‹ Diphilos et les modeleurs de terres cuites grecquesChapitre 13 sur 14 · V. — Conclusion · texte numérisé non relu

V. — Conclusion

Nous espérons par celte revue d'ensemble avon* montré l'intérêt bislorique et artistique des terres cuites. iNous avons, au cours de notre étude, exposé les idées religieuses dont elles sont issues. 11 ne sera pas inutile, en terminant, dinsisler de nouveau sur ce qu'elles apportent à l'histoire de la sculpture antique.

I^a première (|ualilé de ces figurines est dans leur nomljic. Pour une statue de marbre ou de bronze, on compterait plus de cent terres cuites. 11 en résulte que la trame formée par elles est plus serrée et plus dense. Certaines périodes, comme celle des Origines, ne peuvent être reconstituées que par leur entremise, car la vraie statuaire en est complètement absente.

Un second avantage consiste dans l'abondance des sujets familiers. La sculpture monumentale est avant tout religieuse ou athlétique. Les statuettes d'argile nous rendent, avec une curieuse et inlassable variété, l'aspect de la société antique fout enfièie. La femme, la jeune fille et l'entant y sont représentés avec ce réalisme noble et imprégné

TERHES CUITES D ITALIE MERIDIONALE ET D KTRURIK

Slvie du VI" iiU l'^r siècle.

DiPiiii.os. vi:\

(le |Mi(''si(' (|ui csl la iiiar(|iU' rssciil icilc de Tari urcc. Fj;i laiilt'iii" cl les ridiciili-s de riiuiiiaiiih' \ Iroiixciil place iuissi cl nous moiili-cnl ]>liis laii^c encore ([u'on ne cfoyail le doniaiiM,' cxpioilc jiai" ces obser\ alenrs |)(''n('lranls.

En ti'oisicnic lieu, loutcs 1<'S li^in-incs ont la valciu' (roriiiinaux : j'cnlcnds (juellcs éniancnl cxclusixcrucni de Tcpoquc (]ui les a vues nailre. La plupart des marbres que renfernient nos musées sonl les coj)ies gréco-romaines d'œuvi-es qui étaient célèbres dans les siècles anh'pieurs; souvent ils sont comjtosés avec des motifs (|ui apparlienn(Mit à ditléi-ents modèles et à dillérenles époques. Ce sont, si je puis dii-e, des « morceauv clioisis » de la belle antiquité grecque, mise à la portée des Romains. Les vrais originaux sont rares ; mis à part b-s frontons d'Égine. d'Olympie, du Parthdnon et les basreliefs, on ne trouNcrait j)as dix statues pour représenter le grand art du ¥•= siècle. Cliaque terre cuite, au contraire, a la saveur et la sincérité de l'œuvre populaire, faite pour une génération et disparaissant avec elle. Elle lixe. sans arrièrepensée, sans idée de pasticbe ni d'érudition, la mentalité grec(jue à une ('-poiiue (b''lernn'née. En maniant une terre cuite du v'" siècle, j"aili'droitd'iinaginer(|ue IMiidias ouPériclès auraient pu la toucber de leurs mains. Je puis penser, en contemplant une Tanagréenne, qu'elle garde dans ses yeux, dans le sourire de sa bourbe, (jucdque cbose de l'àme d'un Praxitèle ou d'un Scopas.

Remarquons etdin (jue les restauialions sont d'ordinaire très nombreuses dans les marbres et deviennent une cause

incessante de méprises et d'erreurs. Les terres cuites nous arrivent souvent cassées ou incomplètes ; mais on les recolle aisément, ou bien on les laisse a l'état de fragments. Elles sont plus sincères. On dira peut-être (ju'il y en a beaucoup de fausses et que la cupidité inintelligente des marchands a rendu toute cette catégorie suspecte aux yeux du public ? Mais il y a aussi des faux en marbre et en bronze. Ce Iléau n'épargne aucune branche de l'archéologie et l'on doit apprendre à faire face au danger sur tous les tei'iains. A cet égard, l'étude des terres cuites est une excellente discipline pour le jugement. Elle habitue à discerner le style grec, à le séparer des prétentieuses imitations; elle fait comprendre la simplicité et la saine franchise du goût antique. Elle force à étudier les techniques, l'argile, les couleurs, les altérations du temps; elle oblige à piMK'trer davantage dans l'intimité du travail ancien.

On ne se méprendra pas sur notre pensée. Nous ne songeons pas à déprécier l'intérêt des grandes œuvres au profit des petites. Comme le dit Isocrate : « Qui oserait comparer Phidias à un coroplaste ? » La plus admirable terre cuite reste loin de YAurige de Delphes, des groupes du Parthénon, de Y Hermès d'Olympie et de la Vénus de M i/o 11 y a une hiérarchie en art comme ailleurs. Mais entre toutes les créations du génie grec, bien peu laissent dans l'esprit un souvenir plus doux que la fine silhouette d'une Tanagréenne ou l'envolée hardie des Eros trouvés à Myrina.

Page 1