDes : ils n^ai* tnent pas à ccHnmencer ce qu^ils n^espèrent pas de voir finir. Tous les palais contruits par vos rois se ressentent de cette crainte. Leurs architectes obligés de renoncer aux dimensions colossales que doit avoir un palais, ont visé à faire joli , au lieu de grand ; original , au lieu de beau véritable.
Outre que , ni le gouvernement , ni le roi , ne donnent des exemples*bons à imiter, Tun et Tautre contribuent k entretenir le faux goàt en n'intervenant pas ao* près des part iculiers , pour régulariser les caprices de leurs constructions , et donner on caractère monumental àrensemble qu'elles forment dans les rues. Que la rue ait
l)E tONDltËS- âSl
tm€ certaine largeur , el qu^elle soit ^alignée , toiIà à quoi se bornent les injonctions de I ^autorité municipale. Chez nous , sa sollicitude va plus loia« Pour être <n kar* monie avec les Tuileries , paur annoncer digneoient la place Vend^mie » a-t-elle dil , il faut quetoute lesmai^^ns soient bâties sur un plan élégant et uniforme* Les prtH priëtaîres des maisons à construire ont' suivi Us planf donnés par le gouvernement , et Paris a eu la rue de Rivoli et la rue de Castiglione!
— Que me parlez-vous de vos mes et de leur unlfor* initél aVcria Goodandrougb , en se levant bnisquemeiii: ft hais 1 uniformité, et je serais bien fâché que le gotiver- Bement en eut imposé les lois aux particuliers qui bà* tîssent dai# les rues de Londres. Voyez la rue du Ré* gard y tout y est beau , quoique tout y soit varié ; à cha^e pas vous rencontrez un accident nouveau ^ «l Totre admiration est tenue en éveil. Pose croire qu'elle eut bientôt sommeillé , si , d'un bout à Tautre , les maisons eussent toutes iié taillées sur le même patron ! -^ J'en voudrais faxtt Texpérience avant d être de voire «vis.En attendant, je puis vous assurer que les parties de cette rue qui m'ont le plus étonné, sont remarquables par l'uniformité et la symétrie. J'ai trouvé jolis les petits palais qui s'étendent de fVaierleo-Place au Quadrant; tnais j'ai admiré le Quadrant y parce que pendant un «lemi-mille , toutes les maisons sont bâties sur le même plan , et leur rez-de-chaussée garni d'une colonnade !
Dans Partland-Piace f à la distance ou l'on juge l'ea-
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semble des maispns, elles paraissent former Aeiix grands corps symétriques , et excitent encore Padmiration àa spectateur. Ce qui est difficile dans les arts cVst de créer un ensemble , c'est d'avoir une grande pensée. Un artiste qui trouve celte grande* pensée , ou qui crée cet ensemble , peut se flaire pardonner bien des défauts dans les détails; il est de beaucoup supérieur à Touvrier minutieux qui ne sait faire que des individus.
Ici Goodanbrough, plus soucieux de suivre ses habitudes C[ue de décider la question, mit le nez a la fenêtre, et voyant qu'il faisait beau temps ^ il sortit en toote bâte pour aller respirer le grand air. Moi je pris la plume pour écrire la conversation que nous avions eae ensemble , et )e continuai ensuite ainsi qu^Jh va le voir.
Des caprices des propriétaires et des architectes, résulte l'emploi simultané des genres les plus disparates: quelquefois les différentes parties du même édifice sont des pastiches auxquels il est impossible d'assigner aucun caractère. Si l'on rencontre quelque monument qui en ait un plus décidé , on ne tarde pas à en trouver un autre d'un genre entièrement opposé.
Cette disparate ne tient pas aux âges divers de ces monumens ; le gothique a encore un très-grand nombre de partisans , et on l'a adopté pour certaines églises qui sont en construction dans ce moment-ci avec tout Tattirail des tourelles , des flèches , des dentelles , des ogives et des arcs boutans. Il est juste de dire que l'archiiecture gi*ecque reçoit concurremment^ un culte rival
él même plus empressé : la façade de Carlton-house ^ celle de Saint-Martin s in ihefields et de plusieurs autres églises, celles de la plupart des maisons de fVaterlooplace, les quatre façades de Saint-Paul, etc., ont des colonnades grecques régulièrement couronnées d^une architrave et d'un fronton.
Quelques amateurs prennent un terme moyen, et fontdes édifices moitié gothiques , moitié grecs. Le style égyptien se montre aussi dans quelques endroits : il y a dans Piccadilly en face de Barlinglon- Arcade , une façade qui est une imitation provinciale des temples de la teire des Pharaons.
Plusieurs édifices grecs ou gothiques , notamment les églises ont des tours très-élevéeis et grêles comme les minarets de TOrieiit. La plupart de ces tours sont déjà trop anciennes pour qu'on puisse supposer que les Anglais en ont pris Tidée dans leurs voyages. Toutefois, il est permis de croire que cette circonstance a augmenté leur goût pour ce genre d'ornemens. Aujourd'hui Ton ne construit plus une église sans y ajouter une tour ronde ou carrée. Quand cette tom* est terminée par une galerie comme celle de SainP-Pancrace au haut de /5Pôburn-place , Teffet en est on ne peut pas plus agréable.
A quelque époque qu'elles appartiennent , les flèches ^ les tourelles et les coupoles,, sont déjà si nombreuses dans Londres, que lorsque , placé sur une des collines qui commandent la ville., pu tout simplement au milieu d'un des cinq pont$, on les aperçoit monter dans
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les airs au-dessus des maisons, on se croit transporté dans une cité musulmane.
Lés Indiens et les Turcs ne sont pas les seuls peuples de rOrient dont on ait cherché à imiter Tarchitecture. On en a mis à contribution quelques-autres qui sont assurément beaucoup moins dignes de servir de modèle. Le dernier roi d'Angleterre et son fils se s'ont montrés les partisans les plus ardens de ce mauvais goût; Tun a fait bâtir, au milieu des jardins de Kew , un édifice siamois , qui ressemble parfaitement au temple de Sammonocodon ; l'autre a élevé à Brighton un palais qu'on dit être, d'un style chinois.
Quand je vis, pour la première fois , ce ridicule édifice , je fus fort embarrassé de ce que je pourrais dire pour en donner une description : il est si bizarre, qu'il ne ressemble à rien de ce à quoi Ton a coutume de comparer les œuvres de l'architecture. On le prendrait d'abord pour un groupe de tentes, car il n'a qu'un rez-de-chaussée... A force de chercher l'analogue , il me parut ressembler un peu ' à tertains champignons qui poussent par masses, et qui sont de grandeur et de forme inégales ; mais tout-à coup , il me vint une idée plus lumineuse , et qui fera mieux connaître au lecteur ce que c'est que le célèbre pavillon de Brighion : c'est un jeu de quilles, avec la boule au milieu. Il est bien malheureux pour les progrès de l'an^hilecture en Angleterre, que les deux rois qui , par leur manie de bâtir ^ étaient le plus capables de Tencourager aient
dépense tout leçr argent en édifices de mauvais goût. Si au lieu d'élever un temple siamois et de petits châteaux mesquins et gothiques, Georges III eût commencé un palais vaste et régulier; si, au lieu de dépenser annuellement des millions à élever des cottages couverts de chaume, ou des pavillons chinois, son successeur les eût employés à continuer le monument commence sous le r.ègne précédent, Londres posséderait enfin un édifice digne delà puissance de T Angleterre , et de l'opulence de ses rois.
On rencontre par-ci par-là , dans les rues , quelques mais^ons particulières bâties dans le style barroque pour lequel les deux Georges ont eu une si grande affection. 11 y en a une dans Park-lane et une autre à côté de l'hôtel de lord Spencer dans l'allée qui borde Green-' park. Elles sont toutes deux enrichitîs de tout le luxe gothique turc et chinois; elles sont b^tdigeonnées en bistre clair, et leurs fenêtres sont garnies de verres de raille couleurs.
^C'est surtout pour les maisons de campagne que l'architecture gothique est encore en honneur en Angleterre. Les marchands qui se sont enrichis dans le commerce , ainsi que les individus nouvellement ennoblis aiment à se donner des résidences qui flattent leur amour propre par leur ressemblance aux manoirs et auxcastels féodaux des anciens seigneurs. Les pairs , dont la noblesse remonte à des époques beaucoup plus reculées , conservent aussi avec respect les antiques demeures de leurs an-
cêtres ; mais comme elles sont pour la plupart fort 10" commodes, ils en font construire d^un goût plus moderne et de plus aproprie'es aux besoins préséns.
Sauf le petit nombre d^exceptions que j'aî signalées plus haut Jes maisons dea riches particuliers sont en général bâties avec assez dé simplicité, et ne manquent pas d^élégance. Elles ne sont pourtant pas d^uu goût très-pur, car la pliipart ont, au milieu de la façade, .00 sur les deux côtés un bombement qui forme corps moyen de logis, ou deux ailes symétriques. Ces rotondes détruisent complètement l'effet que l'architecte attend des lignés, et gâtent Taspect de la façade, soit qu'on la voye en face, soit qu'on la regarde de côté. Dans l'intérieur, elles donnent des appartemens plus spacieux, mais d'une forme irregulière.
Le toit de la maison est peut-être la partie dont la construction doit le plus étonner les étrangers. Quand 0n se. rappelle la pente immense que l'on donne anx toitures , à Paris et dans une foule d'autres villes beaucoup plus méiûdionales que Londres^ il doit parai#e assez singulier de voir que, dans cette capitale, elles sont à-peu-près plates. Il faut qu'une longue expérience ail démontré que la neige ne séjournait jamais assez longtemps ou ne tombait jamais en assez grande abondance pour faire courir des dangers aux couvertures sur lesquelles elle peut séjourner.
Non seulement on se borne pour rdrâfiiaire à faij' une toiture à un seul bu à deux versâns d'eau , qui font
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avec Fhorison des angles extrêmement ouverts, mais on pousse la hardiesse jusqu^à faire des terrasses entièrement plates comme on le fait dans le pays où II ne tombe jamais de neige.
Il est fâcheux qu^on se soit arrêté en si beau chemin, et que tandis qu^on imitait cette partie des édifices italiens ou grecs, on n^ait pas aussi imité leurs corniches. La plupart des maisons, mêmes celles dont les façades ont des pilastres à prétention , ne sont couronnées par aucun ouvrage en saillie , ou n'ont tout au plus qu^un cordon presque imperceptible. Cette absence d'une corniche où d'un toit qui, par sa couleur et sa masse, forme le couronnement de Fédifice, comme on le voit dans presque toutes les maisons de Paris, fait que la plupart des maisons de Londres ont Pair d'atfendre encore un étage ou ressemblent à des corps sans tête.
L'ameublement des maisons se ressent du goût qui domine dans leur architecture. Il est en général simple et élégant, mais il n'est pas ce que nous appelons aujourd'hui élassique. Les formes grecques n'ont encore été adoptées que pour les lampes astrales et pour quelques uns des feux des salons. J'imagine que cette circonstance tient au nombre prodigieux de lampes antiques, que l'on a rassemblé depuis peu dans le musée britannique.
Les commodes et les secrétaires à colonnes , les fauteuils massifs , les tables à un seul pied, en un mot tous les meubles que nous avons modelés d'après l'an-
tîque, sont encore Incopnqs,'^ Londres. Pour les rapporter à nne tles époques des beaux-arts français, les meubles, qui sont aujourd'hui de mode en Angleterre, ressemblent assez à ceux dont nous nous servions à Paris a la fin du règne de Louis XV. Les porcelaines chinoises, le vieux Sèvres , les candélabres et les lustres à cristaux articulés sont encore en honneur dans les salons de Grosçenor-square. Les chaises, les sc^has^ les tables , les buffets {^side hoards) sont ëlégans, parre qu^ils sont ordinairement en acajou massif; ils sont débarrassés des colifichets de mauvais goût que Bouchar avait mis à la mode à Paris. Les ébénistes sont sur la route du beau, puisquMis sentent le prix de la simplicité.
Comme les étrangers ne sont jamais admis dans les chambres à coucher , et que les damés n^ont pas le droit d^j recevoir société , le lit est un meuble encore plu5 arriéré que tous les autres : dans toQ;^ les pays du monde, la vanité s^ occupe principalement de ce qui se ^wi.
Les draperies des fenêtres se ressej^tent un peu de Ja négligence qu^on porte aux rideaux àjtz Kts. Un appre^l tapissier de Paris pourrait donjier à taus les maitre^s tapissiers de Londres , leçon de go|it et d'adresse dai^ Fart de garnir les fenêtres. Mfii^ en rev^pc^e npus de^ vrions apprendre d'eux (e secret d* f^riqver d^s lafHS de pied, beaux et à bon compte. Ainsi que tô J'*i 4'.t dans un des premiees €Jb9pitres , iy[\ tapis çst un nv^ble obligé de tous les ^ippiart^i^en^ , et jl y ^ a \ \^ p9iijé^4^ toutes les fortimes.
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Le luxe des glaces est bien moins commun en Angleterre qu'en France. Cela tient aux impôts énormes dont ces objets sont frappés. Bien entendu que, malgré leur prix exorbitant , les gens riches en garnissent lem^s appartemens de parade et de toilette; mais la petite propriété est obligée de ne se mirer que dans des miroirs à barbe ou dans les quatre ou cinq petits morceaux de vitre étamés et assemblés dans un cadre , qui figurent avec pompe au-dessus de la cheminée du salon.
Est-il surprenant d'après cela , que tant de cockneys viennent tout exprès en France pour aller se mirer à leur aise dans les glaces du café Montansier ou du café des MlUe-Colonnes !
Après avoir traité de l'architecture en général , je dois consacrer quelques lignes aux principaux monumens qu'on remarque dans Londres.
TVestininsier, C'est une église gothique , de la même ordonnance et à peu près de la même grandeur ^qce Noire-Dame. Le portail principal manque de noblesse » parce qu'il est extrêmement petit et resserré entre les deux tours ; mais tout le reste est ce qu^on peut appeler le beau Idéal du gothique. Les ornemens en sont on ne peut pas plus élégans. On prend un soin extraordl^ nalre , tant de ceux qui décorent l'extérieur , que de ceux de Tlntérleur de l'église.
Ff'^esiminster - abbey renferme les tombeaux dea élus ; mais là , comme dans toutes le$ collections de grands hommes , on rencontre un nom vérltabkmeni
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illustre, et des milliers de noms inconnus. La fevcnr, la naissance, les services odieux ont plus souvent hk accorder les honneurs de Wesminstcr, nue les sen'iccs honorables et les qualite's personnelles.
Castelreagh est le dernier giand homme qui y ait été ^inhumé.
11 y a, près de WesUninsier-'abbey ^ un autre e'dlfice gothique , presqu 'aussi remarquable ; c'est PVesi" minsier-haU. C'est , dit-on , la salle la plus vaste qu'il y ait dans les trois royaumes.
Elle est célèbre dans les fastes de l'Angleterre , par les actes dont elle a été le théâtre. C'est là , qu'au dernier couronnement , eut lieu le banquet auquel le roi assista , et pendant lequel son champion entra à cheval , pour boire sa santé et porter le défi obligé. Dans ce momentci , on regratte la façade et on restaure l'intérieur. On veut en faire une salle destinée aux séances de la cour des pairs , lorsqu'elle aura à juger quelque accusation de haute trahison portée contre les ministres. Elle a déjà servi plus d'une fois à cet usage. C'est-là que fut jugé le gouverneur de l'Inde , Hasiifigs, Ce fut pendant les longs débats de son procès , que furent composées les fameuses lettres de Junius.
Saint "PauL C'est, sans contredit, le plus beau monument que l'Angleterre possède. Si l'on en retranchait deux petits pavillons , de forme un peu gothique , qui s'élèvent à côté du fronton de la principale entrée, cette basilique serait parfaitement belle et parfaitement
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classique. Elle est plus vaste , plus ornée, et cependant aussi noble que notre Panthéon. L'intérieur répond au dehors. Un étranger, qui ne connaîtrait pas la signification que les Anglais attachent au mot awful^ n'aurait, pour l'apprendre , qu'à entrer dans ifo/ViZ-P/zi//. En français, les mots imposant, respectable, solennel , sont des synonymes diawful; aucun n'exprime , comme celui-là, toutes les idées dont se compose le sentiment religieux.
Sommer set-house. C'est, après Sainl-Pauly le plus bel édifice qu'il y ait dans Londres. Il mérite le nom de palais. Son architecture est de très-bon goût , quoiqu'un peu plus dans le genre toscan que dans le genre grec. Du côté, de la rivière , car Sommerset-house est bàli près du pont de Waterloo , il y a une façade d'un aspect imposant et .original. On n'admire pas moins la solidité que la beauté de Touvrage , et l'immensité du palnis que son heureuse distribution. Pour se faire une idée iië4|||p*andeur de cet édifice , il faut savoir qu'il y a quatre ou cinq administrations aussi considérables que des ministères , et cependant il s'y trouve encore de la place pour les expositions annuelles , auxquelles ce palais a donné son nom. Du côté du Slrand , on ne yoit que la moitié de sa hauteur; car, à l'exemple des maisons anglaises , les constructions souterraines y sont très- considérables ; mais elles le sont encore plus que partout ailleurs. L'élévation du sol du Strand a obligé à bâtir jusqu'au-dessous du niveau de la rivière.
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Aussi, quand on est dans la cour du palais, et qu'oa regarde par-dessus les grilles qui la bordent , on voit autant d'étages souterrains , qu'il en règne au-dessos du sol.
CarUon-house a une façade grecque ; maïs une colonnade , qui règne au-devant ^ la masque complètement. Ce palais est joli , mais très-petit ; et la malencontreuse colonnade fait qu'on ne l'aperçoit que lorsqu'on est dedans. En passant dans PatlMall, on ne se douterait pas de son existence.
Mansion-house ^ l'hôtel de la compagnie des Indes, et plusieurs églises , ont des façades grecques comme Carlion-house, Saint" Pancrace ^ nouvellement bâtie, en a une de ce genre, qui est on ne peut pas plus e'icgante. x\vec sa façade et sa tour, Saint-Pancrace forme un des plus jolis édifices de Londres.
La Bourse ou RoyaUExchange ^ est un bâtiment de mauvais goût , et ihênje trop petit pow^ine ville aussi commerçante. C'est une galerie qui r^^eautour d'une cour carrée ; elle est décorée des statues d'une trentaine de rois ou reines d'Angleterre. La seule chose remarquable qu'il y ait dans le bâtiment de la Bourse , est une énorme i^auterelle dorée , placée , en guise de girouette, au haut d'un, petit clocher.
La Banque^ édifice sans prétention , mais Irès-vasle et admirablement bien distribué.
Gmld-Hall , ancien édifice gothique, servant de
li^u d^ assemblée au corps ixiunicipai àe Loûdres. II y ^ une salle assez vaste où se voient les. fameosçs slatueB de G^jg et J^agog ; il y a , en outre , quelques inouu- «ziens élev^'s par la cité de Lond||^s, à des hommes ^i ont bien p^érité de \% patrie. Il paraît qu'on y «st plus scrupuleux dans les choix, qu'on ne Test \i TV€s!i^ minsier ; car , jusqu'ici , îl n'y a que quatre monurnens dans Giiild-HalL Ce sont ceux de Pitt , premier comte de Chatam , qui , après avoir soutenu pendant sa longue carrière ministérielle , la cause de la liberté et de la tolérance , mourut en plein parlement , après avoir parlé contre lîi guerre d'Amérique. En face de lui , on voit son fds , ministre moins philantrope , moins habile et malheureusement plus connu en Europe. Les autres monumens sont ceux de Nelson et d'un lerd-maire , célèbre par un discours bardî qu'il adressa à un roi, qui avait mal accueilli la députation de la cité de Londres. >
TVhite-'Hall t%\ dans la ville de Weslmînter, non loin de l'abbaye. On en a fait aujourd'hui une chapelle. On dit que cet édifice était une partie d'un immense palais que le roi Charles I". allait faire bàiir entre Charing^Cross et la Tamise. La révolution empêcha d'en poursuivre Texécution. f^Tliile-HaU devait être dans le fameux palais, la salle des banquets. Les révolutionnaires la convertirent en salle de tribunal. Ce fut là qu'ils firent le procès au malheureux roi , et
qa^ils rendirent le jugement qui le condamnait à perdre la tête. II fut exécuté sur une petite place qui est derrière Whiie-Hally à un endroit on Ton a élevé depuis, une statue à Jacques II. Je ne sais , si cette statue est un monument expiatoire de l^assassinat du père , ou de Texpulsion du fils.
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