‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 26 sur 38 · PUBLICS · texte numérisé non relu

PUBLICS

Purîor în vîcîs aqua tendit rumpore plumbum

Quam quse per pronum trépidât cum murmure ntuin f

Horace. /

Il n'y a , à proprement parler , que trois promenades ou jardins publics dans Londres. On trouvera que c'est bien peu pour une cité si étendue et si populeuse! Cette observation paraîtra d'autant plus fondée ^ que ces trois promenades sont réellement situées hors de la ville , et toutes à la plus grande distance possible du quartier habité par la classe qui a le plus besoin d'avoir le bon air à sa portée , par la raison qu'elle a moins le temps et la facilité d'aller le chercher.

On cessera d'être surpris , si Ton réfléchit à la manière dont Londres est bâtie. Ses rues sont toutes alignées; les maisons qui la composent sont très-basses , et il y a , de distance en distance , des espaces décou^ verts qu'on appelle sçuares. L'air y circule aussi librement qu'en plate campagne ; il est très-pur , malgré les brouillards de la Tamise et la fumée du charbon : on

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n'a pas besoin d'aller chercher à distance , ce que l'on

peut trouver en sortant de sa maison.

Je n'ai pas donné le nom de place publique , de promenade ou de jardin public à ces superbes squares ^ desquels les Anglais $ont si fiers. Quoique ces lieui aient pour les maisons et les rues qu'ils avpisinenl, tout le bénéfice des véritables promenades publiques, il n'y a réellement de public , que- le pavé qui les environne*; et les promeneurs de Loiidires*, ne consentent jamais à quitter les trottoirs , que pour fouler du gazon.

Le scjuare lui-même est un jardin à peu près particulier , parce qu'il est fermé d'une grille , et qa'il n'y a qu'un certain noàibre de voisins qui ont le droit des\ promener.

Il n'y a de vérilablemenl public que les parcs. Ib sent au nombre de trois : Suint- Jame* s-park^ dans lequel nous pouvons comprendre Oreen-park , Hyde-park dont Kenslnglon-gardêns forme une dépendance y et Hègenùpnrk.

L'étendue de tous ces lieux compense leur petit nombre : les deux derniers ont plus d'une lieue carrée de surface , et quoique le premier soit réellement eU'cLivédans la ville , ou peut s'y promener bien longtemps sans s'en apercevoir.

Si le succès d'un système était toujours une preuve de sou mérite , je me contenterais de rappeler ici la vogue dont les jardins à l'anglaise jouissent depuis long-

temps parmi nous. Mais nous nous sommes engoués, pour tant d^ autres choses, qu^il est nécessaire, avant de juger, d'examiner l'architecture horticulaire moderne comparativement à celle qui était à la mode auparavant et qui a présidé à là plantation des deux plus beaux jardins publics que nouis ayons encore à Paris.

Vaincre le plus grand nombre possible de difficultés, est le triomphe de l'art ; changer les lois de la nature , tels doivent être ses moyens : plaire en surprenant doit être son but. Telle était la profession de foi des architectes hortîculaires du siècle dernier; et pour agîrconséquemment a leurs principes, ils firent jaillir l'eau qui tend à descendis; ils taillèrent en évantail, en girandoles ou en chandeliers, des arbres qui n'affectent aucune forme déterminée , quand on les livre à eux-

mêmes ; ils alignèrent en allées des arbres qui aiment à croître capricieusement ; ils formèrent des dessins symétriques avec des parterres de fleurs.

Les réformateurs crurent avec plus de raison que l'art devait être une imitation de la nature , et que, dans un art tel que celui des jardins, où les matéiiaux employés sont les produclions directes de la nature , le moyen le plus sûr d'imiter la nature serait de les altérer le moins possible.

Les énerguraèncs de ce système naturel l'ont mal compris, en s'imaginant qu'il fallait mettre dans leurs jardins un échantillon de tous les acddens que la na-

«•-(«•A r\T»ocpr»f<>

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, On cpiiçoît combien a du être ridicule le résultat d'une pareille idée , lorsqu'elle a été niise à exécolion sur une très-petite échelle et dans un terrain tj*èsborné. C'est alors qu'on a vu la mer représentée par une mare d'eau puante, un fleuve par quelque chose qui , selon l'expression de mademoiselle Arnoult , ressemblait à un fleuve comme deux' gouttes d'eau ; une montagne par quatre ou cinq mottes de terre jetées pardessus une demi-douzaine de moellons.

En Angleterre , on a su éviter ce défaut mçme dans la composition des plus petits jardins particuliers : les trois parcs de .Londres étaient trop vastes pour avoir jamais à le craindre. La manière dont on les a disposés a toujours été heureuse , parce qu'elle a été parfaitement en harmonie avec les accidens et l'étendac du terrain. Hyde-park et Régent' s-park sont le beau idéal d'un jardin anglais, car ils ressemblent plutôt à une vaste portion d'une campagne pittoresque qu'à une oeuvre péniblement composée par l'homme ; la main de l'ouvrier pe s'y fait sentir nulle part.

« En me promenant dans les Tuileries, dans le Luxembourg ou dans le parc de Versailles, qe disait souvent Goodandrough, que mon lecteur connaît pour un grand partisan du naturel , j'ai éprouvé à chaque instant des surprises , je me suis récrié mille fois sur les sommes immenses que ces jardins devaient avoir coûté , sur celles qu'ils devaient absorber annuellement pour leur entretien. J'admiraîsavec quelle industrie on avait vaincu dcfi

obstacle^ et déguisé la nature ; mais ition admiration me laissait toujours froid. Une bordure en simple gazon m^aurait plu davantage que les marbres qui emprtson'nent les eaux. Un être vivant m^aurait fait plus de plai«eir que les statues immobiles : ennuyé de reconnaître partout la trace des ^hommes , je voulais m^ enfoncer dans les massifs, elle m^y importunait encore ^

Dans nos jardins il n^en est pas ainsi ; tout est na^ture ; les arbres n^ombragent pas une terre sablée , mais de véritables gazons ; au lieu de statues je rencontre des vaches , des moutons , des chevreuils ou des cerfs ; au ' lieu de calculer, je rêve ; au lieu dépenser auk folles dé^ penses des rois , j^éprouve un doux ravissement, j^onblie les rois , Targent et lé monde !

Il est certain qu^un amateur des scènes de la cam* pagne peut les rencontrer presque toutes dans les deux parcs dont il s^agit ici. Le terrain de Hyde-fark est * tour-à-tour plat et montueux , aride et couvert de ga-^ zon , découvert et bordé. Il y a une suite de pièces dVau qui méritent réellement le nom de rivière dont on U3 a décorées : la première est entourée de massifs de verdure et se trouve dans Kensiiigtm-gardins ; la se^ conde est plus découverte et plus vaste ; la troisième devient un canal , passe d^abord sous«in pont , et en* snite se perd dans un aqueduc souterrain. Comme leur niveau descend toujours en allant de la première vers la troisième., elles communiquent ensemble par de petites cascades.

Syô BIOEAVA

Les eaaz de RtgehV s-^park sont encore pins bcDe qae celles de Hyde-park ; elles -sont formées par im canal qui traverse le parc dans sa plus grande lon- ^éur, et qui serpente en sVlargissant pour fonnerdes lacs y pour embrasser des îlots couverts de verdure ; ei se rétrécissant pour passer sous des potif s fort ëlégam. Les eaux de ce canal ainsi que celles de Serpentine-rivtfy sont animées par une très-grande quantité de cygnes. ; Celles de IGreen-park et de Saini'JameS'park ne sont pas aussi belles. Elles sont même assez peu abondantes; car^ pendsmt les étés secs, leur niveau baisse, et elles deviennent un peu bourbeuses ; ce qui faisait dire à tAmiràu. un jour qu'il traversait GrtiHr-park avecoD Anglais qui en vantait la beauté : Osez-Tous bien me donner cette flaque d'eau sale pour une chose admirable ? Les grenouilles françaises vous sont bien connues sans doute : eh bien , malgré lé mépris que tous affectez pour elles I elles ne voudi^aient pas d'une pareille résidence !

L'amout qu'on a pour le naturel , fait qu'on s'est rarement occupé de l'art de faire jaillir les eaux, et même de les favre couler en fontaine. Je ne connais guèfe que deux essais de jets d'eau dans les jardins et Londres ; tous'tfdeux sont si malheureux qu'ils dégoûteront probablement d'en tenter de nouveaux. L'qb a été pratiqué au milieu d'un bassin circulaire qu'on a colustruit a Hyde^purk ; l'eau n'y vient qute rarement , encore n'y jaillit-elle pas. L'autre coule presque tous les

BB lONttftES. 371

jours ^ mais il prête plus au ridicule qu^il ne sert à Pofnement de la pièce ^'eàu à laquelle il appailient» Cette pièce est tnlre Piccadilly et Green*park au haut de Constituiton^hîlL Je ne sais si l'on a craint de ne pouvoir faire jaillir Teau à une élévation assez grandç , si on la' laissait en liberté , ou si Ton a cherché à respecter la nature , qui veut que l'œil voie Teau tomber et non ^ monter ; mais Tajutage de Constitution-hill se compose à*\XTL énorme cylindre élevé de trois toises , et coiffé d*un chapiteau. Entre celui-ci et le cylindre sont pratiqués plusieurs trous par oùTeau s'échappe en arrosoir/'

L'absence des fontaines dans les rues de Londres tient à une autre cause que celle qui a empêché d'èn^ constiiiire dans les jardins publics. L'eau circule par dés canaux souterrains dans toutes les rues , et fournit aux besoins de chaque maison , par un robinet qui • s'ouvre dans la cuisine.

Dans la rue, il y à, de distance en distancé , des ouvertures par ou l'on peut faire sortir l'eau à volonté , lorsqu'il s'agit de nettoyer ou d'arroser la voie pubfi- / que ; on peut également y adapter des tuyaux pour alimenter les pompes à incendie. ^

Saint'JameS'park est moins beau que les deuX; autres ' parcs, et un peu moins jardin à l'anglaise. Il ne se compose que de deux allées immenses séparées par un long canal et des prairies. Mais la profusion d'animaux qu'on y voit lui rend le naturel que l'alignement de ses arbres lui fait perdre. Au haut du parc du côté diHorse'Greards^ '

il y a ane espèce de marche perpétuel pour le laitage , et par conaeqaent ^ ou y voit toujours un certain nombre de vaches. Ces animaux errent par tronpes dans la prairie et sur les bords du canal. Dans Green rfurk on \^ voit également par centaine Sr

Comme le ciel brumeux de FAngleterre est très-favo- ^ rable aux fourrages ^ on a trouvé le moyen de rendre le sol des promenades publique3 très-prodnetif , en convertissant en prairies, toutes les parties non occupées par b sentiers et les grandes loutes qui les travsrsent en diven

Ce fut, dit -on, la reine Charlotte, épouse de Georges UI y qui eut la première cette idée d économie domestique. Elle dut en tirer des bénéfices inunenses, car les parcs étant des biens delà couronne, et ayant one grande étendue, le lait fourni par les animaux ^i y trouvent leur nourriture fut bientôt en assez grande abon^ dance pour fournir aux besoins de presque toute la apitale. Uargent quHl produisait était versé, chaque jour^ dans le Irésor particulier de la reine.

Ce goût pour le naturel ^ cette sollicitude k reproduire dans tous les jardins publics toutes les scènes de la campagne , amène plus d^une fois des accidens assa singuliers. Les parcs de I^ondres ont offert souvent des scènes dignes d'une arène espagnole ; des vaches ombrageuses foulent aux pieds les chiens qui les importunent par leurs aboiemens, où attaquent avec leurs cornes les chevaux qui ne se tiemient pas à assez grand

Ui^V^

DE LONDIÊS. SyS

^idtance. Dieu sait ce qui peut adveair aamaître du chien ou au caTalier. Un animal aussi volumineux qu^une vacbe, et surtout qu^une vache anglaise, acquiert en courant une force capable de renverser tout et quSl rencontre^

Il est des épreuves bien plus terribles que cellesr que je viens de mentionner; elles doivent pousser plus promptement et plus complètement à bout la longanimité de ces bêtes à cornes , puisqu'elles font entiè« rement sortir de leur caractère d^autres animaux aussi doux et mille fois plus timides.

Ify^ 'park est le lieu où se font de temps en temps les grandes manœuvres des troupes , et presque tous les jours Pexerciçe à feu. Qu'on ne se hâte pas de signaler aci un oubli du goût que les Âxiglais ont pour les choses naturelles.

Le spectacle d'une petite guerre est en harmonie par-' faite avec le naturel des jardins à l'anglaise; il le serait encore davantage si c'était d'une bataille réelle qu'ils devenaient le théâtre ! Depuis que le monde est créé, il a toujours éit dans la nature de l'homme de guerroyer avec son semblable , et , par conséquent , de faire une répétition des manœuvres homicides, pour en acquérir une plus grande habitude... Mais je m'enfonce dans la philosophie , hâtons-nous de revenir à nos animaux !

Quel doit être Teffiroi des vaches, quel doit être celui des chevreuils et des cerfs lorsqu'^ils entendent U feii roulantes mousqiJ^ts^ et que le vent leur porte au

3^4 BIORAMA

nez Todeur de la poudre ? Serai t-îl siirprcnamt que, ffl vertu de cette maxime : >

La terreur à la fin prodaît rindépendancè

les. vaches se ruassent sur les soldats; et qu'une fois le premier pas fait ^ se sentant animées par la vue des habits rouges , couleur pour laquelle on sait qu'eUes ont une antiphatie 1res -prononcée, elles missent dans les rangs un désordre pareil à celui qui y fut introduit plus d'une fois par les cuirassiers français ?

Cela est possible , mais je ne sais si c'est jamais a^ rivé. La flamme et le bruit tiennent toujours les vaches à distance respectueuse. Les chevreuils sont moins prodens ; il parait que le fracas des feux de peloton ou de file les met entièrement hors d'eux-mêmes. Après avoir couru dans les jcndroits les plus reculés dû parc sans pouvoir se dérober au bruit et à l'odeur qui les poo^ suivent impitoyablement > on les. voit venir se mêler parmi les curieux qui assistent à l'exercice , et quelqoefôis même mâcher lés débris enflammés des cartoudes comme le cerf Coco du théâtre de Franconi.

Dans Relent' s-park et dans Saint-^James-paTk^h animaux^ de quelque espèce qu'ils soient, trooTent beaucoup plus" de repos. Dans le premier de ces Jeux jardins publics , (i) on ne fait aucune manœuvre, et si

(i) Par jardin public , je n'entends {las nn endroit où le public \^ entrer en payant , car si j*j avais attaché ce sens ^ j*auraia dû parler ^

1« bnût de la poudre se fait entepdre quelquefois dans le second, c^est seulement celui de quelques boîtes qu^oa y tire aux trois et quatre grandes fêtes de Tannëe.

La gent volatile profite de cet avantage aussi bien que les quadrupèdes. Les moineaux francs de Regeni's* park sont presque aussi familiers que ceux de notre Palais-Royal ; les corneilles et les corbeaux pbscurcb* sent quelquefois le ciel en volant entre W arbres de Saint-James-park, Ils se sont multipliés^ à un tel point que tous les ormeaux qui bordent le jardin de Carlton" house sont couverts de leurs nids. A quelque heure du jour on de la nuit qu^on y passe , on est étourdi par leurs croassemens.

Je ne conçois pas comment le propriétaire d^un palais , auprès duquel il se fait toujours un vacarme si désagréable ne prend par des mesures pour le faire cesser! Il faut nécessairement que le premier Anglais soit passionné par excellence pour la nature, et qu^admirant son

JVmuahall, ëtabUssemcnt analogue à nos Beaujon, Tivolî, Marbenf, etc.; cependant, pubque j*en trouve ici l*occasîon, je dois en dire ici quelquea mota. ffauxhall est» comme de raison , un jardin à Vanghùse, U est ploi vaste qu'aucun des nôtres , mab on n'y trouve ni les amusemens varias, ni les monlof /lejjquî leur ont, à certaines époques, donné de la vogue. 9f^auxh0ll est d'ailleurs à une très-grande dîsUnce de Londres; la res-> •emblance la plus positive qu'il a eue jusqu'ici avec plusieurs des ëtablîssemens français analogues, c*est de feiire faire banqueroute i presque toutes les compagnies qui ont entrepris son eiploitation*

sublime jusque dans les plus petits détails , il reste des heures entières assis au pied d^un arbre , pour ëcooter le dialogue des corbeaux ; comme ce bon Dupont de l^emonrsi qui voulait en pablier une traduction française avço le texte en regard. %

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DE Lk SCULPTURE ET DU MUSEE

O portunatî peregrinî , cuî lice Giungere in ^iiosta sc<)e alroa e feiicc*

Tassq.

Partout où la sculpture a prospère , c'est a l'archi-* facture qu'elle en a e'té redevable. Celle-ci est la mère de celle-là : partout elle associera sa fille à ses progrès^ , Outre les bas-reliefs et cette profusion d'ornemens qui sont des parties obligées dans tous les grands édifices i les palais et les jardins sont toujours décorés d'une immense quantité de statues.

D'après ce que j'ai déjà dit sur l'état présent de l'architecture en général, et de Tarchîtecture horticulaire eu particulier , on devrait conclure que la sculpture ne trouve en Angleterre que de bien faible encouragemens.

Heureusement il n'en est point ainsi : le parle*-! jnent, qui élude toujours de faire bâtir un palais à tause de l'énorme dépense , se fait, un devoir de vouer

578 DIORAIÉA

des statues a la mémoire de toas les rois. A la Terité

ces statues sont moins chèrefif que des palais.

Il est bien secondé en cela par le zèle de tous les sujets ^ du royaume uni ; car à peine un roi a-t-îl cessé de vivre, que les souscriptions s^ouvrent à Vtm pour élever des monumens au défunt dans les trois capitales /et même dans d'autres villes moins importantes.

UnéaU^e circonstance ^ûi contribue au moins datant à donner de Toccupatîon aux sculpteurs anglais, est le Fuse avec lequel on décore les tombeaux.

Quand on a des lois tomme T Angleterre ^ et sur'

tout quand on pousse aussi loin qu*eUe, la soUicitode

^d'honorer la mémoire de tous les individus qui ont

acquis de la célébrité , on doit faire , tous les siècles et

' même tous les ans , une assez ample récolte de grands

hommes.

fVestminster est plein ; Saint-^Paul se remplît chaque jour; dans Tune et Tautre de ces églises, chaque moii célèbre a un tombeau proportionné à la fortune de m héritiers , ou au zèle des souscripteurs qui ont voulu honorer sa mémoire ; car les monumens tumulaires sont une représentation plus fidèle de Torgueil des vivans, que du mérite des morts auxquels ils sont élevés.

Comme dans Westminster les tombeaux les plus vastes remontent à des temps déjà fort reculés , le style de leurs omemens , et leur composition générale se ressentent un peu du gothique ou du goût qui a immé-^

(dîaienbent snccédé à celnî-là. La plupart iks tùmbeaux modernes n^ont que des dimen^ons très -^ peu étendues. Cependant quelques^iins sont assez remarquables; on cite comme un des meilleurs celui de Garrick , qui ^st orné d^un bas-reliêf composé de tTois figures de gran»* deur naturelle. # ' ' y

CVst à Saint^'Paul qu^il faut aller pour voir le goût qui domine aujourd'hui dans la décoration des tom- J^eaux; presque tous ceux quHl y a dans cette immense basilique sont Touvrage des sculpteurs modernes , et ont des dimensions assez grandes pour offrir à leur talent ]fi moyen de se montrer dans tout son jour.

Celui de Nelson , quoiqu^un des plus récens , ne me pai*ait pas aussi beau que quelques autres qui ont été faits avant lui ; il est surchargé d'attributs qui fout allusion aux services de Pamiral , à la reconnaissance et au deuil de la patrie , tandis que lui*-même est repré^ eenté débouta l'un ^es angles^ dans l'attitude du commandement, et par conséquent de la vie. Cette contra^ diction ne peut que nuire à l'effet de Tenseroble.

Le groupe sculpté sur le tombeau d'Abercrombie^est de bien meilleur goût, et surtout d'une plus grande har* diesse : le général est représenté au moment où sa blessure le fait tomber de cheval ; plusieurs de %ts soldat^ s'empressent autour de lui pour le secourir.

Il y a un autre tombeau également voué à un géné^ rai , dans lequel l'artiste a eu aussi l'idée de faire figurer ^n cheval ; mais il est représenté dans une position plu$^

3Ôo DIORAMA

touchante , et plus en harmonie peut-être avec lé lieQ que celui d^ Abercrombie ; celui-ci se cabre , et hâte la chute de son maître blessé; celui-là, au contraire, est déjà allégé du poids de son cavalier, mais il semble s^intéresser à son malheur; il baisse tristement la tête, et contemple ses traits al^rés par Tagonie.

Depuis que le musée britannique possède la tête de Tun des chevaux de Phidias, les sculpteurs anglais paraissent avoir fait une étude particulière de cet animal, et aiment à le mettre en action dans presque tous le^ monumens qu^ib composent.

J^ai entendu adresser à ces artistes un repro^e qbe Ton a aussi adressé quelquefois aux nôtres , c^est de mêler le sacré avec le profane , c*est*à-dire d'employer des attributs tirés de la mythologie payenne dans des monumens placés au milieu des temples chrétiens. U me semble que faire un pareil reproche ou lui donner la moindre importance, c^est vouloir faire retuler la sculpture vers lé goût gothique qui, comme on sait, n'a produit aucun chef-d'œuvre en cet art. Pour peu qu'on effraye les artistes, on les dégoûtera complètement en leur interdisant la source où ils puisent leurs inspirations les plus heureuses.

N'y aurait-il pas moyen de tout arranger? de lever tous les scrupules en changeant quelques mots pour la satisfaction des âmes timorées? Plusieurs généraux sont ^représentés mourans et soutenus par la victoire. Appelle^ cette victpire Saint-Michel, appelez-la l'ange de

là mort y TeB^jé du dieu des armées, ou tout ce qix*on voudra, mais qu^on lui laisse les ailes et les formes

parfaites des dieux de rautiquité. Garrick est figuré dans le bas -relief qui décore son tombeau, souriant à Melpomène et à Tbalie, Si Ton est cbôqué de voir des muses dans une église ^ qu^on les appelle du nom des actrices célèbres qui ont joué la tragédie et la comédie avec Garrick... Mais les canons de la religion ont-ils posé d'une manière bien certaine la limite entre le sacré et le profane ? est-il bien certain que tkÂs fassions de& incursions dans le domaine du paganisme, toutes les fois que. nous employons ses allégories.'' Il y ^ un fait positif, c'est que tout chrétiens que nous sommes, la tragédie et la comédie sont dans nos mœurs ; et puisqu'on accorde Thonneur d'être enseveli dans une église^ à un homme qui s'e^ illustré en jouant la comédie et la tragédie, il uni bien qu'il soit permis de faire allusion à cette circonstance, en lui élevant un tombeau.

Les sculpteurs anglais méritent d'autant plus d'indulgence sous ce rapport , qu'ils poussent rarement le goût du Grec et du Romain, jusqu'à commettre des anachronismes dans les habits des personnages qu'ils ont à représenter. Abercrombie et les soldats qui sont grouppés autour de lui ; Moore et le montagnard écos^ sais qui le soutient, sont tous représentés avec leurs uniformes ; l'artiste en a tiré tout le parti possible , mais il ne s'est permis d'y rien changer. Nelson figure à côté de TÂngleterre en pleurs, avec son bras manchot , son

38a diorâMà

inévitable calotte courte , et la demi-âoozaine èe grande

cordons dont il* était ionjonrs chanlarré.

Cette fidélité de costumes a été également respectée dans plusieurs des statues qui décorent presque toutes les places publiques. Charles I." figure à CAa ring-cross avècTarmure complète, la fraise et les hauts de chausse tels qu^bn les portait de ton temps. Dans uûe statue équestre, qui est au milieu de Caçendish^sguare , on a également respecté la fidélité du costume , et cet acte est d'autant pTus méritoire , que le personnage est d'un siècle beaucoup plus rapproché de nous , et où Thabit était le plus ingrat possible; il porte ce que nous nommons aujourd'hui Thabit de co^r, la veste, les bottée fortes, là perruque ronde, et ce qui est pire que toôt cela, le chapeau à trois cornes incliné sur l'oreille d'une manière tout-à-fait guerrière !

Cependant il y a un si grand nombre de statues sor les places publiques de Londres , que soit par un pea d'amour pour l'antique , soit par goût pour la variété', on a habillé en Romains plusieurs des rois ou des personnages célèbres auxquels on a élevé des statues.

Charles Fox , qui est dans Bloomsbury-sguare, est assis sur un fauteuil de forme antique , a les cheveux courts, et la toge drapée comme Sylla. La statue pédestre de Charles II , qui est au milieu de l'hôtel des Inva* lidesà Chelsea, porté la cuirasse, le /7j///2//;i et les orr^tf; il en est de même de la statue pédestre de Jacques II, qui est derrière FThite-hall^ et d'un roi Georges qui

galoppe au milieu de Leicester-sguare. Aa luxe de Thabit romain , on a ajoute ici le luxe de la dorure ; le cheval et le cavaliar sont entièrement dores.

Du moins il faut louer les sculpteurs de Londres , d^avoir eu le courage de ne pas plus respecter Ténorme perruque que les autres parties du costume moderne de leurs héros. Pendant qu'ils étaient en train de leur donner une toilette romaine, ils les ont mis à la Tilus par la tête comme par la cuirasse et le manteau.

Il est une statue dans laquelle le costume romain a été employé avec un rare bonheur ; elle représente, je croisy Georp;es P', et elle est placée au haut d'un clocher qui est en face du àiusée britannique. £lle doit avoir des dimensions colossales, car elle paraît de gran*^ deur naturelle, malgré la distance à laquelle on la voit. Comme l'édifice qui la supporte est de bon goût, puisque c'est une pyramide à quatre pans , canneliée en travers, ou plutôt coupée en gradins comme certaines pyramides d'égypte, il forme avec la statue un ensemble on ne peut pas plus élégant , lorsqu'on l'àpperçoit au--* dessus des maisons qu'il domine, doré par les rayons du soleil, ou empreint de la lumière gri^e, mais égale qui règne plus ordinairement sous le ciel brumeux d'Albion. ^

La sculpture a fait des progrès immenses dans peu d'années ; pour s'en appercevoir , on n'a qu'à comparer les groupes des tombeaux de Saint-Paul , avec les quatre statues qui décorent Temple-bar, ou même avec la statu»

384 DIOKÂMA

qui surmonte le tombeau de la reine Aline , et qui est beaucoup plus moderne. Toutefois elle est encore loin de la perfection antique, et même du point où elle a été poussée en France et en Italie. Il règne ençrore dans les œuvres des meilleurs sculpteurs d^ Angleterre , je ne sais quoi d^affecté qui trahit un reste de mauvais goût. A la dernière exposition de Sommerset-house , un sculpteur, qui d^ailleurs ne manque pas de mérite , a représente' Eve se mirant pour la première fois dans une fontaine; et pour que le spectateur nç pût pas douter de son action y il a encadré une glace sur la partie de la plintk où Teau est censée couler.

Mais rétablissement du musée britannique, et la riche collection d'antiques qu on y augmente chaque jour, corrigera bientôt la manière, A force de voir eldVtodier Tantique , on arrivera , non pas à habiller en Romains ou en Grecs, tous les personnages modernes qu'on aura à réprésenter, mais à tirer le meilleur parti possible des costumes de tous les âges, et surtout à choisir une belle nature, et à Pimiter sévèrement.

Ce n'est pas seulement des statues et des objets antiques que Ton a rassemblés dans le musée britanniaoe; on y voit plusieurs autres genres de collections. Il y a des animaux empaillés, des coquillages, des minéraux, des livres, et même quelques tableaux. On voit que cet établissement joue à Londres le rôle de trois établi$setnens de Paris, le muséum du jardin des plantes, la bibliothèque royale et le rpusée du Louvre; mais les col-

D^ IOND%£S, 3ê5

leclrions àt ces trois ^tabllssemens sont l^i^ji autr^fixi^ complètes que celles du musée britannique.

Colle des animaux empçkiUés est trè$rbQm^ç ; ielle lie» coquillages yaitt nn p/eii tjdieuic ; c;eU<t <jtçs miiïér^W >4tst assez hiea fournie , et possède ce squelette hunviiti pétrifié , trouvé dans un calcaire argileux a la (îu^di^ li)upe« •

Qo^il soit ou qoMl ne soit pas contemporain dn

déluge, ce fossSe est bien certainement contâmpor^in delà conohe dans laquelle il Ësi incruslsé , et à tous \m

•^rargctèrès des ossemens de i'JiOBime* Boqr toiles ces raisons, il mérite l'attention de^ savans ; et son arrifqfs anrait dû, ce me semble , eiqciter plus de rmneur

'parmi -les géologues, que certains ossemens de sala^ «nandre découverts, en Allemagne, à la fin 4u ssècle dénier , jet dont on fit si grand bruit , en les décorant da titre de Aomo dUum kstisj^ iheoscapon^ ce qui i^ut dire, pour les gens qui n^ entendent ni le ^«c ni ^

4atio , hôrnme témoin du dHuge 0I çui s vu Dieu! •

OLa plus prédeuse de toutes les collections est sans contredit celle des aniiçuês : c'est la seule dont je doive m'occuper ici , comme ayjint un rapport direct avec

•tnon sujet.

' Depuis queles Anglais sont maîtres des îles Ioniennes, et amis intimes des Turcs , Tancienne Grèce est împi-

^tôyûbleiàentiexploîtée au bénéfice du musée^brîtannique.

cÇftTaquevàîsieaù qui revient de FArchîpel à Londres^

S8€ iftioiiAiià

^poite à bord qarlque statue , quelcjae busle im qQeK|Éii bas-relief précieux.

Les richesses se sont accrues sî rapîdetneiit , qo^on a éâ Mùgé de construire des haRgards provisoires poor les y déposer, toutes les salles du reE-de-chaussée st ^IrouTant déjà pleines.

Quand on bâlira de nouvelles salles ^ on ponnra les idécorer avec des matériaux <piî auropt le mérite d'avoir ^a^partenu à des moiiumens célèbres de Tantiquité; cir lord Elgin et les vandales qu'il a à son service, vitse contentent pas de ramasser les morceaux isolés qu'ils ipenvent troavejp dana leurs fouilles; iU démolissent àes temples pour en cappotler les colonnes. I^a cour do iBniisJk-Miiséum est encombrée de marbres de toutes formes, de toutes dimensions et è^ toutes couleurs. Le Partbenon kii-meme n'a pas été respecté. La mieux conservée de sts cariatiiles en a été arrachée et transportée à Londres.

• Quoique dégradée, elle est encore fort belle, U travail en est admirable, et l'on peut croire réellement qu'elle est l'ouvragfe da ciseau de Phidias , puisque Phidias $sl Tartiste grec par excellence , et qu'on loi attribue tout ce qui est parfait. Autant que j'en ai pa juger, sans prendre des mesures rigoureuses, il m'a semblé que la cariatide du Parthenofi aJs œcme* dimensions , et k peu près la même pose que celles qui soutiennent la tribune dans la salle de notre Musée , diu salle des Gardes.

Ï>K LOMIXRdES. M)

: iKancoop d^autres statues fort belles et mieux coa-

servées, tnais surtout une quantité prodigieuse de frag^

. mens d^un travail exquis , de bustes^ de vases sculptés,

tels sont les autres pbjets qu'on voit dans le Musée

. i>ritanmq«e; U j aune vingtaine de têtes d'Hippoccaie

ou d^Homèré , beaucoup de Minerve , d^ Apollon et de

Jupiter y plusieurs Vénus nues ou drapées , , et un

Thésée qui passe pour le morceau le plus précieux de

la collection.

Les rttamimens égyptiens ne sont pas moins abondans que ceux de la Grèce. Malgré son goût prétendu J>oiir les arts, le vice-roi d'Egypte laisse dépouiller les bords du Nil, comme lé grand- seigneur , ceux du M^ancire et de PÈutotas. On aVait déjh beaucouj) de sarcophages eu marbre , en bois , en pierre et en granit , quelques statues à tête dVpervièr ou de cbien, quelques flragmeits des colosses enfouis dans les sables ; Paudacieux et infatigable Beizoni à transporté de tou^ ces objets par centaines : la tête du jeune Memnon , qui a près de dix pieds de circonféreiiôe , un fragmèiit d'une statue encore plus colossale , puisi^ue c'e^t une maiti fermée presque aui^si grosse que cette tête , des sarcophages couverts d'hyéroglipbes et une pierre noire chargée d^une triple inscription en grec, en Cophte et en caractères hyérôgliphiques, tels sont les principaux objets dont Bekoni a enrichi le Musée.

Un membre de la société royale me disait, dans Tenlhousiasmo de sa reconnaissance pour les travaux

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de ce^ Toyagieur : GVst bieti dommaglb qtie nonsn^yons pas plus de fonds disponibles ponr encourager son ardeur. Si le gouvernement voulait iious tiider un peu dam cette entreprise , je ne désespérerais ps^ qnt , dans qaelques années, Belzoni n'eût transpolrtë , sw^un dendi sijuares , la plus grande des pyramides d'Egypte.

II j a au second étajg^e du Musée , nue chambre très-vaste et qui est rempilé d'dbjets antiques , têts que armures, trépieds, lampes , dieux pénates , '*v2sxs&^ 1 instrumens aléatoires , guerriers ou cnlibàire^ , tons en fer ou en bronze ; poteries campaniennes , dites vases étrusques ; pierres giavées, avec bSi sâns'ulionture.

On y voit un vase fait d^une seule pierre d'onix , qoi a des dimensions assez grandes , et qui doit être infini- . ment précieux , car le gouvernement Fa acheté, dit-on, au prix de i6 mîTle livres sterling. On l'appelle \tvûU de Porilandy parce qu'il a long-temps été dans le cabinet des ducs de ce nom.

La collection des instrumens en fer ou en broDK, est la plus complète et la plus nombreuse que j^aie jamais vue. Il faudrait plusieurs jours pour voir tous les objets curieux qu'elle renferme. Ce que j'y ai trouvé de plus remarquable, ce sont quelques fr^gmeps de stuc recouverts de peintures antiques encore assez conservées, deux flûtes de bois , telles qu'elles étaient en usage chex les anciens, et une lyre, également antique , composée de deux cornes de bufSe et d'une écaille de tortue.

Il est probabk.que ces trois instrames ont été trouyës dans les fouilles d^Herculanum ou de Pompeia , car ils sont réduits à cet état particulier de carbonisation , que le célèbre chimiste Davy a jreconnu, en analysant la plupart des substances non minérales qu^il a rencontrées dan^ ces dfn^ villes souterraines.

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