‹ Diphtérie et Phlegmon de l'AmygdaleChapitre 14 sur 20 · ER ES · texte numérisé non relu

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ce ; le malade n’avale plus sa salive, qu’il crache continuellement ou qu’il laisse couler le long de sa joue.

La tête est fixée par une contracture inconsciente des muscles du cou. La bouche reste entr’ouverte, la parole est très pénible et provoque des douleurs ; le malade à de la peine à articuler les mots. La voix est nasonnée.

Il y à une contracture des releveurs de la mâchoire, du trismus. C’est là un excellent signe, à peu près constant, et, pour Marfan, pathognomonique de la formation de pus.

L'examen local est rendu très difficile par ce trismus. On ne peut, sans réveiller les douleurs, ouvrir la bouche et abaisser la langue. Si l’on arrive à jeter un coup d’œil dans la gorge, on constate des déformations caractéristiques et très faciles à reconnaître : l’isthme du gosier est asymétrique, du côté malade. On aperçoit, de ce côté-là, une grosse tuméfaction de l’amygdale, qui masque le pilier postérieur. Le pilier: antérieur est souvent lui-même très tuméfié. La luette est déviée du côté sain, œdématiée et rouge. Le voile du palais est également rouge.

Soit dès le début de l’affection, soit au bout de quelques jours, la diphtérie survient et détermine l’apparition de fausses membranes. Elles apparaissent, en général, au niveau de l’amygdale malade. Quelquefois, elles y restent localisées pendant toute la durée de la maladie, surtout si intervient une sérothérapie précoce. Dans quelques cas, nous les avons vu s'étendre progressivement à la luette et à lPamygdale opposée. Elles ont les caractères ordinaires de fausses membranes diphtériques : elles sont

cohérentes, adhérentes, blanchâtres. Quelquefois, elles prennent l’aspect qu’elles ont dans langine diphtérique maligne : coloration grisâtre ou hémorragique, fétidité, extension rapide. L'examen bactériologique y décèle la présence du Lôffler.

A noter que, chez deux de nos malades, malgré des examens bactériologiques plusieurs fois positifs, il n’a jamais été constaté de fausses membranes.

Dans la région sous-maxillaire, du côté de l’amygdale atteinte, l’examen révèle l’apparition précoce des ganglions. Si l’adénopathie est bilatérale, elle est, de toute façon, prédominante du côté malade. Souvent, nous avons vu la réaction ganglionnaire s’accompagner d'infiltration du tissu cellulaire voisin, donnant l’aspect classique de «cou proconsulaire ».

Les signes généraux et fonctionnels, que nous venons de décrire, persistent 4 ou 5 jours : la température est élevée, à grandes oscillations ; l’alimentation est presque nulle ; l’abattement et la prostration vont en augmentant; la plupart du temps, on constate un gros disque d’albumine dans les urines.

Si l’on n'intervient pas, l’ouverture spontanée de l’abcès se fait vers le sixième jour, avec issue de pus fétide dans la bouche. |

Dès lors, on constate une amélioration rapide dans l’état du malade : la température tombe, le trismus et la dysphagie disparaissent, mais l’état général reste profondément atteint: malade pâle, adynamique ; pouls rapide, faible, dépressible, quelquefois irrégulier; bruits du cœur assourdis. L’albuminurie persiste. L’haleine est fétide.

L'examen de la gorge, à ce moment, montre, au niyeau de l’amygdale, une ulcération, quelquefois assez

étendue, à bords anfractueux. Le fond en est généralement recouvert par une fausse membrane grisâtre, épaisse.

L'examen bactériologique de l’exsudat pharyngé, au moment de l’ouverture de l’abcès, décèle la présence de staphylocoques, de coli-bacilles, surtout de streptocoques, associés au bacille de Lôffler. Il sera fait des examens directs et des cultures.

Sous l’influence de la sérothérapie la gorge arrive à se déterger ; les faussés membranes disparaissent ; l’ulcération amygdalienne se comble et cicatrise. On peut alors observer la guérison complète, sans complication, après une convalescence assez longue et traf- nante toutefois. Ce n’est pas 1à malheureusement l'éventualité la plus fréquente. Nous ne l’avons constatée que deux fois dans nos neuf observations personnelles. Les sept autres ont présenté des évolutions plus ou moins graves, plus ou moins fertiles en complications et que nous allons exposer à présent.

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